Louis Saudinos et la culture du Luchonnais

Louis Saudinos est né à Mayrègne, en vallée d’Oueil, près de Luchon. Fils de berger, il
s’intéresse à la culture et à la langue de sa vallée à qui il reste fidèle toute sa vie.

Saudinos, un autodidacte discret

Louis Saudinos faisant visiter le Musée de Luchon au Cardinal Saliège © Revue du Comminges 01/01/73 Gallica
Louis Saudinos (à gauche), faisant visiter le Musée de Luchon au Cardinal Saliège (1870-1956) © Revue du Comminges 01/01/73-Gallica (photo non datée)

Louis Saudinos (1873-1962) est ordinairement appelé Loís de Pehauré, du nom de sa maison. C’est courant en Gascogne de donner aux personnes le nom de leur maison.

Enfant, il aide aux travaux des champs, s’occupe des bêtes et fréquente l’école de Mairenha (Mayrègne). En 1887, il entre chez les Frères à Luchon et obtient le brevet. Puis, il devient fonctionnaire aux Contributions indirectes. Surtout, il dévore tous les livres qu’il peut trouver, notamment de psychologie et de sociologie. Et il lit aussi les œuvres de Saint-Augustin qu’il admire.

Jean Jaurès
Louis Saudinos, admirateur de Jean Jaurès (1859-1914)

Comme il s’intéresse aux questions sociales, séduit par les discours de Jean Jaurès, Louis Saudinos adhère à la SFIO et devient franc-maçon. La politique semble l’intéresser quelque peu.  Ainsi, dans le journal Le Petit Commingeois du 1er aout 1948, il prône la constitution d’une régie rurale pour l’exploitation des forêts de Luchon.

Un intérêt marqué pour la vallée

L’Écho Pyrénéen du 7 décembre 1041
L’Écho Pyrénéen du 7 décembre 1941

Cet autodidacte discret s’intéresse au gascon parlé dans sa vallée. Il s’intéresse aussi au patrimoine bâti. Et à la vie des gens, jusqu’à devenir le spécialiste de l’histoire, de la langue et de l’ethnographie de la vallée d’Oueil.

Louis Saudinos écrit beaucoup et publie régulièrement des articles dans la presse locale. Dans L’Echo Pyrénéen des 21 décembre 1941, 4 et 11 janvier 1942, il publie La sentence arbitrale entre les coseigneurs de la vallée de la Baroussse et les coseigneurs de la vallée d’Oueil le 11novembre 1344.

De plus, ses recherches permettent de rétablir l’origine du nom de sa vallée. Dans un article publié le 27 août 1950 dans Le Petit Commingeois, il démontre que la vallée d’Oueil n’est pas la « vallée des brebis » (oelhas = brebis en gascon, prononcer oueillos) mais « la vallée des sources » (uelh = source en gascon, prononcer oueill).

Louis Saudinos aétidié toute sa vie les traditions de la Vallée d'Oueil © Balades et Bricolages
La Vallée d’Oueil © Balades et Bricolages

Louis Saudinos, une vie de collecte de mots et d’objets

Son carnet à la main, assis dans une auberge, il écoute ses interlocuteurs et note soigneusement leurs propos. Comme il n’a pas de voiture, il parcourt les vallées du pays de Luchon en car. Tout comme Félix Arnaudin, il rémunère ses interlocuteurs en fonction du temps passé. Tout bonnement, Louis Saudinos leur offre à boire, des sucreries ou des cigarettes.

Le Petit Commingeois du du 2 mai 1954
Le Petit Commingeois du 2 mai 1954

Son recueil fait l’objet de publications. Ainsi, dans Le Petit Commingeois des 3 et 9 avril 1949, il publie un article remarquable : « L’ours guette et attaque les troupeaux » dans lequel il explique les rapports entre les bergers et l’ours. Le chien de montagne est important pour la défense des troupeaux. Et cela se sait depuis longtemps. Par exemple, le 15 Pluviôse an VI, le conseil municipal de Castillon délibère pour acheter chaque année deux chiens de montagne et les affermer aux bergers. De même, il décrit une attaque de chevaux déjouée par l’organisation du troupeau qui fait face. Ou encore, une attaque d’un troupeau de vaches déjoué par la rangée de cornes qui l’affrontent. Et de conclure : En définitive, l’ours n’apaise le lancinant souci de sa pitance qu’auprès d’animaux isolés occasionnellement, ou bien de troupeaux de moutons non gardés.

Louis Saudinos publie aussi un ouvrage sur la culture familiale du lin et du chanvre dans lequel il décrit leur culture, leur récolte, leur préparation et leur tissage en utilisant les mots gascons de sa vallée pour chaque opération.

La collecte d’ethnographie donnée au Musée de Luchon

Louis Saudinos est un des fondateurs du musée de Bagnères-de-Luchon situé à l'Hôtel de Lassus - Nestier (1772),
Bagnères-de-Luchon Hôtel de Lassus – Nestier (1772), siège du Musée de Luchon et de l’Office du Tourisme

Lors de ses tournées, Louis Saudinos visite les granges et les greniers à la recherche des objets de la vie courante devenus inutiles. Les gens disent : Saudinòs que s’ei tornat hòu (Saudinos est devenu fou). D’autres le surnomment le peilharòt (le chiffonnier).

Cependant, il finit par récolter une masse considérable d’objets. Il les lègue au Musée de Luchon qu’il contribue d’ailleurs à créer en 1922.  Et sa collection ethnographique est aujourd’hui la plus riche de tout le sud de la France !

Le Musée de Luchon, aujourd’hui fermé pour des raisons de sécurité, occupe l’hôtel de Lassus-Nestier. Cet hôtel avait été construit en 1772 pour le séjour du duc de Richelieu venu prendre les eaux. Outre la collection d’ethnographie de Louis Saudinos, il abrite la collection archéologique de Julien Sacaze, la collection de lithographes, dessins et estampes de Bertrand de Gorsse, ainsi que d’autres collections sur les sports d’hiver à Superbagnères, le thermalisme, la faune, la flore et la géologie du pays de Luchon.

Une salle du Musée consacrée à l’ethnographie
Une salle du Musée consacrée à l’ethnographie

Louis Saudinos est membre de l’Académie Julien Sacaze depuis 1939. Il en est le vice-Président en 1955 et 1956 puis le Président en 1957 et 1958. Il présente de nombreuses communications à l’Académie et publie des articles dans la presse locale.

Outre les notices des collections d’ethnographie du Musée de Luchon, il publie « Le quillier pyrénéen » dans le journal L’Echo Pyrénéen du 20 juin 1941, « Les jeux populaires dans le canton de Luchon » dans ce même journal du 13 avril 1942 et repris dans la Revue de Comminges du 1er trimestre 1975.

Son travail contribue à la connaissance des us et coutumes de la vallée d’Oueil et du pays de Luchon.

Louis Saudinos et le gascon

Louis Saudinos était membre de l'Escolo deras Pirenéos
Armanac dera Mountanho – Escolo deras Pirenéos 1934

Amoureux de la langue et de la culture locale, Louis Saudinos aimait à dire : En patoès, nat mot ne put (En patois, aucun mot ne pue).

Il recueille une liste impressionnante de mots et de toponymes de sa vallée d’Oueil et du pays de Luchon et publie des articles dans Le Petit Commingeois. Par exemple (extrait) : Au lieu de Lichoulan, rien de visible ne permet de comprendre le pourquoi de cette désignation. Mais le dépouillement des délibérations du conseil municipal au XIXe siècle, lève l’énigme. Anciennement, sur les pâturages agrestes de Lichoulan florissait, au cours de l’été, l’industrie familiale du fromage de chèvre. Or, le premier lait des femelles, après mise bas, est appelé Lichoun, soit, le terme français de colastrum. De là le Lichoulan.

Outre les articles publiés dans les journaux de Luchon, Louis Saudinos publie un Essai d’un vocabulaire commingeois local préfacé par le professeur Jean Séguy. Suivra La toponymie du canton de Bagnères de Luchon qu’utiliseront Fritz Krüger, le célèbre dialectologue allemand, et Jean Séguy, auteur du l’Atlas linguistique de la Gascogne.

Armanac de la Gascougno-1951
Louis Saudinos, Armanac de la Gascougno-1951

Louis Saudinos est membre de l’Escolo deras Pireneos depuis sa création par Bernard Sarrieu en 1904. Il écrit aussi des articles en gascon, comme ce petit poème dans l’Armanac de la Gascougno de 1951, p. 18 : Enta-s quequerejaires.

Toute sa vie, Louis Saudinos est resté fidèle à sa vallée d’Oueil. Fils de berger, autodidacte, il a entrepris un travail considérable de collecte de mots et d’objets ethnographiques de sa vallée et du pays de Luchon. Sans lui, nous aurions sans doute perdu une partie de notre patrimoine et de notre mémoire collective.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le Petit Commingeois
Un centenaire : Louis Saudinos (1873–1962), créateur des collections d’art populaire du musée de Luchon. Jean Castex, Revue du Comminges 01/01/1973
L’industrie familiale du lin et du Chanvre, Annales de la Fédération Pyrénéenne d’économie Montagnarde, Tome IX, années 1940 – 1941. Gallica.fr
Idiome du Haut-Comminges par Louis Saudinos, Le Petit Commingeois du 28 février 1954
Préface à une étude linguistique de L. L. Saudinos, Jean Séguy, Revue du Comminges 01/01/1955
Louis Saudinos, bibliographie
Luishon pour les curieux – Guide au éditions Reclams




La maladie bleue de l’automne

Chaque année, d’octobre à novembre, la « Maladie bleue » frappe la Gascogne. Elle vide les usines et les bureaux : les palomas (palombes) sont de retour. Plus qu’une chasse traditionnelle, c’est un véritable mode de vie.

La paloma / la palombe

Palombe ou pigeon ramier © Wikipedia
Palombe ou pigeon ramier © Wikipedia

La palombe (colombus palumbus), c’est le pigeon ramier. Pour les Gascons, c’est la paloma à ne pas confondre avec le roquet (rouquet, pigeon des champs) ou le colom (biset) qui est le pigeon des villes.

La paloma vit en Europe, en Afrique du nord et au Moyen-Orient. En automne, elle migre vers le sud de l’Europe pour trouver un climat plus tempéré en hiver. Parfois, elle devient sédentaire lorsque le climat lui convient. Comme elle vit en groupes pouvant compter plusieurs milliers d’individus, elle offre des vols spectaculaires de palomas se déplaçant à la recherche de nourriture. Puis, le soir, elles cherchent un dortoir dans les arbres pour se reposer.

On la reconnait à son plumage bleu gris, son bec jaune, une tâche blanche sur le côté du cou, sa nuque verte, sa poitrine rose pâle, sa bande blanche sur les ailes, ses pattes roses et le bout des ailes et de la queue, noires.

La paloma aime les espaces boisés. Ainsi, elle se nourrit principalement de bourgeons, de fruits, de graines et de glands. Pendant la période de reproduction, elle vit en couple lié toute leur vie. Elle niche dans les arbres et peut élever 2 à 3 couvées par an. À chaque fois, elle pond de 1 à 2 œufs qu’elle couve pendant 17 jours. Et les palometas (petits de la palombe) quittent le nid au bout d’un mois.

En général, la paloma vit une quinzaine d’années, quand elle n’est pas victime de l’esparvèr de las palomas (l’autour des palombes), son principal prédateur, ou des palomaires (chasseurs de palombes). De plus, comme elle se nourrit de graines dans les champs, elle est parfois victime des produits fongicides qui enrobent les semis, quand elle en mange de trop grandes quantités. Cependant, c’est une espèce abondante qui n’est pas menacée.

Vol de palombes © Gilles DE VALICOURT
Vol de palombes © Gilles DE VALICOURT

La chasse de la palombe en montagne

Lepheder, aux Aldudes, est un des dix cols du Pays Basque où la chasse aux filets est autorisée. © Jean-Philippe Gionnet
Lepheder, aux Aldudes, est un des dix cols du Pays Basque où la chasse aux filets est autorisée. © Jean-Philippe Gionnet

La palombe se chasse partout où elle est présente. En Gascogne, c’est principalement au vol, au filet ou à l’affut.

Le tir au vol se pratique principalement dans les cols pyrénéens où les palomas passent pour se rendre en Espagne. Alors, les chasseurs dissimulés derrière une barrière végétale tirent lorsqu’un vol se présente. Mais le succès de la chasse dépend de l’emplacement choisi. Parfois, le vol fait demi-tour et se présente à nouveau plusieurs fois de suite avant de passer le col.

En fait, cette chasse se développe seulement après la seconde guerre mondiale, lorsque les cols s’atteignent facilement grâce aux voitures. Et les emplacements de chasse se louent parfois très cher.

Palette pour effrayer les palombes
Palette pour effrayer les palombes

Toutefois, dans les cols, la chasse à la pandèla ou panta (au filet) est plus traditionnelle. Le lieu de la chasse s’appelle la pantièra. On place des filets verticaux aux endroits de passage. De plus, lorsqu’un vol se présente, on lance en l’air des palettes de bois blanches pour simuler une attaque d’autour. Alors, le vol de palomas plonge pour passer le col au plus bas et se prend dans les pandèlas. Mais la paloma est maline, et elle sait éviter la pandèla. Cette chasse se pratique à plusieurs chasseurs qui se coordonnent pour diriger le vol vers l’endroit choisi. Parfois, on effectue des coupes dans les forêts en haut du col pour offrir un passage obligé aux palomas.

À la fin de la chasse, les chasseurs partagent les palomas. Une part est réservée à la commune ou au propriétaire qui prête le terrain. Dans la plaine, la chasse traditionnelle se fait en palomèra (palombière), au sol ou dans les arbres.

La chasse à la palombière

Palombière au sol
Palombière au sol

Très différente, la chasse à la palomèra a pour objet de faire se poser les palomas avant de les tirer. Ainsi, dans les Landes, le Gers, la Gironde et le Lot-et-Garonne où la chasse au filet est autorisée, on fait poser le vol au sol avant de le prendre au filet. La palomèra est alors construite au sol. Mais dans les autres départements gascons, on fait poser les palomas sur des arbres avant de tirer. Et bien sûr, dans ce cas, la palomèra est construite dans les arbres.

Toutefois, qu’elle soit au sol ou dans les arbres, la palomèra n’est pas qu’une simple cabane. C’est une sorte de résidence secondaire qui fait l’objet de toutes les attentions du palomaire (chasseur de palombes).

Palombière dans un arbre
Palombière dans un arbre

Ainsi, il entretient la palomèra toute l’année. Il la camoufle par des branches ou des fougères qu’il faut remplacer régulièrement. En effet, une végétation sèche au milieu des arbres feuillus attire la méfiance des palomas. Au sol, le garage sert à cacher l’auto. De plus, dans la palomèra, il y a un lieu de vie, un poste d’observation et des postes de tir. Mais pas question de tirer sans que le vol de palomas ne se soit posé dans les arbres.

En général, on taille les arbres alentour pour dégager des branches qui serviront au poser des palomas. En effet, la vue doit être dégagée depuis la palomèra et les branches sont choisies pour accueillir un grand nombre de palomas.

Et les apèus

Mécanisme pour monter les apèus © Palombe.org
Mécanisme pour monter les apèus © Palombe.org

Pour faire poser un vol, il faut l’attirer par des apèus (appeaux). En fait, ce sont des pigeons ou des palomas attachés sur des raquettes manœuvrées par un réseau de fils tirés depuis la palomèra. Ils sont coiffés de la cluma (chapeau en cuir ou en fer que l’on met sur la tête de l’apèu pour lui cacher la vue afin qu’il ne soit pas effrayé).

Avant la période de chasse, on entraine les oiseaux pour qu’ils répondent aux sollicitations. Même, on les choie comme un membre de la famille. D’ailleurs, ils ont leur cabane au pied de la palomèra où ils se reposent la nuit et sont nourris pendant la saison de la chasse. Et c’est au palomaire de savoir quel apèu solliciter pour faire « tourner » le vol de palomas qui passe et le faire se poser.

Palombière, « sifflez ! »

Signalisation de palombière © Wikipedia
Signalisation de palombière © Wikipedia

Il règne un grand silence autour de la palomèra. En effet, aucun bruit ni mouvement suspect ne doit susciter la méfiance des palomas. Parfois, on trouve des panneaux « Palombière. Sifflez ». C’est que le visiteur doit prévenir de son arrivée par un shiulet (sifflement bref). Sans réponse, il ne doit pas bouger car cela signifie que des palomas approchent. En revanche, il peut avancer dès qu’il entend deux shiulets.

On trouve facilement la palomèra, bien camouflée à la cime d’un arbre, car le sol des alentours est bien propre. En effet, il faut pouvoir retrouver une paloma tombée après le tir.

Et on ne parle pas dans une palomèra, on chuchote. D’ailleurs, c’est le güèit (guetteur) qui donne les ordres. Chut ! il faut se taire. L’espion (apèu situé dans une cage en haut d’un arbre) s’agite, il a vu quelque chose. À vos postes ! Dans un sifflement, un vol approche. Fla-fla-fla, les apèus sont manœuvrés. Le vol se pose. Un, dus, tres… Pan ! les tireurs tirent ensemble. Quelques palomas tombent à terre.

Une vraie cabane

Retour de chasse à la palombe © www.abchasses.com
Retour de chasse à la palombe © www.abchasses.com

On équipe soigneusement la palomèra d’une table, de chaises, parfois d’un canapé, d’un frigo et d’une gazinière. Et la convivialité est de mise. Un rôti ou de la saucisse « échappés » d’un congélateur font l’affaire. Quelques champignons qui poussent sous la palomèra et quelques œufs vont aussi très bien. Certaines mauvaises langues disent même que les palomas n’ont pas de souci à se faire !

Et le soir venu, on redescend avec les palomas du jour qui feront un excellent salmi (salmis) servi pour les jours de fêtes.

Quand on veut honorer quelqu’un, on l’invite à la palomèra. S’il n’est pas un bon chasseur, on ne le laisse pas tirer au cas où il confonde paloma et apèu.

En fait, la chasse à la paloma est plus qu’une chasse, c’est un art de vivre. On est bien loin des « safaris » à la palombe où, pour quelques centaines d’euros, vous pouvez tirer ces oiseaux.

La chasse à la palombe, un art de vivre

La préparation de la saison de chasse à la paloma est longue. C’est une affaire de spécialistes qui s’y préparent tout au long de l’année. Puis, quand vient le moment, la « Maladie bleue » frappe le pays.

Quelques proverbes relatifs à la chasse à la paloma le rappellent :
A Sent Miquèu l’apèu, a Sent Grat, lo gran patac / À la Saint-Michel (29 septembre), on prépare l’appeau, À la Saint-Gratien (8 octobre), on tire.
A la Sent-Luc, lo gran truc / À Saint-Luc (18 octobre), le grand passage.
Et un dernier
A la Sent Martin la fin / à la Saint Martin (11 novembre) la fin.

Mais les palomas ne sont pas aussi précises que les proverbes. Elles passent un peu avant ou un peu après selon les saisons. En tout cas, s’il y a des glands, il y aura des palombes :
An de glanèra, an de palomèra / Année de glands, année de palombières.

Même le rugby fait appel aux palomas :
Tirar tà las palomas / tirer une chandelle au rugby. Cela rappelle le tir au vol.

Un plat traditionnel

Un salmis de palombe aux chanpignons © Marie-Claire
Un salmis de palombe aux champignons © Marie-Claire

Les grands jours, la paloma est au menu. Rôtie à la broche ou en salmi, c’est un véritable plat de fête. Elle régale les réunions familiales, les repas des chasseurs, des corsaires (amateurs de course landaise) ou du club de rugby. Si vous avez des palomas à faire cuire, suivez la recette du chef …

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Chasse à la palombe entre ciel et terre
La chasse à la palombe dans les Landes, INA, Hubert Cahuzac, 1989
Chasse a la palombe dans le bazadais, Tristan Audebert, 1907
La chasse à la palombe, au coeur de la construction identitaire du Sud-Ouest aquitain, Annales du midi, Pierre Hourat, 2018




Édouard Piette, le préhistorien

Édouard Piette (1827-1906) est un archéologue et préhistorien à l’origine de nombreuses découvertes en Gascogne.

Édouard Piette, des Ardennes à la Gascogne

Edouard Piette
Edouard Piette  (1827-1906)

Édouard Piette est Ardennais. C’est un avocat qui exerce dans le nord de la France. Il devient juge de paix et termine sa carrière comme juge au tribunal d’Angers. Et c’est aussi un géologue amateur qui s’intéresse à l’archéologie et à la préhistoire. Il fait de nombreuses découvertes dans sa région.

En 1871, il se voit prescrire une cure à Luchon. Là, il s’intéresse à la préhistoire des Pyrénées. Il dirige les fouilles de la grotte de l’éléphant à Gourdan-Polignan, celles de la grotte d’Espalungue (Espaluga en gascon veut dire grotte) près d’Arudy, celles de Lortet (ortet en gascon veut dire petit jardin), en Bigorre, celles du Mas d’Azil en Ariège et celles du site de Brassempouy dans les Landes.

Édouard Piette fouille aussi des tumuli du plateau de Lannemezan et du plateau de Ger en compagnie de Julien Sacaze. Lors de la construction de la gare d’Eauze, il sauve des inscriptions lapidaires gallo-romaines.

Plus tard, en 1881, alors qu’il est en cure à Cauterets , il publie un opuscule pour faire part d’une de ses découvertes. Dans sa préface, il écrit : Je viens d’apprendre que des individus plus pressés que moi voulaient publier ces inscriptions, [….]. Dans tous les pays, il y a de ces flibustiers de la science toujours prêts à s’emparer des découvertes d’autrui et à se mettre en travers d’une publication commencée par un autre. Ils pensent se faire valoir et ne mettent en relief que leur indélicatesse.

L’impressionnante collection d’Édouard Piette

Abbé Henri Breuil (1877-1961)
Abbé Henri Breuil (1877-1961)

Avec toutes ces fouilles, Édouard Piette rassemble une impressionnante collection d’objets préhistoriques dans sa propriété des Ardennes. Et il l’ouvre à l’abbé Henri Breuil (1877-1961) surnommé « Le Pape de la Préhistoire ». D’ailleurs, c’est l’abbé Breuil qui établit la chronologie préhistorique et la classification des industries lithiques (industries préhistoriques de la pierre). Il s’intéresse aussi à l’art pariétal et décrit les peintures des grottes du Tuc d’Audoubert et des Trois-Frères à Montesquieu-Avantès (Couserans) et celles de la grotte de Marsoulas (Comminges).

En 1902, Édouard Piette donne sa collection de 10 000 objets au Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain en Laye. C’est la plus riche collection d’objets préhistoriques au monde.  Ainsi, le public peut en découvrir une partie dans la salle Piette ouverte en 2008.

La Dame de Brassempouy

Pierre Eudoxe Dubalen (1851-1936)
Pierre Eudoxe Dubalen (1851-1936)

En 1880, on découvre la grotte du pape à Brassempouy. Pierre Eudoxe Dubalen (1851-1936), fondateur du Musée d’histoire naturelle de Mont de Marsan, entreprend de la fouiller. Aujourd’hui, le musée n’existe plus et ses collections dorment dans les réserves du musée de sculptures Despiau-Wlérick.

Douze ans plus tard, P-E. Dubalen découvre la Vénus de Brassempouy (aussi appelée Vénus à la poire) qu’il ne montre pas aux membres de l’Association Française pour l’Avancement des Sciences en visite à Brassempouy. Accusé de vol, Édouard Piette mène contre lui une violente campagne de dénigrement. Il faut dire qu’ils ne sont pas d’accord sur le classement des périodes préhistoriques.

Édouard Piette reprend les fouilles sur le site en 1894 et découvre la Dame de Brassempouy. Rien de spectaculaire. La statuette en ivoire de mammouth mesure 3,65 cm de hauteur. Pourtant, elle a été sculptée il y a 25 000 ans : c’est la plus ancienne représentation humaine connue dans le monde.

Édouard Piette découvre la Dame de Brassempouy © Wikipedia
Dame de Brassempouy © Wikipedia

La Maison de la Dame de Brassempouy ouvre au public en 2002. Elle rassemble les objets trouvés dans la grotte du Pape et notamment la reproduction de la fameuse Dame de Brassempouy et des 8 autres statuettes découvertes en même temps dans cette grotte.

On peut aussi y voir une reproduction de plusieurs autres statuettes découvertes en Europe, dont la fameuse Vénus de Lespugue. Henri Delporte, ancien directeur du Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain en Laye, qui termine les fouilles de Brassempouy en 1994, les offre au musée.

La grotte du Mas d’Azil

Située le long de l’Arize, la grotte présente un immense porche d’entrée. En 1857, une route la traverse.

L’abbé Jean-Jacques Pouech (1814-1892) mène des fouilles pendant 40 ans. Il s’intéresse aux nombreux ossements de mammouths, d’ours des cavernes et de rhinocéros. Trente ans plus tard, en 1887, Édouard Piette mène aussi des fouilles. Et il découvre des sculptures et des gravures, tandis que son ami Henri Breuil s’intéresse aux peintures pariétales de la grotte : bisons, chevaux, cerfs, poissons.

Au Mas d’Azil, Édouard Piette découvre des éléments de civilisation qu’il appelle l’Azilien. C’est le chainon manquant dans l’histoire de l’Humanité entre ce que l’on appelle l’âge du renne et l’âge de la pierre polie.

Puis, les fouilles reprennent en 1937 et permettent de découvrir un important lieu d’occupation humaine du Magdalénien. Ainsi, ils trouvent le propulseur dit du Faon aux oiseaux.

La grotte du Mas d’Azil est aménagée pour l’accès des visiteurs et le musée de la préhistoire a ouvert en 1981.

Au Mas d’Azil, Édouard Piette découvre des éléments de civilisation qu’il appelle l’Azilien : Harpons, propulseur dit du faon aux oiseaux, galet peint
Grotte du Mas d’Azil : Harpons, propulseur dit du faon aux oiseaux, galet peint

Les autres grottes explorées par Édouard Piette

La grotte des Espélugues (Espeluga en gascon veut dire la grotte) se trouve à environ 200 mètres de la grotte Massabielle (massavielha en gascon veut dire vieille masse ou vieux rocher) à Lourdes. Elle est lieu de fouille à partir de 1850. Et on y découvre des mains peintes, ainsi que la statuette en ivoire du cheval de Lourdes. M. Teilhac, conservateur des hypothèques à Lourdes, constitue une belle collection qui sera donnée à la Société archéologique du Tarn et Garonne en 1892. Édouard Piette publie les travaux de M. Teilhac.

Entre temps, Édouard Piette fouille la grotte de l’éléphant à Gourdan-Polignan entre 1871 et 1874. Elle présente des peintures rupestres éclairées par la lumière du jour, ce qui est extrêmement rare.

En 1873, il découvre la grotte de Lortet (Hautes-Pyrénées). Elle renferme des restes d’animaux et de nombreux objets, surtout des harpons et des flèches à barbes qui font la singularité de la grotte. Un bois de renne est gravé de rennes et de saumons. On distingue parfaitement les poils et les écailles.

À la vue des signes gravés sur des os ou de l’ivoire, Édouard Piette pense aux hiéroglyphes égyptiens. Peut-être y a-t-il un lien entre ces deux civilisations ? Alors, il interroge les plus éminents spécialistes de l’Égypte ancienne mais ses questions restent sans réponse.

Les recherches d’Édouard Piette ont largement contribué à la connaissance de la préhistoire en Gascogne. Les objets issus de ses fouilles, et celles des autres inventeurs, sont regroupés au Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain en Laye et au Muséum d’Histoire naturelle de Toulouse.

Statuette du cheval de Lourdes (65), canine percée de Gourdan-Polignan (31), Vénus de Lespugue (31)
Statuette du cheval de Lourdes (65), canine percée de Gourdan-Polignan (31), Vénus de Lespugue (31)

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

La collection Édouard Piette
L’Azilien pyrénéen : une culture originale ? Michel Barbaza, Sébastien Lacombe, 2005
L’art pendant l’Age du renne, Édouard Piette, 1907
La montagne d’Espiaup, Édouard Piette,  Juline Sacaze,1877




Auch, une longue et grande histoire

Auch que certains voudraient capitale de la Gascogne a connu un passé prestigieux avant de s’endormir après la Révolution française. Mais son histoire commence avant les Romains. Puis, archevêques et roi de France en assurent l’embellissement jusqu’à Napoléon III. D’ailleurs, sa devise est Tot solet no pòt Aush [Tout seul, Auch ne peut].

Des Aquitains aux Romains

Elimberri est la capitale du peuple des Ausques, Auscii en latin, qui lui donnent son nom actuel d’Auch, Aush en gascon. Les Romains l’appellent Augusta Auscorum.

Auch - Les fouilles de la villa, © INRAP
Auch, fouilles de la villa, © INRAP

Dans son itinéraire de 333 pour Jérusalem, le pèlerin inconnu la présente dans son document en latin, l’Anonyme de Bordeaux, comme chef-lieu de Civitas Auscius. Située au carrefour des routes de Saint-Bertrand-de-Comminges à Agen et de Toulouse à Bazas, la ville est prospère.

Cependant, c’est Elusa en latin, Eusa en gascon ou Éauze qui est la capitale de la Novempopulanie. Mais elle semble avoir été détruite lors du passage des Vandales en 408. Dès lors, Auch devient le principal centre urbain et administratif de la région.

Auch - Plan de la ville romaine
Auch, plan de la ville romaine

Pourtant on fait assez peu de découvertes gallo-romaines à Auch. L’Institut National de la Recherche Archéologique Préventive (INRAP) réalise des sondages et des fouilles sur la rive droite du Gers. En 2010, de nouvelles fouilles, réalisées avant des travaux sur le réseau du tout à l’égout, permettent de localiser le Forum. Puis, en 2017,  on retrouve les vestiges d’une villa aristocratique du 1er siècle, remaniée au IIIe siècle, avec un ensemble thermal et des mosaïques, le tout dans un état de conservation excellent. Enfin, en 2022, ce sont les vestiges de constructions qui l’on découvre sur la rive gauche du Gers, sans doute en limite de l’ancienne ville romaine.

Les temps troublés font délaisser la basse ville pour la haute ville qui s’entoure de remparts.

Cliquer sur le lien pour accéder à Un reportage de 6 minutes sur les fouilles de la villa romaine menées par l’INRAP  © Office de Tourisme Grand Auch Cœur de Gascogne

La création de l’Archevêché d’Auch

Nicetius, évêque d’Auch est présent au concile d’Agde en 506. Éauze, ancienne capitale de la Novempopulanie, est détruite une nouvelle fois au IXe siècle, peut-être par les Vikings. En tout état de cause, Auch est érigé en Archevêché en 856.

Au début de la Reconquista (722-1492), les évêchés de Calahorra, de Jaca et de Pampelune sont rattachés à l’archevêché d’Auch. Puis, en 1091, on rétablit l’archevêché de Tarragone. Cependant, l’Archevêque d’Auch gardera une influence politique jusqu’au XIIIe siècle et le titre de Primat de Novempopulanie et du royaume de Navarre jusqu’à la Révolution française de 1789.

Les archevêques et les grands travaux

Auch - la cathérale Saint Marie
Auch, la cathédrale Saint Marie © Wikipedia

François de Savoie (1454-1490) devient archevêque d’Auch en 1483. Il lance les travaux de la cathédrale Sainte-Marie sur les ruines de l’ancienne église romane. Elle ne cesse d’être embellie. C’est encore aujourd’hui, une des plus belles cathédrales du sud-ouest.

Les diocèses d’Aire, de Bayonne, de Bazas, de Comminges, de Couserans, de Dax, de Lectoure, de Lescar, d’Oloron et de Tarbes sont suffragants de l’Archidiocèse d’Auch. Supprimé en 1801 et rétabli en 1817, l’archidiocèse ne comprend plus que les évêchés d’Aire, de Bayonne et de Tarbes. En 1908, l’Archevêque d’Auch ajoute à son titre celui d’évêque de Condom, Lectoure et Lombez. Enfin, en 2002, le diocèse d’Auch n’est plus métropolitain et est inclus dans la province ecclésiastique de Toulouse. Au nom de l’histoire, il garde cependant son titre d’archidiocèse.

L’archidiocèse était le 4ème de France par ses revenus, après ceux de Cambrai, Paris et Strasbourg.

Auch conserve plusieurs témoignages de son passé d’archevêché. Outre la cathédrale Sainte-Marie, le Palais épiscopal occupé par la Préfecture et de nombreuses églises et couvents, il reste le palais de l’Officialité et sa Tour des Archives, haute de 40 mètres, appelée la Tour d’Armagnac, qui est à l’origine une prison épiscopale.

La fin des comtes d’Armagnac

Auch est la capitale des comtes d’Armagnac. Mais les conflits sont nombreux avec l’archevêque. Au XIIe siècle, ils trouvent un compromis : le comte et l’Archevêque se partagent la seigneurie de la ville. C’est ainsi que 16 consuls, 8 venant de la ville comtale et 8 de la ville épiscopale dirigent la ville. Alors les comtes établissent leur capitale à Lectoure.

La Mort de Jean d'Armagnac, lithographie de Delaunois d'après une peinture d'histoire de Louis-Henri de Rudder © Wikipedia
La Mort de Jean d’Armagnac, lithographie de Delaunois d’après une peinture de Louis-Henri de Rudder © Wikipedia

La Sénéchaussée d’Armagnac créée en 1473 se trouve peu de temps après installée à Lectoure, sans doute à la suite d’une épidémie qui a régné à Auch. Mais la ville veut récupérer son Sénéchal et le dispute à Lectoure. Plus de cent ans après, en 1639, on divise la Sénéchaussée d’Armagnac en deux : une partie relève d’Auch, une autre de Lectoure !

Les comtes d’Armagnac sont puissants et turbulents. De 1407 à 1435, ils soutiennent le roi de France contre les Bourguignons. Puis, ils se révoltent contre le roi de France. Alors, Louis XI envoie une armée qui assiège Lectoure en 1473. Jean V d’Armagnac est tué et c’est la fin de la maison d’Armagnac.

Que reste-il aujourd’hui de la ville médiévale ?

Auch, une pousterle

La liaison entre la ville haute et la ville base se fait par des ruelles très pentues parfois munies d’escaliers : les pousterles. Elles ont pour la plupart conservé leur nom gascon : la pousterle des colomats, postèrla deus colomats [poterne des pigeons], la pousterle de las oumettes, postèrla de las omètas [poterne des ormeaux], ….

 

 

 

Auch, l'escalier de la Maison d'Henri IV
Auch, l’escalier de la Maison d’Henri IV

Il reste de nombreux témoignages de la ville du Moyen-âge : ruelles étroites, traces des remparts, porte fortifiée d’Arton, restes de portes fortifiées pour isoler chaque quartier de la vielle ville. De la période Renaissance, il reste de magnifiques maisons à colombage comme la maison Fedel. La maison dite de Henri IV dans laquelle il aurait demeuré en 1578 avec Catherine de Médicis et Marguerite de Valois, sa future épouse, présente une cour et un magnifique escalier.

Auch, métropole de la Gascogne

Auch, l'Intendant d'Étigny
Auch, l’Intendant d’Étigny, à l’entrée des allées du même nom

En 1716, on réorganise les trop grandes Généralités de Bordeaux et de Montauban. Et on crée la Généralité d’Auch. Ses limites fluctuent dans le temps : 1751, rattachement de l’Intendance de Pau ; 1767,  création de l’Intendance de Bayonne ; 1774, regroupement des deux Intendances ; 1775, rattachement du Labourd, des Lannes, du Marsan et du Gabardan à la Généralité de Bordeaux ; etc.

L’édit prévoit la création d’un Bureau des finances composé d’un nôtre Conseiller Président, huit nos Conseillers Trésoriers de France Généraux de nos Finances & Grands Voyers dont l’un fera garde-scel, d’un nôtre avocat, un nôtre Procureur, d’un Greffier en Chef, d’un premier huissier Garde-Meubles, de quatre Huissiers & de six Procureurs postulants. Avec tout ce personnel, la prospérité de la ville est assurée.

Les bâtiments de l’Intendance se situent dans des maisons louées. L’intendant réside à Pau, plus commode.

L’intendant d’Étigny

C’est l’Intendant d’Etigny (1719-1767) qui s’installe à Auch qu’il trouve comme un gros village, affreux par sa situation, par ses abords et par mille defectuosités qui en rendent le séjour detestable.

Antoine Mégret d’Etigny transforme la ville d’Auch qui connait un véritable âge d’or. Ainsi, il fait élargir les rues pour faciliter la circulation, construire la place de la Patte d’Oie dans la basse-ville et la place de la Porte-Neuve dans la ville haute qui servent de carrefour aux routes royales qu’il fait construire. Il crée une voie nouvelle reliant les deux parties de la ville et le pont qui traverse le Gers, inauguré en 1715. Puis il fait construire le bâtiment de l’actuel hôtel de ville, l’hôtel de l’Intendance, le théâtre à l’italienne, une promenade (allées d’Etigny).

En 1759, on bâtit l’Hôtel de l’Intendance. Aujourd’hui, il ne subsiste plus qu’un bâtiment classé au titre des Monuments Historiques, occupé par La Poste. Une partie du mobilier et des décors ornent les salons de la Préfecture qui occupe l’ancien palais épiscopal.

Les embellissements du XIXe

À la suite du coup d’Etat de 1851, le préfet Féard initie une deuxième phase d’embellissement d’Auch. En effet, la ville se révolte et on déporte 338 Auscitains en Algérie. Aussi, pour calmer la situation, le préfet lance de grands travaux et donne du travail aux pauvres. Les aménagements reprennent en partie les projets d’Etigny qu’il n’a pu réaliser, faute de finances.

Antoine de Salinis (1798-1861), archevêque d’Auch de 1846 à 1861

De concert avec l’archevêque Antoine de Salinis, le préfet lance la réalisation du grand escalier monumental qui relie la partie haute et la partie basse de la ville. On démolit des bâtiments de l’archevêché pour créer la place Salinis. Au bout des allées d’Etigny, on construit un nouveau tribunal et une prison ; on installe des fontaines dans la ville. L’inauguration de l’escalier a lieu en 1863. Puis, le sculpteur tarbais Firmin Michelet réalise la statue de d’Artagnan en 1931. L’escalier monumental est entièrement rénové entre 2012 et 2015.

En souvenir de d’Etigny, on érige une statue de marbre en 1817 au centre de l’escalier qui mène à la promenade.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Auch, l'escalier monumental et la Tour d'Armagnac © Wikipedia
Auch, l’escalier monumental et la Tour d’Armagnac © Wikipedia

Références

Le concile d’Agde et son temps, Sous la direction de J.-C. Rivière, J.-P. Cros et J. Michaud, 2006

From Augusta Auscorum to Besino : investigating a section of the antique road Burdigala- Tolosa, Pallas, Fabien Colleoni, 2010

Influence des métropolitains d’Eauze et des archevêques d’Auch en Navarre et en Aragon, depuis la conquête de l’Espagne par les musulmans jusqu’à la fin du onzième siècle, Annales du Midi, Jean-François Bladé, 1897




Mégalithes et tumulus de Gascogne

Tout le monde connait les alignements de menhirs de Carnac en Bretagne. On connait moins les nombreux mégalithes et tumulus qui parsèment la Gascogne.

Les mégalithes gascons

Dolmen de Peyre Dusets à Loubajac (65)
Dolmen de Peyre Dusets à Loubajac (65)

La Gascogne est parsemée de menhirs isolés. Elle est très riche en mégalithes recouverts de terre, les tumulus (tumulus au singulier), témoins des civilisations du néolithique qui se sont développées entre -4500 et -2500 avant Jésus-Christ.

On les rencontre surtout sur le plateau de Lannemezan, le plateau de Ger, dans les vallées de Cauterets, d’Ossau, d’Aspe, de Soule, en Chalosse et dans le Tursan. Ce sont des tertres de terre pouvant mesurer jusqu’à 40 mètres de diamètre et 3,50 mètres de hauteur. Ils recouvrent des chambres funéraires.

À l’intérieur, on trouve des mégalithes (dolmens) avec des vases funéraires, des armes, des outils souvent en pierre. À cette époque, on brulait les corps avant leur enterrement comme en témoignent les charbons et restes d’os non calcinés trouvés dans la plupart des tumulus. Parfois, on retrouve des squelettes entiers. Cela montre l’existence de deux rites funéraires distincts.

Les tumulus des Landes, entre le Gave et l’Adour, sont plus petits que ceux du piémont. Leur diamètre ne dépasse pas 15 mètres et leur hauteur 2 mètres. Et ils ne contiennent pas de mégalithes. Leur mobilier est souvent en bronze, ce qui indique qu’ils sont construits à la fin du néolithique.

 

Les premières fouilles de tumulus

Dolmen - Fouilles du tertre du Pouy Mayou à Bartrès (Hautes-Pyrénées) durant l’hiver 1879-1880-1
Fouilles du tertre du Pouy Mayou à Bartrès (Hautes-Pyrénées) durant l’hiver 1879-1880

Les tumulus ont longtemps échappé à la curiosité. En effet, les premières fouilles n’auront lieu qu’à partir de 1823 sur le plateau de Ger qui compte 300 tumulus, puis sur le plateau de Lannemezan qui en compte une centaine.

Le premier témoignage écrit qui date de 1823 est celui de Marie-Armand de Davezac-Macaya (1800-1875), président de la Société Géographique. Le général de Nansouty (1815-1895), plus connu pour être à l’origine de l’observatoire du Pic du Midi, s’y intéresse. Mais, c’est au colonel de Reffye et surtout à son adjoint, le commandant Edgard Lucien Pothier, que l’on doit les découvertes faites entre 1869 et 1879 sur le plateau de Ger. En fait, si les militaires sont les premiers à s’y intéresser, c’est que le plateau de Ger comporte un vaste terrain militaire pour les manœuvres.

Lucien Pothier, futur général, répertorie les tumulus et en fouille méthodiquement 62. Il publie le résultat de ses recherches en 1900. Mais, les objets trouvés encombrent les armoires de l’école d’artillerie qu’il commande à Tarbes. Aussi, il transfère ses collections au Musée des Antiquités Nationales à Saint-Germain en Laye, en 1886.

Mobilier retrouvé dans les tumulus d’Avezac (65).
Mobilier retrouvé dans les tumulus d’Avezac (65).

Parallèlement, Edouard Piette (1827-1906) et Julien Sacaze (1847-1889) entreprennent les fouilles sur le plateau de Lannemezan. Edouard Piette a aussi fouillé de nombreuses grottes et sites préhistoriques. En 1902, il donne sa collection au Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain en Laye. Parmi les pièces, il y a fameuse statue de la dame de Brassempouy.

Près de 50 ans après ces premières fouilles, des spécialistes réalisent une nouvelle vague de découvertes en Gascogne. Aujourd’hui, c’est surtout le fait d’amateurs passionnés.

Répartition en Gascogne

Mégalithe de Guillay à Larrivière-Saint-Savin, Landes
Mégalithe de Guillay à Larrivière-Saint-Savin (Landes)

Comme nous l’avons vu, la plus grande concentration de mégalithes se trouve au pied des Pyrénées. Toutefois, on en rencontre dans toute la Gascogne, le long des anciennes voies de communication.

En Lot et Garonne, ils se concentrent autour de Villeneuve sur Lot et surtout de Nérac. Leur particularité est de comporter le plus souvent des allées couvertes. Mais, les fouilles entreprises n’ont pas fait l’objet de publications, si bien qu’on est très mal renseignés sur ces découvertes et leur contenu.

Plus à l’ouest, en Gironde, les sites sont peu nombreux. Ils sont aussi majoritairement à allées couvertes. On les trouve dans le nord du département où la pierre calcaire est abondante. Le sud de la Gironde étant sablonneux, on n’en connait aucun.

À l’est, en Haute-Garonne, où ils sont très peu nombreux, on les trouve surtout en Comminges, autour de Saint-Martory. La ville à d’ailleurs placé un menhir sur une place publique en 1962.

Enfin, dans le Gers, il ne reste plus que deux mégalithes visibles. Pourtant, Ludovic Mazeret (1859-1929) en a étudié plusieurs, tous situés au nord du département. Mais ils ont fait l’objet de dégradations liés à l’agriculture mécanisée ou pour servir de carrières. Il est vrai aussi qu’une fois fouillé, le tumulus est perdu. Et encore plus si les fouilles n’ont pas donné lieu à des publications.

Heureusement, on fait encore des découvertes. Par exemple, près de Grenade dans les Landes, lors d’un défrichement effectué en 1967, on trouve un menhir couché. On le relève et on découvre qu’il est gravé de signes néolithiques à son sommet.

Qu’est-ce qu’un tumulus ?

Un tumulus est une tombe. On construit un dolmen sous lequel on dépose des objets funéraires et les restes, calcinés ou pas, d’un défunt. Pour arriver à la chambre funéraire, on construit parfois une allée couverte, c’est à dire plusieurs dolmens mis bout à bout pour constituer un couloir. La chambre funéraire est parfois entourée d’un ou de plusieurs cercles de pierres.

On recouvre le tout de terre pour former un monticule qui peut faire plusieurs mètres de haut et plusieurs dizaines de mètres de diamètre.

Allée couverte de Barbehère et coupe du dolmen - Saint-Germain d'Esteuil(Gironde)
Allée couverte de Barbehère – Saint-Germain d’Esteuil (Gironde)

Néanmoins, on rencontre parfois des dolmens isolés. Bien souvent, le tumulus qui le recouvrait a été fouillé et il ne reste plus que les pierres.

Outre l’intérêt du tumulus lui-même, l’étude des objets funéraires nous renseigne sur le mode de vie des défunts et leurs rites funéraires.

Tumulus et mégalithes n’ont pu échapper aux Gascons qui vivaient autour d’eux. Curieusement, ils ne leur ont pas donné de noms particuliers. On les appelle pèiras (pierres) et on ajoute un qualificatif désignant leur aspect comme pèira quilhada, pèira hita (pierre levée, borne) ou simplement calhaus (cailloux). On appelle les tumulus tucs (tertres) ou tucs redons (tertres arrondis).

En revanche, les Gascons les associent à des saints locaux, et aussi à des géants, au Diable ou aux hadas ou encantadas (fées). Le savez-vous ? Les menhirs dansent en tournant sur eux-mêmes à minuit. Ils ont le pouvoir de rendre les femmes fécondes. Et même, dans le bordelais, ils peuvent signaler la proximité d’une source et guérir les maux liés aux yeux.

Autres formes de mégalithes

Tumulus, dolmens et menhirs se rencontrent dans le piémont pyrénéen et en plaine. Pourtant, d’autres formes de mégalithes existent, cette fois-ci en montagne. Ce sont les pasteurs qui pratiquent déjà la transhumance des troupeaux qui les érigent.

Cromlechs du plateau du Bénou en Vallée d'Ossau
Cromlechs du plateau du Bénou en Vallée d’Ossau

En vallée d’Ossau, par exemple, sur le plateau du Bénou, on trouve 80 cromlechs qui sont des cercles de pierre plantées dans le sol. La majorité ont un diamètre qui varie entre 3,5 et 5,5 mètres. Quelques-uns peuvent atteindre 11 mètres de diamètre. Ils sont tous construits sur des mamelons ou des replats qui offrent une vue dominante sur la vallée.

À la fin du XIXe siècle, l’abbé Châteauneuf, curé de Bielle, en donne une première description et fait des croquis. Il remarque que 16 cromlechs constituent une ligne droite et sont précédés d’un alignement de grandes dalles de 110 mètres de long. Il n’en subsiste plus que 50 mètres.

Leurs fouilles n’ont pas donné d’objets ou de restes funéraires. Si ce ne sont pas des tombes, à quoi pouvaient-ils servir ?

Sur le plan de Beret en val d’Aran, il y a de nombreuses traces d’habitat néolithique lié au pastoralisme. Le plus surprenant est un ensemble considérable de pétroglyphes (gravures sur la pierre) dont on ne connait pas la signification. Certains signes se retrouvent sur le menhir retrouvé près de Grenade dans les Landes. Isaure Gratacos s’y intéresse et publie un article très intéressant dans la Revue du Comminges (n°1, 2009).

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Poursuivre avec les stèles discoïdales de Gascogne.

Références

Les tumulus du plateau de Ger, Lucien Pothier, 1900, 5 volumes.
Les nécropoles du Premier âge du Fer dans les Landes de Gascogne, Bernard Gellibert, Jean-Claude Merlet, Sandrine Lenorzer, 9 février 2023.
Bulletins de la Société de Borda, de la Société Ramond, de la Société Archéologique du Gers, Société du Comminges




La Leira, un fleuve discret

La Leira est le nom gascon de La Loire. Mais c’est aussi le nom d’un fleuve gascon qui se jette dans le bassin d’Arcachon. Si peu de Gascons en connaissent l’existence, c’est le paradis des amateurs de canoë ou des amoureux de la nature.

La Leira, un fleuve bien discret

La Leira [Leyre ou L’Eyre en français] prend sa source dans les Landes. Ou plutôt, elle n’a pas de source puisque c’est la remontée de la nappe phréatique, affleurant en plusieurs endroits, qui l’alimente.

Son nom véritable est l’Eira, ancien toponyme qui, selon les spécialistes Bénédicte et Jean-Jacques Fenié, signifie tout simplement « eau ». L’usage l’a transformé en Leira.

La Leira parcourt 116 km avant de se jeter dans le bassin d’Arcachon. En fait, on peut même parler des Leiras car le fleuve est formé de la grande Leira et de la petite Leira qui se rejoignent à Moustey au horc d’Eira [hourc d’Eyre].

La petite Leira se forme entre Lucsèir [Luxey] et Retjons. Elle est calme et ses eaux sont claires. En revanche, la grande Leira nait près de Sabres et ses eaux sont noires, son cours impétueux.

La Grande Leyre © Laurent Degrave-PNRLG
La Grande Leyre © Laurent Degrave-PNRLG

Tout au long de son parcours, la Leira reçoit de nombreux affluents aux noms bien gascons dont : l’Escamat, le Monhòc, [Mougnocq] le Cantagrith, le Mordoat [Mourdouat], le Richet ou barrada deus claus, le Boron [Bouron] aussi appelé Hontassa, le Casterar, ou encore la Palhassa [Paillasse].

Plus globalement, son bassin versant est dans le parc naturel des Landes de Gascogne. Lorsqu’elle arrive dans le bassin d’Arcachon, la Leira forme un delta de 3 000 hectares qui est le refuge de nombreuses espèces d’oiseaux.

Et la belle réserve ornithologique du Teich couvre 120 hectares de ce delta.

La Leira, un grand intérêt écologique

Au cours de l’histoire, c’est avec la plantation de la forêt des Landes de Gascogne que la Leira présente un intérêt économique. En effet, elle sert au flottage du bois et elle alimente des forges, des fonderies, des verreries et des moulins.

Or, les activités économiques ont disparu. Alors, la Leira, bordée de prairies, s’est peu à peu cachée sous des feuillus, constituant une épaisse forêt galerie qui a poussé sur ses rives.

Composée de chênes, d’aulnes et de saules, la forêt amortit les crues, limite les matières en suspension et maintient les berges. Le microclimat ainsi créé abrite des espèces végétales devenues rares comme l’Osmonde royale ou le Drosera à feuilles rondes.

De même, la Leira abrite des animaux disparus ailleurs, comme la loutre, le vison, la cistude, la genette ou le murin à oreilles échancrées (une espèce de chauve-souris). Elle abrite aussi les larves de lamproie qui y naissent avant de gagner la haute mer. De plus, dans ses herbiers aquatiques, on trouve de nombreux poissons, ainsi que le brochet aquitain. À noter, des naturalistes décrivent cette espèce de brochet pour la première fois en 2014. L’animal se distingue des autres brochets par un museau plus court, des écailles et des vertèbres moins nombreuses.

Cistude et Loutre d'Europe © PNRLG
Cistude et Loutre d’Europe © PNRLG

Cette richesse écologique vaut à la Leira de nombreux classements de protection : classement d’une partie de son cours sur la commune de Mios en 1942, zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) en 1973 et 1984, enfin zone Natura 2000. Son delta est classé zone humide d’importance internationale en 2011.

Le parc régional des vallées de la Leyre et du val de Leyre est créé en 1970. Il porte aujourd’hui le nom de parc naturel régional des Landes de Gascogne.

Drosera rotundifolia & Osmunda regalis © PNRLG
Drosera rotundifolia & Osmunda regalis © PNRLG

Concilier écologie et tourisme

Le parc naturel régional des Landes de Gascogne conduit le programme de protection du fleuve.

Outre les actions d’information du public, des usagers et des riverains, le parc étudie la faune et la flore présentes dans le bassin de la Leira, entretient les rives et la forêt galerie, restaure les milieux, supprime les obstacles créés par l’homme (barrages ou digues inutiles), veille à supprimer la pollution (action micro plastiques), etc.

Fort heureusement, peu d’espèces invasives colonisent la Leira. Des érables negundo et des catalpas originaires d’Amérique du nord sont progressivement éliminés. On y trouve aussi quelques ragondins et des écrevisses de Louisiane, plus difficiles à attraper.

Toutes ces actions visent à restaurer le fleuve pour obtenir le label « Rivière sauvage ». Ce label décerné par l’AFNOR est une marque de reconnaissance du travail de protection et de valorisation du territoire concerné.

Le parc naturel régional conduit aussi une action exemplaire qui concilie tourisme et protection du milieu en favorisant la pratique du canoë sur la Leira.

En relation avec des professionnels partenaires, 8 lieux de mise à l’eau et de sortie d’eau des canoés offrent au public la possibilité de naviguer sur la grande Leira et de profiter de la nature protégée de la forêt galerie.

Si les promenades sont permises, les activités restent réglementées : horaires de navigation, interdiction des bivouacs, interdiction des cueillettes, etc. Bien entendu, toute activité nautique à moteur est interdite.

Les Vallées de la Leyre, eaux fauves et forêt-galerie - © PNRLG Sébastien Carlier
Les Vallées de la Leyre, eaux fauves et forêt-galerie – © PNRLG Sébastien Carlier

La réserve ornithologique du Teich

Des ornithologues amateurs proposent à la commune du Teich de créer une réserve sur le bassin d’Arcachon, dans le delta de la Leira. On le fait en 1972.

Ainsi, la commue acquiert des parcelles par échange avec des parcelles forestières communales. Le parc ornithologique voit le jour. Il devient réserve ornithologique et, si la commune en est toujours propriétaire, le parc naturel régional des Landes de Gascogne en prend la gestion.

323 espèces d’oiseaux y sont répertoriées, dont 88 y nichent. Cela en fait une zone exceptionnelle de reproduction et de nourrissage des oiseaux. En conséquence, la réserve du Teich propose des visites en bateau, des activités d’observation et de photographie des oiseaux.

Aigrette Garzette & Martin-Pêcheur © Réserve Ornithologique du Teich
Aigrette Garzette & Martin-Pêcheur © Réserve Ornithologique du Teich

La plupart des Gascons ne connaissent pas la Leira. Pourtant, ce fleuve gascon offre des milieux remarquables et une faune protégée qu’il faut découvrir au gré d’une promenade au rythme de la nature.

De plus, le fleuve entretient des contes et des légendes que l’on peut retrouver dans le livre La Leyre, contes et chroniques d’un autre temps de Serge Martin et Marnie, Dossiers d’Aquitaine, 2016.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

L’Eyre et sa vallée
Affluents de la grande Leyre
Rivières sauvages : la grande Leyre
Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne
Parc naturel, Site consacré au canoë sur la Leyre
Réserve ornithologique du Teich




La main d’Irulegi

La main d’Irulegi trouvée le 18 juin 2021 en Navarre est une découverte majeure pour tous les héritiers des Vascons. Elle est la preuve que notre langue ancienne a laissé des traces écrites.

La main d’Irulegi

Irulegi - plan de situation
Irulegi – plan de situation

Jusqu’à récemment, la langue euskarienne ne possédait pas de preuve de son existence avant le IVe siècle de notre ère. En plus de cela, les premières traces écrites connues du basque dataient, avant cette découverte, du XVIe siècle. Mais depuis peu, en novembre 2022, a été traduit le premier mot d’une série de cinq, sur un objet découvert le 18 juin 2021 sur la colline d’Irulegi.

Officiellement la découverte de cet objet apporte la preuve écrite la plus ancienne de la pratique du proto-basque. Cette langue était parlée dans un espace bien plus large que l’Euskadi actuelle. En effet, c’est dans tout l’espace aquitain que le proto-basque était utilisé, espace allant du Couserans jusqu’au début du massif des Cantabres et de l’estuaire de la Gironde jusqu’à l’Ebre. Les locuteurs de cet ensemble de langues étaient les Aquitains. Ces derniers deviendront les Vascons durant le Haut Moyen-Âge, et c’est à partir du XIe siècle que les textes différencieront les Gascons des Basques.

Irulegi - le champ de fouilles
Irulegi – le champ de fouilles

L’objet en lui-même est une main droite en bronze de 14,31 cm de hauteur, 12,79 cm de largeur et d’une épaisseur de 1,09 mm. Le texte gravé sur cette main est composé de 5 mots, 40 signes sur 4 lignes. Enfin, la main de la colline d’Irulegi date du 1er siècle avant JC, plus précisément du dernier tiers du 1er siècle, au moment de la guerre sertorienne (-80 av JC à -72 av JC).

Le système d’écriture révélé par la main

D’après Javier Velaza, professeur de philologie latine à l’université de Barcelone, les inscriptions suivent un système semi-syllabique emprunté au système d’écriture ibérique. Un semi-syllabaire est un système mixte employant dans le même temps des signes correspondants à des lettres et d’autres signes correspondants à des syllabes. Cependant, le professeur remarque que sur cette main est inscrite une variante. Le signe « T » est à l’heure actuelle inexistant dans l’écriture ibérique ; il est nécessaire d’ajouter que ce symbole figure déjà sur deux pièces frappées en territoire basque. « Les Basques ont emprunté le système d’écriture ibérique en l’adaptant à leurs caractéristiques » fait-il remarquer.

La main d'Irulegi
Irulegi – La main

Le premier mot inscrit sur la main est quasi transparent : sorioneku. Il est comparable au basque actuel, zorioneko signifiant « de bonne fortune ». Ainsi, cela prouve qu’il s’agit d’une inscription proto-basque et non ibérique ou celtibérique. D’après Jean-Baptiste Orpustan, professeur honoraire des universités Michel de Montaigne Bordeaux III, spécialiste en lexicographie, linguistique historique, littérature, onomastique, traduction en langue et littérature basques, les langues ibériques et proto-basque étaient des langues voisines et probablement proches d’un point de vue phonétique et structurel mais elles étaient sans doute deux langues bien distinctes.

Le basque actuel ne permettant pas de traduire les autres mots, en plus de deux millénaires, l’euskara a changé et son vocabulaire n’est plus forcément le même. Sabino Arano Goiri, fondateur du nationalisme basque avait créé de nombreux néologismes afin d’éviter une trop grande hispanisation du basque.

La fonction de la main d’Irulegi

Pour le linguiste basque Joaquín Gorrochategui, il reste beaucoup à faire pour en savoir plus. Notamment élucider les autres mots gravés sur la main d'Irulegi
Pour le linguiste basque Joaquín Gorrochategui, il reste beaucoup à faire pour en savoir plus. Notamment élucider les autres mots gravés sur la main d’Irulegi.

Au sujet de l’objet en lui-même, il avait surement une fonction apotropaïque.  C’était un objet conjurant le mauvais sort pour les habitants de la maison où on l’a trouvé. On a découvert une main similaire  à Huesca, mais sans inscription dessus ; cette main devait avoir la même fonction.

Aujourd’hui encore, on trouve des objets ayant la même fonction à l’entrée des maisons, sacré-cœur de Jésus, crucifix, fer à cheval, médaille de saint Christophe dans les voitures etc… Nos ancêtres n’étaient pas si différents de nous.

Seul témoignage de notre langue passée ?

Tumuli de Vielle-Aubagnan (plan de situation)
Tumuli de Vielle-Aubagnan – plan de situation

La découverte de cette main peut remettre en lumière une autre découverte datant de 1914 par Pierre-Eudoxe Dubalen : les tumuli de Vielle-Aubagnan.

Dans ces tumuli, parmi le matériel découvert (restes de cotte de mailles, casques, lance tordue…) Dubalen trouve également des restes de phiales (coupe sans pied ni anse). Sur ces coupes, des inscriptions sont présentes.

 

Première inscription de Vielle-Aubagnan

Sur ce premier phiale on pourrait  lire :

  • anbailku : lecture en 1956 de René Lafon, spécialiste de la langue basque
  • anbaikar : lecture en 1980 de Jürgen Untermann, linguiste
  • binbaikar : lecture de 1990, Jean-Claude Hébert, linguiste.

Seconde inscription de Vielle-Aubagnan

  • betiteen : 1956, Lafon,
  • titeeki : 1980, Untermann,
  • kutiteegi : 1990, Hébert.Si, dans ces coupes, le symbole « T » n’est pas présent, comme sur la main d’Irulegi, les deux phiales et la main démontrent une appropriation d’un des systèmes d’écriture ibérique dans l’espace aquitain. Et cela peut démontrer que les peuples de langue proto-basque étaient donc capables d’écriture, peut-être même de littérature (cf. utilisation apotropaïque de l’écriture sur la main d’Irulegi).

On constate également que les deux phiales dateraient de la fin du 2e siècle avant J.-C. La main d’Irulegi, elle, date du début du 1er siècle av. J.-C. On peut donc admettre que ces objets sont presque contemporains.
La main date de la guerre sertorienne (-80 à -72) et les phiales de la fin du 2e siècle av JC.

Utilisation partielle ou générale en Aquitaine ?

Cependant, si on ne peut conclure à une utilisation généralisée de l’écriture dans tout l’espace aquitain, nous pouvons acter de l’usage au moins partiel de l’écriture dans l’espace dit aquitain. Ces peuples-là étaient donc capables d’écrire et même de s’approprier un système d’écriture et le modifier à leur guise. La découverte de la main d’Irulegi est définitivement une découverte majeure.

Enfin, il est légitime de ne pas s’étonner que ces peuples soient capables d’écrire. Après tout, une partie des Celtes de la Gaule préromaine utilisaient les systèmes d’écriture ibérique et l’alphabet grec entre autres. La doxa déclarant que les Celtes avaient une culture essentiellement orale provient principalement du fait qu’ils avaient une transmission orale de leur culture/religion/histoire. Si les Celtes étaient capables d’écrire, tout comme les Ibères et les Celtibères, alors les Aquitains le pouvaient également.

Loís Martèth

écrit en orthographe nouvelle

Références

La mano de Irulegi
L’âge du Fer en Aquitaine et sur ses marges. Mobilité des hommes, diffusion des idées, circulation des biens dans l’espace européen à l’âge du Fer sous la direction de Anne Colin, Florence Verdin, 2011
L’ibère et le basque : recherches et comparaisons, Jean-Baptiste Orpustan, 2009
Les deux phiales à inscriptions ibériques du tumulus numéro III de la lande « Mesplède », à Vielle-Aubagnan (Landes).




Histoires de loup

Le loup a longtemps hanté les campagnes gasconnes. Et on lui a fait une chasse intensive, si bien qu’on aurait tué le dernier loup gascon à la fin du XIXe siècle. Le croyait-on disparu ? Le voilà de retour…

Les premiers Loups sont ducs de Gascogne

Alors que règnent les Mérovingiens, la Gascogne échappe à leur contrôle. Ce sont les Vascons qui la gouvernent. Certes, on en sait peu de choses, sinon par le biais de chroniqueurs francs qui les décrivent comme des « sauvages ».

Sanche I Loup de Gascogne
Sanche I Loup de Gascogne (? – 812)

Voilà que surgit Lop 1èr [Loup 1er], Duc des Vascons de 670 à 688. Lop II est Duc de 768 à 778. Étant considéré comme le responsable de la défaite de Roland à Roncevaux, le roi des Francs l’aurait fait destituer et exécuter.

Son fils, Sanche-Lop, est Duc de 800 à 812. Puis, il cède sa place à son frère Semen-Lop, Duc de 812 à 816. D’ailleurs, il serait le père du premier roi de Pampelune Eneko Arista.

En continuant, son fils Garcia-Semen gouverne pendant 2 ans avant de céder sa place à son frère Lop III Centolh, duc de 818 à 819. Bien que la fausse charte d’Alaon lui attribue deux fils : Centolh-Lop, vicomte de Béarn et Donat-Lop, comte de Bigorre, il semble qu’il n’ait pas eu de descendance.

Ensuite, on ne parle plus de Lops au duché de Gascogne.

Le loup ne s’attaque pas qu’aux troupeaux

François Grenier de Saint-Martin (1793-1867) - Petits paysans surpris par un loup
François Grenier de Saint-Martin (1793-1867) – Petits paysans surpris par un loup

Pierre Bordages, curé d’Estancarbon en Comminges écrit dans ses registres paroissiaux : « Le deux août 1761, les loups dévorèrent une fille de Pointis-Inard, on ne trouva que le crâne et les habits huit jours après. Le douze, ils tuèrent une fille de Villeneuve-de Rivière, la transportèrent assez loin, la mirent à nu et la meurtrirent. Le quatorze, ils tuèrent un garçon d’environ quinze ans à Beauchalot, et le seize, une femme de cinquante ans à Aulon, vers les huit heures du matin, et les autres à la même heure du soir, en gardant le bétail, ce qui mit l’alarme dans le pays, ces malheurs étant sans exemple ».

Jean-Marc Moriceau, professeur émérite d’histoire à l’université de Caen, a dépouillé des registres paroissiaux de 1580 à 1842. Il recense 18 000 cas de prédation de loups sur l’homme en France métropolitaine. Ainsi, il note que les loups attaquent surtout de jeunes enfants isolés. L’Auvergne, la Champagne et la Bretagne sont particulièrement concernées, alors qu’on n’en trouve presque pas en Normandie.

Les périodes les plus propices aux attaques de loups sont celles où on les chasse le moins, notamment pendant les troubles comme les Guerres de Religions.

La chasse aux loups / la caça a la lobatalha

Pour lutter contre les lops [loups], on organise de grandes battues et on verse des primes à ceux qui tuent des loups.

Blason marquis de Flamarens, grand louvetier
Blason du Marquis et du Comte de Flamarens, Grand Louvetier

Charlemagne crée la Louveterie / Lobateria en 813. À sa tête, un Grand Louvetier qui prête serment au roi. Il est assisté de Lieutenants et de Sergents de Louveterie / lobatèrs qui lui prêtent serment à leur tour. Gaston de Crossoles, Marquis de Flamarens est Grand Louvetier de 1741 à 1753, Emmanuel-François de Crossoles, Comte de Flamarens, occupe la charge de 1753 à 1780.

De plus, les seigneurs hauts-justiciers doivent organiser des battues tous les trois mois. Par exemple, le 13 mars 1712, on organise une chasse dans le bois du Marmajou à Vic de Bigorre. Les habitants doivent venir avec leurs fusils. Ceux qui sont absents sont pignorés de 3 livres et ceux qui tuent un loup sont récompensés. De même, le 12 mars 1775, la communauté de Lherm en Comminges délibère sur la dépense de 10 livres 11 sols occasionnée par une chasse aux loups ordonnée par le Subdélégué et « sur quel essaÿ il ne pareu que beaucoup de pies & de corbeaux, et non de loups, comme nen paroissant point dans ce paÿs, que fort rarement ».

Insigne d'un lieutenant de louveterie contemporain
Insigne d’un lieutenant de louveterie contemporain

Mais le versement de primes conduit à des abus qui entrainent la suppression de la Louveterie en 1787. Puis, les guerres de la période révolutionnaire entrainent la multiplication des attaques de loups sur les soldats, si bien que Napoléon la rétablit en 1804.

Les Lieutenants de Louveteries existent toujours. Et la loi de 1971 les charge de veiller à réguler les nuisibles et à maintenir l’équilibre de la faune sauvage.

Le Baron de Ruble, chasseur de loups en Gascogne

La loi du 3 août 1882 facilite la destruction des loups. D’après le Bulletin du Ministère de l’agriculture, on a tué 1 316 loups en 1883, 760 en 1886 et 515 en 1889. En 1940, il ne reste plus de loups en Europe, sauf en Espagne et en Italie.

Baron Paul-Joseph-Alphonse de Ruble (1799-1896)
Baron Paul-Joseph-Alphonse de Ruble (1799-1896)

Le Baron Paul-Joseph-Alphonse de Ruble (1799-1896) est Lieutenant de louveterie en 1830. Il habite le château de Bruca sur la commune de Blanquefort dans le Gers. En fait, il parcourt la Gascogne pour chasser le loup.

Pour mieux y parvenir, il croise des chiens et crée une race des Bleus de Gascogne appelés Chien de Ruble.

Finalement, en 1848, le Baron de Ruble tue le dernier loup du Gers entre Lectoure et Fleurance. La chasse nous est racontée par les témoins : « Huit heures dura la chasse, d’un train d’enfer, par monts et vallées, mais en vain. Harassés, hommes, chevaux et chiens durent s’arrêter. Plus madré qu’un ancien, le jeune loup avait disparu aux alentours d’un vaste étang… Dix-sept jours de suite, la bête fut relancée, poursuivie à outrance. Enfin les chasseurs l’emportèrent. Le loup squelettique fut forcé et l’hallali sur pied fut sonné. L’explication de ce mystère est que, chaque jour, la bête sur ses fins se réfugiait à la nage sur un minuscule îlot broussailleux au centre de l’étang. Elle en sortait la nuit pour aller se nourrir ».

Il est de retour

Présence du loup en Europe de l’Ouest (source Large Carnivore Initiative for Europe)

Que’s lobatèja [On crie au loup]. On a aperçu les deux premiers loups en 1992 dans le Mercantour. Il progresse rapidement : on le voit dans les Vosges en 2011, dans l’Aude en 2014, puis dans le Tarn. En Gascogne, on observe le premier loup à Troncens dans le Gers en 2012. Des rumeurs le font apercevoir en Béarn, en Bigorre, en Ariège. En fait, il revient dans toute l’Europe.

Le loup est un carnivore. Il mange des cerfs, des chevreuils, des sangliers mais ne dédaigne pas les lapins, les oiseaux, les œufs, les grenouilles et même les baies sauvages. On sait que la présence du loup contribue à réguler la population d’ongulés (cerfs, chevreuils, isards, chamois, sangliers, etc.) et à améliorer leur état sanitaire car il chasse les plus faibles et les animaux malades. Il s’attaque aussi aux troupeaux qui ne représentent que 8 % de son alimentation.

Le loup vit en meutes de 5 à 6 individus. À la recherche d’un nouveau territoire, un loup peut parcourir plusieurs dizaines de kilomètres par jour. C’est ce qui explique que l’on en voit çà et là de manière isolée.

Aujourd’hui, le loup fait partie des animaux protégés. On en compte plus de 600 en France.

Un Plan national d’actions couvre la période 1998 à 2023. Il vise à limiter l’impact du loup sur l’élevage : installation de parcs électrifiés, achat de chiens de protection, gardiennage des troupeaux, lutte contre les chiens errants qui font aussi beaucoup de ravages dans les troupeaux. Lorsqu’on constate une attaque, la réglementation prévoit que l’éleveur reçoive des indemnisations.

Comparons chiens et loups

Sa place dans la culture populaire

Un si long voisinage avec l’homme n’a pas manqué d’inspirer nombre de contes et de fables.

Par exemple, La Fontaine écrit Le loup et l’agneau. Un auteur bayonnais anonyme (peut-être François Batbedat) traduit ses fables en gascon en 1776 avec le titre Fables causides de La Fontaine en bers gascouns :

Le Loup et l'Agneau - Les Fables de La Fontaine illustrées par G. Doré (Gallica)
Le Loup et l’Agneau – Les Fables de La Fontaine illustrées par G. Doré (Gallica)

Un agnét en ibe aigue pure
Que bebé delicademen :
Bin un loup cercan abenture ;
Lou querela brutalamen.
………………..
Atau sur lo prat, sus la bignbe,
Aus petits lous grans cerquen grigne ;
Qu’ous minyen, qu’ous gahen l’aryen.
Sauva qui pot dequere yén.

Jean-François Bladé (1827-1900) a recueilli plus de 10 contes populaires avec des loups : La Messe des loups, Le loup malade, La chèvre et le loup, Le loup et l’enfant, etc. Naturellement, le loup n’a jamais le beau rôle et fait les frais de l’histoire !

Le gascon est riche d’expressions comme Minjar com un lop [manger beaucoup et avec voracité], Hicà’s dens la gòrja deu lop [se jeter dans la gueule du loup], Un vente de lop [un ventre affamé], Un caishau de lop [une molaire ou quelqu’un de vorace], Qu’a entenut a petar lo lop [il a une grande connaissance], Tuar eth lop [faire bombance], Ací, que i a un lop [se dit quand on rencontre une difficulté], etc.

Le loup est également présent dans la toponymie gasconne : Lupiac, La loubèra, Pouyloubrun, etc.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références.

Revue de Gascogne
Fables causides de La Fontaine en bers gascouns, 1776, Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus.
Dix contes de loups, Jean-François Bladé, La Bibliothèque électronique du Québec
Notice sur la vie et les travaux du baron de Ruble lue dans la séance du 11 août 1899,  Henri Thédenat
Le loup en France, Office Français de la biodiversité
Le loup ni ange ni démon, Site du WWF France




Le bleu de Gascogne

Les chiens accompagnent les hommes à la chasse. Au cours du temps, les races ont été améliorées ou croisées pour donner des chiens aptes à tous les types de chasse. Justement, le bleu de Gascogne est adapté à la chasse à courre.

Le bleu de Gascogne

Le livre de chasse, folio 68
Le livre de chasse, folio 68

Le bleu de Gascogne est un chien de chasse. Il mesure de 62 à 72 cm, pèse environ 30 kg et son poil est moucheté de noir et de blanc, ce qui lui donne un aspect bleuté.

C’est une race ancienne dont on trouve mention dès le XIVe siècle. On l’utilisait alors pour chasser le loup, le sanglier ou l’ours. D’ailleurs, Gaston Febus le décrit dans son Livre de la chasse ; le bleu de Gascogne composait sa meute, forte de 1600 chiens dit-on. Henri IV possédait également une meute impressionnante de grands bleus. Faisant preuve d’endurance et fin limier, il est aussi efficace pour la chasse au lièvre.

Grand bleu gascon
Grand bleu de Gascogne

Côté comportement, c’est un chien très doux. Attaché à son maitre, il a besoin que l’on s’occupe de lui. Il est patient avec les enfants et adore jouer avec eux. Bien sûr, comme tout chien de chasse, il a besoin de se dépenser et nécessite de l’espace. Ce n’est pas un chien d’appartement !

De façon inattendue, le bleu de Gascogne est l’ancêtre du Bluetick Coonhound du sud des Etats-Unis. Comment est-il arrivé là ? Tout simplement, le Marquis de la Fayette a offert plusieurs bleus de Gascogne à Georges Washington. Ensuite, lors de la Révolution française, des émigrés en Louisiane en ont emmené d’autres.

Une race qui a failli disparaitre

Très commun jusqu’à la Révolution française, le bleu de Gascogne faillit disparaitre avec la suppression du droit de chasse seigneurial. En effet, la chasse à courre perd de son importance et le nombre de meutes diminue. Le bleu de Gascogne n’a plus d’utilité.

À cette époque, la Révolution accorde le droit de chasse à tous les citoyens. Et pour chasser le petit gibier, il faut des chiens mieux adaptés.

Cependant, on sélectionne le bleu gascon pour donner de nouvelles races de chiens : le petit bleu, le basset bleu de Gascogne et le griffon bleu de Gascogne. Le bleu de Gascogne aurait pu disparaitre. Heureusement, Alain Bourbon, chasseur et éleveur passionné de Mayenne, intervient.

Alain Bourbon et sa passion pour ce chien

Alain Bourbon possède le château du Bignon, à Beaumont-pied-de-bœuf, et un chenil qui fait pâlir d’envie les meilleurs spécialistes.

Passionné par la chasse, il se lance dans l’élevage des chiens. Il déclare au journal Le Sport universel illustré de 1903 : « Je vois mes chiens chaque jour au chenil et à la chasse, je veux qu’ils me donnent partout satisfaction, ici en travaillant à l’égal des meilleurs, là en flattant mon sens esthétique ».

Alain Bourbon fait des croisements pour retrouver la pureté de la race du bleu de Gascogne et améliorer ses caractéristiques. Il présente ses chiens aux meilleurs concours d’élevage et remporte les plus beaux prix.

Il entretient une meute de bassets de Gascogne qu’il contribue à sauver de l’oubli.

Le basset bleu 

Le journal L’éleveur mentionne pour la première fois en 1893 le basset bleu : « Dans une famille de chien courants de Gascogne apparut, il y a 7 ans, un couple de chiens bassets dont on a tiré une race de Bassets Gascons ».

Basset bleu de Gascogne
Basset bleu de Gascogne

Dans son ouvrage sur les chiens, le vétérinaire Paul Dechambre (1868-1935) le décrit ainsi : « Le basset gascon a les oreilles très longues, fortement membré, la truffe volumineuse, le dos très allongé, les membres courts, forts et toujours tordus. La taille varie de 0,30 à 0,36 m la robe est truitée bleue gris à taches noires avec des mouchetures de feu au museau, sur les yeux et sur les membres. Les bassets gascons sont une des meilleures races pour le lièvre et pour le chevreuil ».

Le basset bleu gascon a presque totalement disparu. Le journal Le Sport universel illustré du 5 juillet 1903 dit que « M. Alain Bourbon s’efforce de refaire l’ancien basset bleu, ses premiers essais sont satisfaisants, il a déjà obtenu quelques chiens bien dans le type, très débrouillards et très bien gorgés ». Pourtant, depuis 1980, on compte environ 150 naissances par an.

Les autres bleus de Gascogne

Petit bleu de Gascogne
Petit bleu de Gascogne

Le bleu de Gascogne, aussi appelé le grand bleu gascon, a donné le petit bleu, plus court sur pattes. Il est issu de la sélection naturelle et serait apparu au XVIe siècle. Il est adapté pour la chasse au sanglier et au lièvre. Le journal Le petit bleu qui parait à Agen dit qu’il a « Des yeux à vous attendrir un gangster en colère, un assassin au bord du crime, ou un politique au seuil d’une promesse électorale, c’est dire s’il peut faire chavirer les cœurs les plus endurcis… ».

Le griffon
Le griffon bleu de Gascogne

Le griffon bleu de Gascogne est issu de croisements anciens avec le griffon vendéen. Il n’en restait plus que 10 en 1977. On compte aujourd’hui près de 800 naissances chaque année.

Les standards sont établis en 1919 et 1920. Mais la Fédération Cynologique Internationale (FCI) ne reconnait les différentes races qu’en 1963.

Des clubs d’amateurs se sont crées autour de ces chiens. Tout d’abord le club Gaston Phoebus en 1907. Aujourd’hui, le club du Bleu de Gascogne, Gascon saintongeois, ariégeois rassemble plus de 1000 adhérents.

Les bleus de Gascogne sont appréciés dans le monde entier. Malheureusement, il y a peu d’élevages de chiens bleus en Gascogne. Et les meilleurs spécialistes sont souvent étrangers.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Wikipédia
www.chiens.com
Le chien. Races, élevage, alimentation, hygiène, utilisation, Paul Dechambre, 1921
Standard FCI n°35, Basset bleu de Gascogne, Fédération Cynologique Internationale




L’Église Saint-Austrégésile de Mouchan

L’église Saint-Austrégésile de Mouchan est probablement la plus ancienne église romane du Gers. Un nom étrange en pays d’Armagnac ?

Le village de Muishan ou Mouchan

Mouchan - L'église Saint Austrégésile
Mouchan -L’église Saint Austrégésile

Mouchan est un petit village à 13 km au sud-ouest de Condòm [Condom] en allant vers Èusa [Eauze] qui est à 20 km. À l’époque aquitano-romaine, une grande villa, dont on a retrouvé des restes, s’implante sur le plateau en rive gauche de la rivière Osse. Elle aurait appartenu à un certain Muscius.

Les fouilles montrent aussi des traces plus tardives d’habitations mérovingiennes (VIe siècle) ainsi que d’une église.

Au cours du temps, le nom de cet emplacement évolue. On évoque divers noms comme Muscianus ou Muiscian.  Finalement, ce sera Muishan [prononcer Muchan] dans la langue du pays puis, bien plus tard, en français, Mouchan.

Les bénédictins s’installent

Mouchan - La rivière de l'Osse
Mouchan – La rivière de l’Osse

Au IXe siècle, les bénédictins construisent un monastère sur la rive droite de l’Osse, dans la ribèra [plaine de la rivière] marécageuse. Ils drainent le terrain et le rendent propre à la culture, bâtissent une petite église.

Rapidement, des personnes s’installent à proximité et constituent une sauvetat ou plutôt une sauva tèrra [sauveté]. La sauveté est, dans nos pays, une zone franche, délimitée par des bornes de pierre, où les personnes sont sous la protection du monastère et ne peuvent être pourchassés. Voir article Des sauvetés aux bastides gasconnes. Ce n’est pas rare, ce siècle est une période de construction d’églises, de prieurés… Peut-être l’approche de l’an 1000 et des peurs associées ?

Saint Austrégésile rejoint Mouchan

Pendant ce temps, la France subit des invasions normandes. Elle veut mettre les reliques des saints à l’abri. L’une d’elles est la relique de Saint Austrégésile (551-624), appelé Saint Outrille en dialecte berrichon. L’homme fut archevêque de Bourges et acquit une jolie réputation en guérissant des aveugles, des paralytiques et des hystériques. D’ailleurs, le livre Vita Austrigisili episcopi Biturigi raconte, en latin, la vie de ce saint.

Guillaume le Pieux duc d'Aquitaine
Guillaume le Pieux, duc d’Aquitaine (vers 875-918)

L’archevêque est d’ascendance wisigothe, il est même le premier archevêque d’ascendance wisigothe. Où le mettre à l’abri des Normands sinon dans l’ancien royaume wisigoth que constitue la Gascogne ?

Ainsi, l’église de Mouchan reçoit en 1060 les reliques de Saint Austrégésile. Très vite, en 1089, l’abbaye intègre le réseau de Cluny et devient un doyenné. Rappelons que c’est Guillaume 1er, duc d’Aquitaine et comte d’Auvergne, qui fonde l’abbaye de Cluny le 11 septembre 909. Cette abbaye, située en Bourgogne, est un centre culturel majeur, un lieu de renouveau et de réforme de la règle de Saint Benoit.

Saint Austrégésile sera ensuite rattaché au prieuré de Saint Orens d’Auch en 1264.

Mouchan est bien placée

Mouchan - Pont roman sur l'ancienne route de Saint-Jacques-de-Compostelle venant du Puy-en-Velay
Mouchan – Pont roman sur l’ancienne route de Saint-Jacques-de-Compostelle venant du Puy-en-Velay

Si Mouchan n’est pas bien grande, elle est bien placée car elle est sur ce que l’on appelle aujourd’hui la via Podiensis, un des quatre chemins de pèlerinage vers Saint Jacques de Compostelle. Elle passe par Condom, Mouchan, Eauze puis file vers Saint-Jean-Pied-de-Port et Roncesvals ([Ronceveaux].

Ainsi, en passant par Mouchan, les pèlerins peuvent demander l’aide du saint pour soigner leurs maladies nerveuses. Hélas, au XIIIe siècle, le nouveau pont de l’Artigues, à trois km au nord de Mouchan, facilite le passage des pèlerins. Comble de malheur, la Orden de Santiago [l’Ordre de Saint Jacques de l’Épée] établit à côté du pont une commanderie, un hôpital et une église. Et Mouchan reçoit bien moins de pèlerins.
Toutefois, le chemin Condom-Eauze reste pratiqué. Au XIVe siècle, on note que des pèlerins, revigorés par l’aiga ardente [voir article L’armagnac le nectar des dieux gascons], emportent parfois ce breuvage afin de continuer à se soigner et à fortifier leur foi…

Via podiensis
Via Podiensis du Puy en Velay à Roncevaux

Mouchan est attaquée

Gabriel de Lorges, comte de Montgomery (1530-1574)
Gabriel de Lorges, comte de Montgomery (1530-1574)

Mouchan se consolide. Durant la Guerre de Cent Ans (1337-1453), on construit des remparts, des courtines, des tours. Hélas, cela n’arrête pas Édouard de Woodstock, dit le Prince Noir, alors prince d’Aquitaine. Lors d’une de ses chevauchées brutales et sanguinaires, en 1369, il détruit le village.

Plus tard, Gabriel de Lorges (1530-1574), comte de Montgomery, est un défenseur des protestants. Au cours des guerres de religion, il incendie la charpente de l’église et du prieuré. Les voutes de la nef et du clocher s’effondrent. Le doyen se réfugie à Auch, les moines quittent Mouchan.
L’église est affermée à un prêtre séculier et devient une église paroissiale.

L’évolution de l’église

Saint-Austrégésile - le choeur
Saint-Austrégésile – le choeur

Au départ, l’église est toute simple. Une tour de guet, carrée, est ajoutée fin Xe ou début XIe. Très vite, les moines agrandissent l’église pour répondre aux besoins de la sauveté. Ils ajoutent une nef, une abside, un portail au nord pour accéder au cloitre.

Après le départ des moines, au XVIIe siècle, on restaure l’église. Ainsi on ferme le portail nord qui donnait sur le cloitre puisqu’il n’y a plus de cloitre ni de monastère. L’entrée se fait par le sud. Si la voute est réparée, ce ne sera pas le cas du clocher.  Bien sûr, les fresques sont recouvertes car, à cette époque, on rejette l’art médiéval. Enfin, les villageois récupèrent des pierres du monastère pour leurs propres maisons.
Chapiteau 1Avec le temps, l’église se délabre. Entre 1843 et 1885, le père Jean Blain lance de grands travaux de restauration, avec de nombreuses modifications. En particulier, on surélève la nef et le chœur. Malheureusement, on recouvre les pierres de ciment et on nettoie les fresques. On ajoute des vitraux et un œil de bœuf.

Les particularités de l’église

Saint-Austrégésile - La croisée de transept
Saint-Austrégésile – La croisée de transept

Quelques éléments sont tout à fait remarquables. Par exemple, la croisée du transept est d’une grande pureté. C’est d’ailleurs grâce à elle principalement que l’église est classée monument historique en 1921. En effet, bien que de forme plein cintre (arc semi-circulaire), elle ne possède pas de clé de voute, cette pierre centrale en forme de coin qui permet de soutenir la voute. Elle annonce ainsi les nouvelles techniques de voutes en ogive au sud de la France. C’est peut-être la première ou, en tous cas, une des premières.

 

Saint-Austrégésile- Les arcades du choeur ornées de losanges
Les arcades du choeur ornées de losanges

Autre point remarquable : Les arcades sont ornées de losanges (chœur) ce qui est assez rare à l’époque romane. Certains y voient une influence mozarabe, car les artisans se déplacent des deux côtés des Pyrénées sans grande restriction.

Église Saint-Austrégésile de Mouchan (32). Modillon de l'abside
Église Saint-Austrégésile – Modillon de l’abside

Enfin, les sculptures à l’extérieur donnent une idée de la liberté d’expression au moyen-âge : ours, couple enlacé…

Depuis 2005, Mouchan adhère à la Fédération des sites clunisiens.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle.

Références

 

Julie Chaffort à l’église de Mouchan
Le village
Mouchan
église Saint-Austrégésile
Histoire de la commune