Roi de France et de Navarre

« Qu’il soit de France ou de Navarre ». Qui n’a jamais entendu ou utilisé cette formule ? Savez-vous qu’elle nous vient du temps où les vicomtes de Béarn étaient rois de Navarre ?

Le royaume de Navarre

C’est un tout petit royaume qui correspond à l’actuelle province basque de Navarre. Sa capitale est Pampalona (Pampelune).

Charlemagne perd une partie de son armée à Roncevaux en 778 contre les Navarrais. Son fils Louis Ier subit une autre défaite à Roncevaux en 824. C’est l’acte de fondation du royaume de Navarre, et c’est donc le plus vieux royaume espagnol.

El Cid Campeador (Burgos)
El Cid Campeador (Burgos) (C. 1043-1099)

Le royaume de Navarre est à l’origine de la Reconquista (Reconquête) de l’Espagne sur les Maures. Ensuite, c’est le royaume d’Aragon qui prend la tête des opérations. C’est l’époque du Cid Campeador dont Corneille tirera une pièce de théâtre, Le Cid. Gaston IV de Béarn y trouve la mort en 1131.

La Navarre est un royaume à cheval sur les Pyrénées. Mais Sanche VI, qui règne de 1150 à 1194, perd Bayonne et le Labourd. En conséquence, le royaume n’a plus aucun débouché sur la mer. Au nord des Pyrénées, il lui reste encore la Basse-Navarre dont la capitale est Saint-Jean-Pied-de-Port.

C’est un royaume très convoité par ses voisins d’Aragon et de Castille, mais aussi par la France. D’ailleurs, les comtes d’Evreux, les comtes de Champagne ou les rois de France sont rois de Navarre pendant quelques années.

Le Royaume de Navarre en 1195 cf Wikipedia
Le Royaume de Navarre en 1195 cf. Wikipedia

L’intervention de Louis XI, Roi de France

Des successions difficiles sont l’occasion de fréquentes guerres civiles.

La dernière guerre civile oppose trois familles. Les familles de Beaumont et de Luxe (commune de Navarre au nord des Pyrénées) qui soutiennent Charles de Viane, l’héritier naturel de la Navarre mais encore mineur, à la famille de Gramont originaire de Guiche qui soutient le vicomte de Béarn.

Louis XI, roi de France
Louis XI, Roi de France (1423-1483)

C’est Louis XI qui met fin à cette guerre civile lors de l’entrevue du pont d’Osserain / Aussaranh en 1462,  avec Jean II d’Aragon. Cette commune est limitrophe de la Soule et du Béarn près de la confluence du Gau d’Auloron (Gave d’Oloron) avec le Gau de Pau (Gave de Pau).

Louis XI arrive par Bordeaux, Bayonne, Sorde et Sauveterre. Il va faire ses dévotions à Notre-Dame de Sarrance avant de repartir à toute vitesse par Lescar, Pau, Morlàas, Tarbes et gagner Toulouse en traversant le Comminges. Toulouse vient de subir un énorme incendie.

S’il s’est déplacé, c’est aussi pour signer le traité de Bayonne en mai 1462 par lequel le roi d’Aragon cède temporairement la Cerdagne et le Roussillon à la France.

Les Béarnais deviennent rois de Navarre

Aux termes de l’accord d’Aussaranh, le roi d’Aragon, Jean II d’Aragon conserve la Navarre jusqu’à sa mort en 1478. Sa fille Eléonore d’Aragon lui succède mais meurt un an après. Or, depuis 1434, elle est la femme de Gaston IV de Foix-Grailly (1423-1472), comte de Foix et vicomte de Béarn. Cette famille de Foix-Grailly possède déjà le Béarn depuis 1412. Jean II d’Aragon, conclut à Barcelone le un traité par lequel il institue Eléonore et Gaston IV de Foix-Grailly comme héritiers du royaume de Navarre.

François Febus (1467-1483), roi de Navarre de 1479 à 1483
François Febus (1467-1483), roi de Navarre de 1479 à 1483

Gaston (1444-1470), fils de Gaston IV aura deux enfants François Febus (1467-1483), roi de Navarre de 1479 à 1483, mort à 16 ans et Catherine I de Navarre (1468-1517).

Catherine I de Navarre succède à son frère en 1483 et elle épouse Jean II d’Albret en 1484. En raison de la guerre civile, Jean d’Albret et Catherine de Foix doivent attendre dix ans avant d’entrer dans leur royaume. Ils trouvent les portes de Pampelune fermées. Leur couronnement n’a lieu qu’en 1494 devant l’évêque du Couserans qui préside la cérémonie.

Mais ce n’est pas du gout de tout le monde. Ainsi, la famille de Beaumont se rebelle contre les nouveaux rois. Alors, le roi de Castille intervient dans les affaires de la Navarre et le traité de Madrid de 1495 exile la famille de Beaumont. La paix règne de nouveau. Hélas, c’est de courte durée. La guerre reprend entre la France et la Castille. Prudent, Jean d’Albret reste neutre.

Prétextant que le roi de Navarre a refusé le passage à ses troupes, le roi d’Aragon envahit la Navarre en 1512, y compris la Basse-Navarre. Les rois de Navarre s’enfuient à Sauveterre en Béarn.

La perte définitive de la Navarre

Les États de Béarn réunis à Sauveterre accordent au roi de Navarre de lever 40 000 hommes et d’importants subsides. Mais une armée béarnaise est battue dans la vallée de Roncal. Louis XII envoie une armée massée à Bayonne, à Peyrehorade et à Sauveterre. Le dauphin, le futur François Ier commande l’armée béarnaise. La campagne militaire est un désastre.

Henri II d'Albret
Henri II d’Albret (1503-1555)

À la mort de Jean d’Albret en 1515, son fils Henri hérite de tous ses titres sous le nom d’Henri II d’Albret. Il épouse Marguerite d’Angoulême, la sœur de François Ier, et n’a de cesse de récupérer la Navarre.

Le roi de France envoie une armée de secours qui prend Saint-Jean-Pied-de-Port en 1521, puis Pampelune et presque toutes les villes de Navarre. Mais l’armée française est battue le 30 juin à la bataille de Noain. Et les Castillans reprennent la Basse-Navarre.

Pendant ce temps, Henri II attend impatiemment à Navarrenx avec ses soldats. On ne l’associe pas aux opérations militaires et il rentre à Pau. Une armée de secours arrive en septembre mais se contente de prendre Fontarabie.

Coup de théâtre. En 1523, les Espagnols lancent une offensive, reprennent Fontarabie, brulent Sorde, Hastingues, le château de Bidache et Mauléon en Soule. Ils assiègent Sauveterre et Navarrenx pendant que d‘autres soldats passent par le Somport et sont arrêtés devant Oloron. La situation est rétablie l’année suivante et Henri II d’Albert part pour l’Italie avec François Ier.

Que reste-t-il du royaume de Navarre ?

En 1530, les Espagnols jugent trop couteuse la défense de la Basse Navarre et l’abandonnent. De promesses en complots et en obscures négociations, Henri II d’Albret espère toujours récupérer son royaume, c’est-à dire la partie au sud des Pyrénées. C’est en vain. Il meurt en 1555 à Hagetmau.

Il ne reste plus que la Basse-Navarre qui est érigée en royaume. Des États sont constitués à Saint-Jean-Pied-de-Port. Un For est octroyé. Une chambre des comptes est créée à Pau et la justice est réorganisée. Son siège est à Saint-Palais. Bref, toutes les apparences d’un vrai royaume.

Henri III de Béarn (1553-1610) devient Henri IV, Roi de France en 1589
Henri III de Béarn (1553-1610) devient Henri IV, Roi de France en 1589

Henri III de Navarre transmet le titre de roi de Navarre aux rois de France. Il devient roi de France sous le nom d’Henri IV. La titulature de « roi de France et de Navarre » reste en vigueur jusqu’à Charles X en 1824.

L’illusion d’un grand royaume disparait avec l’intégration toujours plus forte au royaume de France. D’abord, c’est le rattachement définitif du Béarn et de la Navarre au royaume par Louis XIII en 1620. Ensuite, c’est le Traité des Pyrénées de 1659 qui crée une frontière et sépare pour toujours les deux Navarre.

Les vicomtes de Béarn et rois de Navarre sont enterrés à la cathédrale de Lescar.

L’expression « de France et de Navarre » est restée dans le langage courant. Et quand on parle de navarèsa, on pense aux cloches que portaient les mules de Navarre.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)

Références

Henri LEVASSEUR, Histoire des d’Albret et des rois de Navarre, Éditions Atlantica, 2006.
Denis LABAU, Lorsque les seigneurs de Béarn régnaient sur la Navarre, Imprimerie COVEDI, 1994.
Maurice ROMIEU, Lescar capitale historique du Béarn, Edicions Escòla Gaston Febus, 2024.




Les chiens des Pyrénées

Le chien des Pyrénées ou pastor en gascon, patou est une ancienne race déjà décrite par Gaston Febus. Il accompagne les bergers pour protéger les troupeaux. Il ne faut pas le confondre avec le berger des Pyrénées.

Un grand chien de garde

Le patou des Pyrénées © Wikipedia
Le patou des Pyrénées © Wikipedia

Le pastor est un grand chien aux poils longs et blancs. On l’appelle aussi patòla ou patòc (pataud). C’est à la fois un chien de garde des troupeaux et un chien de compagnie. Il gardait même les châteaux au moyen-âge. Et on le voit plus tard à la cour de Louis XIV.

Au cours du temps, il s’est fait de plus en plus rare dans les campagnes. On le redécouvre en 1965 avec le feuilleton télévisé « Belle et Sébastien » de Cécile Aubry. Depuis, avec le retour des grands prédateurs (loup, lynx et ours), on l’utilise de nouveau pour la protection des troupeaux.

À quoi ressemble le pastor ?

Ce grand chien des Pyrénées mesure 80 centimètres de haut. Sa tête est énorme, sa queue est épaisse et rabattue. Lorsqu’il est en éveil, elle se redresse formant une roue jusqu’à toucher ses reins. On dit : que hè l’arrodèra (il fait la roue).

Un enfant h-jouant avec une chien berger des Pyrénées © Élevage de Chiens de Montagne des Pyrénées du Pic de Viscos
© Elevage de Chiens de Montagne des Pyrénées du Pic de Viscos

II a de quoi impressionner les gens qui ne le connaissent pas. Pourtant, il est calme et doux avec les enfants. Il est capable de reconnaitre des personnes qu’il n’a pas vu depuis longtemps mais, s’il détecte un intrus, il s’interpose et aboie. Et il aboie fort ! Plutôt que d’investir dans un couteux équipement d’alarme, il vaut parfois mieux mettre un pastor dans son jardin. Seul problème, il lui faut beaucoup d’espace. Petits jardins de ville à exclure donc.

Les bergers apprécient cette qualité de défense. Ils l’élèvent avec leurs moutons dès son plus jeune âge. Il nait souvent dans la bergerie. Ainsi, il considère les moutons comme sa famille. Cela peut poser d’ailleurs des problèmes dans les estives à cause des promeneurs qui s’approchent trop près des troupeaux. Un éleveur a d’ailleurs été condamné en 2021 à une amende avec sursis car son pastor avait mordu un touriste.

Un chien trop jeune cherche aussi à s’amuser. Il arrive qu’il blesse des moutons en s’amusant. Pour l’éviter, la présence d’un chien expérimenté est primordiale pour parfaire son éducation.

Le chien berger des Pyrénées ou labrit

Un labrit des Pyrénées © Wikipedia
Chien berger labrit des Pyrénées © Wikipedia

Le chien de montagne est souvent confondu avec le labrit, un chien de bergers. D’ailleurs, dans un troupeau, on peut rencontrer les deux chiens, chacun ayant sa fonction particulière.

Le labrit est de plus petite taille, à peine 50 centimètres, au poil fauve, gris ou noir. Sa truffe est noire et il ressemble parfois à un ours. C’est un chien vif et robuste. Il résiste aux intempéries (il est rarement malade) et sait jeuner quelques jours. Il mange même de l’herbe pour tromper sa faim.

 

Une famille de Barèges et son chien berb-ger Une famille à Barèges, Alfred Dartiguenave (1855-1856) © Wikipedia
Une famille à Barèges, Alfred Dartiguenave (1855-1856) © Wikipedia

Tout comme le pastor, le labrit doit être élevé avec des moutons ou même des chats. Plus grand, il aboie contre des animaux qu’il ne connait pas.

C’est aussi un excellent compagnon. On voit rarement un labrit en dehors des montagnes.

Le labrit et la grande guerre

"Le chien Satan a trasmis des messages qui ont sauvé la vie d'un régiment" © education.1I124.com
« Le chien Satan a transmis des messages qui ont sauvé la vie d’un régiment » © education.1I124.com

Il doit sa notoriété à la guerre de 1914-1918. À partir de 1916, on le recrute grâce à ses qualités olfactives. Il accompagne les patrouilles et cherche les blessés. Roublard et rapide, il fait une excellente estafette pour porter des messages à travers les lignes. Mais il paie un lourd tribut à la guerre.

Le Journal La protection des Animaux de la région lyonnaise de septembre 1923 raconte la mort d’un labrit au front : « Quand après vingt-six jours de tranchées, nous arrivâmes dans cette ferme incendiée pour gouter un peu de repos à l’abri de ses toits défoncés et de ses murs croulants, un chien nous fit les honneurs du logis. Je dis un chien, mais de prime abord, avec son pelage fauve, sa queue en panache, son échine courbe, ses yeux ronds et phosphorescents, on eût plutôt cru un renard famélique chassé des forêts d’Argonne par la mitraille, et rôdant là en quête de quelque vague aubaine [….] ».

Tout comme le pastor, le labrit doit être élevé avec des moutons ou même des chats. Plus grand, il aboie contre des animaux qu’il ne connait pas.

Le chien des Pyrénées et la lutte contre les prédateurs

Le chien berger au milieu de ses moutons © Wikipedia
Chien des Pyrénées au milieu de ses moutons © Wikipedia

Le grand chien des Pyrénées, le pastor,  vit au milieu du troupeau. En cas d’approche d’un loup ou d’un ours, il s’interpose entre le troupeau et le prédateur. C’est pour cela que les bergers lui mettaient un collier à clous. En cas de bagarre, cela lui donnait l’avantage.

Les blessures survenues au cours de la bagarre concernent surtout les jeunes chiens. Car ils vont trop vite au contact du prédateur. Un chien plus âgé et plus expérimenté s’interpose seulement. Et s’il y a plusieurs chiens dans le troupeau, un seul va au contact, les autres se reposant sur lui.

En tout cas, il est certain qu’un troupeau protégé par des chiens de garde est moins souvent attaqué par les prédateurs. Les attaques diminuent en moyenne de 70 %, et même de 90 % dans certains cas. Lorsqu’on parle de prédateurs, on pense au loup, au lynx ou à l’ours. N’oublions pas qu’une grande partie des attaques est le fait de chiens errants.

Au col du Portillon, une étude est menée. À Juzet de Luchon où le troupeau est gardé par un berger et un pastor, une seule brebis est attaquée. Mais à Antécade où il n’y a ni berger ni pastor, ce sont 37 brebis qui sont attaquées. À Sode où il y a un berger mais aucun pastor, 22 brebis sont attaquées. Et le constat est le même dans toutes les estives.

Le pastor et l’ours

Le « Programme ours » lancé par l’État vise à faciliter la cohabitation entre l’ours et le pastoralisme. Il apporte des aides spécifiques, notamment une aide à l’achat, à l’accompagnement, à l’entretien et à l’utilisation du grand chien des Pyrénées.

Un éleveur raconte une attaque d’ours : « À l’arrivée de l’ours, les chiens ont fait face en aboyant de façon menaçante. Un des trois pastors est resté plus en retrait dans le troupeau et les brebis se sont décalées. Ensuite l’ours s’est dirigé sur un monticule puis il a lancé une charge et poursuivi un pastor, les deux autres sont arrivés à la rescousse. L’ours a reculé puis lancé une nouvelle et ultime charge avant de s’en aller au pas et de disparaitre. […]». Pendant environ 2 heures, l’ours fait des tentatives pour passer la crête et aller aux brebis, mais à chaque fois le chien s’est interposé entre lui et le troupeau, l’ours finit par abandonner ».

La protection idéale des troupeaux réside dans la présence d’un berger, de pastors, de clôtures et d’éviter que le troupeau se disperse en petits groupes.

Géricault - Combat de chiens et d'ours (1812) © Wikipedia
Géricault – Combat de chiens et d’ours (1812) © Wikipedia

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Pays de l’ours – ADET 
Chien de montagne des Pyrénées, Woopets
Chien de montagne des pyrénées
20 races de chiens de montagne
Le Berger des Pyrénées : 0 races de chiens de montagne




Ferdinand Foch (1851-1929)

Ferdinand Foch (1851-1929) est né à Tarbes. Après une carrière militaire brillante, en mars 1918, Clémenceau le charge de coordonner l’action des troupes françaises et britanniques. Il devient Maréchal de France en 1918.

Ferdinand Foch choisit l’armée

Maison natale de Ferdinand Foch, rue de la Victoire à Tarbes © Wikipedia
Maison natale de Ferdinand Foch, rue de la Victoire à Tarbes © Wikipedia

Ferdinand Foch est le fils de Bertrand Foch, originaire de Valentine (Haute-Garonne) et secrétaire général de la préfecture des Hautes-Pyrénées au moment de sa naissance, et de Marie Dupré, originaire d’Argelès-Gazost (Hautes-Pyrénées). La famille est nombreuse (sept enfants) et il est le sixième. La famille suit le père lors de ses mutations successives. C’est d’abord Montréjeau, puis Rodez et Lyon. À chaque fois, Ferdinand étudie dans les plus grands collèges.

En 1870, il se trouve à Metz où il prépare son entrée à l’école Polytechnique. Cependant, c’est la guerre contre les Prussiens. Alors, il décide de s’engager au 4ème régiment d’infanterie qui n’a pas le temps de se battre.

Germain Foch (1889-1914)
Germain Foch (1889-1914) © Nos ancêtres les Poilus

L’année suivante, après la guerre, il intègre l’école Polytechnique (il en sortira en 1873) et devient officier d’artillerie au 24ème régiment d’artillerie de Tarbes. Nommé capitaine en 1879, il part pour Paris au dépôt central de l’artillerie à Paris.

En 1883, le jeune officier épouse Julie Bienvenüe (1860-1950) avec qui il aura deux filles et deux garçons dont le premier, Jules, ne survivra pas, et le deuxième, Germain sera tué d’une balle au front lors de son premier combat à Ville Houdlémont.

Ferdinand Foch, collégien, polytechnicien, capitaine d’artillerie, général de brigade © Loucrup65.fr

Ferdinand Foch, une carrière militaire exemplaire

Foch, colonel, chef de corps du 35e régiment d'artillerie (1903) © Wikipedia
Foch, colonel, chef de corps du 35e régiment d’artillerie (1903) © Wikipedia

Les choses vont vite : colonel en 1903 puis général en 1907, il prend en 1913 le commandement du 20ème corps d’armée basé à Nancy. Entre-temps, il enseigne à l’école militaire et se fait remarquer pour son analyse critique des guerres napoléoniennes et de la guerre de 1870.

 

 

 

 

 

Émile Combes (1835-1921) © Wikipedia
Émile Combes (1835-1921) © Wikipedia

Pourtant, sa carrière aurait pu être courte. En effet, le gouvernement est anticlérical et un frère de Ferdinand Foch est jésuite. Lui-même a étudié dans des collèges jésuites. De plus, il se trouve mêlé à « l’affaire des fiches » qui éclate en 1904, dans laquelle tous les officiers sont fichés. Ces fiches prennent le pas sur les dossiers militaires. L’affaire provoque d’ailleurs la chute du gouvernement d’Émile Combes.

La guerre de 1914-1918

Carte de la Bataille de Lorraine du 5 août 1914 au 15 septembre 1914 © Wikipedia
Carte de la Bataille de Lorraine du 5 août 1914 au 15 septembre 1914 © Wikipedia

Lorsque la guerre se déclare, Ferdinand Foch commande le 20ème corps d’armée de Nancy, sous les ordres du général aveyronnais Édouard de Castelnau, un fin lettré qui a même été mainteneur des jeux Floraux de Toulouse (plus vieille académie de lettres de France).

Il participe à la bataille de Lorraine des 19 et 20 aout, empêche des Allemands de franchir la Meurthe et protège Nancy. Il s’y fait remarquer pour son esprit d’offensive ; cela étonne particulièrement les Allemands alors que les troupes françaises perdent du terrain.

Général Joffre en 1915 (1952-1831)
Général Joffre en 1915 (1852-1931)

À la bataille de Morhange du 20 aout, Foch attaque la ville alors que ses ordres étaient de ne pas bouger et de tenir sa position. Pris dans un piège, les Français reculent. Ferdinand Foch reste sur place, fait donner toute l’artillerie de son 20ème corps d’armée et protège la retraite des soldats. Il commande, dit-on, en fumant le cigare. Le 28 aout, le général Joffre l’appelle pour le promouvoir. Pourtant, c’est à la suite de cette bataille qu’on désignera les soldats du 15ème corps, tous méridionaux, comme les responsables de la défaite.

Ferdinand Foch commande maintenant la IXe armée pendant la bataille de la Marne. Il coordonne déjà les armées françaises, britanniques et belges. Il aurait dit : « Pressé fortement sur ma droite, mon centre cède, impossible de me mouvoir, situation excellente, j’attaque ». Et il repousse toutes les attaques des Allemands.

Toutefois, sa doctrine de l’attaque provoque d’énormes pertes, alors on le relève de son commandement en 1916. Mais il revient l’année suivante comme chef d’état-major général affecté aux opérations inter alliées. On l’envoie en Italie après la défaite italienne de Caporetto.

Foch, généralissime de toutes les armées

Le 26 mars 1918, Ferdinand Foch est chargé de la coordination des troupes françaises et anglaises avec le titre de généralissime. À Doullens, petite ville de Picardie, le Président Raymond Poincaré, le président du Conseil Georges Clémenceau, les généraux Pétain et Weygand, ainsi que l’état-major britannique, prennent la décision. Plus tard, ils étendent ses pouvoirs à l’Italie.

Georges Clémenceau dira : « Je me suis dit : Essayons Foch ! Au moins, nous mourrons le fusil à la main ! J’ai laissé cet homme sensé, plein de raison qu’était Pétain ; j’ai adopté ce fou qu’était Foch. C’est le fou qui nous a tirés de là ! ».

Mairie de Doullens (80600) - Salle de réunion du 26 avril 1918 pour un commandement unique des troupes françaises et britanniques © Office de Tourisme du Territoire Nord Picardie
Mairie de Doullens (80600) – Salle de la réunion du 26 mars 1918 pour un commandement unique des troupes françaises et britanniques © Office de Tourisme du Territoire Nord Picardie

Car Foch a une puissante force de conviction, une grande énergie, associées à des principes et des modes d’action forts.

Les bâtons de maréchal de de Grande-Bretagne, de France et de Pologne (de g. à dr.) © Wikipedia
Les bâtons de maréchal de Grande-Bretagne, de France et de Pologne (de g. à dr.) © Wikipedia

D’ailleurs, Foch bloque toutes les offensives allemandes. Grâce à son offensive générale, il contraint les Allemands à demander l’armistice. Et il fait partie des signataires de l’accord dans la clairière de Rethondes.

Ferdinand Foch est fait maréchal de France en 1918, maréchal du Royaume-Uni en 1919, maréchal de Pologne en 1923. Il est nommé à l’académie des Sciences, puis à l’académie française. Que d’honneurs pour ce soldat tarbais !

Lors du traité de Versailles, il s’écrie : « Ce n’est pas une paix, c’est un armistice de vingt ans ». Hélas, la suite lui donnera raison.

Ferdinand Foch écrit un ouvrage : Mémoires pour servir à l’histoire de la guerre de 1914-1918, Des principes de la guerre, qui sera publié après sa mort : Le Mémorial de Foch (résumé de son testament politique et militaire).

La visite triomphale à Tarbes du Maréchal Foch

Foch est invité dans tous les pays. Il y donne des conférences, y préside des cérémonies officielles militaires ou civiles, y parraine des œuvres de charité.

Arrivée du Maréchal Foch à la Mairie de Tarbes © Loucrup.65.fr
Arrivée du Maréchal Foch à la Mairie de Tarbes le 27 septembre 1919 © Loucrup65.fr

Mais il n’oublie pas son département de naissance, ni Tarbes où il fait une tournée triomphale de trois jours en 1919. Il arrive le 27 septembre à la gare de Tarbes, acclamé par une foule immense massée le long du parcours qui le mène à la mairie.

Après les discours et les réceptions de personnalités, il inaugure le monument aux morts, alors situé place de Verdun. S’ensuit un grand banquet.

Il va ensuite à Lourdes pour une visite privée. Là, il assiste à la messe dans la basilique et se recueille dans la grotte. De retour à Tarbes, il va visiter l’hôpital, puis sa maison natale.

Le lendemain, il se rend à Argelès-Gazost pour diner chez des amis. Il s’arrête à Ossun et à Lourdes pour une réception dans les hôtels de ville. Il part ensuite pour Arreau inaugurer une plaque sur la maison de sa grand-mère maternelle. Pour l’occasion, on baptise l’école d’Arreau, école Maréchal Foch.

Il franchit ensuite le col d’Aspin et se rend à une réception au casino de Bagnères. Le 2 octobre, il part pour Valentine (Haute-Garonne).

Partout des foules immenses sont venues l’acclamer. À coup sûr, elles gardent dans leur mémoire cette visite inoubliable.

Que reste-t-il de Ferdinand Foch ?

Tombeau du Maréchal Foch aux Invalides
Tombeau du Maréchal Foch aux Invalides

Ferdinand Foch meurt à son domicile parisien le 20 mars 1929. Des obsèques nationales ont lieu. Il repose aux Invalides depuis 1937. Le souvenir du Maréchal Foch est encore très présent.

On baptise de son nom des bâtiments publics et des voies publiques. Rares sont les villes à ne pas l’avoir fait. On en retrouve même dans les anciens pays alliés, en Grande-Bretagne, au Canada et même en Pologne ou en Équateur. L’Afrique du Sud nomme une ville Fochville.

De grands bâtiments de guerre portent son nom. Un porte-avion en France.

Statue équestre du Maréchal Foch à Tarbes
Statue équestre du Maréchal Foch à Tarbes

On érige un peu partout des statues, le plus souvent équestres. À Tarbes, bien sûr, mais aussi à Saint-Gaudens, à Londres, à Paris et sur les lieux des principales batailles auxquelles il a participé.

Tarbes lui consacre un musée dans sa maison natale. Ses papiers personnels sont conservés aux Archives Nationales, cote 414AP.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)

Références

Ferdinand Foch sur Wikipedia
Foch à Tarbes
Chemins de mémoire  (divers articles consacrés au maréchal Foch).:
Ministère de la défense : www.terremag.defense.gouv.fr.
Le mémorial de Foch : mes entretiens avec le maréchal, Raymond Recouly, 1932, Gallica
Escola Gaston Febus : 14 – 18 vue par les Gascons : Le choc du retour à la maison




E d’on ètz? D’où êtes-vous ?

Lorsque deux Gascons se rencontrent, l’un d’eux pose inévitablement la question : E d’on ètz? (D’où êtes-vous ?) Contrairement à ce que l’on peut croire, la réponse n’est pas toujours aisée tant les références aux noms des communes sont nombreuses.

Les noms des communes anciens

On connait bien l’adage : « Chaque homme a deux patries, son village et son pays ». Autrefois, on s’identifiait en disant, par exemple : « Je suis de Saint-Justin en Pardiac ». Comme il existe plusieurs Saint-Justin en Gascogne, le fait de préciser « en Pardiac » évitait toute confusion.

Garos (64), un nom de commune d'origine aquitaine
Mairie de Garos (64)

Le nom des communes est parfois très ancien. Et l’étude de leur origine, la toponymie, nous renseigne. La racine gar (pierre) a donné Garos, Caresse ou Ger. Certains ont une racine aquitaine. La racine os donne Angos, Andernos, Arengosse ou Urdos. La racine ixon donne Luchon ou Arcachon.

Les noms d’origine romaine se terminent en ac ou an : Arzacq, Aurignac, Floirac, Pessac, Nérac, Corneillan, Marsan, Sabazan, Barbazan, Aureilhan, etc. Puis, les progrès du christianisme à partir du Ve siècle multiplie les noms de saints : Saint-Sauveur, Saint-Pé, Saint-

Martin, Saint-Paul, Saint-Avit, Saint-Orens, Saint-Sardos, etc.

Castera-Verduzan (32), un nom de commune qui se réfère à un ouvrage de défense
Castera-Verduzan (32)

Les paroisses sont de plus en plus nombreuses à partir du XIe siècle. Alors, leur nom vient de lieux de défense : casterar (Castéra-Verduzan, Castets en Dorthe, Castillon-Savès, Castelnau d’Anglès, Lamothe-Gondrin), de hauteurs naturelles : mont (Montcrabeau, Mont, Montagut, Montaner), de la nature du sol (Argelès, Lagrave, Labarthe), de la végétation (Bedous, Lacassagne, Haget).

Le mouvement des Sauvetés, initié par l’Église, engendre des Sauveterre. Ou encore, les bastides portent le nom de villes étrangères célèbres (Plaisance, Cologne, Bruge, Gan) ou celui de leur fondateur (Rabastens, Marciac, Créon).

En tous cas, les Gascons sont très attachés à leur communauté, d’autant que, bien souvent, s’y rattachent des droits particuliers que personne ne veut voir aliéner.

Les noms de communes révolutionnaires

Les noms "révolutionnaires" des communes du Gers
Les noms « révolutionnaires » des communes du Gers

La Révolution française de 1789 amène de profonds bouleversements. En effet, il faut faire disparaitre tout ce qui rappelle l’Ancien Régime et la religion. Alors, on efface les fleurs de lys sur les meubles et sur les édifices, on casse les statues. Dès le 21septembre 1792, des municipalités annoncent à la Convention leur désir de changer de nom pour prendre une dénomination républicaine.

C’est surtout d’octobre 1793 à juillet 1794, pendant la déchristianisation, que les changements de nom sont les plus nombreux. Et les nouveaux noms font référence aux vertus révolutionnaires : Saint-Jean-le Comtal (32) devient Vertu-sur-le-Sousson, Villecomtal (32) devient Pont-Libre, Saint-Arroman (32) devient Egalité-Sousson, Saint-Paul-les-Dax (40) devient Bonnet-Rouge, Villefranque (64) devient Tricolor, Sainte-Foy-la-Grande (33) devient Bonne-Foy.

Jean-Paul Marat inspire les révolutionnaires pour attribuer de nouveaux noms aux communes
Jean-Paul Marat inspire les révolutionnaires

Les révolutionnaires ne sont pas oubliés et c’est Marat qui se taille la part du Lion : Sainte-Arailles (32) devient Marat, Mont-de-Marsan (40) devient Mont-Marat, Castelmoron d’Albret (33) devient Castel-Marat. Les situations géographiques sont mises à profit : Saint-Justin (32) devient Bel-Endroit, Castets (40) devient Cap-de-la-Côte-Verte, Saint-Frajou (31) devint Belle-Serre. Les Montagne et Mont sont nombreux : Roquelaure (32) devient La Montagne, Saint-Sever (40) devient Mont-Adour, Castelnau-Rivière-Basse (65) devient Mont-Louet.

 

Saint-Girons devient Lunoque sous la Révolution
Saint-Girons devient Lunoque sous la Révolution

Ne résistons pas à quelques noms savoureux : Le Houga (32) et Saint-Simphorien (33) deviennent La-Hure, Capbreton (40) devient Capbrutus, Saint-Jean de Luz (64) devient Chauvin-le-Dragon, Saint-Girons (09) devient Lunoque.

Certaines communes changent plusieurs fois de nom en peu de temps, suite aux rapides successions de municipalités. Fort heureusement pour s’y retrouver, Napoléon Bonaparte y met un terme. Toutes les communes ne s’exécutent pas et c’est Louis XVIII, en 1814, qui met un point final à la récréation.

Les chafres gascons

Comme si cela ne suffisait pas, c’est une tradition bien gasconne que de donner un chafre ou sobriquet aux habitants des villages.

Ils sont rarement le fruit du hasard. Ils résultent d’une caractéristique physique, d’un environnement particulier ou d’un métier généralement pratiqué par les habitants.

Aas (64) le village des silauires
Aas (64), le village des siulaires

Les habitants d’Aas sont les siulaires (ils sifflent des phrases pour se faire comprendre d’une montagne à l’autre), ceux d’Antin sont des tistalhaires (fabricants de tistalhs – paniers), ceux d’Asté sont des saumetèrs (éleveurs d’ânes) ou encore los tavans (les taons). Ceux de Mimizan sont des malhons (oiseaux de mer).

Des chafres sont communs à beaucoup de communes. Los vinhatèrs désigne les habitants des communes qui produisent du vin. Los camparolèrs s’appliquent à des communes isolées dans les bois et dont les habitants ramassent les champignons. Moins gentiment,  los mossurs ou los mossurets désignent les habitants maniérés, los limaquèrs désignent les habitants peu dégourdis ou mous comme des limaces.

Le Moulin de Camalès (65), le village des camas lestes
Le Moulin de Camalès (65), le village des camas lestes

En fait, le Gascon aime les bons mots. Les habitants de Les habitants de Camalès sont les camas lèstes.. Lorsqu’on dit recomendar a Nosta-Dauna de Cama lèsta, c’est s’enfuir à toutes jambes. On dit aussi A Gan, que’vs dan tot en pagant (à Gan, on vous donne tout en payant). Les habitants seraient-ils réputés un peu pingres ?

S’ils sont humoristiques, les chafres sont parfois plus méchants. En parlant des Lavedanais, on dit Gens de Labedan, meitat gens e meitat cans (Gens du Lavedan, moitié personnes et moitié chiens). On dit aussi A Baiona, tot que’s dona ! Quan arribatz, tot qu’ei dat (À Bayonne, tout se donne ! Quand vous arrivez, tout est donné).

Le gentilé

Compliquons un peu plus l’affaire. Le gentilé est le nom donné aux habitants d’une commune.

Son emploi n’est prévu par aucun texte. C’est surtout le fait d’érudits locaux français qui utilisent le plus souvent les suffixes -ain, -ais, -ien, -ois. Un habitant de Tarbes est un Tarbais, celui de Mont-de-Marsan est un Montois, celui de Tartas est un Tarusate, celui de Gabaston est un Gabastonnais.

Certains gentilés sont un peu plus originaux. Un habitant de Montesquiou est un Montesquivais, celui de Pey est un Peyreutch dans lequel on retrouve le gascon des Landes, celui de Bias est un Biassut, celui de Bretagne de Marsan est un Breton (mais pas de Bretagne !), celui de Castel-Sarrazin est tout simplement un Sarrazin. Enfin, un habitant de Cours les Bains est un Bennicoursain.

Après tout, attribuer un gentilé aux habitants d’une commune n’est a priori pas si compliqué. Sauf que le pouvoir politique favorise la fusion de communes. La commune de Cazaux-Fréchet-Anéran-Camors (Hautes-Pyrénées) est issue de la fusion de quatre communes en 1978. Le gentilé de ses habitants est les Cazauziens. Heureusement que les habitants des trois autres anciennes communes ne sont pas susceptibles ! Imaginez qu’il ait fallu les appeler les Cazaux-Fréchetois-aneranais-camoriens …..

Autre exemple, les habitants d’Ayros-Arbouix (Hautes-Pyrénées) issue d’une fusion en 1846 sont les Aybousois. Pas de jaloux cette fois-ci.

Pour un instant récréatif, essayez de donner un gentilé aux habitants de Petit-Palais-et-Cornemps (33) ou à ceux de Taron-Sadirac-Viellenave (64).

Les communes du Gers en gascon (extrait)
Les communes du Gers en gascon (extrait)

Mes d’on ètz alavetz? Mais d’où êtes-vous alors ?

Un nom de commune qui change dans le temps : Osmets (65) aujourd'hui, Ausmets sur la carte Cassini (XVIIIè. s.)
Osmets (65) aujourd’hui, Ausmets sur la carte Cassini (XVIIIe. s.)

Le bon sens des Gascons ne donne pas de noms particuliers aux habitants des communes, en dehors des chafres, bien sûr. Mais c’est juste pour rire un peu…

Alors, pour désigner les habitants d’une commune, on dit tout simplement los de… / ceux de…
En peu de mots, tout est dit.

Allez, pour finir, notons que beaucoup de communes gasconnes mettent la double signalisation française et gasconne à l’entrée de leur commune. Par exemple, vous avez le choix entre les Osmetsiens (65) en français ou los d’Ausmets en gascon.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)




Jean-Charles de Borda, marin et scientifique

Jean-Charles de Borda est un officier savant du siècle des Lumières. C’est un enfant de la Gascogne, plus précisément de Dax. Il a réalisé ses deux passions : l’armée et les sciences.

Jean-Charles de Borda choisit le génie militaire

Jean-Charles de Borda
Jean-Charles de Borda (1733-1799) © Wikipedia

Il nait à Dacs (Dax) le 4 mai 1733. Son père, Jean-Antoine, est seigneur de Labatut et sa mère,  Marie-Thérèse de la Croix. C’est une famille nombreuse, de 13 enfants. Il fréquente le collège des Barnabites, à Dax, puis le collège jésuite de La Flèche, dans la Sarthe. Dans tous, il montre des dispositions hors du commun. Comme ses deux fils ainés sont militaires, Jean-Antoine de Borda pousse Jean-Charles vers le droit. Toutefois, avec l’aide de sa mère, celui-ci réussit à obtenir d’entrer lui aussi dans l’armée.

 

 

Jean Le Rond d'Alembert(1717-1783)
Jean Le Rond d’Alembert (1717-1783) © Wikipedia

En 1753, il donne au très réputé d’Alembert (1717-1783) un mémoire sur une question de géométrie ; il devient maitre de mathématiques. En 1756, il écrit un mémoire Sur la courbe décrite par les boulets et les bombes en ayant égard à la résistance de l’air, où il emploie un raisonnement mathématique nouveau et élégant, ce qui lui vaut de se faire remarquer par le mathématicien Alexis Claude Clairaut (1713-1765). Celui-ci écrit : « Un jeune Bordat [Borda] s’était présenté de la manière la plus brillante. L’ambition guerrière nous l’enlève. » Mais cela lui vaut d’entrer comme adjoint géomètre à l’Académie des Sciences.

L’école Royale du Génie de Mézière

L’École royale du génie de Mézières
L’École royale du génie de Mézières © Wikipedia

Alors qu’il participe à la guerre de sept ans en Allemagne, il entre en 1758 à l’École royale du génie de Mézières (qui ne prend qu’une vingtaine d’élèves), tout en étant dispensé de la première année, l’année théorique, à cause de son appartenance à l’Académie des sciences. Il ne suit donc que l’année de pratique.

Compétent dans plus d’un domaine, notre Landais, lors de son premier travail au génie militaire, s’intéresse aux roues hydrauliques, à l’écoulement des fluides. Et il va proposer une méthode de calcul de pertes de charges appelée désormais l’équation de Borda-Carnot.

L’engagement dans la marine

En 1767, Jean-Charles de Borda passe de l’armée de terre à la marine. Sa première affectation est à Brest en qualité de lieutenant de vaisseau et surtout, d’ingénieur du génie maritime.

Il fera plusieurs missions : en 1768 en Martinique, 1771 et 1772 aux Canaries puis aux Antilles, 1775 le long des côtes africaines et des Canaries. Ces missions sont scientifiques : il s’agit de déterminer la position précise des îles Canaries puis d’en dresser la carte, de tester de nouveaux modèles d’horloges et chronomètres marins, de faire des calculs de longitude pour l’Académie des sciences.

Carte des Iles Canaries dressée par Jean-Charles de Borda
Carte des Iles Canaries dressée par Jean-Charles de Borda © Gallica

Jean-Charles Borda est à la bataille navale de la Grenade le 6 juillet 1779
Jean-Charles Borda est à la bataille navale de la Grenade le 6 juillet 1779, tableau de jean-François Hue © Wikipedia

Ce qui ne l’empêche pas de participer à des guerres et des batailles, comme celle de Sainte-Lucie le 15 décembre 1778, de la Grenade le 6 juillet 1779.

 

Jean-Charles du Borda prend part également à la guerre d’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique. Le 6 décembre 1782, alors qu’il commande Le Solitaire, un vaisseau de 64 canons, les Anglais du contre-amiral Richard Hughes le font prisonnier devant la Barbade (Petites Antilles). Mais, sa réputation est déjà très grande. Alors, ceux-ci le libèrent sur parole pour qu’il puisse assister à un congrès scientifique à Copenhague. À son retour, ils le libèrent définitivement.

Une invention célèbre : le cercle répétiteur

Cercle répétiteur de Jean-Charles de Borda, Musée du Conservatoire des Arts et Métiers
Cercle répétiteur de Jean-Charles de Borda, Musée du Conservatoire des Arts et Métiers

En 1772, Borda met au point un nouvel instrument de mesure appelé cercle de Borda ou cercle répétiteur, inspiré du cercle de réflexion de Mayer. Il permet de mesurer les angles de 0° à 180°, les distances, les latitudes et longitudes avec une précision encore inégalée. De façon astucieuse, on peut répéter les mesures, et éviter ainsi les erreurs de lecture. Cette invention assure au marin savant une belle renommée qui dure jusqu’à nos jours.

Jean-Charles de Borda, l’ingénieur

Vaisseau de 74 canons
Vaisseau de 74 canons retenu par J. Ch. de Borda

À son retour en France, Jean-Charles de Borda reprend son poste d’ingénieur de la marine française.  Dès 1783, il devient conseiller du ministre le maréchal de Castries, baron des États du Languedoc. Celui-ci charge notre savant de fixer les plans-types de nouveaux vaisseaux qu’on appellera plans-type de Borda-Sané. Bertrand Sané est un constructeur naval de Brest, un des meilleurs de son temps, surnommé le « Vauban de la marine ». Borda est très exigeant, il retient trois modèles : les deux-ponts de 74 et 80 canons, le trois-ponts de 118 canons qui équiperont la marine française pendant plusieurs décennies. Vu sa rigueur et sa capacité de travail, Borda fait aussi partie de la commission chargée de l’étude du projet de port militaire de Cherbourg.

Tables trigonométriques décimales de Jean-Charles Borda © Archive.org
Tables trigonométriques décimales de Jean-Charles Borda © Archive.org

Outre ses travaux pour la Marine, il a aussi des missions plus scientifiques. Par exemple, il conçoit des améliorations des systèmes de pompage. Il crée des tables trigonométriques pour la nouvelle division décimale du cercle en 400 grades au lieu de 360 degrés. Ou encore, il invente un appareil pour mesurer la longueur du pendule, appelé pendule de Borda… En octobre 1784, il prend même la charge d’inspecteur des constructions navales et de directeur de l’École des Ingénieurs.

il entre à la Commission des poids et mesures (1789), au Bureau de consultation des arts et métiers (1791), puis au Bureau des longitudes et à la section de mathématiques de l’Institut national (1795).

Jean-Charles de Borda et la Révolution

Antoine Lavoisier (1743-1794) © Wikipedia
Antoine Lavoisier (1743-1794) © Wikipedia

Centré sur ses recherches, Jean-Charles de Borda adhère sans difficulté à la Révolution. Toutefois, en 1793, il a l’audace de signer un texte de soutien à Antoine Lavoisier, le père de la chimie moderne. En effet, les vingt-sept fermiers généraux, dont Lavoisier, sont associés à la dévaluation qui fait rage et jugés comme traitres à la nation.

Borda est immédiatement destitué de la commission des poids et mesures (

Le système métrique

Loi relative aux poids et mesures 18 Germinal, an 3 de la république française une et indivible, © Archive.org-V2
Loi relative aux poids et mesures  du 18 Germinal, an III de la République française une et indivisible, © Archive.org-V2

Au XVIIIe siècle, personne en France ne mesure de la même façon. Entre les lègas (lieues), les pams (empans) les canas (toises)… ce sont plus de 700 unités de mesure différentes ! C’est un vrai casse-tête. Alors, sur proposition de Borda, une commission, composée de Condorcet, Laplace, Lagrange, Monge et lui-même va définir un système unifié. Borda joue un rôle essentiel dans le choix du système métrique qui définit le mètre comme la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre.

Restait juste à calculer précisément ce méridien ! C’est ce que vont faire Pierre-François Méchain et Jean-Baptiste Delambre en utilisant le cercle répétiteur. Enfin, la loi « relative aux poids et mesures » institue le système métrique décimal le 18 germinal an III (7 avril 1795).

Et notre savant accompagne ce changement majeur en inventant des règles en platine et laiton afin de prendre en compte les variations de longueur lors des changements de température. En 1799, les archives de la république reçoivent un nouveau mètre-étalon en platine, dédié « à tous les temps, à tous les peuples ».

Le souvenir de Jean-Charles de Borda

Jean-Charles de Borda meurt à Paris le 20 février 1799. Sa ville natale lui rendra un hommage digne de ce grand savant, le 24 mai 1891, en érigeant une statue, place de la Halle, en présence du Président de la République, Sadi Carnot, du ministre de la Marine, Édouard Barbey et de plusieurs membres de l’Académie des Sciences. D’ailleurs, Le ministère de la Marine a offert le bronze et Jean-Paul Aubé, professeur aux Beaux-Arts de Paris, en est le sculpteur. Le lycée polyvalent ainsi qu’un musée de la ville portent son nom. Enfin, la société de Borda, société savante, prend naissance à Dax en 1876.

La Marine n’est pas en reste. Un buste est installé sur le vaisseau-école portant son nom. Le bâtiment de la marine, BH2C Borda, honore les progrès apportés par le savant en sciences nautiques. Il a d’ailleurs la ville de Dax pour marraine. Notons aussi que les élèves de l’École navale sont surnommés les bordaches ! Et son nom est donné à un quartier de l’École navale à Brest.

Bâtiment hydrographique Borda
Bâtiment hydrographique BH2C Borda © Wikipedia

À Paris, dans le quartier des Arts-et-Métiers, une rue porte son nom. Borda est aussi inscrit parmi les 72 savants sur le premier étage de la tour Eiffel, à la douzième place. Puis, on donne son nom à un cap de l’île Kangourou (Australie), à un cratère de la Lune et à l’astéroïde n° 175726, découvert le 29 aout 1997 par l’observatoire de Dax.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe réformée.

Références

Étienne Taillemite, « Un savant en son temps : Gaspard Monge (1746-1818) » (chap. « Monge et la Marine »), Bull. de la SABIX, no 41,‎ , p. 129-139
Biographie, Académie de marine
https://francearchives.gouv.fr/fr/pages_histoire/39863
Lettre de Clairaut, 16 juin 1756
La vie et les travaux du chevalier Jean-Charles de Borda (1733-1799). Épisodes de la vie scientifique au XVIIIe siècle, Jean Mascart, 2002.
Histoire de la mesure




Le phare de Cordouan

À l’entrée de l’estuaire de la Gironde, le phare de Cordouan se dresse sur un plateau situé à 7 km au large. C’est le plus ancien phare en activité, et le plus beau. Il est classé Monument Historique depuis 1862 et inscrit au titre du Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

Au XIVe s., le premier phare de Cordouan

Plan de situation du XVIIè s. du Phare de Cordouan à l'entrée de la Gironde © Wikipedia
Plan de situation du XVIIe s. du Phare de Cordouan à l’entrée de l’estuaire de la Gironde © Wikipedia

L’entrée de l’estuaire de la Gironde est dangereuse pour les navires. Il y a des effleurements rocheux et des bancs de sable sans cesse en mouvement.

En fait, l’idée de construire un phare est ancienne. D’ailleurs, dès le Moyen Âge, des moines s’installent sur l’ilot rocheux de Cordouan. Et le cartulaire de l’abbaye de la Grande-Sauve nous apprend qu’en 1092, des moines y sonnent une cloche et allument des feux par mauvais temps pour avertir les marins du danger.

Vue de la tour de Cordouan antérieure à celle de Louis de Foix, d'après Chastillon
Représentation de la tour du Prince Noir avant l’édification du phare de Cordouan, vers 1590, par Claude Chastillon © Wikipedia

Le Prince Noir gouverne l’Aquitaine de 1362 à 1371. La sécurité de la navigation est essentielle pour garantir les liaisons entre la Gascogne et l’Angleterre. Alors, il fait construire une tour au sommet de laquelle on allume des feux. Au passage, un droit est perçu sur les navires qui entrent dans l’estuaire. Après le départ des Anglais, la tour semble avoir été abandonnée et elle tombe en ruines.

Au XVIe s., le nouveau phare de Louis de Foix

Plus tard, en 1584, Jacques Goyon, maréchal de Matignon (1525-1598), est nommé gouverneur de Guyenne. S’il maintient Bordeaux et la Guyenne dans l’obéissance au roi pendant les guerres de religion, il s’intéresse aussi au commerce et à la navigation.

Buste de Louis de Foix (1535-1604) à l’entrée de la Chapelle du phare de Cordouan. © Wikipedia

Il passe commande à Louis de Foix (1535-1604) d’un phare sur l’ilot de Cordouan. Les Gascons connaissent Louis de Foix pour avoir renforcé les fortifications de Bayonne et de Bordeaux et surtout pour avoir réalisé les travaux du détournement de l’embouchure de l’Adour vers Bayonne.

Louis de Foix installe une cité ouvrière sur le banc de sable pour loger les ouvriers sur place. Là, il fait installer un four à chaux, une menuiserie, une charpenterie, une forge, un moulin à blé, un four à pain, un magasin pour les vivres, une écurie, une grange pour le fourrage et des logements pour 50 ouvriers.

De plus, pour protéger de la mer le chantier du phare et la cité ouvrière, il fait construire tout autour une digue de pierres de taille et de bois.

À partir de 1606, François Beuscher poursuit les travaux 

Contrat passé en 1606 avec François Beuscher (extrait) © Archives Municipales de Bordeaux
Contrat passé en 1606 avec François Beuscher (extrait) © Archives municipales de Bordeaux

À la mort de Louis de Foix, on confie la poursuite du chantier à François Beuscher, son conducteur des travaux. Enfin, on inaugure le phare en 1611, soit 27 ans après la signature du contrat. Il possède une chapelle au deuxième étage, voulue par Henri IV en 1593 au sortir des guerres de religion. Ce serait d’ailleurs le seul phare à en posséder une.

Le phare de Cordouan a un dôme qui permet d’allumer un feu à 37 mètres au-dessus des plus hautes eaux. Pour cela, on utilise du bois et de la poix. Après les travaux, la cité ouvrière n’étant plus entretenue, elle disparait sous les assauts de la mer. Le phare reste sur l’ilot rocheux. Il est accessible à marée descendante par une chaussée de pierre menant à une poterne.

Mais, en 1645, une tempête détruit le dôme. On le reconstruit en 1664 et on remplace le combustible ; on délaisse le bois pour le blanc de baleine ou spermaceti. En même temps, on renforce le soubassement du phare de 1661 à 1664. Enfin en 1727, on remplace le blanc de baleine par le charbon.

Gravure de la tour de Cordouan, 1705 avec coupe et section et à l’arrière la Tour du Prince Noir, © Archives départementales de la Gironde

Au XVIIIe s., les améliorations de Borda, Teulère et Fresnel

Jean-Charles de Borda (1733-1799) , gravure fin XIXè s.
Jean-Charles de Borda (1733-1799), gravure fin XIXe s.

Jean-Charles de Borda (1733-1799) est né à Dax. Ingénieur célèbre, il place au sommet du phare de Cordouan une lanterne équipée de 12 réflecteurs en cuivre et d’une horloge pour la rotation. On l’inaugure le 27 aout 1790.

À l’usage, les réflecteurs s’avèrent trop lourds. Et les lampes, placées trop près des réflecteurs, n’éclairent qu’à environ 20 Km. Les marins se plaignent que les feux soient moins visibles qu’auparavant.

Joseph Teulère (1750-1824) © Wikipedia
Joseph Teulère (1750-1824) © Wikipedia

Joseph Teulère (1750-1824), architecte originaire de Montagnac-sur-Auvignon dans le Lot-et-Garonne et en poste à Bordeaux, étudie les plaintes. Il envoie une note au secrétaire d’État chargé de la Marine dans laquelle il démontre que les réflecteurs présentent des vices de fabrication et que le phare doit être rehaussé de 60 pieds (environ 20 mètres).

Il est alors chargé de surélever le phare et de réparer le mur d’enceinte du phare de Cordouan. Pendant les travaux qui durent de 1786 à 1789, il étudie l’action des vagues sur l’édifice. Il utilise le style Louis XVI pour les trois étages supérieurs qui contrastent avec le style Renaissance des trois étages inférieurs.

Augustin Fresnel (1788-1827)
Augustin Fresnel (1788-1827) © Wikipedia

De plus, Joseph Teulère met au point le premier feu tournant à réverbères paraboliques. Ainsi, l’ancien appareil est remplacé par 12 grands réflecteurs paraboliques montés sur une armature tournante installée dans une immense lanterne.

En 1823, Augustin Fresnel (1788-1827) installe à Cordouan une nouvelle lentille qui est toujours utilisée dans les phares : la lentille de Fresnel. Elle augmente considérablement la portée du phare.

L’aménagement du phare de Cordouan continue

Le phare de Cordouan aujourd'hui © Wikipedia
Le phare de Cordouan aujourd’hui, précédé de sa chaussée pavée © Wikipedia

Le phare de Cordouan demande un entretien régulier. Les gardiens logent au rez-de-chaussée. On l’électrifie en 1948 grâce à deux groupes électrogènes autonomes, reliés au continent par téléphone en 1982, puis automatisés en 2006.

Plus récemment, en 2005, on construit une protection en béton armé pour le protéger des assauts de la mer. Elle fait 70 mètres de long et 8 mètres de haut. En effet, le socle rocheux de Cordouan s’affaisse lentement et les eaux touchent désormais le pied du phare. Puis, il faudra entièrement restaurer le phare entre 2013 et 2022.

Quelques détails techniques

Le Phare de Cordouan -coupe © Wikipedia
Le Phare de Cordouan, en coupe © Wikipedia

Le phare de Cordouan mesure 68 mètres de haut pour un diamètre de 16 mètres à la base.

On y accède par une chaussée pavée qui donne sur la porte des marées. Un escalier de 18 marches permet d’atteindre la cour intérieure de forme circulaire. Depuis sa construction, deux citernes  recueillent l’eau de pluie pour alimenter le système d’eau courante intérieur.

Un portail monumental ouvre le rez-de-chaussée du phare et dévoile les 301 marches qui permettent d’accéder à la lanterne. Au premier étage, la chambre du roi, pavée de marbres gris et noirs, contient une cheminée. Toutefois, aucun roi n’y est jamais venu. Le second étage contient la chapelle surmontée d’une voute percée de huit baies ornées. Elle abrite un buste de Louis de Foix sous lequel est gravé un poème à sa gloire. La chapelle étant consacrée, on y célèbre chaque année des baptêmes et des mariages.

Phare de Cordouan, l'escalier © Wikimedia
Phare de Cordouan, l’escalier © Wikimedia

Le troisième étage est le premier niveau des travaux de Joseph Teulère. Depuis la salle des Girondins, pavée de marbres gris et noirs, on peut observer le haut de la tour et le grand escalier qui mène à la lanterne. Entre le cinquième et le sixième étage, la chambre des Veilles, au parquet de bois, contenait deux lits pour les gardiens.

En effet, deux gardiens assurent l’entretien du phare jusqu’en 2012. Depuis, c’est le Syndicat mixte pour le développement durable de l’estuaire de la Gironde (Smiddest) qui assure le gardiennage. En outre, deux gardiens se chargent de l’accueil des 24 000 visiteurs annuels.

Le poème à la gloire de Louis de Foix (auteur inconnu)

Signature de Louis de Foix au bas du contrat de reconstructionde la Tour de Cordouan du 2 mars 1584. Archives Départementales de la Gironde, Bordeaux
Signature de Louis de Foix au bas du contrat de reconstruction
de la Tour de Cordouan du 2 mars 1584.
Archives Départementales de la Gironde, Bordeaux

« Quand j’admire ravi cette œuvre en mon courage,
Moi de Foix, mon esprit est en étonnement.
Porte dans les pensées de ton entendement
Le gentil ingénieux de ce superbe ouvrage.
Là il discourt et luit et d’un muet langage,
Te va louant subtil en ce point mêmement.
Que tu brides les flots du grondeux élément,
Et du mutin Neptun la tempête et l’orage.
Ô trois et quatre fois bien heureux ton esprit
De ce qu’au front dressé ce phare il entreprit
Pour se perpétuer dans l’heureuse mémoire.
Tu t’es acquis par là un honneur infini,
Qui ne finira point que ce phare de gloire,
Le monde finissant, ne se rende fini. »

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée 1990.

Références

Une tour royale, ministère de la Culture
Site du phare de Cordouan




Frédéric Bastiat, un économiste libéral

Nul n’est prophète en son pays. Cet adage se vérifie encore pour Frédéric Bastiat (1801-1850), économiste libéral du XIXe siècle. Il est étudié à l’étranger mais il est presque inconnu chez nous.

Entre Chalosse et Bayonne

Frédéric Bastiat, portrait (1801-1850)
Frédéric Bastiat, portrait (1801-1850)

La famille Bastiat est originaire de Laurède, en Chalosse. Spécialisée dans le petit négoce, elle s’installe à Mugron, puis à Bayonne où nait Frédéric Bastiat le 30 juillet 1801. Malheureusement, sa mère, malade, meurt en 1808. Son père, ruiné, rentre à Mugron où il décède en 1810.

Frédéric Bastiat est alors recueilli par sa tante. Il étudie à Bayonne, au collège de Saint-Sever et à l’abbaye de Sorèze dans le Tarn. À 17 ans, il rentre à Bayonne pour travailler à la maison de commerce Monclar qui appartient à son oncle. Puis, il finit par s’installer à Mugron. Il en devient conseiller général et juge de paix en 1831.

Frédéric Bastiat se formera avec Le Censeur Européen (1817)
Le Censeur Européen (1817) de Charles Dunoyer et Charles Comte © Gallica

Durant ses études, il lit Le Censeur européen, dont les fondateurs, en 1814, sont Charles Dunoyer et Charles Comte. La revue est un organe d’opposition à la Restauration et prône une version radicale du libéralisme. C’est l’industrialisme qui fait reposer la société moderne sur la maitrise de la nature par l’homme au moyen de la science, de la technique et de la science sociale.

Cette lecture forme la pensée de Frédéric Bastiat. D’ailleurs, il écrit à Charles Dunoyer en 1846 : « Dans mon extrême jeunesse, Monsieur, un heureux hasard mit dans mes mains Le Censeur européen ; et je dois à cette circonstance la direction de mes études et de mon esprit. »

Il ne cesse de combattre le socialisme, le protectionnisme et le colonialisme. En revanche, il promeut le libre-échange et la liberté individuelle.

Bastiat, un économiste reconnu

Frédéric Bastiat fonde le journel Libre-échange
Libre-Échange créé par Frédéric Bastiat © Gallica

Frédéric Bastiat publie son premier article dans le Journal des économistes en 1844 : « De l’influence des tarifs français et anglais sur l’avenir des deux peuples ». C’est un succès ; on lui en demande d’autres. L’intégralité de ses articles est publiée dans Sophismes économiques dont le premier tome parait en 1845.

En 1844, il publie son premier ouvrage Cobden et la ligue qui reprend les discours de Richard Cobden devant la Ligue de Manchester qui prône le libre échange sans aucune régulation. Frédéric Bastiat monte à Paris pour se faire imprimer.

En 1846, il est élu membre correspondant de l’Institut de France. Il devient secrétaire de l’Association pour la liberté des échanges, fonde le journal Libre échange et devient le principal adversaire de la politique protectionniste.

L’homme engagé dans la Révolution de 1848

Frédéric Bastiat sera élu député en 1848 et 1849. "L'Assemblée en récréation". Caricature de Cham représentant l'Assemblée nationale constituante (4 mai 1848 - 26 avril 1849) © Wikipedia
« L’Assemblée en récréation ». Caricature de Cham représentant l’Assemblée nationale constituante (4 mai 1848 – 26 avril 1849) © Wikipedia

La Révolution de 1848 fait tomber la monarchie de Louis-Philippe. Frédéric Bastiat est élu député des Landes à l’Assemblée constituante. Il est réélu en 1849. Ne s’intéressant qu’aux questions économiques, il devient vice-président de la commission des finances.

Libre politiquement, il vote tantôt avec les uns, tantôt avec les autres pour faire passer ses idées. D’ailleurs, il s’en explique devant les électeurs landais dans sa profession de foi pour les élections de 1849 : « Oui, j’ai voté avec la droite contre la gauche, quand il s’est agi de résister au débordement des fausses idées populaires. Oui, j’ai voté avec la gauche contre la droite, quand les légitimes griefs de la classe pauvre et souffrante ont été méconnus. »

Bastiat, défenseur de la liberté individuelle

En 1850, à Mugron, Frédéric Bastiat écrit  La Loi. Il définit ce qu’est la loi, ce qu’elle doit être, son domaine d’application et ses limites.

Pour lui, la loi a pour but de défendre les droits individuels : « Ce n’est pas parce que les hommes ont édicté des Lois que la Personnalité, la Liberté et la Propriété existent. Au contraire, c’est parce que la Personnalité, la Liberté et la Propriété préexistent que les hommes font des Lois ». C’est donc « la force commune organisée pour faire obstacle à l’injustice. »

C’est pour cela qu’il critique ceux, philosophes ou politiques, qui veulent modeler l’humanité selon leurs vœux. Il vise le constructivisme (protectionnisme, socialisme, communisme). Il s’en prend à Bossuet, Fénelon, Montesquieu, Rousseau, Robespierre, Babeuf, Saint-Simon ou Proudhon.

Saint-Simon (1760-1825), Babeuf (1760-1797), Proudhon (1809-1865)
Trois « constructivistes » : Claude de Saint-Simon (1760-1825), Babeuf (1760-1797), Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865)

Pour Frédéric Bastiat, grâce à la loi, ils veulent transformer une matière inerte (le peuple) pour lui donner la forme qu’ils souhaitent. « Ils veulent être bergers, ils veulent que nous soyons troupeau. Cet arrangement présuppose en eux une supériorité de nature, dont nous avons bien le droit de demander la preuve préalable. »

En conclusion, il dit : « Il faut le dire : il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l’humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s’occuper d’elle. »

Bastiat, défenseur du libre-échange

Frédéric Bastiat pense que l’intervention de l’État dans l’économie n’est que l’expression d’une politique d’intérêts de groupes particuliers. Il dira même que « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. »

Caricature de Frédéric Bastiat épinglé par Barbe-rouge.Publiée dans Le Charivari.
Caricature de Frédéric Bastiat épinglé par Barbe-rouge. Publiée dans Le Charivari.

Il publie en 1845 une satire : Pétition des fabricants de chandelle. Les fabricants de chandelles déposent à la chambre des députés une pétition pour être protégés d’un concurrent étranger déloyal : le soleil. Ils demandent qu’on ferme toutes les fenêtres et les lucarnes pour empêcher la lumière du soleil d’entrer. Ce faisant, cela produirait une augmentation de la consommation des lampes et des chandelles et donc de toute l’économie.

Frédéric Bastiat pense que l’Etat doit seulement assurer la justice et la sécurité et laisser les individus interagir librement : « Veiller à la sécurité publique, administrer le domaine commun, percevoir les contributions, tel est, je crois, le cercle rationnel dans lequel doivent être circonscrites ou ramenées les attributions gouvernementales. »

Si l’État peut agir en prenant aux plus actifs pour subventionner des groupes d’intérêt, des associations corporatistes ou assister les inactifs, il pense que cela ne créera jamais de richesses pour la société, et même que cela en détruira probablement.

Bastiat et la sécurité sociale

Frédéric Bastiat est un fervent défenseur des caisses de secours mutuels. Il s’oppose à la nationalisation du système dans lequel il voit un danger pour le peuple.

Dans Harmonies Économiques de 1850, il écrit « Or, pour que cette surveillance ait lieu et porte ses fruits, il faut que les sociétés de secours soient libres, circonscrites, maitresses de leurs statuts comme de leurs fonds. » Pour lui, les cotisants se surveillent mutuellement pour la bonne utilisation des fonds de la caisse. C’est le principe de responsabilité.

Médaille e la Société de Secours Mutuels du Quartier des Archives à Paris (XIXè s.), © Musée Carnavalet
Médaille de la Société de Secours Mutuels du Quartier des Archives à Paris (XIXè s.), © Musée Carnavalet

Si le gouvernement intervient : « Il est aisé de deviner le rôle qu’il s’attribuera. Son premier soin sera de s’emparer de toutes ces caisses sous prétexte de les centraliser ; et pour colorer cette entreprise, il promettra de les grossir avec des ressources prises sur le contribuable […] Ensuite, sous prétexte d’unité, de solidarité (que sais-je ?), il s’avisera de fondre toutes les associations en une seule soumise à un règlement uniforme. »

…

Quand la caisse sera alimentée par l’impôt, « Il nommera des vérificateurs, des contrôleurs, des inspecteurs. On verra des formalités sans nombre s’interposer entre le besoin et le secours. »

Pour l’utilisation des fonds, « Les ouvriers ne verront plus dans la caisse commune une propriété qu’ils administrent, qu’ils alimentent et dont les limites bornent leurs droits. Peu à peu, ils s’accoutumeront à regarder le secours en cas de maladie ou de chômage, […] comme une dette de la Société. Ils n’admettront pas pour elle l’impossibilité de payer, et ne seront jamais contents des répartitions. L’État se verra contraint de demander sans cesse des subventions au budget. […].

Les abus iront toujours croissants et on en recalculera le redressement d’année en année, comme c’est l’usage jusqu’à ce que vienne le jour d’une explosion. Mais alors, on s’apercevra qu’on est réduit à compter avec une population qui ne sait plus agir par elle-même, qui attend tout d’un ministre ou d’un préfet, même la subsistance, et dont les idées sont perverties au point d’avoir perdu jusqu’à la notion du Droit, de la Propriété, de la Liberté et de la Justice. »

Influence et postérité de Frédéric Bastiat

Ronald Reagan et Margaret Thatcher en 1986, à Camp David. Ils se diront influencés par Frédéric Bastiat
Ronald Reagan et Margaret Thatcher en 1986, à Camp David.

Lors d’un tour de France du libéralisme, il contracte une maladie. Il meurt en 1850, à Rome, où il est allé se soigner.

L’influence de Frédéric Bastiat est plus importante à l’étranger qu’en France où il reste peu connu. Margaret Thatcher et Ronald Reagan le citent souvent. Ils disent de lui que c’est l’économiste qui les a le plus influencé.

Friedrich Von Hayek
Friedrich Von Hayek

Friedrich Hayek (1899-1992), économiste autrichien, cite régulièrement Frédéric Bastiat dans ses écrits.

Un prix annuel, le prix Bastiat, récompense chaque année un article de presse illustrant et défendant les libertés économiques et sociales. L’International Policy Network le décerne.

Si Frédéric Bastiat repose à Rome, Mugron lui a érigé une statue en 1878.

 

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée 1990.

Références

Les œuvres de Frédéric Bastiat
Sophismes écoécrits nomiques, Frédéric Bastiat,  1863.
Harmonies économiques, Frédéric Bastiat,  1870.
La Loi. Frédéric Bastiat, 1850




Les bateaux gascons

Jusqu’au début du XXe siècle, la navigation de pêche et la navigation fluviale est une activité économique importante qui nécessite la construction de bateaux adaptés à chaque situation. Maintenant qu’ils ont disparu, on s’y intéresse de nouveau.

Les bateaux sur la Garonne

Le port de Bordeaux est un débouché important pour les produits de l’arrière-pays. Venus du Lot, du Tarn, de la Dordogne et des rivières du bassin de la Garonne, des bateaux à fond plat descendent les rivières, à la rame ou à la voile. Puis, ils repartent, tirés par des bœufs sur les chemins de halage.

Bateau fluvial : coureau à Bergerac (Dordogne)
Coureau à Bergerac (Dordogne)

Le coureau est une sorte de gabarre à fond plat pour le transport des marchandises. Il dispose d’une voile sur un mat basculant pour passer sous les ponts. Il mesure 20 mètres de long et se gouverne par un long aviron situé à l’arrière.

Le coutrillon se manœuvre uniquement par halage. Il succède à la miolle, bateau de l’amont de la Garonne qui mesure 20 mètres de long et peut porter 20 tonnes de marchandises.

La filadière sert pour la pêche au filet dans l’estuaire de la Gironde. Elle mesure 7 mètres de long pour 2 de large, a un mât de 6 mètres avec une voile et un équipage de 3 hommes. En plus de la voile, on la manœuvre à l’aide d’avirons. Elle comporte trois espaces fermés : la teuge à l’avant pour garder les équipements de bord et les outils, l’esquipot pour ranger les provisions et la vaisselle, la boudaine à l’arrière pour ranger le filet de pêche.

La yole est aussi un bateau de pêche. Sur la Garonne, elle apparait vers 1914 à Lormont. Elle mesure 6 mètres de long et se manœuvre à l’aviron. On utilise la yole de commission en amont de Bordeaux. On la reconnait à la cabine de 6 mètres de long située au centre du bateau.

Où les voir ?

Le chantier naval Tramasset construction de bateaux fluviaux: en arrière-plan, la gabarre « Deux frères » ; elle servira à transporter des fûts de vin vers Bordeaux jusque dans les années 1920. © Jérémy Jeantet
Le chantier naval Tramasset, en arrière-plan, la gabarre « Deux frères » ; elle servira à transporter des fûts de vin vers Bordeaux jusque dans les années 1920. © Jérémy Jeantet

Six chantiers navals situés au Tourne et à Langoiran construisaient des bateaux pour le transport fluvial. Les chantiers Tramasset au Tourne (Gironde) sont les derniers à fermer en 1985. Toutefois, une association les reprend en 1997 ; elle perpétue leur savoir-faire pour la restauration des vielles embarcations et la construction de nouveaux bateaux. En 2008, les chantiers sont classés au titre des Monuments Historiques.

En plus des visites des chantiers, l’association organise chaque année, depuis 23 ans, un festival rencontre des bateaux en bois sur la Garonne.

Les bateaux de pêche en mer

Le bateau emblématique du bassin d’Arcachon est la pinassa (pinasse en français). On la rencontre pour la première fois dans des documents notariaux en 1553.

Plus tard, en 1727, François Le Masson du Parc, inspecteur général des pêches de poissons de mer, écrit : « les pinasses qui servent à faire la pesche dans la baye d’Arcasson sont faite de la forme d’une navette avec les bouts un peu relevés, une pinasse a vingt à vingt-deux pieds de longueur de l’estrave à l’étambot ».

Les bateaux de pêche en mer : la pinasse du Bassin d'Arcachon par Le Masson du Parc en 1727 © Wikipedia
Pinasse du Bassin d’Arcachon par Le Masson du Parc en 1727 © Wikipedia

….

En fait, la pinassa sert à toutes les pêches : poissons, crevettes, coquillages, « oiseaux marins ». Et notre inspecteur en distingue deux sortes. La petite mesure 6,50 mètres de long et n’a pas de gouvernail ; elle se manœuvre à la rame et emporte deux marins. La plus grande mesure plus de 7 mètres, est dotée d’un gouvernail, d’un mât et d’une voile ; elle emporte six hommes.

Malgré les interdictions, la pinassa sort régulièrement du bassin pour concurrencer les chaloupes, beaucoup plus grosses, qui pêchent en haute mer. Pour les distinguer, On appelle la pinassa du bassin  pinassòta (terme apparu en 1909).

De nouveaux usages

Lorsque le chemin de fer arrive à La Teste en 1841, les touristes affluent. Alors, la pinassa trouve une autre utilité : la promenade payante sur le bassin.

Ensuite, la première pinasse à moteur apparait en 1903 pour la pêche à la sardine. C’est un immense succès. D’ailleurs, les chantiers navals d’Arcachon, de la Teste et de Gujan-Mestras tournent à plein régime. Mieux encore, les Bretons adoptent la pinasse en 1926 ! La dernière a été retirée du service en 1990.

…

Pêche au filet sur pinasse
Pêche au filet sur une pinasse dans le bassin d’Arcachon

Avec la pinassa, on pêche au garolet, filet de 30 à 40 mètres au maillage étroit pour le poisson et la crevette, au palet sur les estèirs (chenaux) avec des filets rectangulaires tendus sur des piquets pour piéger le poisson à marée basse, à la jaguda avec le tramalh fixe, à la halha (pêche de nuit au flambeau).

Des associations réhabilitent ces bateaux traditionnels. À Gujan-Mestras, une association restaure et gère l’Estelle de la Mar. En 2013, La Sauvagine est construite et mise à l’eau au Vieux Boucau. En 2017, La Capbretonnaise est mise à l’eau à Capbreton. Et on organise de nouveau des régates de pinassas.

la Pinasse capbretonnaise
la Pinasse capbretonnaise

Les bateaux sur l’Adour

Les bateaux chalands de l'Adour - reconstitution au Musée de la Batellerie - Conflent Sainte-Honorine
Chalands de l’Adour – reconstitution d’un chantier au Musée de la Batellerie – Conflent Sainte-Honorine

De 2004 à 2006, on découvre 5 chalands dans le lit mineur de l’Adour, au Bec des gaves. C’est donc un bateau ancien. Il mesure de 4 à 8 mètres de long et est pointu aux deux extrémités.

La première mention d’un chaland remonte au XIIe siècle. Le Guide du pèlerin de Saint-Jacques évoque un bateau « fait d’un seul tronc d’arbre » à Sorde.

 

Pirogue de plus de 6m, trouvée en 1995 dans l'Adour à Sarragachies dans le Gers, taillée dans une seule pièce de bois
Pirogue de plus de 6m, trouvée en 1995 dans l’Adour à Sarragachies dans le Gers, taillée dans une seule pièce de bois. Ancêtre des chalands de l’Adour ?  © Daniel Schaad,  Christian Servelle

Dans le Livre des Etablissements de la ville de Bayonne, un texte de 1322 dit : « Es etablit per medisse guize que nulhs homs estrainh ui pruirat no fasse corau, ne galupe, ne galup, ni frisque… »  (Il est établi de la même façon qu’aucun homme étranger au prieuré ne fasse courau, ni galupe, ni galup, ni frisque… )

Le recensement de Colbert

Colbert - Album du Ponant (1679) le recensement des bateaux sur la côte atlantique
Colbert – Extrait de l’Album du Ponant (1679)

En 1679, Colbert, alors ministre de la Marine, fait établir l’inventaire des bateaux qui naviguent en mer et sur les fleuves dans Dessein des différentes manières de vaisseaux que l’on voit dans les havres, ports et rivières, depuis Nantes jusqu’à Bayonne qui servent au commerce des sujets de Sa Majesté, aussi appelé Album du Ponant. On y décrit une chaloupe qui fait le commerce entre Dax et Bayonne. Elle est munie d’un gouvernail d’étambot, d’une voile et d’une plateforme pour les marchandises à l’avant.

Naviguer sur l’Adour

La navigation sur l’Adour est le poumon économique de la Gascogne. Les bateaux transportent du bois des Pyrénées et des Landes, de la résine, du goudron, des céréales, des eaux de vie d’Armagnac, des pierres de taille.

Les grands bateaux de transport fluviaux : Plan d'une grande galupe de 24 m, d'après les informations de M. Haristoy, constructeur à Urt © Centre Culturel du Pays d'Orthe
Plan d’une grande galupe de 24 m, d’après les informations de M. Haristoy, constructeur à Urt © Centre Culturel du Pays d’Orthe

La galupa à fond plat mesure de 10 à 25 mètres de long et 4 ou 5 mètres de large. Elle peut transporter jusqu’à 70 tonnes de marchandises. Elle est munie d’un aviron de queue servant de gouvernail et de l’escapushòta, abri habitable sous le pont. Les chantiers navals sont à Urt et à Urcuit.

Coralin au port d'Urt © Wikipedia
Coralin au port d’Urt (64) © Wikipedia

On construit les coralins plus petits sont construits à Peyrehorade, Hastingues et Port de Lanne. Les galupèrs qui mènent les galupas sont appelés les pana jambons (voleurs de jambons), car ils avaient l’habitude de compléter leur salaire en prélevant un talhuc (morceau) sur les jambons. Et ils comblaient le trou avec de la terre !

Le trajet de Mont de Marsan à Bayonne dure trois jours. Puis, le retour s’effectue, tirée par des bœufs sur le chemin de halage.

…

Maquette de tilhole (Musée de la Batellerie de conflans-Sainte-Honorine) © projetbabel.org
Maquette de tilhole (Musée de la Batellerie de conflans-Sainte-Honorine) © projetbabel.org

La tilhòla, plus petite, ne mesure que 5 mètres de long. Elle possède un mât central et une voile carrée. C’est aussi un bateau de pêche pour le creac (esturgeon), le colac (alose) et le saumon. Son souvenir est resté dans la chanson « Lo tilholèr ».

Los Tilholièrs chantée par le groupe Arraya

Les paroles de la chanson

 

 

Le chalibardon ressemble à la galupa mais est couvert d’une toile.

Le corau est un bac qui peut mesurer jusqu’à 14 mètres de long et 3 de large. Il peut faire traverser l’Adour à une soixantaine de personnes ou 12 chevaux, bœufs ou vaches. Il fait aussi traverser des attelages et, plus tard, des tracteurs. Le coralin est plus petit pour traverser des rivières. À Port de Lanne, il est resté en service jusqu’en 1930.

Un projet de galupa

Galupe de l'Adour © https://saubusse.fr/
Galupa Bayoune © https://saubusse.fr/

À Saubusse (Landes), la commune soutient un projet de rénovation d’une galupa baptisée « Bayoune », retrouvée en 2018 à Guiche, au bord de la Bidosa. Le projet est de la faire naviguer de nouveau entre Saubusse et Bayonne.

 

 

 

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)

Références

Wikipédia.
Typologie des embarcations de Dordogne, Esprit de pays.
Batellerie sur l’Adour, Centre culturel du pays d’Orthe.
Une pirogue monoxyle découverte dans l’Adour, Daniel Schaad,  Christian Servelle
Musée de la batellerie de Conflens sainte-Honorine.
Les chantiers Tramasset.




Des livres pour un été capricieux

2024 nous propose un été en dents de scie : chaleur, froid (relatif), pluie, grêle… Pas question de nous laisser impressionner ! Quelques coins de Gascogne et quelques livres pourraient nous divertir.

Les livres touristiques

74% des Français partent en vacances et les trois quarts choisissent la France. Et pourquoi pas la Gascogne ? Mais, au fait, comment parle-t-on de la Gascogne ?

France voyages vante le cirque de Gavarnie, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, Cauterets et ses cascades, la vue du pic du Midi, la réserve du Néouvielle, le patrimoine d’Auch, les thermes de Dax, l’ambiance de Lourdes, l’océan de Capbreton et de Hossegor, le village fortifié de Larressingle, Mont-de-Marsan et ses rivières, la collégiale de La Romieu…

Le Guide du Routard nous parle des Portes de Gascogne : Fleurance, Lectoure, L’Isle-Jourdain, La Romieu…

Aux Edicions Reclams, nous pensons qu’un pays est plus que ses monuments ou ses lieux de vacances. Alors, nous avons lancé une collection de guides touristiques, nommés Passejadas (promenades, balades, excursions, déambulations…). Nous avons souhaité des guides vivants, dynamiques, qui aiguisent la curiosité du lecteur et qui ouvrent des portes sur les peuples, leurs croyances, leur histoire, leur culture.

Deux guides sont déjà publiés, le troisième, sur l’Astarac, est en cours de préparation.

Luchon

Des livres pour un été capricieux : Luishon, Bagnères-de-Luchon Des thermes déjà appréciés des Romains, vous les associez à la ville de Luchon et vous avez raison. En y allant, peut-être, passerez-vous par la Pale Barrade et rencontrerez-vous Erriape, le dieu de la montagne ? Ou peut-être ferez-vous era passejada deths nòvis (la promenade des fiancés) ? Ou bien, en vous promenant, découvrirez-vous le « laboratoire » d’Henri Gaussen, l’homme qui plantait des arbres ?

Livre en français.

Luishon, Bagnères-de-Luchon, collectif, 84 p., 9,50 €

 

Lescar

Capitale historique du Béarn à qui elle donne son nom ancien, Beneharnum, Lescar est une cité épiscopale. Elle est même la nécropole des derniers rois de Navarre : François, Jean, Catherine…

Et connaissez-vous la légende de Lop Fòrt ou le catalogue des plantes de Jean Prévost ? Savez-vous pourquoi en Australie, on trouve le cap Saint-Cricq ? Ou, plus utile, savez-vous comment vous protéger des sorcières qui sont de sortie pour la Saint-Jean ?

Livre en français.

Lescar, capitale historique du Béarn, Maurice Romieu, 90 p., 9,50 €

Les livres pour les enfants

Parce que le gascon c’est notre langue, les Edicions Reclams proposent des livres pour les jeunes :

Livres pour les enfants : L'ors e las sasons d'Eva CassagnetL’ors e las sasons

L’ours est un animal quasi familier pour les Gascons, un cousin pourrions-nous dire. Une proximité à cultiver. Aussi, Eva Cassagnet nous a concocté et illustré une belle histoire en gascon pour les 3-7 ans où l’ours a bien du travail : préparer les saisons !

La neit que serà longa, hèra longa, la mes longa de l’annada.
La nuit sera longue, très longue, la plus longue de l’année.
(extrait)

L’ors e las sasons, Eva Cassagnet, 45 p., 12 €

Livres pour les enfants : Pepper & Carrot de David RevoyPepper& Carrot

L’été, une bonne BD devrait détendre les 7-14 ans. Que diriez-vous des aventures d’une sorcière, Pepper, et de son chat, Carrot ? Peu de texte (en gascon ou en languedocien).

Pepper&Carrot, David Revoy, 58 p., 11 €, gascon
Pepper&Carrot, David Revoy, 58 p., 11 €, languedocien

La détente des adultes

Pas de raison d’oublier les adultes qui ont bien droit à se détendre. Les Edicions Reclams vous proposent deux livres à dévorer cet été.

Un recueil de nouvelles pour l'été : EuropaEuròpa, novèlas e racontes

Place à l’imagination avec le recueil de nouvelles Euròpa, novèlas e racontes. Douze auteurs et autrices ont écrit chacun une nouvelle. Une façon de voyager en Europe à travers des histoires courtes de tout genre. Par exemple, Serge Javaloyès vous confie une recette : la recèpta d’Itxaro. Mais la vision serait bancale si des Européens ne nous parlaient pas de leur vision de la Gascogne. C’est chose faite avec quatre récits de voyage qui dévoilent des aspects de notre pays.
Le tout en gascon.

Euròpa, novèlas e racontes, collectif, 222 p., 19 €

Un roman policier pour l'été : Auròst enta ua escortAuròst entà ua escort

Oraison pour une escort. Un roman policier en gascon par un auteur, Eric Gonzalès, qui maitrise le genre, c’est une bonne journée garantie ! Les connaisseurs reconnaitront le commandant Heugars, ce policier marginal, rebelle et perspicace que l’enquête amène dans les milieux crapuleux de Pau.

Auròst entà ua escort, Eric Gonzales, 174 p., 14 €

Le plein d’énergie !

Un autre recueil de nouvelles pour l'été : E viverE víver

Fabienne Vayrette nous fait rencontrer, à travers ses quinze nouvelles en gascon, des personnes comme vous et moi, que vous avez peut-être déjà rencontrées. C’est une employée d’ici, un brin rêveuse, une passionnée des réseaux sociaux… Et elles ont un point commun : elles veulent vivre, envers et contre tout !

E víver, Fabienne Vayrette, 128 p., 15 €

Des articles de réflexion sur un sujet d'actualité : EnergiaL’ABC del Saber: Energia

L’ABC del Saber, c’est un mook (un magazine-livre) qui vous informe en occitan – dans toutes ses variantes – sur les questions actuelles. Le premier numéro parlait de la guerre, celui-ci parle de l’énergie. Où en sont les différents continents ? Quels sont les enjeux pour l’Afrique où 60% de la population n’a pas accès à l’électricité ? Quelles sont les grandes solutions d’hier et d’aujourd’hui ? Les espoirs pour demain ? Et l’énergie chez l’homme ?

L’ABC del Saber: energia, collectif, direction Jaume Jaussaud, 180 p., 19 €

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe réformée

Références

Site Reclams




Les feux de la Saint-Jean

Le 24 juin, c’est la fête de la Saint-Jean. Pour marquer le solstice d’été, partout en Gascogne, on allume les feux de la Saint-Jean. En gascon, on les appelle Halhada, Hahòla, Halhar, Brandon.

L’origine des feux de la Saint-Jean

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La fête du solstice d’été est célébrée par des feux dans les cultes païens. Fête de la fertilité et de l’abondance, elle célèbre la lumière de l’été et est destinée à la bénédiction des moissons. Elle s’accompagne de rituels tels que sauter par-dessus le feu pour développer sa force ou avoir des enfants, conserver les cendres du feu pour protéger le bétail et les maisons de la foudre et des maladies, répandre les cendres du feu dans les champs pour les fertiliser.

Au début du VIe siècle, l’Eglise récupère cette fête pour en faire celle de Saint Jean Baptiste qui devient très populaire.

Le rituel des feux de la Saint-Jean

En Gascogne, la fête de la Saint-Jean est organisée selon un rituel précis. Au son des cloches de l’église, le curé emmène une procession jusqu’au bucher qu’il bénit. Les consuls y mettent le feu et lorsque le bucher est consumé, le curé rentre dans l’église. C’est alors le début d’une fête populaire où l’on chante et danse autour du feu.

Le privilège d’allumer les feux de la Saint-Jean est l’apanage des consuls et des personnalités en vue. À Tarbes, c’est le privilège du juge mage, du curé de la paroisse Saint Jean et d’un consul. Et lorsque le premier consul de Tarbes refuse un flambeau neuf au curé de la paroisse de Saint-Jean pour allumer le feu, un procès est intenté en 1659. Devant les frais de procès, on transige ; finalement, la demande du curé est acceptée. Les frais des feux de la Saint-Jean sont payés par les communautés. Une collation est servie. Pour faire des économies, on vend les restes de bois non consumés.

Danses autour du feu en pays gardois
Danses autour du feu de Saint-Jean © Pinterest

Dans les villages, ce sont les mariés de l’année qui doivent fournir le bois. Ailleurs, ce sont les quatre derniers mariés de l’année. Ceux qui s’y soustraient payent une amende.

Les croyances populaires 

Les feux de la Saint Jean s’accompagnent de croyances populaires. Certaines fontaines dédiées à saint Jean ont la réputation de guérir. Le matin de la Saint Jean, elles reçoivent les malades qui viennent s’y baigner pour soigner un goitre, des verrues, des rhumatismes ou des maladies ophtalmologiques……

La Fontaine Saint-Jean Baptiste d’Ousse-Suzan (40)
La Fontaine Saint-Jean Baptiste d’Ousse-Suzan (40) © www.fontainesdefrance.info/fontaines

Un linge qui a reçu la rosée du matin de la Saint Jean sert à frictionner les parties du corps malade. Une promenade dans la rosée du matin, avant le lever du soleil, protège contre toutes les maladies.

Parfois, on jette dans les feux de la Saint-Jean quelques grenouilles et crapauds pour conjurer le mauvais sort ! On saute par-dessus le feu, ce qui est un gage de bonne santé pour toute l’année, et peut-être la promesse de se marier. Une fille qui a vu deux feux de la Saint Jean la même soirée, est sûre de trouver un mari dans l’année !

On ramasse des tisons du bucher pour allumer lo huèc nau, le premier feu dans la maison. On en conserve aussi quelques-uns pour les jeter dans le feu pendant les orages, car ils sont censés protéger la maison.

Les herbes de la Saint-Jean

Croix de fleurs de la Saint Jean à Lescar (64)
Croix de fleurs de la Saint Jean à Lescar (64) © Ass. Esquireta

La veille de la fête de la Saint-Jean, on ramasse des fleurs pour confectionner des croix, des couronnes ou des bouquets que l’on fait bénir le jour de la Saint Jean. Placés dans les maisons et dans les étables, ils protègent des maladies ou des maléfices. L’abbé Dambielle nous dit que « La croix de la Saint-Jean, tressée avec des herbes spéciales, placée sur la porte d’entrée, préserve radicalement des sorciers ».

 

Couronne de fleurs de la Saint Jean à Lescar (64)
Couronne de fleurs de la Saint Jean à Lescar (64) © Ass. Esquireta

C’est le moment de ramasser des feuilles de noyer, des feuilles de frêne, des bourgeons de millepertuis et d’autres plantes pour confectionner des décoctions ou des onguents qui servent à soigner les plaies ou les contusions.

Les herbes de la Saint-Jean se ramassent dans les champs. Les plus communes sont l’achillée millefeuille/holhòu, l’armoise/artemisa dont un proverbe dit : que vau miélher estar shens camisa que shens artemisa, le fenouil/ièrba de la Senta Vièrja, le millepertuis/ièrba deu Bon Diu, l’orpin/ièrba de Maria, la menthe/mandrás, le plantain/ièrba de cinc còstas ou aurelha de can, le lierre terrestre/coreja de la Sent Joan, le chèvrefeuille/bigaudèra…

La Saint-Jean, une fête populaire

Brandon prêt pour la Saint-Jean © Ostau Comenges
Brandon prêt pour la Saint-Jean © Ostau Comenges

Les feux de la Saint-Jean sont une fête populaire. Sauf dans quelques communes, la fête s’est estompée dans les années 1960 à 1970.

Elle connait un net regain de popularité et a perdu son caractère religieux pour ne conserver que l’aspect festif du chant, de la danse autour du feu et du repas qui l’accompagne, renouant ainsi avec la tradition païenne de la fête du solstice d’été.

 

 

Le feu inspire les poètes

En 1926, Francis Jammes écrit Feu de la Saint-Jean qui se déroule à Tournay sa ville natale :

Je ne sais pas pourquoi, dans ce temps-là, je mêle
Les fruits ailés d’érable à la procession
Qu’on fait à la Saint-Jean autour de ces tisons
Qui, morts, prennent le bleu si noir des hirondelles.

Sans doute sur l’Arros, torrent, je vois un pont
Construit avec du crépuscule et des décombres
Où s’en vont sagement, en chantant, quelques ombres
Qu’allongent des manteaux avec des capuchons.

Françis Jammes, poète des Pyrénées chante Pau
Françis Jammes, poète des Pyrénées  Wikipedia

Il me semble qu’on se dirige vers la gare
Où cinquante ans n’ont pas fané les catalpas
Qui, dans la cour, vieux Indiens, parlent tout bas
De leur pays natal en fumant leurs cigares.

Voici l’arbre-bûcher. Monsieur Pédebidou
Y met le feu, dressant des favoris insignes,
Emules d’animaux aussi bien que de cygnes.
Et le brasier craquant étoile le feu doux.

Le prêtre sur le bois a jeté l’eau bénite.
On a vu, des coteaux, des flammes s’élever ;
Les gens à l’unisson ont repris les avés
Et repassé l’Arros plein de cerceaux de truites.

Des hommes, attelés aux restes calcinés,
Les traînent sur le sol jusques à leurs demeures.
Qu’enfant redevenu, quand sonnera mon heure,
Je baise votre cendre, ô lieux où je suis né !

Urau, Saint-Jean 1914, carte postale ancienneUrau (Haute-Garonne), Saint-Jean 1914, carte postale ancienne

Serge Clos-Verssaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Les fêtes du solstice d’été en ARAN et en Comminges, Bernat Menetrier
La fête de la Saint-Jean, Wikipédia
La Saint-Jean : Symboles et rituels païens de la fête du Solstice d’été
Les fêtes du feu du solstice d’été dans les Pyrénées
Revue de Gascogne, Revue de la Société de Borda, Revue historique du Comminges, …..