Les jurons, spécialité gasconne?

Les Gascons ont aussi lors arneguets, leurs jurons. Depuis le Mordiu des mousquetaires jusqu’au Bondiu actuel, en passant par l’original Vivant, ils sont si nombreux qu’on ne peut tous les présenter.

Les jurons d’Henri IV

Henri IV, roi de Navarre par Gotlib, jurons
Henri IV, roi de Navarre par Gotlib

Henri IV (1553 – 1610) adorait jurer, ce qui désolait son confesseur jésuite, Pierre Coton. Ses deux jurons préférés étaient Ventre Saint Gris et Jarnidiu [Je renie Dieu]. Le premier pourrait être une déformation amusante de Ventre Dieu, horrible sacrilège, où Dieu est remplacé par Saint-Gris c’est-à-dire Saint François d’Assise. Pour le deuxième juron, le père Coton, qui avait fort à faire avec notre roi gascon turbulent, voulut le protéger contre des soupçons sur la sincérité de sa conversion au catholicisme. il lui proposa donc de renier plutôt… son confesseur. Henri IV amusé se mit à dire Jarnicoton, juron qui devint très à la mode à la Cour et qui remplaça prudemment le précédent.

Les vieux jurons rapportés

Rabelais relève un juron gascon

François Rabelais et les jurons
François Rabelais

Le Tourangeau Rabelais (1483 ? – 1553) fait dire à des Gascons : Sang de las cabres / Sang des chèvres. Est-ce une tournure arrangée ? Il semblerait pourtant que Sandis, Sandédis, Sandiu [Sang Dieu, Sang de Dieu] aient été plus courants en ce temps-là, mais c’était parole de mécréant.

De façon similaire, Cadedís ou Cadediu fait partie des vieux jurons dont on a trace au XVIIe siècle. On peut y reconnaitre Cap de Diu [Tête de Dieu].

Antoine Furetière confirme cadedís

Antoine Furetière et les jurons
Antoine Furetière

L’académicien Antoine Furetière (1619 – 1688) le rapporte dans son Furetiriana, ou Les bons mots et les remarques, histoires de morale, de critique, de plaisanterie et d’érudition, p.100 : Au siège de Roses les Espagnols ne s’accommodoient point des bombes ; quand la place fut prise un Gascon se moqua d’eux, en leur disant : Quoy cette petite machine vous fait peur, cadedis vous estes de pauvres gens, les femmes de Flandre les ramassent par douzaine dans leurs tabliers.

Philippe Poisson amuse avec la verve gasconne

Philippe Poisson (A. Watteau – La mascarade – vers 1710)

Plus tard, l’acteur Philippe Poisson (1682 – 1743) le fait dire à son personnage gascon, dans sa comédie L’après-soupé des auberges, p 172 (remarquons au passage que les Gascons prononçaient le français avec un fort accent gascon) :
Cadedis, ye bois vien que bous ne l’êtes pas
Yentilhomme, & de bous ye fais fort peu de cas.

Un peu plus loin, dans cette même comédie s’ajoute une deuxième juron de la même veine, mordi  (p. 190):

Cadedis,
Ils beulent me tuer, & ne biennent que dix ?
Qu’ils s’en aillent, mordis ! Ye les plains ; que leur faire ?
Dix ne sont pas vastans de me mettre en colere
Abec tranquillité ye turois tous ces gueux ;
Car des graces, mordi, j’en ai tant que je beux ;

Notons aussi que le côté hâbleur du Gascon fait recette dans les comédies. Une réputation qui nous restera collée à la peau.

Ce mot de mordis, mordi, mordiu, mourdious, morblous, le professeur Christian Desplat le reprendra dans Le crime des seize, livre qui raconte le meurtre de l’abbé de Sauvelade le 25 octobre 1663 : Mourdiu, Barboutan nou es pas encoere mourt / Mordiu, Barbotan non es pas enqüèra mort / Mort-Dieu, Barbotan tu n’es pas encore mort.

Dieu me damne et Dieu me sauve

Jurer c’est se moquer de Dieu

Madame de Maintenon et les jurons
Madame de Maintenon

Comme dans beaucoup de pays, religion aidant, plusieurs jurons faisaient référence à Dieu. Les autorités n’aimaient guère ces jurons qui défiaient Dieu. Et des papes ou des rois avaient condamné ces crimes. En France, Saint-Louis et plusieurs de ses successeurs interdirent de jurer. En 1681 par exemple, Louis XIV, sous l’influence de la dévote madame de Maintenon, interdit par une ordonnance à tous soldats de jurer et de blasphémer le saint nom de Dieu, de la sainte Vierge et des saints, sous peine d’avoir la langue percée d’un fer chaud. Châtiment délicat qu’avait déjà choisi Saint-Louis. Et la menace n’était pas théorique : Un misérable qui avait proféré plusieurs blasphèmes à Versailles eut la langue percée devant la cour du château (Œuvres de M. Claude Henrys, De la peine des blasphémateurs, 1708).

Et ces diables de Gascons ne sont pas bien disciplinés ! Ils jouent allègrement avec Dieu. Dieu me damne, & Dieu me sauve, c’est le juron des Gascons, précise le Dictionnaire de Trévoux, 1771, p.316. Et ils en rajoutent avec des Noum d’un Diu / Nom d’un Diu / Nom d’un Dieu, Miladiu / Mille Dieu (juron exprimant l’énervement). Les Armagnacais, eux, ont un faible pour Bou diou / Bon diu / Bon Dieu.

Jurer Au Diü bibent impose Jeanne d’Albret

Jeanne d'Albret et les jurons
Jeanne d’Albret

Le juron le plus connu et le plus étonnant est probablement : Biban / Vivant / Vivant, et ses nombreux dérivés : Diou biban / Diu vivant, Diu bibos, Diou-bibotes, biboste / vivòste, bibailles, gran diu bibant, double diu bibant double bant. Et même Oh biban, ôbiban qui soulignent la colère. Selon Jan Bonnemason, le plus drôle est que ce jurement fut imposé par Jeanne d’Albret dans un édit de 1561 qui prescrit de prêter serment sur la bible avec ces mots : Au Diü bibent.

Mais attention, seuls les hommes osent une telle provocation. Les femmes, elles, plus mesurées, préfèrent Per ma fé / Per ma he / Par ma foi, ou mieux Diou mé daou / Diu me dau / [À] Dieu je me donne. Pourtant, ne nous y trompons pas. Diu me dau est une transformation trufandèra du juron du Moyen-Âge, Diu me damn / Dieu me damne !

Les jurons autour de hilh de, fils de

Beaucoup moins criminels, les jurons avec hilh de offrent une belle variété de possibilité. Le dictionnaire de Vincent Foix en rapporte plusieurs, des jurons burlesques :
Hilh de le maï / Hilh de la mair / Fils de ta mère (sous-entendu illégitime) et ses variantes
Hilh de le maï coudétte / Hilh de la mair codeta / Fils de la mère bigote,
Hilh de l’aoüt / Hilh de l’aute / Fils de l’autre,
ou encore Hilh dou trénte / Hilh de trente, Hilh de clouque / Hilh de cloca / Fils de glousse, Hilh de piques / Hilh de pica

ou des jurons plus grossiers :
Hilh dé garce / Hilh de garça / Fils de garce
Hilh de pute / Hilh de puta / Fils de pute
Hilh de la pute biélhe / Hilh de puta vielha / Fils de vieille pute

Et, bien sûr, l’intonation permettra de donner bien des reliefs différents à un même juron, comme le souligne Jean-Claude Coudouy dans son sketch :

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=m33H0YF7dJs]

Dans le même esprit, on pourrait ajouter Macarèou / Macarèu, bien que ce juron soit venu du français Maquereau.

Les jurons secondaires

À côté de ces grands jurons, l’imagination en a trouvé beaucoup d’autres. Par exemple, Noum d’un sort / Nom d’un sòrt / Nom d’un sort, c’est une expression qui fait référence au sort jeté par un sorcier. Ou encore Crouts dé pailhe / Crotz de palha / Croix de paille, Diagne / diable ou A le diagnou / diantre, diable hòuRappelons que le diantre est un forme vieillie qui signifie le diable.

Lanche ou Laïtre / L’âme, ou encore Lanche dou tros ou Laïtre dou tros / L’âme des morceaux, L’amne dou cos / L’âme du corps : il s’agit là de jurer par son âme.

D’autres jurons sont plus moqueurs comme Couyon de la lue / Colhon de la lua / Couillon de la lune, machante peyt / maishanta pèth, porc / pòrc..

Aoü gran bireban / Au gran viravan, ou plus doux aoü gran bire pachèt / au gran vira-paishèth / au grand tourne pieu est plutôt un juron comique :  aoü gran bire-ban qu’an tout perdut, Saint-Jean-Tauziet, Lou marchand de cantes, Le Républicain landais, 1872.

Et ceux qui terminent en chanson commingeoise

L’autre dio sus la faugèiro,
Que goardàbi lou bestia,
Rencountrèri io pastourèlo
A l’oumbreto d’un alba.
Elo me dit : Petit garçou,
Saut demi-tour, demi-tour, demi-gauche,
Elo me dit : « Petit garçou,
Cantariots io cansou ? »Jou per plaire à la bergèro
Me metèri à canta, (bis)
E per milhou la coutenta,
Me metèri à dansa.Jou la prengui e l’embrassi,
Sus l’erbèto la pausèi ; (bis)
Elo jamais noun digo ré,
De tant que preniò plasé.Las poupétos de la bergèro
Sentission à soun parel,
E lai de lai doumaisèlos
A la roso dou mousquè.
O Diu bibant ! Qu’auét hèit pla,
Saut demi-tour, demi-tour, demi-gauche,
O Diu bibant ! Qu’auét hèit pla,
Se bous y bouliots tourna.
L’autre dia sus la faugèira,
Que guardavi lo bestiar,
Rencontrèri ia pastorèla
A l’ombreta d’un alba.
Ela me ditz : Petit garçon,
Saut demi-tour, demi-tour, demi-gauche,
Ela me ditz : Petit garçon,
Cantariatz ia cançon ?Jo per plaire a la bergèra
Me metèri a cantar (bis)
E per milhor la contentar
Me metèri a dansar.Jo la prengui e l’embrassi,
Sus l’erbèta la pausèi ; (bis)
Ela jamais non diga ren,
De tant que preniò plaser.Las popetas de la bergèra
Sentissian a son parel,
E lai de lai domaisèlas
A la ròsa deu mosquèr.
O Diu vivant ! Qu’avetz hèit plan,
Saut demi-tour, demi-tour, demi-gauche,
O Diu vivant ! Qu’avetz hèit plan,
Se vos i voliatz tornar.
La version en français

L’autre jour sur la fougère,
[Tandis] que je gardais le bétail
Je rencontre une pastoure
[Assise] à l’ombre d’un saule.
Elle me dit : Petit garçon,
Saut demi-tour, demi-tour, demi-gauche,
Elle me dit : Petit garçon,
Chanterais-tu une chanson ?

La bergère et le pastoureau et les jurons
La bergère et le pastoureau

Moi pour plaire à la bergère
Je me mis à chanter, (bis)
Et pour mieux la contenter,
Je me mis à danser.

Je la prends et l’embrasse,
Sur l’herbette la pose ; (bis)
Elle, jamais, ne dit rien,
Tant elle prenait plaisir.

Les petits seins de la bergère
Sentaient à leurs pareils,
Et ceux des demoiselles
À la rose du musqué.
Ô Dieu vivant ! Vous feriez bien,
Saut demi-tour, demi-tour, demi-gauche,
Ô Dieu vivant ! Vous feriez bien,
Si vous vouliez recommencer.

Références

Furetiriana, ou Les bons mots et les remarques, histoires de morale, de critique, de plaisanterie et d’érudition, Antoine Furetière, 1696
Les œuvres de Monsieur Poisson, tome premier, 1743
A travers le folklore du sud-ouest, René Cuzacq, 1951, les jurons landais, béarnais et gascons
Le crime des seize, Christian Desplat, 2000
La canta et lo cantar deu noste parlar, florilège amoureux du gascon béarnais, Jan Bonnemason, 2018
dictionnaire gascon français (Landes) de l’abbé Vincent Foix, rédigé entre 1885 et 1932
Chansons populaires des Pyrénées françaises, L’autre dio sus la faugèiro, Jean Poueigh, 1989, p. 207




La cama crusa, un vieux mythe gascon

Si vous voulez rencontrer la cama crusa, venez en Gascogne, elle ne hante aucune autre région ! Toujours maléfique, elle est aussi la plus effrayante des créatures. Si tout Gascon la connait ou se doit de la connaître, que sait-on vraiment d’elle ?

A quoi ressemble la cama crusa ?

La cama crusa
La cama crusa

La cama crusa veut dire la jambe crue. Dans les quelques contes qui en parlent, elle est décrite comme une jambe seule, parfois munie d’un œil au genou, la cama crusa dab l’uèlh dubèrt, la jambe crue avec l’œil ouvert.

Devant le caractère inquiétant de cette jambe, l’imaginaire aidant, les illustrateurs voire les rapporteurs rajoutent des éléments : elle aurait une bouche, sinon comment pourrait-elle manger les enfants ! Elle aurait des griffes comme les harpies, etc. Mais ces descriptions ne sont pas convergentes et révèlent plus les peurs ou l’imaginaire de nos ancêtres.

La cama crusa d’Honoré Dambielle

Honoré Dambielle et la cama crusa
Honoré Dambielle

Honoré Dambielle (1873 – 1930) a fait une recherche approfondie auprès de ses concitoyens sur les superstitions et les êtres qui les incarnent en Gascogne. Cette étude a été publiée en deux parties dans le Bulletin de la Société Archéologique, historique, littéraire et scientifique du Gers en octobre 1906 et au premier trimestre 1907.

Il en ressort que la cama crusa pourrait être rapprochée des vampires, car elle rode autour des maisons pour s’emparer des petits enfants avec une férocité terrifiante.

Contrairement à un becut par exemple qui est un être à part entière, la cama crusa apparait certaines fois puis disparait. En fait Dambielle rapporte qu’un sorcier peut se transformer en lop garon ou en cama crusa grâce à la pèth [peau]…

Le pouvoir de la pèth

Un sorcier peut avoir la chance d’avoir une pèth car la peau a un pouvoir diabolique qui lui permet d’opérer des prodiges. Seulement, ce n’est pas une sinécure d’avoir ua pèth, car elle est tellement maléfique que les sorciers mêmes cherchent à s’en débarrasser !

La seule chose facile, c’est d’obtenir une peau. Vous pouvez essayer, Dambielle vous donne la recette : il faut aller déposer à minuit un drap de lit à la jonction de quatre routes pratiquées, à cet endroit qu’on appelle en patois croutzo-camin ; On revient avant la pointe du jour, et, pas plus difficile que cela, le drap de lit s’est métamorphosé en peau, en attendant que celle-ci métamorphose celui qui l’endossera.

Grâce à la pèth, le sorcier peut voyager la nuit et dévorer les imprudents ou les enfants.

La goulue de Jean-François Bladé

Jean-François Bladé, auteur du conte « La Goulue »

L’origine de la cama crusa est l’objet de légendes et fantasmes divers. Une bien construite est celle de La goulue. Une jeune fille ne pensait qu’à manger de la viande crue. On l’appelait la goulue. Un jour, ses parents allèrent à la foire d’Agen, puis, au moment de repartir, passèrent par tous les bouchers mais il était bien tard et il ne restait plus de viande. Seulement, ils avaient promis de la viande crue à leur fille ! Que faire ? Ils passèrent par le cimetière, déterrèrent un mort du matin, lui coupèrent la jambe gauche et la rapportèrent à leur fille qui la mangea jusqu’à la dernière moelle. Toute la nuit, une voix cria « rends-moi ma jambe ! »

Le lendemain, toute la famille travaillait au champs. Le père ayant oublié son couteau renvoya sa fille le chercher. Pendu à la crémaillère, un mort à qui il manquait la jambe gauche s’adressa à la jeune fille. Le mort prit la jeune fille, l’emporta au cimetière et la mangea.

Cette jeune fille est-elle la cama crusa qui rôde la nuit ? En tous les cas, la cama crusa est la vengeance de la jambe arrachée !

Era Cama crusa damb eth goelh duvert

Era Cama crusa damb eth goelh duvert (https://bit.ly/2HQ3ClC )

En Couserans, cet horrible monstre est appelée , la Jambe Crue à l’œil ouvert. Elle s’amuse dès que tombe la nuit à dévaler les pentes de la montagne, afin d’effrayer les passants isolés, sinon les emporter. Dans des temps plus récents, elle est une espèce de croquemitaine qui s’attaque aux enfants pas sages.

Ce qu’on en disait en Couserans : c’est une jambe avec un œil ouvert et une corne, qui court plus vite que tout le monde ; c’est une jambe creuse, qui n’a que l’os ; c’est une jambe rouge, mal fichue, laide, et sanguinolente…

La cama crusa en chanson

Le groupe gersois actuel Boisson divine a publié un CD, Enradigats, qui contient la chanson Cama crusa. La musique allie, selon leur site, identité gasconne et Heavy Metal. Et voici la chanson et les paroles :

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=7JoV1W_BKbY?feature=oembed&w=648&h=486]

Cama crusa

Escota petit, jo que’t voi condar ua istuèra
Istuèra d’aquèsta tèrra
Las aurelhas e los uelhs ubèrts
Mainat, audir que cau
Còp èra a lua plea
Lo conde de Cama Crusa

Au som de las montanhas, montanhas pirenèus
Tot au près deu cèu, a la prumèra nèu
Un monstre deus hastiaus, que s’a perdut la cama
La cama de córrer, de per tota la plana

L’espiar maishant, suu jolh l’uelh ubèrt
Avistaz-ve se la jamèi vedetz

Cama crusa !
La paur deus aulhèrs e deus mainats tanben
Atencion petit que’t gaharà lo ser
E tu esbarrit que t’empòrta a la nuèit
Siatz charmants, demoratz au lheit
Cama crusa !!!

La hilha deu rèi que’s volè maridar
A un praube hèr qui èra musician
Lo pair que l’avè causit un prince ric
De malur qu’avè plorava mei que chic

A nuèit la hilha que s’ei escapada
Mala sòrta que se l’a crotzada

Un vielh bohèmis un dia de mercat
Ua bèra pora que s’avè panat
Tota la jornada que s’estujè plan
Esperar lo ser entà’s har desbrembar

A nuèit que s’en torna tà la rotlòta
Mala sòrta que se l’a crotzada

Jambe crue

Écoute petit, moi je veux te raconter une histoire
L’histoire de cette terre
Les oreilles et les yeux ouverts
Il te faut écouter
C’était à la pleine lune
L’histoire de la jambe crue

A sommet des montagnes, montagnes Pyrénées
A l’aube du ciel, à la première neige
Un monstre abominable avait perdu sa jambe
Qui se mit à courir, de par toute la plaine

Le regard noir, au genou l’œil ouvert
Méfiez-vous si vous la rencontrez

Jambe crue !
La peur des enfants mais aussi des bergers
Attention petit le soir va t’attraper
Et toi l’égaré t’prendra la nuit tombée
Soyez sages et au lit restez
Jambe crue !!!

La fille du roi voulait se marier
A un pauvre hère qui était musicien
Son père lui avait choisi un prince fortuné
De malheur quelle avait ne faisait que pleurer

La nuit la princesse s’est échappée
Triste sort la pauvre l’a croisée

Un vieux bohémien une journée de marché
Une belle poule avait dérobée
Toute la journée prend soin de se cacher
Attendant le soir pour se faire oublier

La nuit à sa roulotte veut rentrer
Triste sort le pauvre l’a croisée

Reférences

La sorcellerie en Gascogne, Honoré Dambielle, 1906 – 1907, ouvrage de la bibliothèque Escòla GAston Febus
Cama crusa, Boisson divine, CD 27 mai 2013
Contes populaires de la Gascogne, La goulue, Jean-François Bladé, 1885




Nadau qu’ei neishut – contes et proverbes

A força de cantar Nadau, Nadau arriba. À force de chanter Noël, Noël arrive, disent malicieusement les Marmandais. En cette veille de Noël, découvrons quelques contes et proverbes du centre de la Gascogne.

Bon Nadau brave monde!

Nadau - Quand Noël tombe un mardi  Pain et vin de toutes parts
Quand Noël tombe un mardi  Pain et vin de toutes parts

Quan Nadau es en diluns
Tota vielha hè mau mus 

Quan Nadau es un dimars
Pan e vin per totas parts

Nadau lo dijaus
Tots seràn malauts

E quina escadença ! Et, quelle chance, le jour de Noël de 2018 tombe un bon jour !

Quan Nadau es en dilus
Toute vieilhe hé mau mus
Quand Noël tombe un lundi
Toute vieille fait mauvaise figure.
Quan Nadau es un dimars
Pan et bin per toutes parz
Quand Noël tombe un mardi
Pain et vin de toutes parts
Nadau le ditjaus
Touts seran malaus
Noël le jeudi
Tous seront malades

Los contes de Nadau

Los Luquets - Nadau
Los Luquets, conte de Nadau

Aimant les récits et les contes, les Anciens nous ont laissé de nombreux textes pour amuser nos veillées. Des récits chrétiens, des récits fantastiques, des contes trufandèrs dont les protagonistes sont souvent des curés… Aussi, l’Escòla Gaston Febus et sa maison d’édition Reclams proposent un dossier spécial Noël dans la revue de décembre 2018 dans lequel vous trouverez quelques contes de Noël de l’Astarac, et une vieille et charmante chanson de Lectoure, collectée par Léonce Couture Aneit qu’es nechut. Aneit, Nadau qu’ei neishut Chut, chut, ne réveillez pas l’enfant qui dort…

Un de ces contes savoureux, Los luquets, est proposé gratuitement par Reclams en graphie classique. Pour ceux qui préfèrent la graphie originale, la voici.

Los arreproèrs de Nadau

On ne serait pas Gascon si on n’avait pas quelques proverbes sur Noël.

Des proverbes facétieux
Qui drom le jour de Nadau
Touto l’annado hè atau
Qui dròm lo jorn de Nadau
Tota l’annada hè atau
Qui dort le jour de Noël
Toute l’année fait pareil
Des proverbes sur la météo 
Se a Nadau recercos l’oumbré
A Pascos cercaras le courné

Se a Nadau i a mouscailhous
A Pascos i aura glaçous

Si Nadau s’assourélhe,
Pasques qu’atourélhe
Se a Nadau recercas l’ombrèr
A Pascas cercaràs lo cornèr

Se a Nadau i a moscalhons
A Pascas i aurà glaçons

Si Nadau s’assorelha
Pascas qu’atorrelha
Si à Noël tu recherches l’ombre
A Pâques tu chercheras le coin du feu

Si à Noël il y a des moucherons
A Pâques il y aura des glaçons

Si Noël ensoleille
Pâques met devant le feu
Et des proverbes utiles dans les campagnes 

Travaux des champs au Moyen-Âge Nadau
Travaux des champs au Moyen-Âge

  • Quan Nadau es en escur, troja magra bota cuu / quan es au clar troja magra bota gola. Quand à Noël il fait sombre, une truie maigre met des jambons / quand il fait clair elle met de la gorge.
  • Se Nadau es a l’escurada, gita lo milh capvath la prada, s’es a la lutz gita-lo capvath lo putz. Si Noël est sombre, sème ton maïs dans le pré, s’il fait lumineux jette-le dans le puits.
  • Quan Nadau i deguens la claretat / Ven lo bueu entà crompar blat. Quand Noël est dans la clarté / Vend le bœuf pour acheter du blé.
  • Bruma de Nadau cent escuts vau e la d’après austant e mes. Brume de Noël vaut cent écus et celle d’après autant et plus.
  • Nadau sense lua / De cent auelhas ne’n demòra pas ua. Noël sans lune / De cent brebis il n’en reste pas une.

Enfin rappelons-nous Nadau e San joan partajan l’an. Noël et St Jean partagent l’année. Donc les jours vont s’allonger…

Entà Santa Luça*
los jorns creishen d’un saut de puça.
Entà Nadau
d’un saut de brau.
Entau prumèr de l’an
d’un saut de hasan
.
* 13 de deceme
Pour Sainte Luce*
les jours augmentent d’un saut de puce.
A Noël
d’un saut de veau.
Pour le premier de l’an
d’un saut de coq.
* 13 décembre

Réferences

Nos proverbes gascons, deuxième série, Honoré Dambielle, 1924
Reproèrs sus lo temps que hè, Arts et Tradicions populaires de Marmande




Le grand amassaire Honoré Dambielle

Nos chansons gasconnes, un livre d’Honoré Dambielle, lamassaire de costumas (collecteur de traditions) vient compléter les 26 ouvrages de cet auteur déjà présents dans la bibliothèque de l’Escòla.

À n’en pas douter, les anciens aimaient chanter. Il existe des centaines, des milliers de chansons, dont beaucoup parlent de la vie quotidienne. Elles décrivent le travail, la vie, la nature… Elles sont souvent pleines de charme et de sensibilité. D’où viennent les chansons populaires, apprises de ses proches, répétées, transmises ? Souvent, il est difficile de le savoir. En revanche, elles accompagnaient les journées. Ne pas chanter était d’ailleurs signe de tristesse.

Nos chansons gasconnes est un recueil de huit chansons plutôt récentes qui ont été transmises de bouche à oreille. Heureusement, notre amassaire était là…

Amassem los libes de l’amassaire!

Couverture de Nos Chansons gasconnes de l'amassaire H. DambielleOnorat Dambielle (1873-1930), qu’amassèc forças arreproèrs e forças contes deu parçan de Samatan (Gèrs). Ua hont a hurgar dab plaser.

Lilian Riquet que nos envièc Nos chansons gasconnes en version numerizada. Mercés a eth.
Adara, lo Libièr de l’Escòla Gaston Febus qu’a un libe de mes, e donc que son 27 escriuts per l’abat. Beròi, vertat?

Voulez-vous continuer de nous envoyer des livres témoins de notre culture et de notre littérature ? Prenez contact avec nous !

Cançons et chansons du livre

Amassaire H. Dambielle collecteur de chansons

Les chansons reflètent la vie des hommes et des femmes qui les chantaient. Les huit chansons du livre, présentées avec paroles et musique, sont parfois des cançons de trabalh, c’est-à-dire des chansons que l’on chantait en travaillant pour alléger la peine ou pour partager des travaux collectifs comme L’Espigaira [La glaneuse] ou Lo gran de blat [Le grain de blé.] Une habitude très courante jusqu’au début du XXe siècle.

Les autres chansons collectées par notre amassaire sont plutôt destinées à accompagner la journée, animer  les velhadas, veillées d’hiver et racontent la vie. C’est le cas de Diga-s’òc présentée plus loin ou de La cançon deus esclops, La chanson des sabots. Mon anhèra, Mon agnelle flatte un métier, c’est une cançon de pastre [chanson de berger]. Deux parlent des animaux qui nous entourent comme La mia gata [Ma chatte] ou Petita Demaisela [Libellule]. Enfin une permet même de danser, c’est un rondo Lo petit vailet [Le petit domestique].

Le livre présente la partition, le texte en gascon et un texte en français écrit par A. Cousso. Ce n’est pas une traduction fidèle car le traducteur a favorisé le rythme et l’accentuation. Ainsi les chansons peuvent être chantées indifféremment en gascon ou en français.

Digo-s’òc

La chanson DIGA-S’ÒC de l'amassaire H. Dambielle

Cette chanson, la dernière du livre de Dambielle, est un dialogue affectueux entre une grand-mère et sa petite fille.
DIGA-S’ÒC. Uei que dirén benlèu Diga s’ac.

Lire la chanson en version originale et avec traduction en français,
o legir ací en grafia classica :

L’ENFANT

Solo  Perqué son blancs, blancs coma nèu
Tons pèus polits qu’ondran ta tèsta
Duo  Ma memi, diga-m’òc
Se se pòt un per pòc
Diga, diga, diga-s’òc
Solo Los de mamà ne seran lèu
E quan ne sian haràn ua hèsta

L’AÏEULE

Solo  Se ta mamà a pas pèus blancs
A pas cernut pro de haria
Duo  Ma mia diga-t’òc
Se se pòt un per pòc
Diga, diga, diga-s’òc
Solo Se harà quan quate-vints ans
Se passegen sur son esquia

L’ENFANT

Solo Quate-vints ans ! i long mon Diu !
De demorar tota croishida
Duo Coma vos, diga-m’òc
Se se pòt un per pòc
Diga, diga, diga-s’òc
Solo Coma diu éster avejatiu
D’aver la pèth tostemps froncida

L’AÏEULE

Solo Avant l’iver, èra l’estiu
Avant l’estiu, èra la prima
Duo Entà jo diga-t’òc
Se se pòt un per pòc
Diga, diga, diga-s’òc
Solo Çò qu’ei froncit, èr’argent viu
Tot cambia car tot s’abima

L’ENFANT

Solo Pas vòste còr s’abima pas :
En tròbi plan la calorada.
Duo  I vertat diga-m’òc
Se se pòt un per pòc
Diga, diga, diga-s’òc
Solo Memi, memi, vos n’angatz pas
Devisaràn a la velhada

L’AÏEULE

Solo Arribas tu e jo m’en vau ;
Portaràs dòl, mia mainada
Duo  Ploraràs !… diga-m’òc
Se se pòt un per pòc
Diga, diga, diga-s’òc
Solo Tota vita s’espass’atau
Auei jo e tu nhaut’annada

Descobrir l’òbra e l’òme

Dambielle – Nos chansons gasconnes (version numérisée complète)
Liste et accès aux 27 ouvrages numérisés de la bibliothèque, écrits par Dambielle. Sur outil de recherche / sélection de l’auteur, choisir Dambielle.
Biographie et exemples de l’œuvre de Dambielle.
L’association Savès-Patrimoine a publié en 2014 un gros ouvrage (près de 500 pages) consacré à l’œuvre d’Honoré Dambielle, sous la direction de Christian Humbert et Guy Bergès : Mémoire gasconne : Honoré Dambielle.

Bibliothécaire de l’Escòla Gaston Febus