Jean Bourdette, per amou det Labéda

Certains Gascons comme Jean Bourdette méritent d’être connus même s’ils ont été discrets dans leur vie. Cet historien publia une bonne quarantaine d’ouvrages sur le Lavedan et quelques lieux à l’entour. Il publia aussi un épais lexique de gascon lavedanais. Ainsi, il nous fournit une vraie mine de connaissance. Encore un Gascon de renom.

Série Gascons de renom : Jean-Baptiste Sénac, Guillaume Saluste du BartasAntoine de NervèzeSans MitarraJacques LacommeAlexis PeyretMarcel AmontIgnace-Gaston PardiesAndré DaguinJean LabordeJoseph du Chesne.

Jean Bourdette

Jean Bourdette (1818-1911)
Jean Bourdette (1818-1911)

Jean Bourdette (1818-1911) est né à Argelès-Gazost. Il y passe son enfance.  Il suit des études d’ingénieur agronome à la prestigieuse Institution royale agronomique de Grignon, en Île de France, un ancêtre de l’actuelle AgroParisTech. Ensuite, il enseigne les sciences naturelles à Paris, fait des recherches à l’Observatoire avec Urbain Le Verrier, le papa de la météo,  dirige la Mission Égyptienne de Paris.

À 60 ans (1878), il décide de quitter ses fonctions et s’installe à Toulouse. Là, il travaille avec le botaniste Gaston Bonnier et parcourt les piémonts pyrénéens, Couserans, Comminges, Vallée d’Aure, Lavedan.

Pourtant, Jean Bourdette est avant tout un chercheur et un fouilleur de livres. Il délaissera rapidement la botanique. Muni d’une loupe, il se consacrera à l’étude de documents, d’archives sur son Lavedan natal. Il publiera pendant 21 ans un très grand nombre d’ouvrages sur cette région.

Jean Bourdette écrit per amor deth Lavedan

Per amou det Labéda / Per amor deth Lavedan (Par amour du Lavedan) est la devise de l’historien qu’il inscrit sur tous ses ouvrages. En 1903, l’Escole Gastou Fébus lui remet le prix d’honneur pour son travail. Pourtant, la plus grosse partie reste à venir.

Jusqu’à son dernier souffle, Bourdette écrit des notices très ciblées sur un thème. Elles peuvent être courtes, d’une bonne soixantaine de pages comme les Notes historiques sur les seigneurs de Montblanc à Esquièze en Barège, où il énumère les familles ayant possédé la seigneurie de Monblanc jusqu’à ce qu’elle soit donnée au Prieuré de Héas. Plus souvent, il développe les informations collectées avec précision et netteté, jusqu’à plus de 700 pages comme la Notice des abbés Lays du Labéda.

Ses ouvrages sont indispensables à toute étude sur cette région, en particulier parce qu’il y conserve la mémoire collective, celle des familles et les coutumes. Dix-sept de ses publications sont à disposition à la bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus.

Jean Bourdette publie Froidour

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Non content de ce travail de fourmi, notre historien veut aussi faire connaître un ouvrage majeur sur la Bigorre. Il ne s’agit pas du manuscrit de Guillaume Mauran, Sommaire description du Pays et Comté de Bigorre, datant de 1614 ou peu après, qui fut édité, avec des notes complémentaires, par Gaston Balencie en 1887. Jean Bourdette, lui, voulut faire connaître le travail remarquable du Picard Louis de Froidour (1625?-1685), Grand-Maître des Eaux et Forêts au département de Languedoc, Guienne, Béarn, Basse-Navarre, Soule et Labourd.

Froidour avait écrit le Mémoire du pays et comté de Bigorre, probablement entre 1675 et 1685. Il s’agit d’une description du pays tels que l’a vu le Picard, d’abord une description géographique puis de son administration (justice, administration des eaux et forêts, feux de taille…).

Ce livre regorge d’informations sur la vie des Pyrénéens. Jean Bourdette explique par exemple qu’ayant besoin de sel pour réchauffer et purger les bestiaux pendant les périodes de neige, c’est la raison sans doute pour laquelle ils ont joui, jusques à présent, de la franchise et de la liberté de prendre du sel en Espagne, en Béarn ou ailleurs, ainsi que bon leur semble. Bien sûr, le peuple, gros consommateur de sel, est très opposé à l’impôt sur cette denrée, la gabelle. En Comminges, Froidour rapporte : Ils me dirent naïvement, en peu de paroles, qu’ils ne subsistaient que par le bétail, que leur bétail ne subsistait que par le sel, et que leur ôter le sel c’était leur ôter la vie, et qu’ils aimeraient beaucoup mieux mourir les armes à la main, que de mourir de faim et de misère.

Qu’ei monstruós de mespresar la lenga

Bourdette ne peut s’intéresser à l’histoire de son pays sans s’intéresser au gascon écrit et parlé dans cette région. D’ailleurs, il précise Tout Labedanés qe déou sabey era suo lenca de may, q’ey hountous d’ignourà-la, q’ey moustrous de mespresà-la. / Tot Lavedanés que dèu saber era lenca de mair, qu’ei hontós d’ignorar-la, qu’ei monstruós de mespresar-la. / Tout Lavedanais doit savoir la langue maternelle. Il est honteux de l’ignorer, il est monstrueux de la mépriser.

La route de Gavarnie au Pas de l'Echelle
La route de Gavarnie au Passage de l’Échelle

Ses notices sont d’ailleurs emplies de noms locaux et l’on peut ainsi apprendre ou se remémorer que la cascade de Gavarnie est appelée par les gens du pays et pich dèt Marbourè / eth pish deth Marborè / La pisse du Marboré ou que l’actuel pic de Montaigu est appelé à Bagnères le pic de Deux Heures. Ou encore que la petite vallée ou vallée de Barège communique avec le Lavedan propre ou grande vallée par le difficile pas de la scala (passage de l’échelle).

Jean Bourdette, consulté en 1889 par Miquèu de Camelat, conseillera au jeune auteur d’écrire en lavedanais (Camelat est né à Arrens, Lavedan). Ce que celui-ci fera pendant quatre ans, avant de choisir le béarnais de la plaine qu’il juge plus classique (ou plus connu ?).

Jean Bourdette conserve la langue

En érudit et conservateur de patrimoine culturel, Jean Bourdette se lance dans la réalisation d’un lexique et d’une grammaire. Seul le premier, Essai de vocabulaire du Gascon du Lavedan, sera achevé en manuscrit (il ne sera pas publié). Il est conservé au Musée pyrénéen de Lourdes (4 volumes, 1404 pages).

Jean Bourdette - essai de vocabulaire lavedanais, p. 1391
Jean Bourdette – Essai de vocabulaire du Gascon du Lavedan, p. 1391

Grâce à ce vocabulaire, vous pourrez parler montagnard en utilisant les arrealhs (éboulis), la coma (combe), le coret (petit col), le lità (couloir d’avalanche), la massavielha (roche usée par un glacier), l’ola (le cirque) ou la gauba (lac de montagne) tout en visant le som (sommet). Et, plus curieusement, vous pourrez aussi trouver un davantaiga (chemin qui mène à l’est de l’eau).

Enfin vous saurez différencier un bualar (pacage réservé aux bovins) d’un vedath (lieu interdit au bétail), écouter la balaguèra (vent du sud) et comprendre l’histoire de l’artiga que vous traversez (pâturage défriché).

Reprouès det Labedâ aplegats per Jean Bourdette

Jean Bourdette a édité en 1889 un recueil de 420 proverbes, locutions, comparaisons et sobriquets de son pays. Dans l’avertissement, le scientifique précise la prononciation et ses choix de graphie. Il n’y a pas de norme en cette époque.

Certaines expressions sont des expressions amusantes comme Doumâ q’ey u feniàn / Doman qu’ei un feniant / Demain est un fainéant, que l’on peut répondre à quelqu’un qui dit Q’at harèy doumà / Qu’ac harèi doman / Je le ferai demain.

Crue du 27/10/1937 à Agos-Vidalos
Crue du 27/10/1937 à Agos-Vidalos

Certains sont des constatations du peuple comme celui qui note les ravages des crues du Gave détruisant régulièrement berges et prairies ou changeant son cours :
Et mes gran proupiétàri det Labedà qu’ey et Gàbet.
Eth mes gran propietari deth Lavedan qu’ei eth Gavet. 
Le plus grand propriétaire du Labédà, c’est le Gave.

Bourdette ne peut d’ailleurs s’empêcher de reprocher aux Lavedanais leur fatalisme au lieu d’engager les travaux ad hoc.

Les parentés avec les peuples voisins

Ce recueil de proverbes présente une particularité intéressante. Jean Bourdette note les parentés ou emprunts à d’autres langues, comme les emprunts du lavedanais à l’espagnol. Il note aussi des proverbes similaires en français, ou en espagnol ou même, pour l’un en anglais !

Par exemple Deras olhas coundadas et loup qe s’en minjè / Deras òlhas condadas eth lop que se’n mingè / Des brebis comptées le loup en mangea. Effectivement, on retrouve le proverbe espagnol De lo contado come el lobo. La signification et l’image sont les mêmes. Il s’agit d’une critique de l’excès de contrôle qui n’empêche pas la perte de ce que l’on cherche à maitriser.

Ou encore Jean Bourdette rapproche :
En caza de hàoure, cabliha de husta / En casa de haure, cavilha de husta / En maison de forgeron, cheville de bois.
En espagnol, En casa del herrero, cuchillo de palo /  En maison de forgeron, couteau en bois.
Et en français : Les cordonniers sont les plus mal chaussés.
La même idée est exprimée mais d’une façon différente en français.  Encore une occasion de voir la proximité des deux côtés des Pyrénées.

Le souvenir

Lourdes et Argelès-Gazost ont gardé trace du chercheur infatigable. Elles lui ont offert le nom d’une rue, et même d’une école primaire pour Argelès.

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Références

Notes historiques sur les seigneurs de Montblanc à Esquièze en Barège, Jean Bourdette, 1898
Mémoire du Pays et des Etats de Bigorre, Louis de Froidour, 1892
M. Bourdette, Adrien Planté, Reclams de Biarn e Gascounhe, Deceme 1911, p.324




Librairies, rayon littérature gasconne

La littérature en gascon est un art ancien et vivant qui mérite d’être soutenu, valorisé. Des écrivains contemporains proposent des ouvrages de valeur. Dans quelles librairies peut-on les trouver ? Qu’écrivent-ils ? Quelques suggestions pour dénicher de beaux cadeaux de Noël, comme Manipòlis de Jean-Luc Landi.

Les librairies, lieux naturel de vente des livres

Qu’il s’agisse de librairie numérique ou physique, c’est bien là que l’on va chercher les livres. Pour acheter un ouvrage précis, les sites Internet permettent son achat rapide. Des livres en gascon y sont. Par exemple Lalibrairie.com, la librairie en ligne qui défend les libraires indépendants, propose l’étonnante Grammaire gasconne Glossaire gascon-languedocien de Gabriel Roques, dont la première sortie fut en 1913. Et il y a eu 22 rééditions !

Librairies sur Internet -Edicions Reclams
Edicions Reclams

L’incontournable Amazon propose Isabèu de la Valea, d’Éric Gonzalès, recueil de nouvelles dont nous avons déjà parlé. Etc.

Les maisons d’édition gasconnes, Per Noste Edicions et Edicions Reclams ont leur propre site où elles proposent une vente en direct de leurs productions.

Les librairies de proximité

Pierre Bec en librairies gsconnes
Pierre Bec en vente à la librairie Vanin – Saint-Gaudens ( 31)

Un livre, c’est aussi une rencontre, un parfum, un toucher. Si vous voulez prendre le temps de regarder les livres, d’en discuter avec le libraire, de vous faire conseiller, ou encore d’écouter des lectures, de rencontrer des auteurs, personne ne remplace le libraire de votre ville. Et plusieurs d’entre eux choisissent avec soin des bouquins qui parlent de la région, des randonnées, des lieux, des personnages. Ceux-là ont souvent un rayon de littérature en gascon.

Par exemple, la librairie Vanin, à Saint-Gaudens, propose des œuvres de Pierre Bec (1921-2014), grand romaniste, parlant plusieurs langues, et qui passa son enfance à Cazères-sur-Garonne. Son Anthologie des troubadours est une référence. Pierre Bec en gascon c’est une écriture fluide, de bonne qualité. Son Racontes d’ua mòrt tranquilla, qui met en scène des personnages et des situations totalement différentes dans sept nouvelles, a un succès qui ne se dément pas.

Des librairies nouvelles qui ont de l’audace

Arreau et sa librairie toute nouvelle
Découvrez le Vagabond Immobile – 44 Grand Rue à Arreau (65)

Arreau est un petit village de 757 habitants. Témoin d’un passé lointain, son nom viendrait de la langue locale pré-romane harr– (harri = pierre en basque). Village qui mérite de s’arrêter pour sa Maison des fleurs de lys, sa commanderie, le château de Camou, et sa volerie, Les Aigles d’Aure tenue par des experts passionnés, la famille Alberny.

Et c’est aussi l’occasion de rencontrer Alain Pouleau, le nouveau libraire qui vient d’ouvrir la librairie Le vagabond immobile. Ancien journaliste, amoureux des livres, il a quitté les Alpes pour revenir vers son pays d’origine, la Gascogne. Il choisit avec attention des livres superbes, comme Sommets des Pyrénées de François Laurens, guide de haute montagne et photographe, originaire de la vallée de Luchon.

Jean-Louis Lavit

Et il expose un rayon de livres en gascon comme l’étonnant Blind date de l’auteur bigourdan bien connu, Jean-Louis Lavit. Vous y dénicherez des livres bilingues sur les Pyrénées tels Sorrom Borrom ou le rêve du Gave de Sèrgi Javaloyès, ou encore l’épopée quasi mystique Roncesvals (Roncevaux) de Bernart Manciet.

Le Moment librairie

Le Moment Librairie à Salies de Béarn
Le Moment Librairie 3 Place du Bayaà à Salies de Béarn

De même, Le Moment Librairie a ouvert le 15 avril 2019 à Salies du Béarn. C’est une librairie indépendante, la seule en Béarn-des-Gaves ! Laure Baud qui vient du monde de la bande dessinée, et Olivier Argot, ancien bibliothécaire, cherchent à y promouvoir le livre et la création littéraire.

Les deux associés souhaitent faire de leur librairie un espace de rencontres et d’échanges, un lieu vivant, acteur de la vie culturelle.

Les librairies de référence

Librairies - La Tuta d'Oc
La Tuta d’Òc – 11 rue Malcousinat – Toulouse (31)

On trouve un livre en gascon dans toute bonne librairie, pourrait-on dire.

Les très grandes comme Occitania (plus de 30 ans de mise à disposition de littérature en langue d’oc), Ombres Blanches et La Tuta d’òc à Toulouse, Mollat ou La machine à lire à Bordeaux en sont des témoignages.

 

 

La librairie Le Vent des Mots à Lannemezan (65)
La librairie Le Vent des Mots à Lannemezan (65)

Le Vent des mots à Lannemezan ou L’Escapade à Oloron Sainte-Marie sont des références connues des lecteurs. Ils ont leur rayon gascon.

Plus récemment, l’Espace Culturel de Leclerc s’intéresse à l’édition en gascon. Celui de Tarbes, celui d’Oloron Sainte-Marie ont fait une timide place à notre littérature. Cela devrait s’accentuer.

La diversité de l’offre

La littérature gasconne est diversifiée. De nombreux genres sont présents, roman que ce soit fiction, science-fiction ou roman policier,  nouvelle, conte, poésie, épopée, théâtre, essai…

Eric Carle – La gatamina qui … (Per Noste)

Per Noste par exemple a une belle offre de littérature pour enfants. La gatamina qui avè hèra de hami, traduction de The very hungry caterpillar de l’Américain Eric Carle, est une splendeur. Plus récemment de jeunes auteures, Matilda Hiere-Susbielles (bien connue des lecteurs de l’Arraton deu castèth) et Belina Cossou ont publié onze contes regroupés dans Lo horvari de las hadas.

Bernat MancieLibrairies gasconnes - Roncesvals (Reclams)
Bernat Manciet – Roncesvals (Reclams)

Les grands auteurs classiques sont édités, réédités, numérisés. La bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus fait un travail de fond en ce sens, avec l’aide du CIRDOC. Les deux géants Michel Camélat et Bernard Manciet sont sur les étagères des Edicions Reclams.

Et, heureusement, de nouveaux auteurs ont pris le relais. Des auteurs à découvrir ou à relire. Des auteurs qui continuent à donner éclat à la littérature en gascon.

Conseil de Noël : Manipòlis de Jean-Luc Landi

Jean-Luc Landi

Pourquoi ce livre ? Parce qu’il contient toute la verve gasconne, qu’il parle de trois agressions et qu’il est très actuel. En effet, l’auteur, Jean-Luc Landi, nous offre trois nouvelles complètement différentes et joliment écrites. La première, Volusian Glandàs lo caçaire, àlias Doble-bang, raconte une chasse au sanglier dans le Vic Bilh :

— Hòu, Polinari !… 
Bang ! Bang ! Lo tarrible brut que’u pleè lo cap, un gost de trip mau cueit que’u colava dens la ganurra.
— Vedes pas ? Que soi jo ! 

— Hé, Poulinari !…
Bang ! Bang ! Le terrible bruit lui résonna dans la tête, un goût de boudin mal cuit lui coula dans le gosier.
— Tu vois pas ? C’est moi !

Librairies gasconnes - Jean-Luc Landi - Manipolis (Reclams)
J-Luc Landi – Manipolis (Reclams)

La deuxième nouvelle, Actes deu collòqui : la manipulacion, raconte un colloque fictif d’occitanistes et débute ainsi : Se soi a escríver çò que legetz, que’n poderatz concludir que la hèita s’acaba pro plan tà jo. [Si je suis à écrire ce que vous lisez, vous pourrez en conclure que l’événement s’est assez bien terminé pour moi.] Car, un colloque ainsi n’est jamais de tout repos ! Et, cette fois-ci, c’est pire encore. Lo Loló qu’èra penut per la cravata a un braç deu dequerò. Los pès a un mètre au dessús deu sòu. La soa cara congestionada ne deishava pas nat espèr. [Loulou était pendu par la cravate à un bras du bonhomme. Les pieds à un mètre au-dessus du sol. Son visage congestionné ne laissait aucun espoir.]

Dépaysement complet pour la troisième nouvelle, Arrais d’Islàndia, puisque Jean-Luc Landi nous entraîne en Islande. Après une première impression d’hostilité du paysage, l’auteur nous dévoile les beautés d’un pays et d’un peuple. Et on se surprend à se laisser emporter par la magie du pòple esconut (peuple caché), comme on lirait un carnet de voyage de Jules Verne…

Anne-Pierre Darrées




La Cathédrale Sainte-Marie d’Auch

La cathédrale Sainte-Marie d’Auch est un monument majeur sur les chemins de Saint-Jacques classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.  Plusieurs visiteurs illustres ont témoigné de leur passage à Auch. Fernand Sarran nous propose lui, un poème sur sa construction, bien ancré dans la Gascogne.

La naissance de la Cathédrale Sainte-Marie d’Auch

À Auch, au VIe siècle, une modeste chapelle est construite au bord du Gers. Pourtant, un événement d’importance va changer le rôle de la ville. En effet, Éauze, la belle cité à l’époque romaine, capitale de la Novempopulanie, attire l’attention d’envahisseurs comme les Vandales, les Maures ou les Normands. Ces derniers la détruisent complètement en 840 et l’Église décide d’aller sur un site mieux protégé, Auch.

Chapelles et cathédrale dédiées à Marie furent construites à Auch puis détruites. Après la Guerre de Cent Ans (1337-1453), enfin une cathédrale de belle taille sera édifiée et passera les siècles. La construction de la cathédrale Sainte-Marie s’étend de 1489 jusqu’en 1680, onze architectes vont s’y succéder. De grands artistes vont y participer. Arnaud de Moles, maître verrier landais, réalise des vitraux d’une beauté époustouflante (1507-1513), Pierre Souffron, Périgourdan, utilise pour le grand chœur, du chêne resté 100 ans dans l’eau, selon la légende, Dominique Bertin, Toulousain, sculpte avec finesse les stalles, et, enfin, l’organier Jean de Joyeuse, originaire des Ardennes et établi en Languedoc, ajoute un grand orgue fin XVIIe siècle à celui déjà en place.

Et pour protéger le trésor, des souterrains labyrinthiques partant de la cathédrale permettent au clergé de fuir les attaques. Des souterrains que les petits Auscitains connaissaient bien il y a encore quelques décennies. Une aire de jeu hors du commun !

La Cathédrale Sainte-Marie d’Auch vue par des visiteurs illustres

Stendhal

« On dirait que l’architecte a eu horreur du mesquin et du laid… » (Stendhal)

Le 23 avril 1838, Stendhal (1783-1842) visite la cathédrale Sainte Marie d’Auch. Selon son Voyage dans le midi de la France, il a plutôt une bonne surprise : « Je m’attendais à du gothique en furie et terrible » mais au contraire « cet intérieur n’est point chargé et accablé de détails selon le style des grandes églises gothiques. On dirait que l’architecte a eu horreur du mesquin et du laid… »

Toutefois il est choqué par les vitraux et l’écrit assez brutalement : « Vitraux à couleurs vives. C’est la beauté suprême pour le paysan qui achète dans les foires des estampes coloriées et pour les savants chez qui la vanité anéantit le sentiment du beau ».

Avis que ne partage pas le grand historien d’art Émile Mâle (1862-1954) qui écrit: « pour l’ampleur de la pensée aucun travail de cette époque n’excède les vitraux d’Auch. » Il faut dire que Stendhal semble avoir de forts préjugés sur ce qu’il trouvera dans le Midi.

Victor Hugo

Le 4 septembre 1843, Victor Hugo (1802-1885) visite la cathédrale Sainte-Marie d’Auch en compagnie de sa maîtresse Juliette Drouet : « Quelque analogie avec la cathédrale de Pampelune. Riche au dedans, pauvre au dehors ».

Contrairement à Stendhal, pour lui, c’est une merveille. Il est sensible en particulier à la présence des sibylles : « Intérieur : admirables vitraux qui sont, je crois, d’Arnaud de Moles. La sibylle de Delphes à côté du prophète Élisée. La sibylle Tiburtine en regard de saint-Mathieu et à côté du prophète Habacuc. La sibylle Agrippine entre les prophètes Nahuni et Jérémie. La sibylle de Cumes à côté de Daniel faisant face aux prophètes Sophonias, Élie, Urias. La sibylle Europe, la gorge presque nue et l’épée à la main, entre le prophète Amos et le patriarche Josué. La sibylle lybique entre Énoch et Moïse. Elle prédit l’enlèvement de la Vierge au ciel. Costumes superbes. » Il insiste : « Cette cathédrale est remarquable par le culte des sibylles. »

Trois sibylles de la cathédrale Sainte-Marie d'Auch
Trois sibylles (Cimmérienne, Europa et Agrippine) et autres personnages. « Pour l’ampleur de la pensée aucun travail de cette époque n’excède les vitraux d’Auch. » (Émile Mâle)

Cependant, le poète est désolé de l’état de délabrement de la cathédrale : « On n’accorde rien pour entretenir l’église. Quand l’empereur la vit, il s’extasia sur les vitraux et le chœur et s’écria : il y a des cathédrales qu’on voudrait pouvoir mettre dans les musées. Il renta l’église de 6 000 fr. par an que la révolution de 1830 a supprimés. »

Jean-Charles de Castelbajac

Plus récemment, Jean-Charles de Castelbajac (1949- ), descendant d’une famille bigourdane et créateur de mode  affirmait son amour pour Auch. En particulier, il déclarait au Point au sujet de la cathédrale Sainte-Marie :  « J’ai une affection particulière pour ce lieu et pour l’abbé Cenzon, un ecclésiastique resté très proche des jeunes. J’ai le beau projet d’y cristalliser un jour la statue de la Vierge comme je l’ai fait avec la statue d’Henri IV sur le Pont-Neuf de Paris ».

Le dit de l’architecte

Fernand Sarran, l'auteur du poème le Dit sur le cathédrale Sainte-Marie d'Auch
Fernand Sarran

Si on peut admirer la cathédrale, parcourir son histoire, Fernand Sarran, supérieur du Petit Séminaire d’Auch, écrit, lui, un beau poème dialogué sur la construction de la cathédrale Sainte-Marie. Il s’agit d’un texte que l’archevêque d’Auch, Monseigneur Ricard, lui commande pour le baptême des cloches le 28 juin 1924. Et Sarran imagine l’architecte, en 1500, cherchant à parfaire l’œuvre et, pour renforcer ce regard, lui donne un tour médiéval.

Le grand œuvre est terminé, l’architecte est préoccupé. Le poème débute, l’architecte parle à son apprenti :
Voilà les tours. Voilà les murs. Voilà les voûtes.
Les pierres qu’apportaient les mains, je les sus toutes
Poser à fin niveau l’une sur l’autre. L’art
N’a laissé ni le plein ni le creux au hasard ;
Et que le jour se lève ou que le jour décline,
L’Église, désormais, droite sur la colline,
Est une hymne de pierre à la Mère de Dieu.
Et pourtant ! … Et pourtant ! … Tiens ! je t’en fais l’aveu,
J’ai l’esprit tout en deuil du mal de mes pensées.

La cathédrale Sainte-Marie d’Auch (gravure du 19ème s.)

Il ne voit que pierres entassées et voudrait réaliser Un de ces rêves d’art autour desquels, sans trêve, / Voltige le réel.

Le maître verrier

La Sibylle Tiburtine à la main coupée

L’apprenti fait venir quatre ouvriers d’art et l’architecte va s’entretenir avec chacun. D’abord le maître verrier. L’architecte lui demande d’où il vient :
                                                 De la Lande,
Du ponant du pays gascon, où la mer grande
Jette le sel et l’algue et le sable à pleins flots.
Or, ce sable marin, messire, je l’enclos
Et le chauffe à grand feu dans des creusets de pierre.
J’en fais le bloc étincelant, j’en fais le verre,
Et j’en fais la rosace, et j’en fais le vitrail.

L’architecte satisfait demande au maître verrier d’utiliser les fleurs et les herbes pour réaliser les couleurs des personnages et de donner
Aux Sybilles dressées, aux Saintes à genoux
L’air candide et rieur des femmes de chez nous ;
Et que l’on trouve enfin sur toute ta besogne
Les couleurs et les traits de toute la Gascogne.

L’imagier

Les stalles de la cathédrale Sainte-Marie d'Auch
Les stalles de la cathédrale Sainte-Marie

Puis l’architecte discute avec l’imagier :
Je suis un imagier de Saints et de Madones,
Seigneur. Je taille aussi des images bouffonnes :
Je sais en pierre ou bois pourtraire le Malin
Et le monde d’enfer à toute ruse enclin ;
Tailler Ève, tailler Adam le premier homme,
Encore estomaqués d’avoir mangé la pomme.

Le luthier

C’est ensuite le tour du luthier, un petit musicien gascon :
Pendant que je gardais mon troupeau sur la lande,
J’eus un maître, un de ces bergers en houppelande
Qui s’en viennent de loin, du Pays des Marais,
Sur leur flûte à cinq trous jouant des airs si frais
Qu’on dirait un babil d’oiseaux ou de fontaines.

Parti sur les routes, et apprenant son art au cours de ses voyages, le luthier sait faire plusieurs instruments dont l’orgue que l’architecte ne connait pas.  Le luthier explique :
Mais l’orchestre, c’est lui ! Vous mettrez en séquestre
Les cordes et les bois qui vous ont réjoui,
Fifres, harpes et luths, quand vous l’aurez ouï.
Les fifres sont criards ; les violes sont grêles ;
Les harpes, ça vous a des crincrins de crécelles ;
Sur les rebecs on grince ; et sur le flageolet
Le souffle devient court. — Là, le souffle, un soufflet
Le donne à l’instrument mieux que poitrine humaine ;
Et le son, grave ou doux, la main seule l’amène
Et le combine sur les touches d’un clavier
En arpège, en accords, à le faire envier
De ceux qui jouent des bois ou qui pincent des cordes.
C’est l’instrument royal.

Le fondeur de cloches

En dernier, l’architecte rencontre le fondeur de cloches qui sait créer depuis le gros bourdon à l’humble grelot afin de sonner l’alerte, tinter l’angélus, appeler pour le deuil ou le baptême, faire lever les étoiles ou chasser la peste.

Fais tes cloches, Fondeur. Fais-les d’un métal pur !
Semeuses d’idéal, sonneuses de l’azur,
Et jusque par delà les monts qu’on les entende !

Anne-Pierre Darrées

Références

Voyage dans le midi de la France, Stendhal, 1838
En voyage, tome II, la cathédrale d’Auch, Victor Hugo
Le dit de l’architecte, Fernand Sarran, 1924
La plupart des photos illustrant l’article proviennent de l’article Wikipedia sur la cathédrale Sainte-Marie d’Auch 




Les manuels des écoles primaires et le gascon

La République a choisi dès le XIXe siècle l’unification de l’enseignement sur tous les territoires français. Les programmes sont définis et certains manuels deviennent de vrais best-sellers. L’Escòla Gaston Febus évoque les plus connus et ceux qui soutenaient l’apprentissage du gascon. Puis, elle vous propose quelques outils récents pour une rentrée scolaire gasconne.

La rentrée d’autrefois, quels manuels ?

Certains manuels scolaires vont avoir un grand succès. La méthode Boscher ou la journée des touts petits, créée par Mathurin Boscher (1875-1915) en 1906 est toujours vendue de nos jours.

Sous la Troisième République, les manuels scolaires se voudront patriotes, rassembleurs. Ce sera le cas du livre de lecture d’Augustine Fouillée.

Le tour de France par deux enfants

Augustine Fouillée, l’auteure du Tour de France de deux enfants

Avec Le tour de France par deux enfants, Augustine Fouillée (1833-1933), dite G. Bruno, aide au renforcement de la lecture des élèves des cours moyens. Elle leur fait découvrir un peu de géographie, quelques activités économiques, des événements historiques, un peu de science. Chacun des 121 chapitres commence par une maxime de morale.

Ce manuel a un succès immense et il sera vendu à plus de 8 millions d’exemplaires. Il sera utilisé jusque dans les années 1950.

 

Il s’agit d’un récit de voyage où André 14 ans et Julien 7 ans se déplacent surtout par fleuve et par mer. Quand ils traversent notre région, les enfants iront de Toulouse à Bordeaux. Le mot Gascogne est cité une fois. Lors de l’emprisonnement à Bordeaux de Duguesclin (1320-1380) par le Prince noir (1330-1376), le chevalier fut autorisé à aller chercher lui même le montant de sa rançon : « Duguesclin quitta Bordeaux monté sur un roussin de Gascogne, et il recueillit déjà, chemin faisant, une partie de la somme. »

Il faut dire que les deux enfants ne verront pas vraiment la Gascogne puisqu’ils prennent le « Canal du Midi », en fait le Canal Latéral à la Garonne. Et le texte, en une petite page, citera uniquement la chaîne des Pyrénées, l’Ariège, les Hautes Pyrénées, « le cirque de Gavarnie avec sa magnifique cascade et son pont de neige qui ne fond jamais ». Le manuel sera plus généreux avec Bordeaux (cité 16 fois) où les enfants font halte afin de voir leur oncle.  « On apercevait en effet Bordeaux avec ses belles maisons et son magnifique pont de 487 mètres jeté sur le fleuve ». On y cite aussi Montesquieu.

Petite histoire de la civilisation française

Alfred Rambaud auteur de La Petite histoire de la civilisation française, un autre manuel bestseller
Alfred Rambaud, l’auteur de La Petite histoire de la civilisation française

Pour les plus grands, Alfred Rambaud (1842-1905) publie en 1890, La Petite histoire de la civilisation française. Un manuel largement illustré, réédité plus de 20 fois et utilisé pendant plusieurs décennies. Il donne les éléments essentiels à retenir en primaire.

Par exemple, il écrit qu’à l’époque de Jules César « on appelait Gaule la région comprise entre l’Océan, le Rhin, les Alpes, la Méditerranée et les Pyrénées. On donnait à tous ses habitants le nom commun de Gaulois. » Et de préciser que la Gaule indépendante (donc hors province romaine) se divise en « trois grandes régions : l’Aquitaine, la Celtique, la Belgique. L’Aquitaine était peuplée par les Ibères, qui habitaient aussi la presque totalité de l’Espagne. Leur langue a donné naissance à la langue basque, que l’on parle encore aujourd’hui au midi de l’Adour. Elle ne se rattache à aucune langue connue. Dans la Celtique, habitaient les Celtes. Ils parlaient des langues dont on peut se faire une idée par celles qu’on parle aujourd’hui en Bretagne. »

Les guerriers gaulois, illustration tirée du manuel La Petite histoire de la civilisation française de RambaudRambaud note aussi : « Dès l’an 125 avant J.-C., les Romains avaient pénétré dans la Gaule méridionale. Ils y avaient remporté des victoires, et, avec les pays conquis, ils avaient formé la Province romaine. C’est le mot dont nous avons fait Provence.« 

Rambaud présente les langues

Dans son premier chapitre sur le Moyen-Âge, l’auteur écrit. « Chaque province avait son parler. Il y eut autant de dialectes français qu’il y avait de nations en France, et pour ainsi dire de Frances différentes. Tous ces dialectes se rattachaient à deux langues principales : la langue d’oïl, dans laquelle le mot oui se prononçait oïl, et la langue d’oc, dans laquelle il se disait oc. »

Et il ajoute « Quelques-uns des dialectes de la langue d’oc comme le languedocien et le provençal sont encore des langues littéraires tandis que les dialectes de la langue d’oïl ne sont plus aujourd’hui que des patois ».

Noste Enric aura droit à un chapitre complet, Le règne d’Henri IV. Dans celui sur le XVIe siècle, on lira que L’infanterie légère se recrutait principalement d’aventuriers gascons, les meilleurs marcheurs de l’Europe.

Les manuels pro-gascons

Recueil de versions gasconnes de Sylvain Lacoste, manuel à l'usage des écoliers gasconsSylvain Lacoste

Même si de nombreux instituteurs ont plaidé pour l’utilisation des langues régionales à l’école, il y eut peu de manuels pour aider les instituteurs. Il faut dire que ceux-ci avaient obligation de n’utiliser que le français. Sylvain Lacoste (1862-1930) publiera toutefois à l’intention du primaire, en 1902, le Recueil de versions gasconnes. Le grand linguiste Édouard Bourciez (1864-1946) lui-même le préfacera et souhaitera qu’il devienne obligatoire.

Lacoste défend sa position dans un chapitre Le patois à l’école primaire qu’il publiera aussi dans Reclams en mars 1900, p. 33-41. « Il n’est pas plus sensé, en effet, d’affirmer que le patois nuit à l’enseignement du français qu’il n’est logique de soutenir que le français nuit à l’enseignement d’une autre langue quelconque vivante ou morte » écrit notre instituteur.

Fernand Sarran

L’abbé Fernand Sarran (1872-1928) professeur et directeur d’école privée à Auch, publiera en 1910, une Petite grammaire gasconne. Il l’utilisera pour ses cours. Et elle est toujours d’actualité !

René Escoula

René Escoula auteur d'un manuel d'apprentissage du gascon
René Escoula, l’auteur de Nousto lengo mayrano

La Société bigourdane d’entraide pédagogique édite en 1941 Nousto lengo mayranoun petit livre de René Escoula, sost-capdau de l’Escole Gastou Fébus, sur le dialecte bigourdan, les principaux auteurs de la Bigorre et quelques morceaux choisis. L’auteur conclue la préface ainsi. En terre d’Oc, l’usage acquis de la langue nationale doit s’ajouter à celui de la langue « mayrane ». Un Bigourdan est bilingue de naissance. S’il lui plait de s’exprimer en dialecte de chez lui, nul n’a le droit de le railler ou de le taxer d’ignorance, car il peut répliquer : « Pardon, je parle aussi le français ; j’ai deux langues, moi ! »

L’Escòla Gaston Febus

Le manuel d'enseignement du Gascon Tros causits par Miqueu de Camelat
Tros causits par Miqueu de Camelat

L’Escòla édite elle-aussi une collection appelée Petit libiè d’Enseignance populari, adoubat per Miquèu de Camelat. Dont Tros causits de pouesie e de prose à l’usance de las Escoles primàris, 1946. On y présente 17 textes béarnais et 12 d’autres dialectes afin de montrer quelques parlers gascons. Lavedan, vallée d’Aussau, Haute-Bigorre, Landes, Bayonne, Tursan, Chalosse-Marensin, Labrit, Couserans, Lectoure, Comminges… Le livre se termine par un lexique.

 

 

Les manuels aujourd’hui

Aujourd’hui, plusieurs manuels existent comme ceux édités par le réseau de création et d’accompagnement pédagogiques CANOPÉ, réseau sous la tutelle de l’Éducation Nationale. Ils couvrent généralement plusieurs dialectes.

La rentrée 2019 par l’Escòla Gaston Febus

L’Escòla reste fidèle à sa mission séculaire de promotion de la langue et propose des outils numériques pour apprendre et utiliser le gascon.

Pour les enfants du primaire, c’est le site de l’Arraton deu Castèth qui porte les publications. Des textes courts avec lexique, des illustrations, et des enregistrements audio pour les plus jeunes. Les articles peuvent être directement utilisés par les enfants (les chansons et les jeux semblent avoir leur préférence) ou par les parents, grands-parents, regents… Le site s’enrichit de nouveaux articles au moins une fois par semaine.

Pour la rentrée Matilda Susbielles propose aux 8-9 ans un memory pour retrouver lo materiau de l’escolièr, Sèrgi Clò-Versalhes propose aux 10-11 ans de découvrir l’istòria de la Gasconha du paléolithique jusqu’à nos jours en 50 épisodes (15 déjà publiés), Marcel Amont propose à tous de chanter avec lui La calandreta et Elie Bonneau conseille une taula de multiplicacion bien spéciale !

Références

La méthode Boscher ou la journée des touts petits, 1906
Le tour de France par deux enfants, Augustine Fouillée, 1877
Canal de Garonne, Garonne et estuaire de la Gironde 2019, guide canalfriends, 2019
Petite histoire de la civilisation française, Alfred Rambaud, 1890
Recueil de versions gasconnes, Sylvain Lacoste, 1902
Petite grammaire gasconne, Fernand Sarran, 1910
Nousto lengo mayrano, René Escoula, 1942
Tros causits de pouesie e de prose à l’usance de las Escoles primàris, Miquèu de Camelat, 1946




Toujours de la lecture pour l’été

Et si on se détendait en s’emplissant du murmure du pays et de sa littérature ? L’Escòla Gaston Febus et Reclams edicions ont glané pour vous quelques idées de lecture, en français ou en gascon. De quoi passer l’été selon votre humeur.

La lecture détente avec des livres humoristiques

Letras d’un barbalòc

Renat Capdevielle, Nosauts de Bigòrra, 2018, gascon, 8€.

Lecture humoristique : Letras d'un barbalòc de Renat CapdevielleDes contes, des blagues et des poésies légères. Une lecture pour rire tout seul dès que l’on a un moment, ou pour partager. De jolies histoires rehaussées de beaux dessins, qui illustrent magnifiquement l’humour gascon.

L’auteur, René Capdevielle est un bigourdan de la vallée d’Argelès-Gazost, entre Lourdes et le Pays Toy. Son hobby, c’est marcher en montagne et, les jours de pluie ou de neige, écrire en occitan.

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Bèth peu de sau

Jean-Louis Lavit, Letras d’oc, 2018, gascon, 16€.

Lecture policière avec Jean-Louis LavitLe commissaire Magret est de retour dans ce roman policier au ton vif et désinvolte. À savourer pour ces jeux de mots, son imagination, son esprit tout en sirotant, comme le héros, un gasconhaliure (gascogne-libre). Cliquer ici pour en savoir plus.

L’auteur, Jean-Louis Lavit, né à Lourdes, est un ex-conseiller pédagogique d’occitan dans les Hautes-Pyrénées. Grand auteur gascon, il s’est essayé dans tous les genres, théâtre, roman, nouvelle, science-fiction, roman policier.

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La découverte de l’histoire à travers des épopées

Roncesvals

Bernat Manciet, Reclams, 2017, en 3 langues : français, gascon, basque (traduit par Lucien Etchezaharreta), 17€

Lecture épique avec Bernat MancietL’événement est connu de tous : Loup, général des Vascons, attaque par surprise, à Roncevaux, Roncesvals, dans les Pyrénées, l’arrière-garde de l’armée de Charlemagne, commandée par Roland. Le livre raconte la véritable histoire de cette bataille, sous forme d’un splendide poème épique.

Bernard Manciet, né à Sabres dans les Landes en 1923, est un des écrivains les plus importants de la littérature gasconne du XXe siècle. Il écrit une œuvre abondante, originale et puissante. Ses livres garantissent une lecture époustouflante qui résonne dans le profond de l’âme. Il est d’ailleurs le seul auteur de langue régionale avec Pasolini à être publié par Gallimard.

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Chanson de la croisade albigeoise

Traduit de l’occitan en français par Claude Mourthé, Les Belles Lettres, 2018, français, 29,50€.

Œuvre fondatrice de la littérature occitane du XIIIe siècle, cette chanson raconte la conquête des terres du sud (comté de Toulouse et vicomté de Béziers) par les barons du nord de la France.

Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens, terrible phrase d’Arnaud-Amaury, abbé de Cîteaux, peu avant le massacre de Béziers.

La lecture de cette traduction est très agréable. L’ouvrage est illustré de quelques reproductions de peintures. Pas besoin d’être un spécialiste ni des cathares ni du Moyen-Âge pour lire ce livre. Quelques notes de bas de page apportent aux curieux les éléments de connaissance des lieux ou des événements . Cliquer ici pour en savoir plus.

Claude Mourthé est un réalisateur d’émissions de radio (France Culture) et de télévision (TF1), un romancier, poète, auteur d’essais et traducteur d’auteurs de langue anglaise.

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La littérature

Viral

Serge Javaloyès, in8, 2018, français, 17€

Daniel se réveille à 4h25 du matin dans une chambre d’hôpital. Viral, le livre écrit en français par Serge Javaloyès, relate deux mois passés dans ce lieu clos, aux murs bleus troués d’une fenêtre. Un roman intime, profond, intense. La maladie est présente, comme un contexte, un quelque chose qui contraint, un quelque chose qui permet aussi de revoir des amis d’avant, un quelque chose qui permet de se souvenir. Et l’amour de Sandra, sa femme, est le lien fort, puissant, à la vie.

Serge Javaloyès est né à Oran en 1951. Il découvre l’occitan à dix ans, à Nay (64). Viral est le second roman qu’il écrit directement en français.

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Lo gojat de noveme

Bernard Manciet, Reclams, 2003, bilingue occitan français, 9€

Chef d’œuvre incontournable de la littérature gasconne contemporaine, L’enfant de Novembre raconte les liens mystérieux, les secrets enfouis qui se nouent et se dénouent autour d’une famille landaise menacée par la ruine et la mort.

Né à Sabres en 1923, après une première carrière de diplomate puis d’industriel, Bernard Manciet se consacre à l’écriture dès 1965. Il nous livre des textes de toute beauté.

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La réflexion sur la vie

Robert Lafont, Reclams, 2005, provençal, 8 €

Éternelle interrogation sur le sens de la vie, traitée avec originalité et profondeur dans ce roman de Robert Lafont.

Robert Lafont, né à Nîmes en 1923, est un écrivain prolifique (presque 100 livres), un linguiste, un historien et un régionaliste passionné. Il est cofondateur de l’Institut d’Études Occitanes.

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Dins la boca dau pòble d’Òc

Max Roqueta, L’aucèu libre, 2018, bilingue occitan français, 9€

Entre 1942 et 1945, Max Rouquette prend des notes sur des moments de sa vie : visites auprès des malades, parties de chasse, rencontres de personnalités villageoises, etc. Assemblées comme un album de photos instantanées assemblés dans ce livre, elles montrent avec humilité et grandeur la condition humaine, élevée au rang de figures exemplaires.

Photographies de Georges Souche. / Édition de Philippe Gardy, avec le concours de Jean-Guilhem Rouquette.

Max Rouquette, surnommé parfois le Gracq occitan, est né à Argelliers dans l’Hérault en 1905. Auteur immense, il écrit une œuvre abondante et reconnue.

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Bonne lecture !

 




Bons plans de l’été : lieux et livres

Au commencement des vacances d’été, l’Escòla Gaston Febus vous propose quelques bons plans. Mission de l’association oblige, nous restons dans les livres et vous recommandons quelques coins de Gascogne pour découvrir des lieux de vie d’écrivains gascons.

À l’ombre d’un marronnier ou d’un pin, quoi de mieux que des bons livres ? Un livre court, des nouvelles, des articles littéraires, un bon roman d’amour et de soleil. Ou bien encore, pour les jours de pluie, un roman classique dont il faut laisser résonner la musique de la langue dans sa tête et son cœur…

Reclams et les livresEn tous cas, la littérature gasconne est bien assez fournie pour que chacun y trouve plaisir. Reclams edicions nous incite à plonger dans cette richesse en mettant cet été des œuvres incontournables – gasconnes ou bilingues –  à notre disposition, et ce, à moitié prix. Belle occasion, n’est-ce pas, d’explorer la littérature gasconne?

Comminges

Lieux et livres - Cazères sur Garonne (31)
Cazères sur Garonne (31)

Si vous allez dans le Comminges ou le Couserans, c’est l’occasion de passer par Casèras (Cazères sur Garonne), grosse bastide de 4800 habitants, où Pierre Bec vécut enfant. Lors de la croisade des Albigeois, à l’hiver 1218, Amaury de Montfort attaqua Cazères et son château. Victorieux, il brûla château et village et tua tous les habitants. Cazères sera rebâtie en 1282 par Eustache de Beaumarchais, pour en faire une bastide.

En bordure de Garonne, vous pourrez flâner dans le jardin des senteurs, le jardin des fruits, ou le jardin des sensations et vous asseoir au bord de l’eau pour lire quelques livres du grand linguiste et grand romaniste Pierre Bec. Quelques nouvelles dramatiques ou fantastiques pourraient peut-être vous séduire : Entà créser au món, ou Racontes d’ua mòrt tranquilla, le tout dans un gascon très abordable.

Bigorre

Dans les Pyrénées, nous proposons un arrêt en Bigorre. Vous aurez en poche Blind date de Jean-Louis Lavit, superbe roman d’amour tragique, dans un gascon qui coule vif comme une Neste.

Le château de Mauvezin (Hautes-Pyrénées) et sa bibliothèque de livres gascons
Le château de Mauvezin (Hautes-Pyrénées)

Et vous visiterez peut-être le château de Mauvezin (65). Ce château a une fort belle histoire. Ayant vu le jour au XIe siècle sur une motte cadastrale, il fut d’abord un casterar, une tour en bois de 3 m. de haut entouré d’une palissade. Gaston Febus le récupère en 1379 et ordonne à son architecte Sicard de Lordat d’en faire un beau et fort château (lire l’article sur l’histoire du château). Puis, après bien des péripéties, des vaillances et des oublis, le château devient bien national à la Révolution et il ne reste plus que des ruines à la fin du XIXe siècle.

C’est là qu’Albin Bibal, membre de l’Escòla Gaston Febus, l’achète et le donne à l’association. Des passionnés se retroussent les manches pour nous offrir, aujourd’hui, après 20 ans de travaux, un château dominant les vallées de toute sa splendeur retrouvée. À l’intérieur, outre les évocations du Moyen-Âge ou des guerres de religion, vous verrez aussi des portraits ou des bustes des grands écrivains gascons qui marquèrent l’Escòla à ses débuts. Et vous verrez les quelques 2500 livres que l’Escòla a conservés et conserve encore dans sa bibliothèque.

Béarn

Vue des Pyrénées depuis le square Aragon à Pau

Peut-être vous arrêterez-vous à Pau, capitale du Béarn depuis 1450, pour visiter le château où naquit notre bon roi Henri IV ? Grand lieu de villégiature depuis 1850, fort d’une grosse colonie anglaise. Là, tout en admirant le pic du Midi d’Ossau, vous découvrirez quelques livres d’auteurs béarnais. Vous pourrez vivre l’histoire de cet enfant pris dans la tourmente de la guerre d’Algérie et obligé de rejoindre, dans le Béarn, une famille qu’il ne connait pas vraiment. Il s’agit du roman dont le succès ne se démentit pas, L’òra de partir de Serge Javaloyès. Vous avez moins de temps ? Isabèu de la Valea, recueil de nouvelles dramatiques, drôles ou fantastiques du linguiste et écrivain Eric Gonzalès vous satisfera.

Pas envie de tout lire en gascon ? Que l’aperavan Colorado est pour vous. Cinq nouvelles, en collection bilingue, de cette langue éblouissante que manie Albert Peyroutet, professeur de français aux Etats-Unis puis d’anglais et d’occitan à Pau.

Gers

Si vous vous promenez dans l’Armagnac noir, vous passerez peut-être par Le Houga, ancienne juridiction fondée vers 1060. Son nom, vient du gascon heugar, lieu planté de fougères, et les habitants s’appellent des Folgariens. Pour découvrir ce pays, que diriez-vous de commencer par vous en imprégner, appuyé contre le mur de l’église Saint-Pierre, en lisant l’Armanhac negre (livre bilingue) de Raymond Lajus dit Ramonet deu Pè de la Vit ?

Le parc de loisir de Gondrin

Vous emmenez vos enfants sauter dans l’eau du parc de loisir de Gondrin ? Ce village du Gers était le fief d’une branche de la grande famille de Pardalhan, et c’est la seconde femme d’Antoine Arnaud, Paule de Saint Lary de Belle Garde, qui en favorisa l’essor au XVIIe siècle. Tout en dégustant un bout de foie gras local, plongez dans une poésie d’André Pic tirée de ce bijou qu’est son recueil Proses e pouesies (en gascon seulement).

Landes

Maison de l'Ecomusée de Marquèze (40) et lire Manciet
Maison de l’Ecomusée de Marquèze (40)

Vous voulez vous replonger dans l’histoire des Landes du XIXe siècle par une visite à l’écomusée de Marquèze ? Vous êtes à Sabres. Ayez une pensée pour Bernard Manciet (1923 – 2005), un des plus grands écrivains gascons. Toute son œuvre, même en prose, respire la poésie. Ses livres, bilingues, sont juste magnifiques. Par exemple, Ulysse au fleuve vous raconte l’épopée d’Ulysse remontant la Garonne ! Et vous pourrez entrer dans les secrets qui étouffent une famille landaise menacée par la ruine, l’isolement et la mort avec son chef d’œuvre,  Lo gojat de noveme (Le jeune homme de novembre). Ce livre constitue un excellent prolongement de ce que vous aurez vu à l’écomusée.

Et pour les enfants ?

Un site gascon dédié aux enfants

Bloqués à l’intérieur de votre chambre, vous voulez les occuper ? Z’ont pas envie d’un livre ? L’Escòla a créé pour eux le site L’arraton deu casteth– ils sont si accro au digital ! – où ils découvriront la Gascogne par des jeux, des chansons, des contes…

Qui est le géant gascon avec un œil au milieu du front, le lutin facétieux ou l’homme qui vécut mille ans moins un jour ? Qu’arrive-t-il à la pauvre mouche de Joan Francés Tisnèr ? …

Bonnes vacances ! Et découvrez la Gascogne par ses livres… en gascon!

Références

Entà créser au món, Pierre Bec, 8€
Racontes d’ua mòrt tranquilla, Pierre Bec, 7€
Blind date, Jean-Louis Lavit, 8€
L’òra de partir, Sèrgi Javaloyès
Isabèu de la Valea, Eric Gonzalès
Que l’aperavan Colorado, Albert Peyroutet, 6€
Armanhac negre, Lo Ramonet deu Pè de la vit, 6€
Proses et pouesies, Andrèu Pic, 5€
Ulysse au fleuve, Bernard Manciet, 7€
Lo gojat de noveme, Bernard Manciet, 9€

Catalogue Reclams à prix cassé pour l’été

Notes historiques & archéologiques sur Cazères (Hte-Garonne), Emile Espagnat
Cazères et ses environs, 3 tomes, Anne et Robert Foch
Image d’entête par StockSnap de Pixabay 


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L’extraordinaire apprentissage d’Antòni Nogués

Antòni Nogués, médecin et chirurgien barcelonais, apprend l’aranais au moment de prendre sa retraite. S’éloignant des exercices scolaires, il s’essaie à une autre méthode : apprendre la langue en traduisant les grands classiques des autres pays ! Si l’essai est difficile, il persiste et nous offre ainsi, en gascon du val d’Aran, plusieurs livres de référence.

Qui est Antòni Nogués ?

Antòni Nogués

Antòni Noguès nait le 24 septembre 1943, à Torrent de Cinca, village de la province de Huesca en Aragon (Espagne). Il suit des études de médecine à l’université de Barcelone puis de Lérida. Il se spécialise dans la microbiologie clinique. Une orientation qu’il conservera toute sa vie professionnelle. Au cours de sa carrière, il travaille dans plusieurs hôpitaux : interne à l’hôpital de la Mer de Barcelone, puis médecin microbiologiste à l’hôpital de Bellvitge, enfin pendant 22 ans chef du service Microbiologie à l’hôpital universitaire Arnau de Vilanova à Lérida.

Parallèlement, il est membre d’un groupe de recherche et enseigne à la Faculté de Médecine de Lérida. Il publie plusieurs ouvrages pour faire partager le fruit de son travail. Bref, une vie professionnelle bien remplie !

La retraite approche

Antòni Nogués utilise les fascicule de cours d'arasais

À l’approche de la retraite, Antòni Nogués s’intéresse à cette langue que l’on parle à côté de Lérida et qui s’appelle l’aranais. Il explique lui-même sa démarche : iniciauments, per pur curiosèr de conéisher ua lengua que se parlaue près des nòstes tèrres. Ara prumeria me calec estudiar peth mèn compde, pr’amor que non i auie “quòrum” entà hèr es corsi d’aranés ena UdL. Comencè damb eth « Cors d’Aranés”, editat peth Conselh Generau, eth “Petit Diccionari” de Frederic Vergés, es “Vèrbs Conjugadi” e era “Gramatica Aranesa” d’Aitor Carrera. [initialement, par pure curiosité de connaître une langue qui se parlait tout à côté. D’abord il me fallut étudier par moi-même parce qu’il n’y avait pas le « quorum » pour mettre en place le cours d’aranais à l’UdL*. Je commençai avec le Cours d’Aranais, édité par le Conseil Général, le Petit Dictionnaire de Frédéric Vergés, le Verbes Conjugués e la Grammaire Aranaise d’Aitor Carrera.]
* UdL : Université de Lérida

Noguès cherche l’inspiration

Après cette première découverte de la langue, Antòni Nogués attaque, en 2011, les différents niveaux proposés à l’Université de Lérida. Et, en bon chercheur, il lit tout ce qu’il trouve écrit en aranais. Parmi les exercices proposés, un lui plaît bien, la rédaction : Ua des activitats en estudi der aranés èren es redaccions. Qu’ei ua activitat fòrça interessanta que te permet exprimir en aranés aquerò que vòs racondar.

Pourtant, Un dia, de pòca imaginación entà endonviar fantasies, agarrè eth prològ d’un libre qu’auia sus era taula e l’arrevirè. E me n’encuedè de qué aquerò complie eth prètzèth d’exprimir causes en aranés, sense auer de dedicar eth temps en endonviar istorietes. [Un jour de peu d’imagination pour inventer des fantaisies, j’attrapai le prologue d’un livre qui était sur la table et je le traduisis. Et je me rendis compte que cela me permettait d’exprimer des choses en aranais, sans avoir de temps à passer à inventer des petites histoires.]

Antòni Nogués traduit les grands classiques

E atau comencèc totEs prumèrs libres arreviradi èren es qu’auia a man ena mia estatgèra. Era lectura en aranés de çò qu’auia arrevirat me provoquèc ua satisfacción enòrma.

Jusèp Loís Sans Socasau reconnait le travail de Antòni Nogués
Jusèp Loís Sans Socasau

Ainsi, Antòni Nogués, jeune retraité prend les livres à portée sur son étagère et les traduit en aranais. Il y prend un très grand plaisir. Un jour, même s’il ne se sent pas bien sûr de la qualité de sa langue, il décide d’envoyer une de ses traductions à Jusèp Loís Sans Socasau, Président de l’Institut d’Estudis Aranesi-Acadèmia aranesa dera lengua occitana, du Val d’Aran. Celui-ci l’encourage. Et Nogués consacrera désormais plusieurs heures par jour à ces traductions. Il utilise pour traduire toute sa rigueur et ses méthodes scientifiques. Il s’améliore de jour en jour jusqu’à devenir une référence.

Antòni Nogués livre 7000 pages de traduction

Antòni Nogués signe un accorsi avec l'Institut d'Estudis Aranés
Antòni Nogués signe un accorsi avec l’Institut d’Estudis Aranés

Outre le volume et la qualité de son travail, le microbiologiste souhaite que ce soit utile pour le plus grand nombre. Antòni Nogués remet la totalité de ses traductions à l’Académie Aranaise de la Langue Occitane afin qu’elles soient mises à disposition gratuitement sur le Net.

Ainsi tous les mois depuis le 1er janvier 2019, l’Académie publie un livre que l’on peut télécharger en commençant par Ana Karenina en trois tomes.

Es jubiladi qu’an er auantatge de poder hèr, lèu tostemps, çò que vòlen e les agrade mès. Plan, donc, entà jo, eth hèt d’arrevirar, çò que liegi, ar aranés, qu’ei un gòi impagable [La retraite présente l’avantage de pouvoir faire, à peu près tout le temps, ce qu’on veut et qui plaît le plus. Donc, pour moi, le fait de traduire ce que je lis en aranais est une joie inouïe] précise le traducteur.

Les titres traduits et ceux à disposition :
Guerra e patz de Lev Nicolàievic Tolstoi
Anna Karenina de Lev Nicolàievic Tolstoi,

"Era Divina Comédia" traduite en aramais par Antòni Nogués
« Era Divina Comédia » traduite en aramais par Antòni Nogués

Eth Latzèret de Tormes,
Es Frairs Karamazov, Fiódor M. Dostoievski,
Eth Buscon, Francisco de Quevedo,
Era Gitaneta, Miguel de Cervantes,
Era illustra serventa, Miguel de Cervantes,
Condes, Hans Chistian Andersen,
Es aventures de Tom Sawyer, Mark Twain,
Eth gelós extremenh, Miguel de Cervantes,
Eth licenciat Vidriera, Miguel de Cervantes,
Rinconete e Cortadilho, Miguel de Cervantes,
Crim e Castig, Fiódor M. Dostoievski,
Es Miserables, Victor Hugo
Eth mercadèr de Venècia, Shakespeare
Hamlet, Shakespeare
Era divina comèdia, Dante Alighieri

To be or not to be

Traduire n’est pas simple, car il ne s’agit pas de changer les mots d’une langue par une autre, mais de garder le sens, l’expression, le rythme, la musique… du texte. À titre d’exemple, regardons le début si connu de la tirade d’Hamlet, acte III scène IV.

To be, or not to be, that is the question:
Whether ’tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune,
Or to take Arms against a Sea of troubles,
And by opposing end them…

Laurence Olivier as Hamlet

 

Quatre traductions

Bien des traductions ont été données de ce célèbre passage :

Existir ó no existir: esta es la cuestión ¿Cuál es más digna acción del ánimo, sufrir los tiros penetrantes de la fortuna injusta, ú oponer los brazos á este torrente de calamidades y darlas fin con atrevida resistencia? Traduction en espagnol de Fernández de Moratin en 1603. Le traducteur préfère le mot existir (exister) plutôt que ser (être). Un grand débat qui continue de nos jours.

Être ou n’être pas, voilà la question… Qu’y a-t-il de plus noble pour l’âme ? supporter les coups de fronde et les flèches de la fortune outrageuse ? ou s’armer en guerre contre un océan de misères et, de haute lutte, y couper court ? Traduction en 1864 de François Guizot, membre de l’Académie Française et provençal.

Etre, ou ne pas être : telle est la question. Y a-t-il pour l’âme plus de noblesse à endurer les coups et les revers d’une injurieuse fortune, ou à s’armer contre elle pour mettre frein à une marée de douleurs ? Traduction d’André Gide, 1959. Celui-ci s’éloigne beaucoup plus du texte original.

Èster o non èster, vaquí era qüestion. Quina ei mès digna accion der anim: patir es trets penetrants dera fortuna injusta, o opausar esbraci ad aguest torrent de malastres, e dar-les punt finau damb gausada resisténcia? Traduction d’Antòni Nogués en gascon aranais.

À lire, à copier

Merci Monsieur Antòni Nogués d’avoir enrichi notre langue des traductions de tous ces ouvrages ! Il nous reste à les savourer et à s’inspirer de votre démarche pour en faire autant et enrichir ainsi notre bibliothèque commune.

Merci l’Institut d’Estudis Aranesi d’avoir mis ces travaux à la disposition de tous.
Les citations d’Antòni Noguès proviennent de l’article de Jusèp Loís Sans Socasau sur le site de l’institut.

Références

Reclams n°850, Antòni Nogués o ua faiçon originau d’apréner lo gascon, 2019, p51
Colleccion Antòni Nogués, Institut d’Estudis Aranesi, 2019




Alexis Peyret, bâtisseur d’un nouveau monde

Alexis Peyret, un Béarnais exilé pour ses idées républicaines en Argentine, deviendra une figure majeure de la construction de ce nouveau pays. Il gardera contact avec son Béarn natal et avec sa langue jusqu’à écrire en gascon. Dans la série Les Gascons de renom avec Joseph du Chesne, Jean Laborde, André Daguin, Ignace-Gaston Pardies et Marcel Amont.

Alexis Peyret, un jeune républicain

Alexis Peyret porteur des idées républicaines - E. Delacroix - La Liberté guidant le peuple (1848)
E. Delacroix – La Liberté guidant le peuple (1848)

Alexis Peyret nait à Serres-Castet le 11 décembre 1826 dans une famille aisée.  Son père, Alexis Augustin Peyret, est un officier décoré de la Légion d’honneur et sa mère, Cécile Angélique Vignancour, est de la famille d’avocats palois bien connus.

Après avoir obtenu son bac à 18 ans, il étudie le droit au Collège de France à Paris où il suit les cours du philosophe Edgar Quinet et de l’historien Jules Michelet. Là, il embrasse les idées républicaines et écrit divers articles engagés durant la Révolution de 1848. De retour à Pau, il adhère au mouvement d’opposition républicaine, démocratique, laïque et socialiste du Béarn. Il restera toute sa vie un défenseur de ces idées.

De Pau à Concepción del Uruguay

Alexis Peyret

Candidat à la députation des Basses-Pyrénées en 1852, il doit s’exiler à l’arrivée de l’empereur Napoléon III. Dès son arrivée dans le nouveau monde, Alexis Peyret enseigne comme professeur de français et géographie au Colegio del Uruguay (Concepción del Uruguay, province d’ Entre Ríos), premier établissement laïque et gratuit du pays. Il écrit et écrira toute sa vie dans plusieurs magazines, El Comercio del Plata, El Uruguay, El Nacional

Alexis Peyret, Directeur de la Colonia San José

Contrat de colonisation entre le Gal de Urquiza et la famille Bastian (en français et espagnol) - Alexis Peyret directeur de la colonia San José
Contrat de colonisation entre le Gal de Urquiza et la famille Bastian (en français & espagnol)

Le 11 juillet 1857, Peyret devient le premier directeur de la Colonia San José que le Général de Urquiza vient de la créer sur les rives du fleuve Uruguay pour accueillir des migrants français et suisses francophones. Il met par écrit un texte fondamental, Emigration et Colonisation. La Colonie San José. Ce nouveau dirigeant favorise une immigration de bras utiles, d’artisans car il rêve d’une république de petits agriculteurs propriétaires. Il réussira à donner à sa colonie une place particulière, quasiment de république indépendante dans la province d’Entre-Ríos.

Alexis Peyret développe la colonie et essaie d’éviter de reproduire les défauts de l’Europe: illégalité, usure, exploitation de l’homme par l’homme (discours à la Colonie San José, 1878). Il crée Fraternidad, un pensionnat coopératif pour les plus pauvres qu’il annexe au collège, aide à l’enrichissement de la bibliothèque du collège, crée la bibliothèque populaire El porvenir, une coopérative agricole, la Sociedad de Socorros Mutuos, etc. Ses actions sociales et économiques sont très nombreuses.

Alexis Peyret, un passeur d’idées

P-J Proudhon (1864) inspirateur de la pensée politique de Alexis Peyret
P-J Proudhon (1864)

Pourtant, ce qui caractérise Alexis Peyret, c’est peut-être sa capacité à passer les idées. Il traduit en castillan Pierre-Joseph Proudhon, le précurseur de l’anarchisme, écrit une série d’ouvrages à partir de sa bibliothèque très fournie : La propiedad territorial –  investigaciones sobre su origen y fundamento (1884), Historia contemporánea (1885), El pensador americano (1886), Historia de las religiones (1886) et Los orígenes del cristianismo (1886).

Il fréquente toute l’élite intellectuelle, a de nombreux réseaux, dont les francs-maçons, qui vont diffuser les idées de l’exilé républicain.

Alexis Peyret - Projet de constitution pour la république française.En 1871, il adresse au nouveau président français, Adolphe Thiers un projet de constitution pour la république française. Dans la préface au président, il annonce que ce projet s’inspire de ce qui se pratique depuis 80 ans en Amérique : le self government. Il y fait l’éloge du gouvernement fédéro-national qu’il déclare inaccessible pour l’instant à la France.

Et il exhorte à abandonner le centralisme français au profit d’une forte décentralisation provinciale. Un texte qui mérite attention !

Alexis Peyret le pragmatique veut construire une civilisation nouvelle

Alexis Peyret
Alexis Peyret

Il ne faudrait pas penser qu’ Alexis Peyret est un utopiste. C’est un pragmatique. Par exemple, il développe une vraie connaissance des techniques agricoles qui le fera nommer représentant de l’Argentine à l’Exposition Universelle de Paris en 1889. Pendant les deux ans qu’il restera en France, Peyret va travailler à favoriser l’émigration des Français vers l’Argentine et à rédiger un rapport très documenté sur les machines agricoles. Ce sera une vraie mine de développement économique pour ce pays.

Malgré les appels de ces anciens amis français, Peyret ne reviendra pas en France. Peyret a envie de construire du neuf. La France lui paraît vieillissante, assoupie, avec ses avocats en toge rococo, ces députés qui parlent et n’écoutent ni ne construisent. D’ailleurs, il écrit sur Charivari: L’Europe en décadence. L’Amérique se lève et lui impose sa loi. Et il précise, le 11 janvier 1890 dans ses Notes de voyage: La France et l’Amérique. L’ancien monde et le nouveau. Il est plus facile de faire du neuf que de réformer l’ancien.

Alexis Peyret le Béarnais

Alexis Peyret - Countes biarnesAlexis Peyret a vécu son enfance dans une famille très bourgeoise et il y a utilisé le béarnais. Il s’est essayé jeune à la poésie qu’il aimait dans sa langue. Il fréquentait Auguste Hatoulet, bibliothécaire de la ville de Pau, et surtout expert de langue romane. C’est lui qui l’exhorta à écrire et publier ses poèmes. Dans la préface de ses Countes biarnes, notre poète livre sans détour son amour de la langue régionale :

Il est fâcheux, au point de vue philologique, littéraire, esthétique, que la victoire de Nord sur le Midi ait entraîné la disparition violente de la langue d’oc. La défaite des Albigeois fut une calamité pour la littérature. La langue française est peu poétique; elle était encore barbare au XIIIe siècle, lorsque la langue d’oc était en pleine floraison. Nos troubadours méridionaux furent les maîtres des grands poètes italiens Dante et Pétrarque. 

Vastin Lespy, le correcteur 
Vastin Lespy, le correcteur

Nul doute que, s’il lui eût été donné de vivre, leur langue n’eût produit une littérature aussi riche, aussi belle que celle que les siècles suivants ont vue s’épanouir au delà des monts, au lieu qu’il nous a fallu attendre des centaines d’années que nos conquérants eussent mis quelque ordre dans leur syntaxe et débrouillé le chaos de leur idiome sourd et monotone pour avoir le droit de chanter dans une langue appauvrie, peu nombreuse, rebelle au lyrisme, et d’une mélodie contestable.

Countes biarnes

Xavier Navarrot, l'inspirateur
Xavier Navarrot, l’inspirateur

À la mort de son ami écrivain béarnais, Xavier Navarrot (1799 – 1862), Alexis Peyret écrit deux longs poèmes dont un qui marque la nostalgie du pays, Soubenis de case / Sovenirs de casa / Souvenirs du pays. On les retrouve dans son recueil de poésies Countes biarnes, dont Vastin Lespy fit la correction pour la deuxième édition. Cela signifie qu’il n’a pas conservé l’orthographe que j’avais cru devoir adopter dans la première édition, et qu’il a supprimé tous les gallicismes qu’il a pu faire disparaître sans altérer la versification, précise l’auteur.

Dernière strophe de Soubenis de case :

Oun ey l’arriu oun se perd la memori?
Puixs tout aco n’ey pas que soûneya?
Sounyes d’amou, de bounhur e de glori,
Sounyes dauratz, que cau tout desbroumba.
You per aci tout soulet que demouri,
E bous autz qu’ètz à l’aut part de la ma :
Tout qu’ey fenit, e per arrè que plouri :
Lou temps passat nou pot pas m’ey tourna.
On ei l’arriu on se perd la memòri?
Puish tot aquò n’ei pas que saunejar?
Songe d’amor, de bonur e de glòri,
Songes daurats, que cau tot desbrombar.
Jo per ací tot solet que demori,
E vos auts qu’ètz a l’aut part de la mar :
Tot qu’ei fenit, e per arren que plori :
Lo temps passat non pòt pas mei tornar.

Où est le cours où se perd la mémoire ? / Mais tout cela n’est-il pas rêverie ? / Songes d’amour, de bonheur et de gloire, / Songes dorés, il faut tout oublier. / Moi par ici tout seulet je demeure, / Et vous autres au-delà de la mer : / Tout est fini, c’est pour rien que je pleure : / Le temps passé ne peut recommencer.

Navarrrot, l’inspirateur

C’était déjà à Navarrot qu’ Alexis Peyret avait dédié son premier poème tiré d’un conte régional, La casse deu rey Artus / La caça deu rey Artus / La chasse du roi Artus.

Lou Rey Artus qu’ey partit ta la casse,
Mes lou Curè que l’ha dit: Praube Rey!
Que podz cassa dab toutz lous caas de rasse,
Pendent mile ans, sens prene arré jamey.
Que t’es trufat de you, de la paroèsse,
Quoand èri prèst à dise Libera,
E qu’es sourtit à galops de la messe,
En entenént lou tou Flambèu layra.
Lo Rei Artus qu’èi partit tà la caça,
Mes lo Curè que l’a dit: Praube Rei!
Que pòts caçar dab tots los cans de raça,
Pendent mile ans, sens préner arren jamei.
Que t’es trufat de jo, de la paroèssa,
Quan èri prest a díser
Libera,
E qu’es sortit a galòps de la messa,
En entenent lo ton Flambèu lairar.

Le roi Artus est parti à la chasse, / Mais le Curé lui a dit: Pauvre roi ! / Tu peux chasser avec des chiens de race, / Pendant mille ans sans prendre nulle proie. / Tu t’es moqué de moi dans la paroisse, / Quand j’allais réciter le Libera, / Et tu es sorti pressé de la messe, / En entendant ton Flambeau aboyer.

La légende du roi Artus

D’après la légende, le roi Artus avait mille six cents chiens. Un jour, étant à la messe, il les entendit courir et partit immédiatement chasser. Dieu l’a puni en le condamnant à poursuivre une proie qu’il ne peut jamais atteindre. Dans ses notes, Peyret cite un couplet d’un vieux chant populaire du bas Armagnac :

De cent en cent ans
Que gahe ue mousque;
La partatye aus cans,
E autant j’a de cans
Qu’au cèu j’a lugrans.
De cent en cent ans
Que gaha ua mosca;
La partatja aus cans,
E autant i a de cans
Qu’au cèu i a lugrans.

De cent en cent ans / Il prend une mouche ; / La partage aux chiens, / Autant y a de chiens / Qu’au ciel y a d’étoiles.

Alexis devient Alejo Peyret

Médaille Alejo Peyret du Colegio de Urugauay a Concepción del Uruguay
Médaille Alejo Peyret du Colegio de Uruguay a Concepción del Uruguay

Non seulement, Peyret ne rentrera pas en France, mais, en 1895, il prend la nationalité argentine. Il a gardé des liens avec ses amis béarnais mais il s’est clairement éloigné de la France. Alejo Peyret. Il décède à Buenos Aires le 27 août 1902.

Références

Alexis / Alejo Peyret, María Marta Quinodoz, 2017 chercheuse au cercle généalogique de Entre-Rios en Argentine
Alexis-Alejo Peyret le passeur : émigration d’élites et transferts culturels, Laurent Dornel
San José (Entre Ríos), article wikipedia.es sur la Colonia San José et sa création (en espagnol)
Projet de constitution pour la République Française, Alexis Peyret, 1871, 53 p.
Countes biarnés, Alexis Peyret, deuxième édition, 1890




Marcel Amont et la redécouverte du Béarn

Marcel Amont, un des derniers grands du music-hall, part à Paris faire carrière. L’âge avançant, il réalise son ancrage profond en Béarn et en témoigne. Dans la série Les Gascons de renom avec Joseph du Chesne, Jean Laborde, André Daguin et Ignace-Gaston Pardies.

Situons Marcel Amont

Escamillo, le premier succès de Marcel Amont
Escamillo, le premier succès de Marcel Amont

Marcel Miramon, surnommé Marcel Amont, est né le 1er avril 1929 à Bordeaux, d’une famille originaire d’Etsaut, en vallée d’Aspe. En 1950, il monte à Paris pour chanter dans des cabarets. Son père, confie l’artiste dans son dernier spectacle, n’approuvait pas son choix. Et avec son accent béarnais il lui dit : Et alors tu n’aurras pas de retraite et tu veux être payé pour chanter des connerries ?

Accueilli et aidé par Charles Aznavour qui restera son ami, il attend 1956 pour chanter en première partie des concerts d’Édith Piaf. Révélation de l’année, il enregistre son premier disque en public, Escamillo. Il obtient avec ce disque le prix de l’Académie Charles-Cros. Disques, tournées, émissions de télévision qu’il anime même, le chanteur est infatigable et ses tubes se succèdent.

Pas de retraite pour Marcel Amont

Marcel Amont à Borce
Marcel Amont à Borce

Marcel Amont revient régulièrement dans les montagnes de sa famille, à Borce. Il y a aménagé une ancienne grange, dans l’enceinte du parc national des Pyrénées. Mais, comme l’avait prédit son père, il ne prend pas de retraite, comme en témoigne sa discographie impressionnante. Il sort d’ailleurs un nouvel album, Par-dessus l’épaule, en octobre 2018. Il approche les 70 ans de carrière !

Si j’avais suivi la route qui m’était destinée, j’aurais été instituteur, mais j’ai choisi une carrière aventureuse et je ne sais rien faire d’autre, alors je continue. Je ne suis pas en pleine forme, mais tant que je peux tenir et que le public ne me rejette pas, je ne vois pas ce que je pourrais faire qui me passionne autant. Sinon quoi, m’asseoir sur un fauteuil en attendant que la mort vienne me prendre ? confie-t-il à La Dépêche du 7 octobre 2018.

Le temps de la réflexion sur la langue

La Hesta
Marcel Amont – La Hesta (1981)

À la mort soudaine de sa mère en 1976, Marcel Amont veut approfondir la langue gasconne. Il se met à parler béarnais avec son père, s’abonne aux revues Per Noste et Reclams. Il découvre alors, aux abords de la cinquantaine, que ce patois béarnais qu’il parle couramment, n’est pas qu’un patois. C’est une langue poétique, riche. Et c’est la langue de ses ancêtres.

Alors le chanteur compose des musiques sur des poèmes de ses contemporains ou qu’il écrit lui-même. Il publie des disques (avec des livrets bilingues) comme Que canta en biarnés (1979), Que conta en biarnés (1981), La Hèsta (1981). Il redécouvre les auteurs classiques de la littérature gasconne avec Marcèu Amont canta los poètas gascons (1987).

Une anecdote. Pour rappeler ses racines au Toulousain Claude Nougaro qui lui, écrit des chansons en français, Amont lui offre une surprise dans une émission de télévision dont il est l’animateur (extrait de la bande son – 3mn).

Marcel Amont chante en béarnais

Marcel Amont chante en béarnais
Marcèu Amont que canta en biarnés

Son premier album béarnais est plutôt sur des créations (deux extraits à écouter)

Per aquera carretera – Par cette Ruelle


Paroles : Marcel Amont
Musique : Marcel Amont / S.Doudy

No’t hiquis pas aiga en vin – Ne mets pas d’eau dans ton vin.


Paroles béarnaises : Gilabèrt Narioo
Musique : Hubbard

 

Marcèu Amont canta los poètas gascons (1987)

Roger Lapassade
Roger Lapassade (Flors desbrombadas)

Dans l’album de 1987, Marcel Amont crée des musiques nouvelles appuyées sur des poèmes de grands auteurs, comme :

Quan lo primtemps, de Jacob de Gassion
Auloron, de Xavier Navarròt
Esten ta parpana, de Filadelfa de Gèrda
Content de viver, de Simin Palay
Flors desbrombadas, de Roger Lapassada
etc.

Flors desbrombadas

Quan lo primtemps en rauba pingorlada
A hèit passar l’escosor deus grans hreds,
Lo cabiròu per bonds e garimbets,
Sauteriqueja au mietan de la prada.
Au bèth esguit de l’auba ensafranada
Prenent la fresca au long deus arrivets,
Miralhà’s va dens l’aiga argentada,
Puish suu tucòu hè cent arricoquets…
Deus cans corrents cranh chic la clapiteja ;
E se tien sauv … Mes, entant qui holeja,
L’arquebusèr lo da lo còp mortau !
Atau viví sens tristessa ni mieja,
Quan un bèth uelh m’anà har per enveja,
Au miei deu còr, bèra plaga lejau.

Fleurs oubliées

Quand le printemps en robe bariolée
A fait passer la brûlure du froid
Le chevreuil, à mille bonds et gambades,
Saute et joue au milieu de la prairie.
A la pointe de l’aube safranée,
Prenant le frais le long des ruisselets,
Va en se mirant dans l’onde argentée,
Puis sur le tertre fait cent cabrioles…
Des chiens qui courent il ne craint leurs abois
Et se tient sauf : mais pendant qu’il folâtre,
L’arquebusier lui donne un coup mortel.
Ainsi je vécus sans moindre tristesse,
Quand un bel œil me fit par jalousie
Au milieu du cœur une juste plaie.

Au-delà des chansons, Marcel Amont défend le Gascon

Marcel Amont Comment peut-on être gascon !
Marcel Amont Comment peut-on être gascon !

Depuis 1989, Marcel Amont publie quelques livres. Deux concernent son pays : Comment peut-on être gascon ! (2001) et Les plus belles chansons de Gascogne (2006).

Dans le premier, le chanteur livre tout son travail documenté sur l’histoire de la Gascogne, ses goûts littéraires. Il dit toute son admiration pour l’immense poète béarnais, Jean-Baptiste Bégarie, et il expose une réflexion modérée, intelligente, argumentée sur les langues régionales. On découvre les grandes connaissances de Marcel Amont des langues régionales ou minoritaires de France et du Monde, ainsi que sa compréhension de l’ancrage culturel.  L’intérêt pour les langues régionales ou minoritaires n’est pas un facteur de repli identitaire, comme l’écrit le « Comité République et diversité ». il est porteur d’ouverture et de tolérance, face à une vision uniformiste, écrit-il. Un livre de référence pour un Gascon !

Le deuxième livre, est une véritable anthologie. On y trouve le texte, la partition et l’histoire d’une centaine de chansons, choisies et travaillées avec soin avec le musicologue béarnais Jean-Jacques Casteret et l’Institut occitan d’Aquitaine (Billère). Ils remettent en perspective ces chants d’expression des émotions ou des rébellions qui ont traversé les siècles. Le tout est illustré de tableaux anciens.

Le monde sera jugé par ses enfants (Bernanos)

Le chanteur aura souffert de ses choix du béarnais, qui lui sont refusés par des éditeurs (ça n’intéresse personne) ou qui occasionneront sa « quarantaine » de la télévision.

Et Marcel Amont s’interroge sur l’héritage que sa génération laissera du gascon aux générations futures. Dans cette réflexion, il refuse d’entrer dans les batailles stériles sur les soi-disant orthodoxie du béarnais ou hérésie de l’occitan. Il déclare avoir trop souffert lui-même du rejet de sectaires pour s’y lancer à son tour. Et il ajoute même : Je pense qu’avec de la volonté, tout peut parfaitement cohabiter. On a chacun nos particularités, nos conventions, notre prononciation mais nous désignons les mêmes choses.

Et de conclure avec humilité et espoir : Avec beaucoup d’autres, chacun à notre façon, nous aurons essayé de « faire quelque chose » pour ce vieux pays, sa culture, sa langue. Quoi ? ce qu’on a pu. Tant bien que mal.

Références

Comment peut-on être Gascon !, Marcel Amont, 2001
Les plus belles chansons de Gascogne, Marcel Amont, 2006
Marcel Amont de Borce et d’Aspe, La république des Pyrénées, 24 juillet 2010




La nouvelle un genre qui sied aux Gascons

La nouvelle est un genre peu goûté en France. Ce n’est pas le cas en Gascogne grâce à un terreau où contes et récits ont longtemps fait les délices des discussions. En fait, la nouvelle est un genre littéraire difficile. Après un bref rappel de ce qu’est la nouvelle, parcourons Isabèu de la valea et Entà créser au món, recueils de deux auteurs gascons de nouvelles, Éric Gonzales et Pierre Bec.

Giovanni Boccaccio invente la nouvelle

Giovanni Boccaccio circa 1450, l'inventeur de la nouvelle
Giovanni Boccaccio (circa 1450)

L’écrivain Giovanni Boccaccio / Boccace (1313 – 1375) écrit en toscan ses cent récits du Decameron (1348 – 1353). Il les appelle des novellas, des récits qui présentent chacun un événement récent et réel. Ce sont surtout des récits galants, courtois. Le père de la littérature anglaise, Geoffray Chaucer (1343 – 1400) reprend l’idée avec ses 24 récits de The Canterbury tales (Les contes de Canterbury) écrits en Middle English (langue minoritaire en Angleterre à cette époque). Il faudra attendre Marguerite de Navarre (1492 – 1549) et les 72 nouvelles de son Heptameron, écrit en français, pour que le genre démarre vraiment.

Marguerite de Navarre reine de la nouvelle

Portrait de Marguerite de Navarre attribué à Jean Clouet et l'histoire de la nouvelle
Portrait de Marguerite de Navarre attribué à Jean Clouet

À la cour de France, au XVIe siècle, on s’enthousiasme pour le Decameron que vient de traduire Antoine Le Maçon. Un jeu se met en place : raconter une nouvelle. La règle est simple, il faut raconter un événement récent, nouveau, et qui a réellement eu lieu. Marguerite de Navarre y excelle. Elle « enregistre » ensuite sa nouvelle sous forme littéraire. Voici la première telle qu’elle l’annonce dans son recueil l’Heptameron (ouvrage réparti en sept journées) :

Une femme d’Alençon avoit deux amis, l’un pour le plaisir, l’autre pour le profit : elle feyt tuer celuy des deux, qui premier s’en apperceut: dont elle impetra remission pour elle & son mary fugitif, lequel, depuis pour sauver quelque argent, s’adressa à un Necromancien, et fut leur entreprinse descouverte & punie. Nouvelle premiere.

Ne vous y trompez pas, les nouvelles de la grande dame sont plutôt morales malgré des mœurs souvent sauvages à cette époque.

La nouvelle trouve son genre

Edgar Poe

Dans les siècles qui suivent, des récits, courts romans, contes, nouvelles vont être écrits sans vraiment les différencier. Puis, au XIXe, sous l’influence d’Edgar Poe, le genre se précise. Il s’agit toujours de raconter un événement réel ou vraisemblable, un élément central, un instant privilégié (unité d’intrigue) avec un petit nombre de personnages, et tout le texte va tendre de façon intense, concentrée (pas de repos pour le lecteur) vers la chute prévisible ou surprenante. Le récit peut être réaliste ou fantastique.

Bernard Manciet et la nouvelle
Bernard Manciet

 

 

 

 

Certains auteurs contemporains y excellent comme le Barcelonais Enrique Vila-Matas, le Toulousain Bernard Werber, la Bordelaise Christiane Lesparre, ou le Landais Bernard Manciet.

La littérature gasconne a ses nouvellistes

Pierre Bec le réaliste

Pierre Bec et la nouvelle
Pierre Bec

Entà créser au món est un recueil de 19 nouvelles ou, plutôt de neuf nouvelles et d’un mini-roman en dix chapitres. Les trois premières rassemblées sous le titre Bestiari sont courtes et un peu fantastiques. Les suivantes, sous le titre Entà créser au món, sont des récits, des drames réalistes. L’un d’eux, Los dus soldats, est à la fois lyrique et philosophique. On entre rapidement dans le vif du sujet et on restera en tension jusqu’à la fin.

Pas un crit, pas un chibitei, pas ua votz. Tot que s’èra carat. Los quites ausèths, coma gahats d’espavent davant l’estenuda deu massacre, que s’èran esconuts e que’s caravan, acoatats, espaurits devath las brancas. L’apocalipsi estupida de la guèrra qu’èra plan aquiu, e qu’escanava tota veleïtat de vita. Pas un cri, pas un murmure, pas une voix. Tout s’était tu. Les oiseaux mêmes, comme pris d’épouvante devant l’étendue du massacre, s’étaient cachés et se taisaient, terrés, effrayés sous les branches. L’apocalypse stupide de la guerre était bien là, et étouffait toute velléité de vie.

On va suivre les deux soldats, l’un Allemand, l’autre Français, rescapés de cette tuerie. L’espoir d’échapper à la guerre retient le souffle du lecteur tout au long de cette nouvelle, jusqu’à la chute. Trois pages avant la fin (la nouvelle fait 15 pages) on comprend ce qui va se passer. Et on a envie d’avertir les deux protagonistes, de leur souffler d’être vigilants.

La dernière partie du livre, L’arriu o l’iniciacion, est un court roman (75 pages) qui raconte la vie de Bernadon, depuis ses croyances d’enfant jusqu’à son entrée à l’âge d’homme.

Eric Gonzales l’imaginatif

Eric Gonzales et la nouvelle
Eric Gonzales

Si le genre de la nouvelle est difficile, Eric Gonzales s’y promène avec une facilité déconcertante. Le recueil Isabèu de la Valea comprend 23 nouvelles d’une grande diversité. Diversité des thèmes, diversité de l’écriture, diversité du genre. Le tout avec une langue splendide. Il nous offre même des nouvelles en plusieurs dialectes de Gascogne. Il commence par des récits brefs, centrés sur un élément : la conversion professionnelle d’Isabèu, l’amour secret de Guilhem pour la parfaite Arnauda…

Per un escargòlh

En avançant dans le livre, le ton change, devient plus libre, plus fantaisiste, les chutes plus surprenantes ou déroutantes. Per un escargòlh par exemple est une courte nouvelle de 3 pages.

Le protagoniste marche sous un soleil de plomb du côté de Sauvatèrra.

La set qui’m torturava la boca que’m hasè tirar la lenga tau un can. Que crei que s’aví trobat un clòt d’aiga, quan ne seré pas estada aiga de la clara, que n’averí bevut parièr. Qu’averí balhat çò qui n’aví pas entà véder ua maison, un camp de milhòc, ua barralha, quau signe de preséncia umana qu’estosse. La soif qui me torturait la bouche me faisait tirer la langue comme un chien. Je crois que si j’avais trouvé une flaque d’eau, même ça n’avait pas été de l’eau bien claire, je l’aurais bue pareil. J’aurais donné ce que je n’avais pas pour voir une maison, un champ de maïs, une clôture, n’importe quel signe de présence humaine.

Et là, notre bonhomme voit un escargot. « Sus açò, que soi com Diu tot-poderós », ce’m pensèi, mes après:  « dab ua diferéncia, que poish jo tuar l’escargòlh ; mes ne’u poish pas crear. » [« Sur ça, je suis comme Dieu tout-puissant », pensai-je, mais après « avec une différence, je peux moi tuer l’escargot ; mais je ne peux pas le créer ».]

Alors, les réflexions, les questions envahissent le promeneur.
Que’u podí tuar. E perqué i ei, vam ? Qu’i deu estar per quauqaurren. Autament Diu ne l’averé pas creat.
[Je peux le tuer. Et pourquoi il y est donc ? Ce doit être pour quelque chose. Autrement Dieu ne l’aurait pas créé.]

Il lui semble qu’il n’y a pas de hasard, que le sens de la vie lui échappe. Et ainsi sa pensée dérive vers les questions essentielles Qui èm ? D’on vienem ? T’on vam ? [Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ?]

L’endedia, per aver pres dus aspirinas…. [Le lendemain, ayant pris deux aspirines…]
Vous vous en doutez, la chute est de la même veine !

Le fantastique

Puis les nouvelles deviennent plus fantastiques comme La hilha deu hustèr où la fille prévient pour aller à la fontaine : qu’i avem a anar en nse tiéner per la man pendent tot lo camin, shens nse deishar anar quan non seré qu’ua segonda [nous devons y aller en nous tenant par la main pendant tout le chemin, sans nous laisser ne serait-ce qu’une seconde]. Ou futuristes comme l’amour interdit du voyageur de l’espace et de la jeune fille de 1309, La con.hession d’un ex-viatjador espaciotemporau.

Enfin la dernière, Gausa-l’i-tot-doç, peut être vue comme un clin d’oeil à Записки сумасшедшего [Le journal d’un fou] de Gogol où la démence s’installant, le texte devient incompréhensible. Ici les langues se mélangent :
Un boçut ven a passar, e gaitava la J@na. Que segoteishi la prova deus caquins. Non vedó pas solament las moscas. Wolf que haëishi lo Bearn sancèr de Saut a Branlo, senon que saut batèra — Adiiiiiiu : Exquisite kimba kinasema uwongo juu ya Karatasi ! Kakita Inziland ya ujamaa, basi… Quel dit a dit !  Kakita Ng’ombeland ya ujammai ètz ira de sacrificis ITSICO : promotions tout le moi doute surtout les mufles. Mes com ne razumen francoski jedik, deishem-ac atau, your red hair will soon be inside me, senon que n’i averé entant part la Sent Ann, n’i haré pas ni shò ni hai, per’mor que t’ac disi.

Et la nouvelle est introduite par cette phrase de Manèu de Lovia : Lo mistèri deus mots qu’ei lo mistèri de l’amor [Le mystère des mots est le mystère de l’amour]

Lisons, relisons ces superbes nouvelles !

Références

L’Heptameron des nouvelles de très illustre et très excellente princesse Marguerite de Valois, royne de Navarre, Marguerite de Navarre, 1559 (exemplaire de la BNF, avec préface dédiée à Jeanne d’Albret, sa fille)
Genres littéraires La nouvelle
Entà créser au món, Pierre Bec, 2004
Isabèu de la Valea, Eric Gonzales, 2001
L’image mise en avant est tirée de la Première journée d’un manuscrit illustré du Decameron conservé par la BNF https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84268111/f62.image (p. 64 du doc.pdf)