Les chiens des Pyrénées

Le chien des Pyrénées ou pastor en gascon, patou est une ancienne race déjà décrite par Gaston Febus. Il accompagne les bergers pour protéger les troupeaux. Il ne faut pas le confondre avec le berger des Pyrénées.

Un grand chien de garde

Le patou des Pyrénées © Wikipedia
Le patou des Pyrénées © Wikipedia

Le pastor est un grand chien aux poils longs et blancs. On l’appelle aussi patòla ou patòc (pataud). C’est à la fois un chien de garde des troupeaux et un chien de compagnie. Il gardait même les châteaux au moyen-âge. Et on le voit plus tard à la cour de Louis XIV.

Au cours du temps, il s’est fait de plus en plus rare dans les campagnes. On le redécouvre en 1965 avec le feuilleton télévisé « Belle et Sébastien » de Cécile Aubry. Depuis, avec le retour des grands prédateurs (loup, lynx et ours), on l’utilise de nouveau pour la protection des troupeaux.

À quoi ressemble le pastor ?

Ce grand chien des Pyrénées mesure 80 centimètres de haut. Sa tête est énorme, sa queue est épaisse et rabattue. Lorsqu’il est en éveil, elle se redresse formant une roue jusqu’à toucher ses reins. On dit : que hè l’arrodèra (il fait la roue).

Un enfant h-jouant avec une chien berger des Pyrénées © Élevage de Chiens de Montagne des Pyrénées du Pic de Viscos
© Elevage de Chiens de Montagne des Pyrénées du Pic de Viscos

II a de quoi impressionner les gens qui ne le connaissent pas. Pourtant, il est calme et doux avec les enfants. Il est capable de reconnaitre des personnes qu’il n’a pas vu depuis longtemps mais, s’il détecte un intrus, il s’interpose et aboie. Et il aboie fort ! Plutôt que d’investir dans un couteux équipement d’alarme, il vaut parfois mieux mettre un pastor dans son jardin. Seul problème, il lui faut beaucoup d’espace. Petits jardins de ville à exclure donc.

Les bergers apprécient cette qualité de défense. Ils l’élèvent avec leurs moutons dès son plus jeune âge. Il nait souvent dans la bergerie. Ainsi, il considère les moutons comme sa famille. Cela peut poser d’ailleurs des problèmes dans les estives à cause des promeneurs qui s’approchent trop près des troupeaux. Un éleveur a d’ailleurs été condamné en 2021 à une amende avec sursis car son pastor avait mordu un touriste.

Un chien trop jeune cherche aussi à s’amuser. Il arrive qu’il blesse des moutons en s’amusant. Pour l’éviter, la présence d’un chien expérimenté est primordiale pour parfaire son éducation.

Le chien berger des Pyrénées ou labrit

Un labrit des Pyrénées © Wikipedia
Chien berger labrit des Pyrénées © Wikipedia

Le chien de montagne est souvent confondu avec le labrit, un chien de bergers. D’ailleurs, dans un troupeau, on peut rencontrer les deux chiens, chacun ayant sa fonction particulière.

Le labrit est de plus petite taille, à peine 50 centimètres, au poil fauve, gris ou noir. Sa truffe est noire et il ressemble parfois à un ours. C’est un chien vif et robuste. Il résiste aux intempéries (il est rarement malade) et sait jeuner quelques jours. Il mange même de l’herbe pour tromper sa faim.

 

Une famille de Barèges et son chien berb-ger Une famille à Barèges, Alfred Dartiguenave (1855-1856) © Wikipedia
Une famille à Barèges, Alfred Dartiguenave (1855-1856) © Wikipedia

Tout comme le pastor, le labrit doit être élevé avec des moutons ou même des chats. Plus grand, il aboie contre des animaux qu’il ne connait pas.

C’est aussi un excellent compagnon. On voit rarement un labrit en dehors des montagnes.

Le labrit et la grande guerre

"Le chien Satan a trasmis des messages qui ont sauvé la vie d'un régiment" © education.1I124.com
« Le chien Satan a transmis des messages qui ont sauvé la vie d’un régiment » © education.1I124.com

Il doit sa notoriété à la guerre de 1914-1918. À partir de 1916, on le recrute grâce à ses qualités olfactives. Il accompagne les patrouilles et cherche les blessés. Roublard et rapide, il fait une excellente estafette pour porter des messages à travers les lignes. Mais il paie un lourd tribut à la guerre.

Le Journal La protection des Animaux de la région lyonnaise de septembre 1923 raconte la mort d’un labrit au front : « Quand après vingt-six jours de tranchées, nous arrivâmes dans cette ferme incendiée pour gouter un peu de repos à l’abri de ses toits défoncés et de ses murs croulants, un chien nous fit les honneurs du logis. Je dis un chien, mais de prime abord, avec son pelage fauve, sa queue en panache, son échine courbe, ses yeux ronds et phosphorescents, on eût plutôt cru un renard famélique chassé des forêts d’Argonne par la mitraille, et rôdant là en quête de quelque vague aubaine [….] ».

Tout comme le pastor, le labrit doit être élevé avec des moutons ou même des chats. Plus grand, il aboie contre des animaux qu’il ne connait pas.

Le chien des Pyrénées et la lutte contre les prédateurs

Le chien berger au milieu de ses moutons © Wikipedia
Chien des Pyrénées au milieu de ses moutons © Wikipedia

Le grand chien des Pyrénées, le pastor,  vit au milieu du troupeau. En cas d’approche d’un loup ou d’un ours, il s’interpose entre le troupeau et le prédateur. C’est pour cela que les bergers lui mettaient un collier à clous. En cas de bagarre, cela lui donnait l’avantage.

Les blessures survenues au cours de la bagarre concernent surtout les jeunes chiens. Car ils vont trop vite au contact du prédateur. Un chien plus âgé et plus expérimenté s’interpose seulement. Et s’il y a plusieurs chiens dans le troupeau, un seul va au contact, les autres se reposant sur lui.

En tout cas, il est certain qu’un troupeau protégé par des chiens de garde est moins souvent attaqué par les prédateurs. Les attaques diminuent en moyenne de 70 %, et même de 90 % dans certains cas. Lorsqu’on parle de prédateurs, on pense au loup, au lynx ou à l’ours. N’oublions pas qu’une grande partie des attaques est le fait de chiens errants.

Au col du Portillon, une étude est menée. À Juzet de Luchon où le troupeau est gardé par un berger et un pastor, une seule brebis est attaquée. Mais à Antécade où il n’y a ni berger ni pastor, ce sont 37 brebis qui sont attaquées. À Sode où il y a un berger mais aucun pastor, 22 brebis sont attaquées. Et le constat est le même dans toutes les estives.

Le pastor et l’ours

Le « Programme ours » lancé par l’État vise à faciliter la cohabitation entre l’ours et le pastoralisme. Il apporte des aides spécifiques, notamment une aide à l’achat, à l’accompagnement, à l’entretien et à l’utilisation du grand chien des Pyrénées.

Un éleveur raconte une attaque d’ours : « À l’arrivée de l’ours, les chiens ont fait face en aboyant de façon menaçante. Un des trois pastors est resté plus en retrait dans le troupeau et les brebis se sont décalées. Ensuite l’ours s’est dirigé sur un monticule puis il a lancé une charge et poursuivi un pastor, les deux autres sont arrivés à la rescousse. L’ours a reculé puis lancé une nouvelle et ultime charge avant de s’en aller au pas et de disparaitre. […]». Pendant environ 2 heures, l’ours fait des tentatives pour passer la crête et aller aux brebis, mais à chaque fois le chien s’est interposé entre lui et le troupeau, l’ours finit par abandonner ».

La protection idéale des troupeaux réside dans la présence d’un berger, de pastors, de clôtures et d’éviter que le troupeau se disperse en petits groupes.

Géricault - Combat de chiens et d'ours (1812) © Wikipedia
Géricault – Combat de chiens et d’ours (1812) © Wikipedia

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Pays de l’ours – ADET 
Chien de montagne des Pyrénées, Woopets
Chien de montagne des pyrénées
20 races de chiens de montagne
Le Berger des Pyrénées : 0 races de chiens de montagne




Le phare de Cordouan

À l’entrée de l’estuaire de la Gironde, le phare de Cordouan se dresse sur un plateau situé à 7 km au large. C’est le plus ancien phare en activité, et le plus beau. Il est classé Monument Historique depuis 1862 et inscrit au titre du Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

Au XIVe s., le premier phare de Cordouan

Plan de situation du XVIIè s. du Phare de Cordouan à l'entrée de la Gironde © Wikipedia
Plan de situation du XVIIe s. du Phare de Cordouan à l’entrée de l’estuaire de la Gironde © Wikipedia

L’entrée de l’estuaire de la Gironde est dangereuse pour les navires. Il y a des effleurements rocheux et des bancs de sable sans cesse en mouvement.

En fait, l’idée de construire un phare est ancienne. D’ailleurs, dès le Moyen Âge, des moines s’installent sur l’ilot rocheux de Cordouan. Et le cartulaire de l’abbaye de la Grande-Sauve nous apprend qu’en 1092, des moines y sonnent une cloche et allument des feux par mauvais temps pour avertir les marins du danger.

Vue de la tour de Cordouan antérieure à celle de Louis de Foix, d'après Chastillon
Représentation de la tour du Prince Noir avant l’édification du phare de Cordouan, vers 1590, par Claude Chastillon © Wikipedia

Le Prince Noir gouverne l’Aquitaine de 1362 à 1371. La sécurité de la navigation est essentielle pour garantir les liaisons entre la Gascogne et l’Angleterre. Alors, il fait construire une tour au sommet de laquelle on allume des feux. Au passage, un droit est perçu sur les navires qui entrent dans l’estuaire. Après le départ des Anglais, la tour semble avoir été abandonnée et elle tombe en ruines.

Au XVIe s., le nouveau phare de Louis de Foix

Plus tard, en 1584, Jacques Goyon, maréchal de Matignon (1525-1598), est nommé gouverneur de Guyenne. S’il maintient Bordeaux et la Guyenne dans l’obéissance au roi pendant les guerres de religion, il s’intéresse aussi au commerce et à la navigation.

Buste de Louis de Foix (1535-1604) à l’entrée de la Chapelle du phare de Cordouan. © Wikipedia

Il passe commande à Louis de Foix (1535-1604) d’un phare sur l’ilot de Cordouan. Les Gascons connaissent Louis de Foix pour avoir renforcé les fortifications de Bayonne et de Bordeaux et surtout pour avoir réalisé les travaux du détournement de l’embouchure de l’Adour vers Bayonne.

Louis de Foix installe une cité ouvrière sur le banc de sable pour loger les ouvriers sur place. Là, il fait installer un four à chaux, une menuiserie, une charpenterie, une forge, un moulin à blé, un four à pain, un magasin pour les vivres, une écurie, une grange pour le fourrage et des logements pour 50 ouvriers.

De plus, pour protéger de la mer le chantier du phare et la cité ouvrière, il fait construire tout autour une digue de pierres de taille et de bois.

À partir de 1606, François Beuscher poursuit les travaux 

Contrat passé en 1606 avec François Beuscher (extrait) © Archives Municipales de Bordeaux
Contrat passé en 1606 avec François Beuscher (extrait) © Archives municipales de Bordeaux

À la mort de Louis de Foix, on confie la poursuite du chantier à François Beuscher, son conducteur des travaux. Enfin, on inaugure le phare en 1611, soit 27 ans après la signature du contrat. Il possède une chapelle au deuxième étage, voulue par Henri IV en 1593 au sortir des guerres de religion. Ce serait d’ailleurs le seul phare à en posséder une.

Le phare de Cordouan a un dôme qui permet d’allumer un feu à 37 mètres au-dessus des plus hautes eaux. Pour cela, on utilise du bois et de la poix. Après les travaux, la cité ouvrière n’étant plus entretenue, elle disparait sous les assauts de la mer. Le phare reste sur l’ilot rocheux. Il est accessible à marée descendante par une chaussée de pierre menant à une poterne.

Mais, en 1645, une tempête détruit le dôme. On le reconstruit en 1664 et on remplace le combustible ; on délaisse le bois pour le blanc de baleine ou spermaceti. En même temps, on renforce le soubassement du phare de 1661 à 1664. Enfin en 1727, on remplace le blanc de baleine par le charbon.

Gravure de la tour de Cordouan, 1705 avec coupe et section et à l’arrière la Tour du Prince Noir, © Archives départementales de la Gironde

Au XVIIIe s., les améliorations de Borda, Teulère et Fresnel

Jean-Charles de Borda (1733-1799) , gravure fin XIXè s.
Jean-Charles de Borda (1733-1799), gravure fin XIXe s.

Jean-Charles de Borda (1733-1799) est né à Dax. Ingénieur célèbre, il place au sommet du phare de Cordouan une lanterne équipée de 12 réflecteurs en cuivre et d’une horloge pour la rotation. On l’inaugure le 27 aout 1790.

À l’usage, les réflecteurs s’avèrent trop lourds. Et les lampes, placées trop près des réflecteurs, n’éclairent qu’à environ 20 Km. Les marins se plaignent que les feux soient moins visibles qu’auparavant.

Joseph Teulère (1750-1824) © Wikipedia
Joseph Teulère (1750-1824) © Wikipedia

Joseph Teulère (1750-1824), architecte originaire de Montagnac-sur-Auvignon dans le Lot-et-Garonne et en poste à Bordeaux, étudie les plaintes. Il envoie une note au secrétaire d’État chargé de la Marine dans laquelle il démontre que les réflecteurs présentent des vices de fabrication et que le phare doit être rehaussé de 60 pieds (environ 20 mètres).

Il est alors chargé de surélever le phare et de réparer le mur d’enceinte du phare de Cordouan. Pendant les travaux qui durent de 1786 à 1789, il étudie l’action des vagues sur l’édifice. Il utilise le style Louis XVI pour les trois étages supérieurs qui contrastent avec le style Renaissance des trois étages inférieurs.

Augustin Fresnel (1788-1827)
Augustin Fresnel (1788-1827) © Wikipedia

De plus, Joseph Teulère met au point le premier feu tournant à réverbères paraboliques. Ainsi, l’ancien appareil est remplacé par 12 grands réflecteurs paraboliques montés sur une armature tournante installée dans une immense lanterne.

En 1823, Augustin Fresnel (1788-1827) installe à Cordouan une nouvelle lentille qui est toujours utilisée dans les phares : la lentille de Fresnel. Elle augmente considérablement la portée du phare.

L’aménagement du phare de Cordouan continue

Le phare de Cordouan aujourd'hui © Wikipedia
Le phare de Cordouan aujourd’hui, précédé de sa chaussée pavée © Wikipedia

Le phare de Cordouan demande un entretien régulier. Les gardiens logent au rez-de-chaussée. On l’électrifie en 1948 grâce à deux groupes électrogènes autonomes, reliés au continent par téléphone en 1982, puis automatisés en 2006.

Plus récemment, en 2005, on construit une protection en béton armé pour le protéger des assauts de la mer. Elle fait 70 mètres de long et 8 mètres de haut. En effet, le socle rocheux de Cordouan s’affaisse lentement et les eaux touchent désormais le pied du phare. Puis, il faudra entièrement restaurer le phare entre 2013 et 2022.

Quelques détails techniques

Le Phare de Cordouan -coupe © Wikipedia
Le Phare de Cordouan, en coupe © Wikipedia

Le phare de Cordouan mesure 68 mètres de haut pour un diamètre de 16 mètres à la base.

On y accède par une chaussée pavée qui donne sur la porte des marées. Un escalier de 18 marches permet d’atteindre la cour intérieure de forme circulaire. Depuis sa construction, deux citernes  recueillent l’eau de pluie pour alimenter le système d’eau courante intérieur.

Un portail monumental ouvre le rez-de-chaussée du phare et dévoile les 301 marches qui permettent d’accéder à la lanterne. Au premier étage, la chambre du roi, pavée de marbres gris et noirs, contient une cheminée. Toutefois, aucun roi n’y est jamais venu. Le second étage contient la chapelle surmontée d’une voute percée de huit baies ornées. Elle abrite un buste de Louis de Foix sous lequel est gravé un poème à sa gloire. La chapelle étant consacrée, on y célèbre chaque année des baptêmes et des mariages.

Phare de Cordouan, l'escalier © Wikimedia
Phare de Cordouan, l’escalier © Wikimedia

Le troisième étage est le premier niveau des travaux de Joseph Teulère. Depuis la salle des Girondins, pavée de marbres gris et noirs, on peut observer le haut de la tour et le grand escalier qui mène à la lanterne. Entre le cinquième et le sixième étage, la chambre des Veilles, au parquet de bois, contenait deux lits pour les gardiens.

En effet, deux gardiens assurent l’entretien du phare jusqu’en 2012. Depuis, c’est le Syndicat mixte pour le développement durable de l’estuaire de la Gironde (Smiddest) qui assure le gardiennage. En outre, deux gardiens se chargent de l’accueil des 24 000 visiteurs annuels.

Le poème à la gloire de Louis de Foix (auteur inconnu)

Signature de Louis de Foix au bas du contrat de reconstructionde la Tour de Cordouan du 2 mars 1584. Archives Départementales de la Gironde, Bordeaux
Signature de Louis de Foix au bas du contrat de reconstruction
de la Tour de Cordouan du 2 mars 1584.
Archives Départementales de la Gironde, Bordeaux

« Quand j’admire ravi cette œuvre en mon courage,
Moi de Foix, mon esprit est en étonnement.
Porte dans les pensées de ton entendement
Le gentil ingénieux de ce superbe ouvrage.
Là il discourt et luit et d’un muet langage,
Te va louant subtil en ce point mêmement.
Que tu brides les flots du grondeux élément,
Et du mutin Neptun la tempête et l’orage.
Ô trois et quatre fois bien heureux ton esprit
De ce qu’au front dressé ce phare il entreprit
Pour se perpétuer dans l’heureuse mémoire.
Tu t’es acquis par là un honneur infini,
Qui ne finira point que ce phare de gloire,
Le monde finissant, ne se rende fini. »

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée 1990.

Références

Une tour royale, ministère de la Culture
Site du phare de Cordouan




Les feux de la Saint-Jean

Le 24 juin, c’est la fête de la Saint-Jean. Pour marquer le solstice d’été, partout en Gascogne, on allume les feux de la Saint-Jean. En gascon, on les appelle Halhada, Hahòla, Halhar, Brandon.

L’origine des feux de la Saint-Jean

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La fête du solstice d’été est célébrée par des feux dans les cultes païens. Fête de la fertilité et de l’abondance, elle célèbre la lumière de l’été et est destinée à la bénédiction des moissons. Elle s’accompagne de rituels tels que sauter par-dessus le feu pour développer sa force ou avoir des enfants, conserver les cendres du feu pour protéger le bétail et les maisons de la foudre et des maladies, répandre les cendres du feu dans les champs pour les fertiliser.

Au début du VIe siècle, l’Eglise récupère cette fête pour en faire celle de Saint Jean Baptiste qui devient très populaire.

Le rituel des feux de la Saint-Jean

En Gascogne, la fête de la Saint-Jean est organisée selon un rituel précis. Au son des cloches de l’église, le curé emmène une procession jusqu’au bucher qu’il bénit. Les consuls y mettent le feu et lorsque le bucher est consumé, le curé rentre dans l’église. C’est alors le début d’une fête populaire où l’on chante et danse autour du feu.

Le privilège d’allumer les feux de la Saint-Jean est l’apanage des consuls et des personnalités en vue. À Tarbes, c’est le privilège du juge mage, du curé de la paroisse Saint Jean et d’un consul. Et lorsque le premier consul de Tarbes refuse un flambeau neuf au curé de la paroisse de Saint-Jean pour allumer le feu, un procès est intenté en 1659. Devant les frais de procès, on transige ; finalement, la demande du curé est acceptée. Les frais des feux de la Saint-Jean sont payés par les communautés. Une collation est servie. Pour faire des économies, on vend les restes de bois non consumés.

Danses autour du feu en pays gardois
Danses autour du feu de Saint-Jean © Pinterest

Dans les villages, ce sont les mariés de l’année qui doivent fournir le bois. Ailleurs, ce sont les quatre derniers mariés de l’année. Ceux qui s’y soustraient payent une amende.

Les croyances populaires 

Les feux de la Saint Jean s’accompagnent de croyances populaires. Certaines fontaines dédiées à saint Jean ont la réputation de guérir. Le matin de la Saint Jean, elles reçoivent les malades qui viennent s’y baigner pour soigner un goitre, des verrues, des rhumatismes ou des maladies ophtalmologiques……

La Fontaine Saint-Jean Baptiste d’Ousse-Suzan (40)
La Fontaine Saint-Jean Baptiste d’Ousse-Suzan (40) © www.fontainesdefrance.info/fontaines

Un linge qui a reçu la rosée du matin de la Saint Jean sert à frictionner les parties du corps malade. Une promenade dans la rosée du matin, avant le lever du soleil, protège contre toutes les maladies.

Parfois, on jette dans les feux de la Saint-Jean quelques grenouilles et crapauds pour conjurer le mauvais sort ! On saute par-dessus le feu, ce qui est un gage de bonne santé pour toute l’année, et peut-être la promesse de se marier. Une fille qui a vu deux feux de la Saint Jean la même soirée, est sûre de trouver un mari dans l’année !

On ramasse des tisons du bucher pour allumer lo huèc nau, le premier feu dans la maison. On en conserve aussi quelques-uns pour les jeter dans le feu pendant les orages, car ils sont censés protéger la maison.

Les herbes de la Saint-Jean

Croix de fleurs de la Saint Jean à Lescar (64)
Croix de fleurs de la Saint Jean à Lescar (64) © Ass. Esquireta

La veille de la fête de la Saint-Jean, on ramasse des fleurs pour confectionner des croix, des couronnes ou des bouquets que l’on fait bénir le jour de la Saint Jean. Placés dans les maisons et dans les étables, ils protègent des maladies ou des maléfices. L’abbé Dambielle nous dit que « La croix de la Saint-Jean, tressée avec des herbes spéciales, placée sur la porte d’entrée, préserve radicalement des sorciers ».

 

Couronne de fleurs de la Saint Jean à Lescar (64)
Couronne de fleurs de la Saint Jean à Lescar (64) © Ass. Esquireta

C’est le moment de ramasser des feuilles de noyer, des feuilles de frêne, des bourgeons de millepertuis et d’autres plantes pour confectionner des décoctions ou des onguents qui servent à soigner les plaies ou les contusions.

Les herbes de la Saint-Jean se ramassent dans les champs. Les plus communes sont l’achillée millefeuille/holhòu, l’armoise/artemisa dont un proverbe dit : que vau miélher estar shens camisa que shens artemisa, le fenouil/ièrba de la Senta Vièrja, le millepertuis/ièrba deu Bon Diu, l’orpin/ièrba de Maria, la menthe/mandrás, le plantain/ièrba de cinc còstas ou aurelha de can, le lierre terrestre/coreja de la Sent Joan, le chèvrefeuille/bigaudèra…

La Saint-Jean, une fête populaire

Brandon prêt pour la Saint-Jean © Ostau Comenges
Brandon prêt pour la Saint-Jean © Ostau Comenges

Les feux de la Saint-Jean sont une fête populaire. Sauf dans quelques communes, la fête s’est estompée dans les années 1960 à 1970.

Elle connait un net regain de popularité et a perdu son caractère religieux pour ne conserver que l’aspect festif du chant, de la danse autour du feu et du repas qui l’accompagne, renouant ainsi avec la tradition païenne de la fête du solstice d’été.

 

 

Le feu inspire les poètes

En 1926, Francis Jammes écrit Feu de la Saint-Jean qui se déroule à Tournay sa ville natale :

Je ne sais pas pourquoi, dans ce temps-là, je mêle
Les fruits ailés d’érable à la procession
Qu’on fait à la Saint-Jean autour de ces tisons
Qui, morts, prennent le bleu si noir des hirondelles.

Sans doute sur l’Arros, torrent, je vois un pont
Construit avec du crépuscule et des décombres
Où s’en vont sagement, en chantant, quelques ombres
Qu’allongent des manteaux avec des capuchons.

Françis Jammes, poète des Pyrénées chante Pau
Françis Jammes, poète des Pyrénées  Wikipedia

Il me semble qu’on se dirige vers la gare
Où cinquante ans n’ont pas fané les catalpas
Qui, dans la cour, vieux Indiens, parlent tout bas
De leur pays natal en fumant leurs cigares.

Voici l’arbre-bûcher. Monsieur Pédebidou
Y met le feu, dressant des favoris insignes,
Emules d’animaux aussi bien que de cygnes.
Et le brasier craquant étoile le feu doux.

Le prêtre sur le bois a jeté l’eau bénite.
On a vu, des coteaux, des flammes s’élever ;
Les gens à l’unisson ont repris les avés
Et repassé l’Arros plein de cerceaux de truites.

Des hommes, attelés aux restes calcinés,
Les traînent sur le sol jusques à leurs demeures.
Qu’enfant redevenu, quand sonnera mon heure,
Je baise votre cendre, ô lieux où je suis né !

Urau, Saint-Jean 1914, carte postale ancienneUrau (Haute-Garonne), Saint-Jean 1914, carte postale ancienne

Serge Clos-Verssaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Les fêtes du solstice d’été en ARAN et en Comminges, Bernat Menetrier
La fête de la Saint-Jean, Wikipédia
La Saint-Jean : Symboles et rituels païens de la fête du Solstice d’été
Les fêtes du feu du solstice d’été dans les Pyrénées
Revue de Gascogne, Revue de la Société de Borda, Revue historique du Comminges, …..

 

 

 

 

 

 

 

 




Louis Saudinos et la culture du Luchonnais

Louis Saudinos est né à Mayrègne, en vallée d’Oueil, près de Luchon. Fils de berger, il
s’intéresse à la culture et à la langue de sa vallée à qui il reste fidèle toute sa vie.

Saudinos, un autodidacte discret

Louis Saudinos faisant visiter le Musée de Luchon au Cardinal Saliège © Revue du Comminges 01/01/73 Gallica
Louis Saudinos (à gauche), faisant visiter le Musée de Luchon au Cardinal Saliège (1870-1956) © Revue du Comminges 01/01/73-Gallica (photo non datée)

Louis Saudinos (1873-1962) est ordinairement appelé Loís de Pehauré, du nom de sa maison. C’est courant en Gascogne de donner aux personnes le nom de leur maison.

Enfant, il aide aux travaux des champs, s’occupe des bêtes et fréquente l’école de Mairenha (Mayrègne). En 1887, il entre chez les Frères à Luchon et obtient le brevet. Puis, il devient fonctionnaire aux Contributions indirectes. Surtout, il dévore tous les livres qu’il peut trouver, notamment de psychologie et de sociologie. Et il lit aussi les œuvres de Saint-Augustin qu’il admire.

Jean Jaurès
Louis Saudinos, admirateur de Jean Jaurès (1859-1914)

Comme il s’intéresse aux questions sociales, séduit par les discours de Jean Jaurès, Louis Saudinos adhère à la SFIO et devient franc-maçon. La politique semble l’intéresser quelque peu.  Ainsi, dans le journal Le Petit Commingeois du 1er aout 1948, il prône la constitution d’une régie rurale pour l’exploitation des forêts de Luchon.

Un intérêt marqué pour la vallée

L’Écho Pyrénéen du 7 décembre 1041
L’Écho Pyrénéen du 7 décembre 1941

Cet autodidacte discret s’intéresse au gascon parlé dans sa vallée. Il s’intéresse aussi au patrimoine bâti. Et à la vie des gens, jusqu’à devenir le spécialiste de l’histoire, de la langue et de l’ethnographie de la vallée d’Oueil.

Louis Saudinos écrit beaucoup et publie régulièrement des articles dans la presse locale. Dans L’Echo Pyrénéen des 21 décembre 1941, 4 et 11 janvier 1942, il publie La sentence arbitrale entre les coseigneurs de la vallée de la Baroussse et les coseigneurs de la vallée d’Oueil le 11novembre 1344.

De plus, ses recherches permettent de rétablir l’origine du nom de sa vallée. Dans un article publié le 27 août 1950 dans Le Petit Commingeois, il démontre que la vallée d’Oueil n’est pas la « vallée des brebis » (oelhas = brebis en gascon, prononcer oueillos) mais « la vallée des sources » (uelh = source en gascon, prononcer oueill).

Louis Saudinos aétidié toute sa vie les traditions de la Vallée d'Oueil © Balades et Bricolages
La Vallée d’Oueil © Balades et Bricolages

Louis Saudinos, une vie de collecte de mots et d’objets

Son carnet à la main, assis dans une auberge, il écoute ses interlocuteurs et note soigneusement leurs propos. Comme il n’a pas de voiture, il parcourt les vallées du pays de Luchon en car. Tout comme Félix Arnaudin, il rémunère ses interlocuteurs en fonction du temps passé. Tout bonnement, Louis Saudinos leur offre à boire, des sucreries ou des cigarettes.

Le Petit Commingeois du du 2 mai 1954
Le Petit Commingeois du 2 mai 1954

Son recueil fait l’objet de publications. Ainsi, dans Le Petit Commingeois des 3 et 9 avril 1949, il publie un article remarquable : « L’ours guette et attaque les troupeaux » dans lequel il explique les rapports entre les bergers et l’ours. Le chien de montagne est important pour la défense des troupeaux. Et cela se sait depuis longtemps. Par exemple, le 15 Pluviôse an VI, le conseil municipal de Castillon délibère pour acheter chaque année deux chiens de montagne et les affermer aux bergers. De même, il décrit une attaque de chevaux déjouée par l’organisation du troupeau qui fait face. Ou encore, une attaque d’un troupeau de vaches déjoué par la rangée de cornes qui l’affrontent. Et de conclure : En définitive, l’ours n’apaise le lancinant souci de sa pitance qu’auprès d’animaux isolés occasionnellement, ou bien de troupeaux de moutons non gardés.

Louis Saudinos publie aussi un ouvrage sur la culture familiale du lin et du chanvre dans lequel il décrit leur culture, leur récolte, leur préparation et leur tissage en utilisant les mots gascons de sa vallée pour chaque opération.

La collecte d’ethnographie donnée au Musée de Luchon

Louis Saudinos est un des fondateurs du musée de Bagnères-de-Luchon situé à l'Hôtel de Lassus - Nestier (1772),
Bagnères-de-Luchon Hôtel de Lassus – Nestier (1772), siège du Musée de Luchon et de l’Office du Tourisme

Lors de ses tournées, Louis Saudinos visite les granges et les greniers à la recherche des objets de la vie courante devenus inutiles. Les gens disent : Saudinòs que s’ei tornat hòu (Saudinos est devenu fou). D’autres le surnomment le peilharòt (le chiffonnier).

Cependant, il finit par récolter une masse considérable d’objets. Il les lègue au Musée de Luchon qu’il contribue d’ailleurs à créer en 1922.  Et sa collection ethnographique est aujourd’hui la plus riche de tout le sud de la France !

Le Musée de Luchon, aujourd’hui fermé pour des raisons de sécurité, occupe l’hôtel de Lassus-Nestier. Cet hôtel avait été construit en 1772 pour le séjour du duc de Richelieu venu prendre les eaux. Outre la collection d’ethnographie de Louis Saudinos, il abrite la collection archéologique de Julien Sacaze, la collection de lithographes, dessins et estampes de Bertrand de Gorsse, ainsi que d’autres collections sur les sports d’hiver à Superbagnères, le thermalisme, la faune, la flore et la géologie du pays de Luchon.

Une salle du Musée consacrée à l’ethnographie
Une salle du Musée consacrée à l’ethnographie

Louis Saudinos est membre de l’Académie Julien Sacaze depuis 1939. Il en est le vice-Président en 1955 et 1956 puis le Président en 1957 et 1958. Il présente de nombreuses communications à l’Académie et publie des articles dans la presse locale.

Outre les notices des collections d’ethnographie du Musée de Luchon, il publie « Le quillier pyrénéen » dans le journal L’Echo Pyrénéen du 20 juin 1941, « Les jeux populaires dans le canton de Luchon » dans ce même journal du 13 avril 1942 et repris dans la Revue de Comminges du 1er trimestre 1975.

Son travail contribue à la connaissance des us et coutumes de la vallée d’Oueil et du pays de Luchon.

Louis Saudinos et le gascon

Louis Saudinos était membre de l'Escolo deras Pirenéos
Armanac dera Mountanho – Escolo deras Pirenéos 1934

Amoureux de la langue et de la culture locale, Louis Saudinos aimait à dire : En patoès, nat mot ne put (En patois, aucun mot ne pue).

Il recueille une liste impressionnante de mots et de toponymes de sa vallée d’Oueil et du pays de Luchon et publie des articles dans Le Petit Commingeois. Par exemple (extrait) : Au lieu de Lichoulan, rien de visible ne permet de comprendre le pourquoi de cette désignation. Mais le dépouillement des délibérations du conseil municipal au XIXe siècle, lève l’énigme. Anciennement, sur les pâturages agrestes de Lichoulan florissait, au cours de l’été, l’industrie familiale du fromage de chèvre. Or, le premier lait des femelles, après mise bas, est appelé Lichoun, soit, le terme français de colastrum. De là le Lichoulan.

Outre les articles publiés dans les journaux de Luchon, Louis Saudinos publie un Essai d’un vocabulaire commingeois local préfacé par le professeur Jean Séguy. Suivra La toponymie du canton de Bagnères de Luchon qu’utiliseront Fritz Krüger, le célèbre dialectologue allemand, et Jean Séguy, auteur du l’Atlas linguistique de la Gascogne.

Armanac de la Gascougno-1951
Louis Saudinos, Armanac de la Gascougno-1951

Louis Saudinos est membre de l’Escolo deras Pireneos depuis sa création par Bernard Sarrieu en 1904. Il écrit aussi des articles en gascon, comme ce petit poème dans l’Armanac de la Gascougno de 1951, p. 18 : Enta-s quequerejaires.

Toute sa vie, Louis Saudinos est resté fidèle à sa vallée d’Oueil. Fils de berger, autodidacte, il a entrepris un travail considérable de collecte de mots et d’objets ethnographiques de sa vallée et du pays de Luchon. Sans lui, nous aurions sans doute perdu une partie de notre patrimoine et de notre mémoire collective.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Les mots et les choses de Louis SAUDINOS (1873-1962), Frédéric Dinguirard, site ethnolinguiste.org
Le Petit Commingeois
Un centenaire : Louis Saudinos (1873–1962), créateur des collections d’art populaire du musée de Luchon
Jean Castex, Revue du Comminges 01/01/1973
L’industrie familiale du lin et du Chanvre, Annales de la Fédération Pyrénéenne d’économie Montagnarde, Tome IX, années 1940 – 1941. Gallica.fr
Idiome du Haut-Comminges par Louis Saudinos, Le Petit Commingeois du 28 février 1954
Préface à une étude linguistique de L. L. Saudinos, Jean Séguy, Revue du Comminges 01/01/1955
Louis Saudinos, bibliographie
Luishon pour les curieux – Guide au éditions Reclams




La maladie bleue de l’automne

Chaque année, d’octobre à novembre, la « Maladie bleue » frappe la Gascogne. Elle vide les usines et les bureaux : les palomas (palombes) sont de retour. Plus qu’une chasse traditionnelle, c’est un véritable mode de vie.

La paloma / la palombe

Palombe ou pigeon ramier © Wikipedia
Palombe ou pigeon ramier © Wikipedia

La palombe (colombus palumbus), c’est le pigeon ramier. Pour les Gascons, c’est la paloma à ne pas confondre avec le roquet (rouquet, pigeon des champs) ou le colom (biset) qui est le pigeon des villes.

La paloma vit en Europe, en Afrique du nord et au Moyen-Orient. En automne, elle migre vers le sud de l’Europe pour trouver un climat plus tempéré en hiver. Parfois, elle devient sédentaire lorsque le climat lui convient. Comme elle vit en groupes pouvant compter plusieurs milliers d’individus, elle offre des vols spectaculaires de palomas se déplaçant à la recherche de nourriture. Puis, le soir, elles cherchent un dortoir dans les arbres pour se reposer.

On la reconnait à son plumage bleu gris, son bec jaune, une tâche blanche sur le côté du cou, sa nuque verte, sa poitrine rose pâle, sa bande blanche sur les ailes, ses pattes roses et le bout des ailes et de la queue, noires.

La paloma aime les espaces boisés. Ainsi, elle se nourrit principalement de bourgeons, de fruits, de graines et de glands. Pendant la période de reproduction, elle vit en couple lié toute leur vie. Elle niche dans les arbres et peut élever 2 à 3 couvées par an. À chaque fois, elle pond de 1 à 2 œufs qu’elle couve pendant 17 jours. Et les palometas (petits de la palombe) quittent le nid au bout d’un mois.

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En général, la paloma vit une quinzaine d’années, quand elle n’est pas victime de l’esparvèr de las palomas (l’autour des palombes), son principal prédateur, ou des palomaires (chasseurs de palombes). De plus, comme elle se nourrit de graines dans les champs, elle est parfois victime des produits fongicides qui enrobent les semis, quand elle en mange de trop grandes quantités. Cependant, c’est une espèce abondante qui n’est pas menacée.

Vol de palombes © Gilles DE VALICOURT
Vol de palombes © Gilles DE VALICOURT

La chasse de la palombe en montagne

Lepheder, aux Aldudes, est un des dix cols du Pays Basque où la chasse aux filets est autorisée. © Jean-Philippe Gionnet
Lepheder, aux Aldudes, est un des dix cols du Pays Basque où la chasse aux filets est autorisée. © Jean-Philippe Gionnet

La palombe se chasse partout où elle est présente. En Gascogne, c’est principalement au vol, au filet ou à l’affut.

Le tir au vol se pratique principalement dans les cols pyrénéens où les palomas passent pour se rendre en Espagne. Alors, les chasseurs dissimulés derrière une barrière végétale tirent lorsqu’un vol se présente. Mais le succès de la chasse dépend de l’emplacement choisi. Parfois, le vol fait demi-tour et se présente à nouveau plusieurs fois de suite avant de passer le col.

En fait, cette chasse se développe seulement après la seconde guerre mondiale, lorsque les cols s’atteignent facilement grâce aux voitures. Et les emplacements de chasse se louent parfois très cher.

…

Palette pour effrayer les palombes
Palette pour effrayer les palombes

Toutefois, dans les cols, la chasse à la pandèla ou panta (au filet) est plus traditionnelle. Le lieu de la chasse s’appelle la pantièra. On place des filets verticaux aux endroits de passage. De plus, lorsqu’un vol se présente, on lance en l’air des palettes de bois blanches pour simuler une attaque d’autour. Alors, le vol de palomas plonge pour passer le col au plus bas et se prend dans les pandèlas. Mais la paloma est maline, et elle sait éviter la pandèla. Cette chasse se pratique à plusieurs chasseurs qui se coordonnent pour diriger le vol vers l’endroit choisi. Parfois, on effectue des coupes dans les forêts en haut du col pour offrir un passage obligé aux palomas.

À la fin de la chasse, les chasseurs partagent les palomas. Une part est réservée à la commune ou au propriétaire qui prête le terrain. Dans la plaine, la chasse traditionnelle se fait en palomèra (palombière), au sol ou dans les arbres.

La chasse à la palombière

Palombière au sol
Palombière au sol

Très différente, la chasse à la palomèra a pour objet de faire se poser les palomas avant de les tirer. Ainsi, dans les Landes, le Gers, la Gironde et le Lot-et-Garonne où la chasse au filet est autorisée, on fait poser le vol au sol avant de le prendre au filet. La palomèra est alors construite au sol. Mais dans les autres départements gascons, on fait poser les palomas sur des arbres avant de tirer. Et bien sûr, dans ce cas, la palomèra est construite dans les arbres.

Toutefois, qu’elle soit au sol ou dans les arbres, la palomèra n’est pas qu’une simple cabane. C’est une sorte de résidence secondaire qui fait l’objet de toutes les attentions du palomaire (chasseur de palombes).

Palombière dans un arbre
Palombière dans un arbre

Ainsi, il entretient la palomèra toute l’année. Il la camoufle par des branches ou des fougères qu’il faut remplacer régulièrement. En effet, une végétation sèche au milieu des arbres feuillus attire la méfiance des palomas. Au sol, le garage sert à cacher l’auto. De plus, dans la palomèra, il y a un lieu de vie, un poste d’observation et des postes de tir. Mais pas question de tirer sans que le vol de palomas ne se soit posé dans les arbres.

En général, on taille les arbres alentour pour dégager des branches qui serviront au poser des palomas. En effet, la vue doit être dégagée depuis la palomèra et les branches sont choisies pour accueillir un grand nombre de palomas.

Et les apèus

Mécanisme pour monter les apèus © Palombe.org
Mécanisme pour monter les apèus © Palombe.org

Pour faire poser un vol, il faut l’attirer par des apèus (appeaux). En fait, ce sont des pigeons ou des palomas attachés sur des raquettes manœuvrées par un réseau de fils tirés depuis la palomèra. Ils sont coiffés de la cluma (chapeau en cuir ou en fer que l’on met sur la tête de l’apèu pour lui cacher la vue afin qu’il ne soit pas effrayé).

Avant la période de chasse, on entraine les oiseaux pour qu’ils répondent aux sollicitations. Même, on les choie comme un membre de la famille. D’ailleurs, ils ont leur cabane au pied de la palomèra où ils se reposent la nuit et sont nourris pendant la saison de la chasse. Et c’est au palomaire de savoir quel apèu solliciter pour faire « tourner » le vol de palomas qui passe et le faire se poser.

Palombière, « sifflez ! »

Signalisation de palombière © Wikipedia
Signalisation de palombière © Wikipedia

Il règne un grand silence autour de la palomèra. En effet, aucun bruit ni mouvement suspect ne doit susciter la méfiance des palomas. Parfois, on trouve des panneaux « Palombière. Sifflez ». C’est que le visiteur doit prévenir de son arrivée par un shiulet (sifflement bref). Sans réponse, il ne doit pas bouger car cela signifie que des palomas approchent. En revanche, il peut avancer dès qu’il entend deux shiulets.

On trouve facilement la palomèra, bien camouflée à la cime d’un arbre, car le sol des alentours est bien propre. En effet, il faut pouvoir retrouver une paloma tombée après le tir.

Et on ne parle pas dans une palomèra, on chuchote. D’ailleurs, c’est le güèit (guetteur) qui donne les ordres. Chut ! il faut se taire. L’espion (apèu situé dans une cage en haut d’un arbre) s’agite, il a vu quelque chose. À vos postes ! Dans un sifflement, un vol approche. Fla-fla-fla, les apèus sont manœuvrés. Le vol se pose. Un, dus, tres… Pan ! les tireurs tirent ensemble. Quelques palomas tombent à terre.

Une vraie cabane

Retour de chasse à la palombe © www.abchasses.com
Retour de chasse à la palombe © www.abchasses.com

On équipe soigneusement la palomèra d’une table, de chaises, parfois d’un canapé, d’un frigo et d’une gazinière. Et la convivialité est de mise. Un rôti ou de la saucisse « échappés » d’un congélateur font l’affaire. Quelques champignons qui poussent sous la palomèra et quelques œufs vont aussi très bien. Certaines mauvaises langues disent même que les palomas n’ont pas de souci à se faire !

Et le soir venu, on redescend avec les palomas du jour qui feront un excellent salmi (salmis) servi pour les jours de fêtes.

Quand on veut honorer quelqu’un, on l’invite à la palomèra. S’il n’est pas un bon chasseur, on ne le laisse pas tirer au cas où il confonde paloma et apèu.

En fait, la chasse à la paloma est plus qu’une chasse, c’est un art de vivre. On est bien loin des « safaris » à la palombe où, pour quelques centaines d’euros, vous pouvez tirer ces oiseaux.

La chasse à la palombe, un art de vivre

La préparation de la saison de chasse à la paloma est longue. C’est une affaire de spécialistes qui s’y préparent tout au long de l’année. Puis, quand vient le moment, la « Maladie bleue » frappe le pays.

Quelques proverbes relatifs à la chasse à la paloma le rappellent :
– A Sent Miquèu l’apèu, a Sent Grat, lo gran patac / À la Saint-Michel (29 septembre), on prépare l’appeau, À la Saint-Gratien (8 octobre), on tire.
– A la Sent-Luc, lo gran truc / À Saint-Luc (18 octobre), le grand passage.
Et un dernier
– A la Sent Martin la fin / à la Saint Martin (11 novembre) la fin.

Mais les palomas ne sont pas aussi précises que les proverbes. Elles passent un peu avant ou un peu après selon les saisons. En tout cas, s’il y a des glands, il y aura des palombes :
An de glanèra, an de palomèra / Année de glands, année de palombières.

Même le rugby fait appel aux palomas :
Tirar tà las palomas / tirer une chandelle au rugby. Cela rappelle le tir au vol.

Un plat traditionnel

Un salmis de palombe aux chanpignons © Marie-Claire
Un salmis de palombe aux champignons © Marie-Claire

Les grands jours, la paloma est au menu. Rôtie à la broche ou en salmi, c’est un véritable plat de fête. Elle régale les réunions familiales, les repas des chasseurs, des corsaires (amateurs de course landaise) ou du club de rugby. Si vous avez des palomas à faire cuire, suivez la recette du chef …

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Chasse à la palombe entre ciel et terre
La chasse à la palombe dans les Landes, INA, Hubert Cahuzac, 1989
Chasse a la palombe dans le bazadais, Tristan Audebert, 1907
La chasse à la palombe, au coeur de la construction identitaire du Sud-Ouest aquitain, Annales du midi, Pierre Hourat, 2018




Édouard Piette, le préhistorien

Édouard Piette (1827-1906) est un archéologue et préhistorien à l’origine de nombreuses découvertes en Gascogne.

Édouard Piette, des Ardennes à la Gascogne

Edouard Piette
Edouard Piette  (1827-1906)

Édouard Piette est Ardennais. C’est un avocat qui exerce dans le nord de la France. Il devient juge de paix et termine sa carrière comme juge au tribunal d’Angers. Et c’est aussi un géologue amateur qui s’intéresse à l’archéologie et à la préhistoire. Il fait de nombreuses découvertes dans sa région.

En 1871, il se voit prescrire une cure à Luchon. Là, il s’intéresse à la préhistoire des Pyrénées. Il dirige les fouilles de la grotte de l’éléphant à Gourdan-Polignan, celles de la grotte d’Espalungue (Espaluga en gascon veut dire grotte) près d’Arudy, celles de Lortet (ortet en gascon veut dire petit jardin), en Bigorre, celles du Mas d’Azil en Ariège et celles du site de Brassempouy dans les Landes.

Édouard Piette fouille aussi des tumuli du plateau de Lannemezan et du plateau de Ger en compagnie de Julien Sacaze. Lors de la construction de la gare d’Eauze, il sauve des inscriptions lapidaires gallo-romaines.

Plus tard, en 1881, alors qu’il est en cure à Cauterets , il publie un opuscule pour faire part d’une de ses découvertes. Dans sa préface, il écrit : Je viens d’apprendre que des individus plus pressés que moi voulaient publier ces inscriptions, [….]. Dans tous les pays, il y a de ces flibustiers de la science toujours prêts à s’emparer des découvertes d’autrui et à se mettre en travers d’une publication commencée par un autre. Ils pensent se faire valoir et ne mettent en relief que leur indélicatesse.

L’impressionnante collection d’Édouard Piette

Abbé Henri Breuil (1877-1961)
Abbé Henri Breuil (1877-1961)

Avec toutes ces fouilles, Édouard Piette rassemble une impressionnante collection d’objets préhistoriques dans sa propriété des Ardennes. Et il l’ouvre à l’abbé Henri Breuil (1877-1961) surnommé « Le Pape de la Préhistoire ». D’ailleurs, c’est l’abbé Breuil qui établit la chronologie préhistorique et la classification des industries lithiques (industries préhistoriques de la pierre). Il s’intéresse aussi à l’art pariétal et décrit les peintures des grottes du Tuc d’Audoubert et des Trois-Frères à Montesquieu-Avantès (Couserans) et celles de la grotte de Marsoulas (Comminges).

En 1902, Édouard Piette donne sa collection de 10 000 objets au Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain en Laye. C’est la plus riche collection d’objets préhistoriques au monde.  Ainsi, le public peut en découvrir une partie dans la salle Piette ouverte en 2008.

La Dame de Brassempouy

Pierre Eudoxe Dubalen (1851-1936)
Pierre Eudoxe Dubalen (1851-1936)

En 1880, on découvre la grotte du pape à Brassempouy. Pierre Eudoxe Dubalen (1851-1936), fondateur du Musée d’histoire naturelle de Mont de Marsan, entreprend de la fouiller. Aujourd’hui, le musée n’existe plus et ses collections dorment dans les réserves du musée de sculptures Despiau-Wlérick.

Douze ans plus tard, P-E. Dubalen découvre la Vénus de Brassempouy (aussi appelée Vénus à la poire) qu’il ne montre pas aux membres de l’Association Française pour l’Avancement des Sciences en visite à Brassempouy. Accusé de vol, Édouard Piette mène contre lui une violente campagne de dénigrement. Il faut dire qu’ils ne sont pas d’accord sur le classement des périodes préhistoriques.

Édouard Piette reprend les fouilles sur le site en 1894 et découvre la Dame de Brassempouy. Rien de spectaculaire. La statuette en ivoire de mammouth mesure 3,65 cm de hauteur. Pourtant, elle a été sculptée il y a 25 000 ans : c’est la plus ancienne représentation humaine connue dans le monde.

Édouard Piette découvre la Dame de Brassempouy © Wikipedia
Dame de Brassempouy © Wikipedia

La Maison de la Dame de Brassempouy ouvre au public en 2002. Elle rassemble les objets trouvés dans la grotte du Pape et notamment la reproduction de la fameuse Dame de Brassempouy et des 8 autres statuettes découvertes en même temps dans cette grotte.

On peut aussi y voir une reproduction de plusieurs autres statuettes découvertes en Europe, dont la fameuse Vénus de Lespugue. Henri Delporte, ancien directeur du Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain en Laye, qui termine les fouilles de Brassempouy en 1994, les offre au musée.

La grotte du Mas d’Azil

Située le long de l’Arize, la grotte présente un immense porche d’entrée. En 1857, une route la traverse.

L’abbé Jean-Jacques Pouech (1814-1892) mène des fouilles pendant 40 ans. Il s’intéresse aux nombreux ossements de mammouths, d’ours des cavernes et de rhinocéros. Trente ans plus tard, en 1887, Édouard Piette mène aussi des fouilles. Et il découvre des sculptures et des gravures, tandis que son ami Henri Breuil s’intéresse aux peintures pariétales de la grotte : bisons, chevaux, cerfs, poissons.

Au Mas d’Azil, Édouard Piette découvre des éléments de civilisation qu’il appelle l’Azilien. C’est le chainon manquant dans l’histoire de l’Humanité entre ce que l’on appelle l’âge du renne et l’âge de la pierre polie.

Puis, les fouilles reprennent en 1937 et permettent de découvrir un important lieu d’occupation humaine du Magdalénien. Ainsi, ils trouvent le propulseur dit du Faon aux oiseaux.

La grotte du Mas d’Azil est aménagée pour l’accès des visiteurs et le musée de la préhistoire a ouvert en 1981.

Au Mas d’Azil, Édouard Piette découvre des éléments de civilisation qu’il appelle l’Azilien : Harpons, propulseur dit du faon aux oiseaux, galet peint
Grotte du Mas d’Azil : Harpons, propulseur dit du faon aux oiseaux, galet peint

Les autres grottes explorées par Édouard Piette

La grotte des Espélugues (Espeluga en gascon veut dire la grotte) se trouve à environ 200 mètres de la grotte Massabielle (massavielha en gascon veut dire vieille masse ou vieux rocher) à Lourdes. Elle est lieu de fouille à partir de 1850. Et on y découvre des mains peintes, ainsi que la statuette en ivoire du cheval de Lourdes. M. Teilhac, conservateur des hypothèques à Lourdes, constitue une belle collection qui sera donnée à la Société archéologique du Tarn et Garonne en 1892. Édouard Piette publie les travaux de M. Teilhac.

Entre temps, Édouard Piette fouille la grotte de l’éléphant à Gourdan-Polignan entre 1871 et 1874. Elle présente des peintures rupestres éclairées par la lumière du jour, ce qui est extrêmement rare.

En 1873, il découvre la grotte de Lortet (Hautes-Pyrénées). Elle renferme des restes d’animaux et de nombreux objets, surtout des harpons et des flèches à barbes qui font la singularité de la grotte. Un bois de renne est gravé de rennes et de saumons. On distingue parfaitement les poils et les écailles.

À la vue des signes gravés sur des os ou de l’ivoire, Édouard Piette pense aux hiéroglyphes égyptiens. Peut-être y a-t-il un lien entre ces deux civilisations ? Alors, il interroge les plus éminents spécialistes de l’Égypte ancienne mais ses questions restent sans réponse.

Les recherches d’Édouard Piette ont largement contribué à la connaissance de la préhistoire en Gascogne. Les objets issus de ses fouilles, et celles des autres inventeurs, sont regroupés au Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain en Laye et au Muséum d’Histoire naturelle de Toulouse.

Statuette du cheval de Lourdes (65), canine percée de Gourdan-Polignan (31), Vénus de Lespugue (31)
Statuette du cheval de Lourdes (65), canine percée de Gourdan-Polignan (31), Vénus de Lespugue (31)

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

La collection Édouard Piette
L’Azilien pyrénéen : une culture originale ? Michel Barbaza, Sébastien Lacombe, 2005
L’art pendant l’Age du renne, Édouard Piette, 1907
La montagne d’Espiaup, Édouard Piette,  Juline Sacaze,1877




Auch, une longue et grande histoire

Auch que certains voudraient capitale de la Gascogne a connu un passé prestigieux avant de s’endormir après la Révolution française. Mais son histoire commence avant les Romains. Puis, archevêques et roi de France en assurent l’embellissement jusqu’à Napoléon III. D’ailleurs, sa devise est Tot solet no pòt Aush [Tout seul, Auch ne peut].

Des Aquitains aux Romains

Elimberri est la capitale du peuple des Ausques, Auscii en latin, qui lui donnent son nom actuel d’Auch, Aush en gascon. Les Romains l’appellent Augusta Auscorum.

Auch - Les fouilles de la villa, © INRAP
Auch, fouilles de la villa, © INRAP

Dans son itinéraire de 333 pour Jérusalem, le pèlerin inconnu la présente dans son document en latin, l’Anonyme de Bordeaux, comme chef-lieu de Civitas Auscius. Située au carrefour des routes de Saint-Bertrand-de-Comminges à Agen et de Toulouse à Bazas, la ville est prospère.

Cependant, c’est Elusa en latin, Eusa en gascon ou Éauze qui est la capitale de la Novempopulanie. Mais elle semble avoir été détruite lors du passage des Vandales en 408. Dès lors, Auch devient le principal centre urbain et administratif de la région.

Auch - Plan de la ville romaine
Auch, plan de la ville romaine

Pourtant on fait assez peu de découvertes gallo-romaines à Auch. L’Institut National de la Recherche Archéologique Préventive (INRAP) réalise des sondages et des fouilles sur la rive droite du Gers. En 2010, de nouvelles fouilles, réalisées avant des travaux sur le réseau du tout à l’égout, permettent de localiser le Forum. Puis, en 2017,  on retrouve les vestiges d’une villa aristocratique du 1er siècle, remaniée au IIIe siècle, avec un ensemble thermal et des mosaïques, le tout dans un état de conservation excellent. Enfin, en 2022, ce sont les vestiges de constructions qui l’on découvre sur la rive gauche du Gers, sans doute en limite de l’ancienne ville romaine.

Les temps troublés font délaisser la basse ville pour la haute ville qui s’entoure de remparts.

Cliquer sur le lien pour accéder à Un reportage de 6 minutes sur les fouilles de la villa romaine menées par l’INRAP  © Office de Tourisme Grand Auch Cœur de Gascogne

La création de l’Archevêché d’Auch

Nicetius, évêque d’Auch est présent au concile d’Agde en 506. Éauze, ancienne capitale de la Novempopulanie, est détruite une nouvelle fois au IXe siècle, peut-être par les Vikings. En tout état de cause, Auch est érigé en Archevêché en 856.

Au début de la Reconquista (722-1492), les évêchés de Calahorra, de Jaca et de Pampelune sont rattachés à l’archevêché d’Auch. Puis, en 1091, on rétablit l’archevêché de Tarragone. Cependant, l’Archevêque d’Auch gardera une influence politique jusqu’au XIIIe siècle et le titre de Primat de Novempopulanie et du royaume de Navarre jusqu’à la Révolution française de 1789.

Les archevêques et les grands travaux

Auch - la cathérale Saint Marie
Auch, la cathédrale Saint Marie © Wikipedia

François de Savoie (1454-1490) devient archevêque d’Auch en 1483. Il lance les travaux de la cathédrale Sainte-Marie sur les ruines de l’ancienne église romane. Elle ne cesse d’être embellie. C’est encore aujourd’hui, une des plus belles cathédrales du sud-ouest.

Les diocèses d’Aire, de Bayonne, de Bazas, de Comminges, de Couserans, de Dax, de Lectoure, de Lescar, d’Oloron et de Tarbes sont suffragants de l’Archidiocèse d’Auch. Supprimé en 1801 et rétabli en 1817, l’archidiocèse ne comprend plus que les évêchés d’Aire, de Bayonne et de Tarbes. En 1908, l’Archevêque d’Auch ajoute à son titre celui d’évêque de Condom, Lectoure et Lombez. Enfin, en 2002, le diocèse d’Auch n’est plus métropolitain et est inclus dans la province ecclésiastique de Toulouse. Au nom de l’histoire, il garde cependant son titre d’archidiocèse.

L’archidiocèse était le 4ème de France par ses revenus, après ceux de Cambrai, Paris et Strasbourg.

Auch conserve plusieurs témoignages de son passé d’archevêché. Outre la cathédrale Sainte-Marie, le Palais épiscopal occupé par la Préfecture et de nombreuses églises et couvents, il reste le palais de l’Officialité et sa Tour des Archives, haute de 40 mètres, appelée la Tour d’Armagnac, qui est à l’origine une prison épiscopale.

La fin des comtes d’Armagnac

Auch est la capitale des comtes d’Armagnac. Mais les conflits sont nombreux avec l’archevêque. Au XIIe siècle, ils trouvent un compromis : le comte et l’Archevêque se partagent la seigneurie de la ville. C’est ainsi que 16 consuls, 8 venant de la ville comtale et 8 de la ville épiscopale dirigent la ville. Alors les comtes établissent leur capitale à Lectoure.

La Mort de Jean d'Armagnac, lithographie de Delaunois d'après une peinture d'histoire de Louis-Henri de Rudder © Wikipedia
La Mort de Jean d’Armagnac, lithographie de Delaunois d’après une peinture de Louis-Henri de Rudder © Wikipedia

La Sénéchaussée d’Armagnac créée en 1473 se trouve peu de temps après installée à Lectoure, sans doute à la suite d’une épidémie qui a régné à Auch. Mais la ville veut récupérer son Sénéchal et le dispute à Lectoure. Plus de cent ans après, en 1639, on divise la Sénéchaussée d’Armagnac en deux : une partie relève d’Auch, une autre de Lectoure !

Les comtes d’Armagnac sont puissants et turbulents. De 1407 à 1435, ils soutiennent le roi de France contre les Bourguignons. Puis, ils se révoltent contre le roi de France. Alors, Louis XI envoie une armée qui assiège Lectoure en 1473. Jean V d’Armagnac est tué et c’est la fin de la maison d’Armagnac.

Que reste-il aujourd’hui de la ville médiévale ?

Auch, une pousterle

La liaison entre la ville haute et la ville base se fait par des ruelles très pentues parfois munies d’escaliers : les pousterles. Elles ont pour la plupart conservé leur nom gascon : la pousterle des colomats, postèrla deus colomats [poterne des pigeons], la pousterle de las oumettes, postèrla de las omètas [poterne des ormeaux], ….

 

 

 

Auch, l'escalier de la Maison d'Henri IV
Auch, l’escalier de la Maison d’Henri IV

Il reste de nombreux témoignages de la ville du Moyen-âge : ruelles étroites, traces des remparts, porte fortifiée d’Arton, restes de portes fortifiées pour isoler chaque quartier de la vielle ville. De la période Renaissance, il reste de magnifiques maisons à colombage comme la maison Fedel. La maison dite de Henri IV dans laquelle il aurait demeuré en 1578 avec Catherine de Médicis et Marguerite de Valois, sa future épouse, présente une cour et un magnifique escalier.

Auch, métropole de la Gascogne

Auch, l'Intendant d'Étigny
Auch, l’Intendant d’Étigny, à l’entrée des allées du même nom

En 1716, on réorganise les trop grandes Généralités de Bordeaux et de Montauban. Et on crée la Généralité d’Auch. Ses limites fluctuent dans le temps : 1751, rattachement de l’Intendance de Pau ; 1767,  création de l’Intendance de Bayonne ; 1774, regroupement des deux Intendances ; 1775, rattachement du Labourd, des Lannes, du Marsan et du Gabardan à la Généralité de Bordeaux ; etc.

L’édit prévoit la création d’un Bureau des finances composé d’un nôtre Conseiller Président, huit nos Conseillers Trésoriers de France Généraux de nos Finances & Grands Voyers dont l’un fera garde-scel, d’un nôtre avocat, un nôtre Procureur, d’un Greffier en Chef, d’un premier huissier Garde-Meubles, de quatre Huissiers & de six Procureurs postulants. Avec tout ce personnel, la prospérité de la ville est assurée.

Les bâtiments de l’Intendance se situent dans des maisons louées. L’intendant réside à Pau, plus commode.

L’intendant d’Étigny

C’est l’Intendant d’Etigny (1719-1767) qui s’installe à Auch qu’il trouve comme un gros village, affreux par sa situation, par ses abords et par mille defectuosités qui en rendent le séjour detestable.

Antoine Mégret d’Etigny transforme la ville d’Auch qui connait un véritable âge d’or. Ainsi, il fait élargir les rues pour faciliter la circulation, construire la place de la Patte d’Oie dans la basse-ville et la place de la Porte-Neuve dans la ville haute qui servent de carrefour aux routes royales qu’il fait construire. Il crée une voie nouvelle reliant les deux parties de la ville et le pont qui traverse le Gers, inauguré en 1715. Puis il fait construire le bâtiment de l’actuel hôtel de ville, l’hôtel de l’Intendance, le théâtre à l’italienne, une promenade (allées d’Etigny).

En 1759, on bâtit l’Hôtel de l’Intendance. Aujourd’hui, il ne subsiste plus qu’un bâtiment classé au titre des Monuments Historiques, occupé par La Poste. Une partie du mobilier et des décors ornent les salons de la Préfecture qui occupe l’ancien palais épiscopal.

Les embellissements du XIXe

À la suite du coup d’Etat de 1851, le préfet Féard initie une deuxième phase d’embellissement d’Auch. En effet, la ville se révolte et on déporte 338 Auscitains en Algérie. Aussi, pour calmer la situation, le préfet lance de grands travaux et donne du travail aux pauvres. Les aménagements reprennent en partie les projets d’Etigny qu’il n’a pu réaliser, faute de finances.

Antoine de Salinis (1798-1861), archevêque d’Auch de 1846 à 1861

De concert avec l’archevêque Antoine de Salinis, le préfet lance la réalisation du grand escalier monumental qui relie la partie haute et la partie basse de la ville. On démolit des bâtiments de l’archevêché pour créer la place Salinis. Au bout des allées d’Etigny, on construit un nouveau tribunal et une prison ; on installe des fontaines dans la ville. L’inauguration de l’escalier a lieu en 1863. Puis, le sculpteur tarbais Firmin Michelet réalise la statue de d’Artagnan en 1931. L’escalier monumental est entièrement rénové entre 2012 et 2015.

En souvenir de d’Etigny, on érige une statue de marbre en 1817 au centre de l’escalier qui mène à la promenade.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Auch, l'escalier monumental et la Tour d'Armagnac © Wikipedia
Auch, l’escalier monumental et la Tour d’Armagnac © Wikipedia

Références

Le concile d’Agde et son temps, Sous la direction de J.-C. Rivière, J.-P. Cros et J. Michaud, 2006

From Augusta Auscorum to Besino : investigating a section of the antique road Burdigala- Tolosa, Pallas, Fabien Colleoni, 2010

Influence des métropolitains d’Eauze et des archevêques d’Auch en Navarre et en Aragon, depuis la conquête de l’Espagne par les musulmans jusqu’à la fin du onzième siècle, Annales du Midi, Jean-François Bladé, 1897




Mégalithes et tumulus de Gascogne

Tout le monde connait les alignements de menhirs de Carnac en Bretagne. On connait moins les nombreux mégalithes et tumulus qui parsèment la Gascogne.

Les mégalithes gascons

Dolmen de Peyre Dusets à Loubajac (65)
Dolmen de Peyre Dusets à Loubajac (65)

La Gascogne est parsemée de menhirs isolés. Elle est très riche en mégalithes recouverts de terre, les tumulus (tumulus au singulier), témoins des civilisations du néolithique qui se sont développées entre -4500 et -2500 avant Jésus-Christ.

On les rencontre surtout sur le plateau de Lannemezan, le plateau de Ger, dans les vallées de Cauterets, d’Ossau, d’Aspe, de Soule, en Chalosse et dans le Tursan. Ce sont des tertres de terre pouvant mesurer jusqu’à 40 mètres de diamètre et 3,50 mètres de hauteur. Ils recouvrent des chambres funéraires.

À l’intérieur, on trouve des mégalithes (dolmens) avec des vases funéraires, des armes, des outils souvent en pierre. À cette époque, on brulait les corps avant leur enterrement comme en témoignent les charbons et restes d’os non calcinés trouvés dans la plupart des tumulus. Parfois, on retrouve des squelettes entiers. Cela montre l’existence de deux rites funéraires distincts.

Les tumulus des Landes, entre le Gave et l’Adour, sont plus petits que ceux du piémont. Leur diamètre ne dépasse pas 15 mètres et leur hauteur 2 mètres. Et ils ne contiennent pas de mégalithes. Leur mobilier est souvent en bronze, ce qui indique qu’ils sont construits à la fin du néolithique.

 

Les premières fouilles de tumulus

Dolmen - Fouilles du tertre du Pouy Mayou à Bartrès (Hautes-Pyrénées) durant l’hiver 1879-1880-1
Fouilles du tertre du Pouy Mayou à Bartrès (Hautes-Pyrénées) durant l’hiver 1879-1880

Les tumulus ont longtemps échappé à la curiosité. En effet, les premières fouilles n’auront lieu qu’à partir de 1823 sur le plateau de Ger qui compte 300 tumulus, puis sur le plateau de Lannemezan qui en compte une centaine.

Le premier témoignage écrit qui date de 1823 est celui de Marie-Armand de Davezac-Macaya (1800-1875), président de la Société Géographique. Le général de Nansouty (1815-1895), plus connu pour être à l’origine de l’observatoire du Pic du Midi, s’y intéresse. Mais, c’est au colonel de Reffye et surtout à son adjoint, le commandant Edgard Lucien Pothier, que l’on doit les découvertes faites entre 1869 et 1879 sur le plateau de Ger. En fait, si les militaires sont les premiers à s’y intéresser, c’est que le plateau de Ger comporte un vaste terrain militaire pour les manœuvres.

Lucien Pothier, futur général, répertorie les tumulus et en fouille méthodiquement 62. Il publie le résultat de ses recherches en 1900. Mais, les objets trouvés encombrent les armoires de l’école d’artillerie qu’il commande à Tarbes. Aussi, il transfère ses collections au Musée des Antiquités Nationales à Saint-Germain en Laye, en 1886.

Mobilier retrouvé dans les tumulus d’Avezac (65).
Mobilier retrouvé dans les tumulus d’Avezac (65).

Parallèlement, Edouard Piette (1827-1906) et Julien Sacaze (1847-1889) entreprennent les fouilles sur le plateau de Lannemezan. Edouard Piette a aussi fouillé de nombreuses grottes et sites préhistoriques. En 1902, il donne sa collection au Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain en Laye. Parmi les pièces, il y a fameuse statue de la dame de Brassempouy.

Près de 50 ans après ces premières fouilles, des spécialistes réalisent une nouvelle vague de découvertes en Gascogne. Aujourd’hui, c’est surtout le fait d’amateurs passionnés.

Répartition en Gascogne

Mégalithe de Guillay à Larrivière-Saint-Savin, Landes
Mégalithe de Guillay à Larrivière-Saint-Savin (Landes)

Comme nous l’avons vu, la plus grande concentration de mégalithes se trouve au pied des Pyrénées. Toutefois, on en rencontre dans toute la Gascogne, le long des anciennes voies de communication.

En Lot et Garonne, ils se concentrent autour de Villeneuve sur Lot et surtout de Nérac. Leur particularité est de comporter le plus souvent des allées couvertes. Mais, les fouilles entreprises n’ont pas fait l’objet de publications, si bien qu’on est très mal renseignés sur ces découvertes et leur contenu.

Plus à l’ouest, en Gironde, les sites sont peu nombreux. Ils sont aussi majoritairement à allées couvertes. On les trouve dans le nord du département où la pierre calcaire est abondante. Le sud de la Gironde étant sablonneux, on n’en connait aucun.

À l’est, en Haute-Garonne, où ils sont très peu nombreux, on les trouve surtout en Comminges, autour de Saint-Martory. La ville à d’ailleurs placé un menhir sur une place publique en 1962.

Enfin, dans le Gers, il ne reste plus que deux mégalithes visibles. Pourtant, Ludovic Mazeret (1859-1929) en a étudié plusieurs, tous situés au nord du département. Mais ils ont fait l’objet de dégradations liés à l’agriculture mécanisée ou pour servir de carrières. Il est vrai aussi qu’une fois fouillé, le tumulus est perdu. Et encore plus si les fouilles n’ont pas donné lieu à des publications.

Heureusement, on fait encore des découvertes. Par exemple, près de Grenade dans les Landes, lors d’un défrichement effectué en 1967, on trouve un menhir couché. On le relève et on découvre qu’il est gravé de signes néolithiques à son sommet.

Qu’est-ce qu’un tumulus ?

Un tumulus est une tombe. On construit un dolmen sous lequel on dépose des objets funéraires et les restes, calcinés ou pas, d’un défunt. Pour arriver à la chambre funéraire, on construit parfois une allée couverte, c’est à dire plusieurs dolmens mis bout à bout pour constituer un couloir. La chambre funéraire est parfois entourée d’un ou de plusieurs cercles de pierres.

On recouvre le tout de terre pour former un monticule qui peut faire plusieurs mètres de haut et plusieurs dizaines de mètres de diamètre.

Allée couverte de Barbehère et coupe du dolmen - Saint-Germain d'Esteuil(Gironde)
Allée couverte de Barbehère – Saint-Germain d’Esteuil (Gironde)

Néanmoins, on rencontre parfois des dolmens isolés. Bien souvent, le tumulus qui le recouvrait a été fouillé et il ne reste plus que les pierres.

Outre l’intérêt du tumulus lui-même, l’étude des objets funéraires nous renseigne sur le mode de vie des défunts et leurs rites funéraires.

Tumulus et mégalithes n’ont pu échapper aux Gascons qui vivaient autour d’eux. Curieusement, ils ne leur ont pas donné de noms particuliers. On les appelle pèiras (pierres) et on ajoute un qualificatif désignant leur aspect comme pèira quilhada, pèira hita (pierre levée, borne) ou simplement calhaus (cailloux). On appelle les tumulus tucs (tertres) ou tucs redons (tertres arrondis).

En revanche, les Gascons les associent à des saints locaux, et aussi à des géants, au Diable ou aux hadas ou encantadas (fées). Le savez-vous ? Les menhirs dansent en tournant sur eux-mêmes à minuit. Ils ont le pouvoir de rendre les femmes fécondes. Et même, dans le bordelais, ils peuvent signaler la proximité d’une source et guérir les maux liés aux yeux.

Autres formes de mégalithes

Tumulus, dolmens et menhirs se rencontrent dans le piémont pyrénéen et en plaine. Pourtant, d’autres formes de mégalithes existent, cette fois-ci en montagne. Ce sont les pasteurs qui pratiquent déjà la transhumance des troupeaux qui les érigent.

Cromlechs du plateau du Bénou en Vallée d'Ossau
Cromlechs du plateau du Bénou en Vallée d’Ossau

En vallée d’Ossau, par exemple, sur le plateau du Bénou, on trouve 80 cromlechs qui sont des cercles de pierre plantées dans le sol. La majorité ont un diamètre qui varie entre 3,5 et 5,5 mètres. Quelques-uns peuvent atteindre 11 mètres de diamètre. Ils sont tous construits sur des mamelons ou des replats qui offrent une vue dominante sur la vallée.

À la fin du XIXe siècle, l’abbé Châteauneuf, curé de Bielle, en donne une première description et fait des croquis. Il remarque que 16 cromlechs constituent une ligne droite et sont précédés d’un alignement de grandes dalles de 110 mètres de long. Il n’en subsiste plus que 50 mètres.

Leurs fouilles n’ont pas donné d’objets ou de restes funéraires. Si ce ne sont pas des tombes, à quoi pouvaient-ils servir ?

Sur le plan de Beret en val d’Aran, il y a de nombreuses traces d’habitat néolithique lié au pastoralisme. Le plus surprenant est un ensemble considérable de pétroglyphes (gravures sur la pierre) dont on ne connait pas la signification. Certains signes se retrouvent sur le menhir retrouvé près de Grenade dans les Landes. Isaure Gratacos s’y intéresse et publie un article très intéressant dans la Revue du Comminges (n°1, 2009).

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Poursuivre avec les stèles discoïdales de Gascogne.

Références

Les tumulus du plateau de Ger, Lucien Pothier, 1900, 5 volumes.
Les nécropoles du Premier âge du Fer dans les Landes de Gascogne, Bernard Gellibert, Jean-Claude Merlet, Sandrine Lenorzer, 9 février 2023.
Bulletins de la Société de Borda, de la Société Ramond, de la Société Archéologique du Gers, Société du Comminges…




La Leira, un fleuve discret

La Leira est le nom gascon de La Loire. Mais c’est aussi le nom d’un fleuve gascon qui se jette dans le bassin d’Arcachon. Si peu de Gascons en connaissent l’existence, c’est le paradis des amateurs de canoë ou des amoureux de la nature.

La Leira, un fleuve bien discret

La Leira [Leyre ou L’Eyre en français] prend sa source dans les Landes. Ou plutôt, elle n’a pas de source puisque c’est la remontée de la nappe phréatique, affleurant en plusieurs endroits, qui l’alimente.

Son nom véritable est l’Eira, ancien toponyme qui, selon les spécialistes Bénédicte et Jean-Jacques Fenié, signifie tout simplement « eau ». L’usage l’a transformé en Leira.

La Leira parcourt 116 km avant de se jeter dans le bassin d’Arcachon. En fait, on peut même parler des Leiras car le fleuve est formé de la grande Leira et de la petite Leira qui se rejoignent à Moustey au horc d’Eira [hourc d’Eyre].

La petite Leira se forme entre Lucsèir [Luxey] et Retjons. Elle est calme et ses eaux sont claires. En revanche, la grande Leira nait près de Sabres et ses eaux sont noires, son cours impétueux.

La Grande Leyre © Laurent Degrave-PNRLG
La Grande Leyre © Laurent Degrave-PNRLG

Tout au long de son parcours, la Leira reçoit de nombreux affluents aux noms bien gascons dont : l’Escamat, le Monhòc, [Mougnocq] le Cantagrith, le Mordoat [Mourdouat], le Richet ou barrada deus claus, le Boron [Bouron] aussi appelé Hontassa, le Casterar, ou encore la Palhassa [Paillasse].

Plus globalement, son bassin versant est dans le parc naturel des Landes de Gascogne. Lorsqu’elle arrive dans le bassin d’Arcachon, la Leira forme un delta de 3 000 hectares qui est le refuge de nombreuses espèces d’oiseaux.

Et la belle réserve ornithologique du Teich couvre 120 hectares de ce delta.

La Leira, un grand intérêt écologique

Au cours de l’histoire, c’est avec la plantation de la forêt des Landes de Gascogne que la Leira présente un intérêt économique. En effet, elle sert au flottage du bois et elle alimente des forges, des fonderies, des verreries et des moulins.

Or, les activités économiques ont disparu. Alors, la Leira, bordée de prairies, s’est peu à peu cachée sous des feuillus, constituant une épaisse forêt galerie qui a poussé sur ses rives.

Composée de chênes, d’aulnes et de saules, la forêt amortit les crues, limite les matières en suspension et maintient les berges. Le microclimat ainsi créé abrite des espèces végétales devenues rares comme l’Osmonde royale ou le Drosera à feuilles rondes.

De même, la Leira abrite des animaux disparus ailleurs, comme la loutre, le vison, la cistude, la genette ou le murin à oreilles échancrées (une espèce de chauve-souris). Elle abrite aussi les larves de lamproie qui y naissent avant de gagner la haute mer. De plus, dans ses herbiers aquatiques, on trouve de nombreux poissons, ainsi que le brochet aquitain. À noter, des naturalistes décrivent cette espèce de brochet pour la première fois en 2014. L’animal se distingue des autres brochets par un museau plus court, des écailles et des vertèbres moins nombreuses.

Cistude et Loutre d'Europe © PNRLG
Cistude et Loutre d’Europe © PNRLG

Cette richesse écologique vaut à la Leira de nombreux classements de protection : classement d’une partie de son cours sur la commune de Mios en 1942, zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) en 1973 et 1984, enfin zone Natura 2000. Son delta est classé zone humide d’importance internationale en 2011.

Le parc régional des vallées de la Leyre et du val de Leyre est créé en 1970. Il porte aujourd’hui le nom de parc naturel régional des Landes de Gascogne.

Drosera rotundifolia & Osmunda regalis © PNRLG
Drosera rotundifolia & Osmunda regalis © PNRLG

Concilier écologie et tourisme

Le parc naturel régional des Landes de Gascogne conduit le programme de protection du fleuve.

Outre les actions d’information du public, des usagers et des riverains, le parc étudie la faune et la flore présentes dans le bassin de la Leira, entretient les rives et la forêt galerie, restaure les milieux, supprime les obstacles créés par l’homme (barrages ou digues inutiles), veille à supprimer la pollution (action micro plastiques), etc.

Fort heureusement, peu d’espèces invasives colonisent la Leira. Des érables negundo et des catalpas originaires d’Amérique du nord sont progressivement éliminés. On y trouve aussi quelques ragondins et des écrevisses de Louisiane, plus difficiles à attraper.

Toutes ces actions visent à restaurer le fleuve pour obtenir le label « Rivière sauvage ». Ce label décerné par l’AFNOR est une marque de reconnaissance du travail de protection et de valorisation du territoire concerné.

Le parc naturel régional conduit aussi une action exemplaire qui concilie tourisme et protection du milieu en favorisant la pratique du canoë sur la Leira.

En relation avec des professionnels partenaires, 8 lieux de mise à l’eau et de sortie d’eau des canoés offrent au public la possibilité de naviguer sur la grande Leira et de profiter de la nature protégée de la forêt galerie.

Si les promenades sont permises, les activités restent réglementées : horaires de navigation, interdiction des bivouacs, interdiction des cueillettes, etc. Bien entendu, toute activité nautique à moteur est interdite.

Les Vallées de la Leyre, eaux fauves et forêt-galerie - © PNRLG Sébastien Carlier
Les Vallées de la Leyre, eaux fauves et forêt-galerie – © PNRLG Sébastien Carlier

La réserve ornithologique du Teich

Des ornithologues amateurs proposent à la commune du Teich de créer une réserve sur le bassin d’Arcachon, dans le delta de la Leira. On le fait en 1972.

Ainsi, la commue acquiert des parcelles par échange avec des parcelles forestières communales. Le parc ornithologique voit le jour. Il devient réserve ornithologique et, si la commune en est toujours propriétaire, le parc naturel régional des Landes de Gascogne en prend la gestion.

323 espèces d’oiseaux y sont répertoriées, dont 88 y nichent. Cela en fait une zone exceptionnelle de reproduction et de nourrissage des oiseaux. En conséquence, la réserve du Teich propose des visites en bateau, des activités d’observation et de photographie des oiseaux.

Aigrette Garzette & Martin-Pêcheur © Réserve Ornithologique du Teich
Aigrette Garzette & Martin-Pêcheur © Réserve Ornithologique du Teich

La plupart des Gascons ne connaissent pas la Leira. Pourtant, ce fleuve gascon offre des milieux remarquables et une faune protégée qu’il faut découvrir au gré d’une promenade au rythme de la nature.

De plus, le fleuve entretient des contes et des légendes que l’on peut retrouver dans le livre La Leyre, contes et chroniques d’un autre temps de Serge Martin et Marnie, Dossiers d’Aquitaine, 2016.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

L’Eyre et sa vallée
Affluents de la grande Leyre
Rivières sauvages : la grande Leyre
Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne
Parc naturel, Site consacré au canoë sur la Leyre
Réserve ornithologique du Teich




La main d’Irulegi

La main d’Irulegi trouvée le 18 juin 2021 en Navarre est une découverte majeure pour tous les héritiers des Vascons. Elle est la preuve que notre langue ancienne a laissé des traces écrites.

La main d’Irulegi

Irulegi - plan de situation
Irulegi – plan de situation

Jusqu’à récemment, la langue euskarienne ne possédait pas de preuve de son existence avant le IVe siècle de notre ère. En plus de cela, les premières traces écrites connues du basque dataient, avant cette découverte, du XVIe siècle. Mais depuis peu, en novembre 2022, a été traduit le premier mot d’une série de cinq, sur un objet découvert le 18 juin 2021 sur la colline d’Irulegi.

Officiellement la découverte de cet objet apporte la preuve écrite la plus ancienne de la pratique du proto-basque. Cette langue était parlée dans un espace bien plus large que l’Euskadi actuelle. En effet, c’est dans tout l’espace aquitain que le proto-basque était utilisé, espace allant du Couserans jusqu’au début du massif des Cantabres et de l’estuaire de la Gironde jusqu’à l’Ebre. Les locuteurs de cet ensemble de langues étaient les Aquitains. Ces derniers deviendront les Vascons durant le Haut Moyen-Âge, et c’est à partir du XIe siècle que les textes différencieront les Gascons des Basques.

Irulegi - le champ de fouilles
Irulegi – le champ de fouilles

L’objet en lui-même est une main droite en bronze de 14,31 cm de hauteur, 12,79 cm de largeur et d’une épaisseur de 1,09 mm. Le texte gravé sur cette main est composé de 5 mots, 40 signes sur 4 lignes. Enfin, la main de la colline d’Irulegi date du 1er siècle avant JC, plus précisément du dernier tiers du 1er siècle, au moment de la guerre sertorienne (-80 av JC à -72 av JC).

Le système d’écriture révélé par la main

D’après Javier Velaza, professeur de philologie latine à l’université de Barcelone, les inscriptions suivent un système semi-syllabique emprunté au système d’écriture ibérique. Un semi-syllabaire est un système mixte employant dans le même temps des signes correspondants à des lettres et d’autres signes correspondants à des syllabes. Cependant, le professeur remarque que sur cette main est inscrite une variante. Le signe « T » est à l’heure actuelle inexistant dans l’écriture ibérique ; il est nécessaire d’ajouter que ce symbole figure déjà sur deux pièces frappées en territoire basque. « Les Basques ont emprunté le système d’écriture ibérique en l’adaptant à leurs caractéristiques » fait-il remarquer.

La main d'Irulegi
Irulegi – La main

Le premier mot inscrit sur la main est quasi transparent : sorioneku. Il est comparable au basque actuel, zorioneko signifiant « de bonne fortune ». Ainsi, cela prouve qu’il s’agit d’une inscription proto-basque et non ibérique ou celtibérique. D’après Jean-Baptiste Orpustan, professeur honoraire des universités Michel de Montaigne Bordeaux III, spécialiste en lexicographie, linguistique historique, littérature, onomastique, traduction en langue et littérature basques, les langues ibériques et proto-basque étaient des langues voisines et probablement proches d’un point de vue phonétique et structurel mais elles étaient sans doute deux langues bien distinctes.

Le basque actuel ne permettant pas de traduire les autres mots, en plus de deux millénaires, l’euskara a changé et son vocabulaire n’est plus forcément le même. Sabino Arano Goiri, fondateur du nationalisme basque avait créé de nombreux néologismes afin d’éviter une trop grande hispanisation du basque.

La fonction de la main d’Irulegi

Pour le linguiste basque Joaquín Gorrochategui, il reste beaucoup à faire pour en savoir plus. Notamment élucider les autres mots gravés sur la main d'Irulegi
Pour le linguiste basque Joaquín Gorrochategui, il reste beaucoup à faire pour en savoir plus. Notamment élucider les autres mots gravés sur la main d’Irulegi.

Au sujet de l’objet en lui-même, il avait surement une fonction apotropaïque.  C’était un objet conjurant le mauvais sort pour les habitants de la maison où on l’a trouvé. On a découvert une main similaire  à Huesca, mais sans inscription dessus ; cette main devait avoir la même fonction.

Aujourd’hui encore, on trouve des objets ayant la même fonction à l’entrée des maisons, sacré-cœur de Jésus, crucifix, fer à cheval, médaille de saint Christophe dans les voitures etc… Nos ancêtres n’étaient pas si différents de nous.

Seul témoignage de notre langue passée ?

Tumuli de Vielle-Aubagnan (plan de situation)
Tumuli de Vielle-Aubagnan – plan de situation

La découverte de cette main peut remettre en lumière une autre découverte datant de 1914 par Pierre-Eudoxe Dubalen : les tumuli de Vielle-Aubagnan.

Dans ces tumuli, parmi le matériel découvert (restes de cotte de mailles, casques, lance tordue…) Dubalen trouve également des restes de phiales (coupe sans pied ni anse). Sur ces coupes, des inscriptions sont présentes.

 

Première inscription de Vielle-Aubagnan

Sur ce premier phiale on pourrait  lire :

  • anbailku : lecture en 1956 de René Lafon, spécialiste de la langue basque
  • anbaikar : lecture en 1980 de Jürgen Untermann, linguiste
  • binbaikar : lecture de 1990, Jean-Claude Hébert, linguiste.

Seconde inscription de Vielle-Aubagnan

  • betiteen : 1956, Lafon,
  • titeeki : 1980, Untermann,
  • kutiteegi : 1990, Hébert.Si, dans ces coupes, le symbole « T » n’est pas présent, comme sur la main d’Irulegi, les deux phiales et la main démontrent une appropriation d’un des systèmes d’écriture ibérique dans l’espace aquitain. Et cela peut démontrer que les peuples de langue proto-basque étaient donc capables d’écriture, peut-être même de littérature (cf. utilisation apotropaïque de l’écriture sur la main d’Irulegi).

On constate également que les deux phiales dateraient de la fin du 2e siècle avant J.-C. La main d’Irulegi, elle, date du début du 1er siècle av. J.-C. On peut donc admettre que ces objets sont presque contemporains.
La main date de la guerre sertorienne (-80 à -72) et les phiales de la fin du 2e siècle av JC.

Utilisation partielle ou générale en Aquitaine ?

Cependant, si on ne peut conclure à une utilisation généralisée de l’écriture dans tout l’espace aquitain, nous pouvons acter de l’usage au moins partiel de l’écriture dans l’espace dit aquitain. Ces peuples-là étaient donc capables d’écrire et même de s’approprier un système d’écriture et le modifier à leur guise. La découverte de la main d’Irulegi est définitivement une découverte majeure.

Enfin, il est légitime de ne pas s’étonner que ces peuples soient capables d’écrire. Après tout, une partie des Celtes de la Gaule préromaine utilisaient les systèmes d’écriture ibérique et l’alphabet grec entre autres. La doxa déclarant que les Celtes avaient une culture essentiellement orale provient principalement du fait qu’ils avaient une transmission orale de leur culture/religion/histoire. Si les Celtes étaient capables d’écrire, tout comme les Ibères et les Celtibères, alors les Aquitains le pouvaient également.

Loís Martèth

écrit en orthographe nouvelle

Références

La mano de Irulegi
L’âge du Fer en Aquitaine et sur ses marges. Mobilité des hommes, diffusion des idées, circulation des biens dans l’espace européen à l’âge du Fer sous la direction de Anne Colin, Florence Verdin, 2011
L’ibère et le basque : recherches et comparaisons, Jean-Baptiste Orpustan, 2009
Les deux phiales à inscriptions ibériques du tumulus numéro III de la lande « Mesplède », à Vielle-Aubagnan (Landes).