Les colères de la Garonne, ce long fleuve tranquille

La Garonne, Era Garona, fleuve mystérieux, à la source longtemps inconnue, et dont les crues sont aussi bouillonnantes que les Gascons qui vivent sur ses rives !

Moi mon Océan
C’est une Garonne
Qui s’écoule comme
Un tapis roulant

Les paroles de la chanson de Claude Nougaro (1929-2004) s’appliquent bien à l’amour des Gascons pour ce fleuve tranquille qui connait parfois des accès de colère.

La Garonne est un fleuve gascon

La Garonne à Bosost (Val d'Aran)
La Garonne à Bosost (Val d’Aran)

Longue de 647 km, la Garonne prend sa source au val d’Aran, s’étire à travers la Haute-Garonne, le Tarn-et-Garonne et le Lot-et-Garonne, avant de se mélanger avec la Dordogne au Bec d’Ambès pour devenir la Gironde et se jeter dans l’Océan.

Elle traverse des plaines et des coteaux fertiles riches en fruits et légumes qu’elle nourrit de ses alluvions déposées par ses crues régulières.

La Garonne et l’Hôpital de la Grave à Toulouse

La Garonne a un régime torrentiel jusqu’à Toulouse qui s’atténue après l’embouchure du Tarn. En hiver, les crues sont provoquées par des pluies intenses sur tout le bassin. Au printemps, ce sont les pluies et la fonte des neiges. En automne, ce sont les orages sur la Gascogne.

le Pont de Pierre à Bordeaux
La Garonne et le Pont de Pierre à Bordeaux

 

Les crues de la Garonne

Inondations et crues de la Garonne (doc. SMEAG)
Caractéristiques des crues de la Garonne (doc. SMEAG)

Les crues de la Garonne sont régulières et parfois dévastatrices. Après la crue de 1196, le duc d’Aquitaine Henri II Plantagenêt (1133-1189) fait construire des digues de protection et exempte de tous droits ceux qui s’y emploient.

En 1777, la Garonne est en crue dans le Bordelais. Le curé de Bourdelle raconte : « Soit pour mémoire que le dix sept May de cette présente année que la Rivière de Garonne étant débordée pendant trois diverses fois a noyé et perdu totalement la Récolte de la parroisse de Bourdelles qui obligea les habitants a faucher les Bleds foins, et qu’il ne ramasser que quatre boisseaux moins deux picotins froment, neuf de Bled d’Espagne, et du tout de vin. »

D’autres crues importantes ont lieu en juin 1875, en mars 1930, en février 1952 et en décembre 1981.

Agen, la ville aux 150 inondations

En 580, l’historien Grégoire de Tours (538 ?-594) enregistre une inondation. Depuis, c’est 150 inondations qui ont été répertoriées ! Un record en France.

Inondation / crue de 1930 à Agen – Prison et rue de Strasbourg
Agen – Inondation de 1930 – Prison et rue de Strasbourg

En 1599, la crue centennale renverse une partie des murs d’Agen du côté l’église Sainte Hilaire. En 1604, une nouvelle crue centennale détruit quatre ponts, les murailles et de nombreuses maisons dans les quartiers exposés de Saint Georges et Saint Antoine.

Lo gran aigat lors des Rameaux de 1770 trouve son apogée après neuf jours de pluies et de vents. Les eaux de la Garonne grossissent et deviennent boueuses. Pendant trois jours, le fleuve déborde et ravage Toulouse, Moissac, Agen, Marmande. À Agen, l’aigat renverse le mur d’enceinte entre les portes Saint Antoine et Saint Georges. Les religieux et divers habitants arrivent à évacuer. Les flots charrient des arbres, des barriques, des charrettes, des animaux et des hommes surpris dans leurs maisons par la montée des eaux. Des radeaux sont construits à la hâte pour leur apporter des vivres et leur porter secours. Les dégâts s’élèvent à 20 millions de livres.

La grande crue de la Garonne de 1875

Toulouse - inondation / crue de la Garonne de 1875
Toulouse – Inondations de la Garonne de 1875  : Rue des Arcs St Cyprien / Pont Suspendu Saint-Michel / Jardin Raymond VI

La grande crue de la Garonne des 22, 23 et 24 juin 1875 reste dans toutes les mémoires comme l’une des plus dramatiques. C’est à Toulouse que les dégâts sont les plus importants.

La hauteur d’eau atteint 8,32 mètres au Pont Neuf. Le débit relevé est supérieur de 36 fois à la normale. Vers 1 heure de l’après-midi du 23 juin, le pont Saint-Pierre s’écroule. Vers 6 heures du soir, c’est celui de Saint-Michel.

Dans la nuit du 23 au 24 juin, la Garonne franchit le cours Dillon et submerge le quartier Saint-Cyprien. L’eau arrive au 1er étage des maisons qui commencent à s’écrouler, emportant avec elles ceux qui s’étaient réfugiés sur les toits.

Le niveau de la Garonne baisse pendant la nuit et les secours s’organisent. Les dons affluent. Les curieux aussi. Le conseil municipal vote en urgence un secours de 400 000 Francs.

On dénombre 209 morts qui sont enterrés au carré des noyés au cimetière de Terre-Cabade. La moitié des maisons sont emportées. Les autres abîmées doivent être détruites à la dynamite.

Que d’eau, que d’eau !

Le Maréchal de Mac Mahon visite Toulouse pour voir les déga^ts causés par les inondations de la Garonne (1875)
Patrice de Mac Mahon: « Que d’eau, que d’eau ! »

Le 26 juin, le Maréchal de Mac Mahon se rend à Toulouse pour voir les dégâts. Ne sachant que dire, il s’écrie « Que d’eau, que d’eau ! ». Le préfet lui répond : « Et encore, Monsieur le Président, vous n’en voyez que le dessus ! ».

La solidarité s’organise. Le conseil municipal vote un secours de 100 000 Francs. L’Assemblée Nationale vote un crédit de 2 Millions de Francs. Des dons affluent de partout. Même le Pape Pie X fait un don. Le journal La Dépêche ouvre une souscription dans ses bureaux.

Le quartier Saint-Cyprien est reconstruit après d’importants travaux de protection. Oui, l’inondation de 1875 reste encore dans toutes les mémoires…

Bordeaux à son tour noyée par la Garonne en 1883

Les inondations / crues de Bordeaux de février 1879
Les inondations de Bordeaux de février 1879

Les crues qui touchent la moyenne et la haute Garonne sont mieux connues que celles qui touchent Bordeaux. Les archives sont plus rares et la marée joue un rôle de vidange des crues qui occasionnent moins de dégâts à Bordeaux.

Pourtant, le 5 juin 1883, l’orage gronde sur Bordeaux. Des averses s’abattent sur Langon et la Réole en fin de matinée. En début d’après-midi, c’est le tour de Bordeaux et de Talence. Il tombe 64 mm d’eau en 1 heure 30.

Inondation de la Garonne à Langon en 1952
Les inondations de la Garonne à Langon en 1952

La rue Sainte-Catherine et les rues avoisinantes deviennent des torrents. Des rigoles de 20 cm se creusent sur les places Dauphine (place Gambetta aujourd’hui), du palais de justice et de Rohan. Les caves sont inondées dans l’enceinte du marché des Grands hommes.

Les rues sont dépavées, des verrières brisées et des bâtiments endommagés. Sur la route de Bayonne, entre le passage Cellier et l’impasse Conti, les plafonds et les cloisons intérieures de plusieurs maisons s’effondrent. Des toitures s’écroulent et des murs menacent de tomber.

La Garonne, sujet d’inspiration artistique ?

André Chénier (1762-1794)
André Chénier (1762-1794)

La Garonne est, finalement, assez peu chantée. André Chénier (1762-1794) cite L’indomptable Garonne aux vagues insensées, dans son poème À la France. Le poète suisse Jacques Herman (1948- ) écrira un poème entier La Garonne qui finit par ces vers :

On est encore loin
D’entendre retentir le nom
Du fleuve comme un cri
La Garonne
La Garonne
Quand elle aura quitté son lit

 

Le chansonnier limougeaud Gustave NADAUD (1820-1893) écrit une chanson Si la Garonne avait voulu qui termine ainsi :

Gustave NADAUD (1820-1893)
Gustave Nadaud (1820-1893)

Si la Garonne avait voulu,
Lanturlu !
Humilier les autres fleuves.
Seulement, pour faire ses preuves,
Elle arrondit son petit lot :
Ayant pris le Tarn et le Lot,
Elle confisqua la Dordogne.
La Garonne n’a pas voulu,
Lanturlu !
Quitter le pays de Gascogne.

Finalement, la Garonne est peut-être plus présente dans sa première partie, en Val d’Aran et Comminges. Ainsi, la poétesse saint-gaudinoise, Paulette Sarradet (1922-2015) écrit le poème « La Garonne » dans son recueil Dans le jardin des rimes.

Mossen Jusèp Condò i Sambeat (1867-1919)
Mossen Jusèp Condò i Sambeat (1867-1919)

Mossen Jusèp Condò i Sambeat (1867-1919) sera primé aux Jòcs Floraus dera Escòla des Pirenèus pour sa Cançon ara Garona. Longue chanson en aranais car dès 1912, Bernard Sarrieu l’amènera à écrire dans sa langue.

E tot en un còp me torni
fresca, fòrta e arroganta;

Un fleuve apaisé

Philippe Delerm
Philippe Delerm

Philippe Delerm (1950- ), originaire du Tarn-et-Garonne, consacre tout un livre, À Garonne. Il raconte ce fleuve dont la couleur des eaux a changé par les travaux qui ont forcé son apaisement, quand on a traîtreusement jugulé la vie de l’eau. Il se souvient d’aller à Garonne, c’est-à-dire Pas sur la rive, mais dans tout le royaume voué au fleuve.

Références

L’étymologie de la Garonne J-U Hubschmied, A. Dauzat, 1955
Agen la ville la plus inondée de France, 2015
La grande inondation de 1875,
E. Bresson. Fascicule vendu au profit des sinistrés.
Crue de la Garonne en 1875
La photo de tête est tirée d’une série de photos de Thierry Breton parue dans un article de Sud-Ouest du 12 décembre 2019 et intitulé « Lot-et-Garonne : la crue et les inondations vues du ciel »




Quand le gascon influençait la langue française

Per ma fé, le français, comme toute langue vivante, évolue au contact des autres. Au XVIe siècle, les Gascons sont nombreux à la cour, dans l’armée et dans la littérature. Ils vont influencer rapidement la langue de Paris.

Le temps où régnèrent les Gascons

Maxime Lanusse - De l'influence du gascon sur la langue française (1893)
Maxime Lanusse – De l’influence du gascon sur la langue française (1893)

Le professeur grenoblois, Maxime Lanusse (1853-1930), plante sa thèse, De l’influence du dialecte gascon sur la langue française de la fin du XVe siècle à la seconde moitié du XVIIe siècle, dans l’avant-propos : Au XVIe siècle, notre langue, encore en voie de formation, sans contours arrêtés, sans règles bien fixes, se pliait aisément aux goûts et aux humeurs particulières de chaque écrivain ; de sévères grammairiens ne l’ayant pas encore enfermée dans les mailles innombrables d’une syntaxe des plus compliquées, elle subissait, docilement, toutes sortes d’influences. Parmi ces influences, les unes venaient du dehors, de l’Italie surtout et de l’Espagne ; les autres nées sur notre sol même, étaient dues à la vie si puissante alors des parlers provinciaux. (…) Or de tous les parlers provinciaux celui qui a le plus marqué son empreinte au XVIe siècle sur la langue française, c’est sans contredit le gascon.

Pierre de Bourdeilles, dit Brantôme, admirateur de la bravoure des gascons
Pierre de Bourdeilles, dit Brantôme

Pierre de Bourdeilles dit Brantôme (1537-1614) précise que les Gascons étaient honorés pour leur bravoure, aussi copiait-on leur accent, leur empruntait-on des mots et des tournures, jetant même des Cap de Diu. Un Malherbe ou un Pasquier luttèrent pour « dégasconner » la langue. Un jour, M. de Bellegarde demande au grand grammairien s’il faut dire despendu ou despensé. Malherbe répondit que despensé est plus françois, mais que pendu, dépendu, rependu, et tous les composés de ce vilain mot qui lui vinrent à la bouche, étaient plus propres pour les Gascons.

Le gascon ou les langues du midi ?

Girart de Roussillon le conte qui rime en gascon
Mariage de Girart de Roussillon dans un manuscrit du xve siècle attribué au Maître du Girart de Roussillon

À y regarder de plus près, on appelle gascon à cette époque bien plus que les parlers de la Gascogne. La chanson Girard de Roussillon est inventorié au Louvre comme Girard le conte rimé en gascoing. On trouvait à la belle et spirituelle Madame de Cavoye un accent et des mots du pays qui lui donnent plus de grâce. Elle était d’origine languedocienne.

Il n’empêche que l’influence des Gascons de Gascogne sera très importante. En effet, ils vont influencer directement le français, favoriser l’utilisation des mots italiens ou espagnols dans le français, ré-introduire des vieux mots français.

La plus grosse modification porte sur la prononciation

Le thésard nous apporte une information importante. La plus grande influence du gascon sur le français, c’est l’accent qui modifiera par ricochet l’orthographe. Il faut dire qu’à cette époque, on baigne dans le multilinguisme. Si le français joue le rôle de communication inter-communautés, comme l’anglais « globish » d’aujourd’hui, chacun le parle plus ou moins bien en conservant souvent son accent local. La capacité à absorber des idiotismes est grande et ne heurte que quelques puristes comme Malherbe.

Des exemples

Jean Racine (1639-1699)
Ah ! Madame, régnez et montez sur le Trône;
Ce haut rang n’appartient qu’à l’illustre Antigone

Les exemples sont nombreux. L’un d’entre eux, rapporte Lanusse, est l’utilisation de voyelles brèves là où les Français les disaient longues. Ainsi les Gascons disaient patte [pat] au lieu de paste [pa:t], battir au lieu de bastir… et les poètes gascons comme du Bartas en tiraient des rimes inacceptables et reprochées. Pourtant,  cette modification restera et le grand Racine, un siècle plus tard, fait rimer Antigone avec trône !

Une autre modification importante est liée à la confusion des Gascons des sons é fermé et è ouvert et à l’absence du son e. Montluc écrivait le procés et non le procès. Les Gascons disaient déhors ou désir à la place de dehors ou desir. Ou encore il décachette au lieu de il décachte. Corneille, Choisy, Dangeau, Perrault et Charpentier, dans un bureau de l’Académie, se demandaient s’il fallait dire et écrire Les pigeons se becquetent ou Les pigeons se becquètent. Et de répondre : pas se becquètent, c’est une manière de parler gasconne.

Un dernier exemple est le mot pié-à-terre où pié a ajouté un d au XVIe siècle (pied-à-terre) pour mieux exprimer la prononciation nouvelle apportée par nos Gascons : pié-tà-terre. Une horreur combattue par Malherbe !

Les membres de l'Académie Française (dont certains pourfendent le gascon) venant offrir le Dictionnaire au Roi Louis XIV en 1694 (1 sur 1)
Les membres de l’Académie Française venant offrir le Dictionnaire au Roi Louis XIV en 1694

Des mots gascons

Michel de Montaigne fera de nombreux emprunts au gascon
Michel de Montaigne (1533-1592)

Bien sûr les auteurs gascons vont mettre des gasconnismes dans leurs textes. Certains de ces mots gascons vont faire chemin, d’autres resteront la langue d’un auteur. Le célèbre Montaigne écrira appiler (tasser), arenvoyer, bandoulier, bavasser (augmentatif de bavarder), boutade, breveter, cadet, désengager, revirade ou une estrette (attaque).

Côté syntaxe, Montaigne conserve des formes gasconnes : Toute cette notre suffisance ; elles nous peuvent estimer bêtes, comme nous les en estimons ; La santé que j’ai joui ; Pardonne-le ; J’écoute à mes rêveries ; etc.

Enfin, ils réintroduiront – involontairement – des mots de vieux français. Par exemple Montaigne utilise le mot rencontre au masculin ; un encontre en gascon, un rencontre en languedocien mais aussi un rencontre en français à l’époque de Froissart !

Les Gascons favorisent l’adoption de mots étrangers

Clément Marot (1496-1544)
Clément Marot (1496-1544) et les règles d’accord du participe passé empruntées à l’italien

Durant les guerres d’Italie, toute la première moitié du XVIe siècle, les Gascons, très présents dans l’armée, sont à l’aise parce que leur parler est proche. Les lettrés gascons absorbent sans difficulté l’italien et colportent des mots nouveaux. À côté d’eschappée, mot français, on trouvera escapade venant de scappata en italien (escapada en gascon). Le linguiste Claude Hagège dénombre dans les 2000 mots qui entreront ainsi dans la langue française.

Le poète Clément Marot (1496-1544), né à Cahors d’une mère gasconne, fait un passage dans le Béarn puis file à Venise. Là, il emprunte la règle de l’accord du participe passé aux Italiens et la ramène en France. Dommage qu’il n’ait pas plutôt choisi celle du béarnais, plus simple!

Que reste-t-il de cette influence ?

Malheureusement l’auteur ne fait pas cet inventaire. Mais il est clair que si d’autres influences ont effacé certains de ces apports gascons, il en reste encore beaucoup. Si on ne dit plus une cargue, on a gardé cargaison. Le cèpe et le cep proviennent de cep, tronc en gascon. Etc. Etc.

Anne-Pierre Darrées

Écrit en orthographe nouvelle (1990)

Référence

De l’influence du dialecte gascon sur la langue française de la fin du XVe siècle à la seconde moitié du XVIIe siècle, thèse de Maxime Lanusse, 1893




Passe-temps ou passatemps pour confinement

Jours de confinement ou jours de pluie, l’Escòla Gaston Febus vous propose quelques passe-temps. L’occasion de se divertir et mettre à jour (ou tester) certaines connaissances ?

 

Passe-temps léger, la nouvelle orthographe

Le Gascon est progressiste, embrasse volontiers les idées révolutionnaires et est de toutes les batailles. Il lui faudra un rien de temps pour se mettre à la nouvelle orthographe française, qui date quand même de 1990. Voici donc un passe-temps facile et peut-être auquel vous n’aviez pas songé.

Si nous nous souvenons, nos ancêtres écrivaient li cuens fiert la beste [le comte frappe la bête]. Cet ancien français est devenu difficile à lire tant ils ont modifié la langue et l’orthographe. Sans aller si loin, aujourd’hui, nous n’écrivons plus fantôme comme Ronsard :
Je serai sous la terre, et fantosme sans os,
Parles ombres myrteux je prendrai mon repos.
Alors pourquoi ne pas continuer ?

Passe-temps et orthographe
Épreuve d’orthographe au temps du certificat d’études

Avant d’apprendre la nouvelle, que diriez-vous de vérifier avec quelques questions que vous possédez bien l’ancienne orthographe ?
– faut-il un trait d’union aux mots suivants trente deux ou trente-deux ? Cent sept ou cent-sept ?
– devons-nous écrire un cure-dent, un cure-dents, des cure-dent ou des cure-dents ?
– écrivez-vous événement ou évènement ?
– pourquoi faut-il écrire j’harcèle et j’appelle ? Euh, ou bien c’est j’harcelle et j’appèle ?

La nouvelle orthographe nous simplifie la vie puisqu’elle enlève quelques irrégularités dont on ne connait pas toujours l’origine ou quelques accents superflus. Il n’y a que dix règles, c’est donc facile à apprendre et le site recto-verso nous transcrit même nos textes pour apprendre par la pratique.  Aucune raison de ne pas nous y mettre. D’ailleurs, c’est décidé, nous adoptons désormais la nouvelle orthographe dans le site escolagastonfebus.com

Passe-temps pour ceux qui ont le dictionnaire de Palay

Un passe-temps pour le confinement ? Faites des mots-croisés en gascon !Dans certaines revues Reclams, l’Escòla Gaston Febus s’était amusé à proposer des petits mots croisés ou croutzets / mots crotzats.

Voici ceux que Reclams proposa en janvier 1968. Pour les faire, vous pouvez télécharger le fichier ici. Attention, les mots à trouver sont en graphie du Dictionnaire du Béarnais et du Gascon modernes et le numéro entre parenthèses vous indique la page du dictionnaire de Palay (version 2020) où se trouve la réponse…

Curieux de la réponse ? Téléchargez-la !

Passe-temps découverte du Gascon

Et si, tout simplement, vous profitiez de ce temps de confinement pour apprendre le gascon. On engage souvent la conversation avec des formules de politesse. Donc cliquez ici pour apprendre les formules de politesse gasconnes avec Ric dou Piau. En parlar negue.

Vous pouvez aussi vous familiariser avec l’accent, ou vous divertir, en écoutant le gascon oriental de Michel Saint-Raymond, La caisha de la bèra-mair.

 

Décidés ? On ne peut que vous conseiller A hum de calhau, les deux tomes de P. Guilhemjoan qui permettent de se lancer et d’acquérir des bases sérieuses.

Passe-temps du Gascon aguerri

Apprenez la grammaire gasconne, un passe-temps en ces temps de confinement

Si vous avez des doutes sur certains mots, aguerrissez-vous. Faut-il dire / écrire
ua amassada generau ou ua assemblada generau ?
– un anjo
ou un ànjol ?
– chucar
ou shucar ?
La réponse est dans wikigram, le wiki de grammaire du Congrès Permanent de la Lenga Occitana.

Faut-il dire / écrire
Qu’èra, en vertat, chic gloriós per un ainat ou Qu’èra, en vertat, chic gloriós tà un ainat ?
Qu’ac èi hèit per arren ou Qu’ac èi hèit entad arren ?
E i a hèra qui m’avetz vista? ou E i a hèra que m’avetz vista?
Voir les réponses, toujours dans wikigram.

Quel gascon connaissez-vous ? Savez-vous dans quel coin on utilise les verbes suivants ?

1.Que legishem / 2.Que bastit / 3.Qu’aimèc / 4.Que batot / 5.Que seguís / 6.Que dromiam
A. Bazadais / B. Armagnac / C. Landes / D. Astarac / E. Bas Couserans / F. Béarn

Réponse : 1B (petite grammaire de F. Sarran, présent indicatif ou subjonctif) 2A (Claudi Bellòc, prétérit) 3E (J. Deledar, prétérit) 4C (Felix Arnaudin, prétérit) 5D (J. Tujague, présent indicatif) 6F (Simin Palay, présent du subjonctif)

Passe-temps pratique pour Gascon gourmand

Au moment de Pâques, un tourteau à tremper dans de la crème anglaise régale le Gersois. L’association Parlem nous a dégoté une recette que l’on reconnaitra. Attention ces ingrédients sont pour un énorme tourteau.

Lhevader :
20 g de lhevami fresca o 7 g de lhevami instantanèa,
140 g de leit,
100 g de haria

Pasta :
140 g de lèit,
4 bèths ueus sancèrs,
1 culhèra de perhum tà las còcas,
220 g de sucre,
7 g de sau,
1 kg de haria,
125 g de burre moth, copat en petits tròç.

Le tourteau gersois, passe-temps pour jours de confinement
Le tourteau gersois

Ici suite de la recette en français

Seulement voilà, si la texture du tourteau est assez facile à réussir, le parfum joue un rôle important. A noste, le parfum était acheté en pharmacie. Et chaque pharmacien avait son mélange savant dont il ne divulguait pas la recette. Si tout le monde s’accorde sur la présence de vanille et de fleur d’oranger, les avis divergent rapidement. Un peu d’armagnac ? Sûrement, c’est la base en Gascogne. Et même si vous allez à la fête du tourteau à Mirande, le secret du parfum ne vous sera pas révélé… Alors, il vous reste à essayer !

Pour les Gascons téméraires, les potingas de bona fama

Que diriez-vous de vous replonger dans un savoir ancestral ? Miquèu Baris, conteur et poète landais, cherche pour nous dans tous les vieux grimoires et les têtes des anciens pour nous proposer Las potingas deu posoèr de Gasconha. Tome 1 à télécharger ici gratuitement, tome 2 à télécharger  ici gratuitement. Ou Tome 2 à lire en ligne.

Lo posoèr emposoera mes n’emposoa pas

En deux livres, vous découvrirez plus de cinquante remèdes qu’on utilisait et qu’il ne faut pas rejeter à la légère. Car l’expérimentation et l’observation les ont affinés. Les naturalistes les redécouvrent aujourd’hui comme lo citron ou los clavets (clous de girofle) pour soigner la tehequèra (le rhume).

On apprend aussi que lo posoèr emposoera mes n’emposoa pas. / le sorcier ensorcelle mais n’empoisonne pas. Que Lo mendràs qu’èra l’èrba de las posoèras, ce disèn / La menthe sauvage était l’herbe des sorcières, disait-on. Ou que rien ne vaut Per la nueit, un onhon au vòste capcèr. / Pour la nuit, gardez un oignon à votre chevet. Pourquoi ? Pour déboucher le nez bien sûr !

Et, en même temps, vous enrichirez votre vocabulaire avec, par exemple La planta deus cent noms e de las mila vertuts : l’abranon, lo pimbo, la gerbeta, la friseta, la peberina, o la faribola / La plante aux cent noms et aux mille vertus : le thym.

La grande énigme 

Si vous avez tout fait ou que vous n’êtes pas tentés par les petits passe-temps, en voici un de plus grande envergure. Si on ne veut pas passer pour des dinosaures, ne faut-il pas avoir quelques notions de physique-chimie quantique ? La Gravité, on voit ce que c’est, la Relativité, Einstein nous a bien expliqué. Reste le monde quantique, un monde étrange et aussi peu intuitif que, pour nos ancêtres, la terre qui tourne autour du soleil. Pourtant, à l’aube de l’ordinateur quantique, on ne peut plus l’ignorer.

Le chat de Schroedinger
Le chat de Schroedinger : mort ou vivant ?

Internet est plein de cours ou vidéos pour nous initier, on vous laisse faire. Voici un bon copa-cap pour terminer.

Le Covid 19 est bien petit et constitué (comme tout) d’éléments encore plus petits qui suivent les lois quantiques. Si je ne l’observe pas, le virus peut-il être simultanément, dans mon espace de confinement et à l’extérieur ? Est-il à la fois matière et non matière ? Ou encore peut-il être à la fois mort et vivant ?

Farfelu ? Ben revoyez l’expérience du chat de Schrödinger par exemple !

Et, au fait ?

Avez-vous repéré ? Tout cet article a été écrit en nouvelle orthographe. Combien de mots sont changés par rapport à l’ancienne ?

Réponse : deux (connait et reconnaitra)

Anne-Pierre Darrées




Épidémie à Lectoure en 1745

Si on parle des grandes épidémies, on parle moins souvent de celles qui sont restées localisées. Fléaux récurrents que la médecine essaie de comprendre et combattre. En 1745, à Lectoure (Gers),  une épidémie fait son apparition. Comment fut-elle diagnostiquée et traitée ?

Trente ans avant l’épizootie bovine de 1774, une maladie se déclare à Lectoure.  Léo Barbé (1921-2013), fondateur du musée d’Art Sacré et de la Pharmacie de Lectoure, et secrétaire de la Société Archéologique du Gers a rassemblé des éléments pour comprendre cette épidémie.

Les symptômes de la maladie

À la fin de l’été 1744, on constate à Lectoure quelques morts particuliers. Une carmélite, un laboureur dont les deux frères, malades aussi, se remettent.

Le docteur Guillaume Descamps fait une description précise des symptômes. Des accès de fièvre tierce ou double, des morves, des sueurs et des éruptions… dans les commencements ; ensuite le sang desséché et appauvri faisait des lésions dans les parois et y causaient des inflammations. Grande effervescence des liqueurs, des hémorragies du nez, petitesse du pouls, embarras de l’estomac, parfois de grandes insomnies et de légers délires…. des grands maux de tête.

Ces symptômes sont assez communs. Mais Descamps ajoute apparition de taches pourprées, dans les unes rouges et distinctes, de la taille d’une pièce, dans d’autres plus petites, d’une couleur brune et sous la peau. Il en conclut qu’il s’agit d’une fièvre pétéchiale ou pourprée.

Un moment de panique à Lectoure

Epidémie de peste en 1721-1722- Billet de convocation pour la garde des portes et la patrouille dans la ville de Revel
Épidémie de peste en 1721-1722 – Billet de convocation pour la garde des portes et la patrouille dans la ville de Revel (Hte-Garonne)

Le docteur Descamps va aller très vite pour éviter ou contrer les déclarations intempestives. Par exemple, il signale que M. de Mézamat, médecin de Castelsarrazin, est allé un peu vite en disant qu’on devait éviter le commerce avec nous, en caractérisant nos fièvres de pestilentielles. Ce genre d’annonce affole les populations et déclenche les mises en quarantaine des villages touchés. Descamps ne souhaite pas ce type de surréaction. Il précise voilà pourtant comment le feu se met aux étoupes et comme il est difficile à éteindre dans l’esprit du public.

Alors Descamps prévient les communes voisines, l’intendant de Pau et consulte la Faculté de Montpellier qui fait autorité.

Le diagnostic de l’épidémie

Épidémie - Traité des fièvres malignes, des fièvres pestilentielles et autres de Pierre Chirac, médecin du Roi (1742)
Traité des fièvres malignes, des fièvres pestilentielles et autres de Pierre Chirac, médecin du Roi (1742)

L’intendant de Pau, après avoir consulté quelques experts, répond au docteur Descamps. La maladie dont il s’agit est une fièvre maligne milliaire dont le siège principal est le cerveau.

La faculté de Médecine de Montpellier conclut que c’est une fièvre maligne épidémique pourprée, d’un très mauvais caractère.  Enfin, la Faculté de Pau, consultée un peu plus tard, confirme que c’est une fièvre maline pourprée, qui n’a rien de contagieux ni de pestilentiel.

Bref, le docteur peut être rassuré car l’intendant conclut : cette maladie parait toute naturelle. Le nombre de malades augmente, son collègue Guilhon contracte lui aussi la fièvre (il s’en remettra) et le docteur Descamps lutte seul contre l’épidémie.

Le traitement universel de l’épidémie

« La saignée », estampe d'Abraham Bosse, vers 1635. Bibliothèque nationale de France. © gallica.bnf.fr, BnF
« La saignée », estampe d’Abraham Bosse, vers 1635. BNF

Dans Le malade imaginaire, quand Argon passe ses examens de médecine, à tout traitement de maladie, Molière lui fait répondre : clysterium donare, postea seignare, ensuita purgare / Utiliser le clystère, puis saigner et enfin purger. Moquerie ? Pas tant que ça, si on en croit les conseils proposés par les Autorités au médecin de Lectoure. L’intendant de Pau écrit que dans les maladies de cette espèce il faut beaucoup et de fréquentes saignées. La faculté de Médecine de Pau conseille de précipiter les saignées du bras et du pied dès l’instant de l’invasion. Et pour ceux qui ont une plus grande disposition inflammatoire il faut les resaigner… les purger sobrement… et délayer les humeurs par un grand lavage légèrement incisif.

Est-ce que cela fait du bien aux malades ? Dans le fond, on ne sait pas car la plupart des malades ne pouvaient pas s’offrir les services d’un médecin.

Les trois piliers thérapeutiques du Grand siècle

Soigner l'épidémie de Lectoure - Clystère et scarificateur à saignée
Clystère et scarificateur à saignée

Purges, clystères (lavements) et saignées sont encore les fondements de la thérapie du XVIIIe siècle. Il semblerait que les patients percevaient les purges ou lavements plutôt bien, surtout parce qu’ils faisaient ensuite bonne chère. En revanche, ils n’appréciaient pas toujours les saignées. Pourtant on les utilise à tous propos et beaucoup en prévention. Les femmes enceintes, par exemple, subissent ces ponctions au moins deux fois pendant leur grossesse et plus si on craignait une fausse couche. Et même les chevaux de carrosse sont saignés à la fin du printemps.

La Reine Marie-Thérèse
La Reine Marie-Thérèse décédée à 44 ans probablement d’une septicémie après une saignée

Parmi les cas célèbres, en 1683, la reine Marie-Thérèse, ayant une légère tumeur sous le bras accompagnée d’une fièvre sera saignée au pied, prendra un vomitif et rendra l’âme. En revanche, son époux Louis XIV, subit presque 2000 purges, des centaines de clystères et est saigné 800 fois ! Cela ne l’empêche pas de vivre 76 ans.

Pierre Boyer de Prébandier, de la Faculté de Montpellier écrit en 1759 dans Des Abus de la Saignée, une phrase sévère à l’encontre des praticiens de la saignée : Détruire ceux [les partisans] de la fréquente saignée ne serait pas l’un des moindres services rendus à l’humanité.

Le retour à la normale

Le docteur Descamps note que l’épidémie n’a touché que les adultes. Ni les enfants, ni les plus de 60 ans ne l’ont attrapée. Selon François de Labat, chevalier de Vivens (1697-1780), elle sévit plus de six mois (probablement une bonne année). Mais elle reste localisée sur Lectoure. Même si on signale quelques cas sur Labastide-d’Armagnac, à 75 km de Lectoure.

Le docteur Guilhon fait ouvrir quelques cadavres fin juillet 1745 mais les chirurgiens ont refusé de le faire gratis. Ce qui scandalise l’intendant de Pau : Il y a un grand fond d’avarice et d’intérêt sordide Monsieur dans les chirurgiens de Lectoure. Enfin, les consuls accordant 6 livres, ou parfois 12 livres, les chirurgiens s’exécutent. Ces autopsies n’apporteront pas d’éléments complémentaires sur la compréhension de la maladie, ni ses causes.

On reconnaitra que la fièvre n’était pas pestilentielle et, pourrait-on dire, pas si alarmante car il en guérit plus qu’il n’en meurt. Et Descamps se félicite de son traitement puisque de la sixième partie de ses malades, les cinq ont guéri.

Epidémie - Rembrandt, la leçon d'anatomie du Dr. Nicolaes Tulp (ca. 1632)
Rembrandt van Rijn, The Anatomy Lesson of Dr. Nicolaes Tulp (ca. 1632)

Anne-Pierre Darrées

Références

Les médecins de Molière lors d’une épidémie en Gascogne en 1745, Léo Barbé, Société archéologique, historique, littéraire & scientifique du Gers, juin 1989
Petit traité de la maladie epidemique de ce tems, vulgairement connuë sous les noms de fievre maligne ou pourprée, Laurent d’Houry, 1710
L’Encyclopédie/1re édition/POURPRÉE, fievre (1751)
L’Abus de la saignée aux fièvres pourprées, condamné et réfuté, par J.-B. Robinot le jeune
La saignée en médecine : entre illusion et vertu thérapeutiques, Pierre Brissot, 2017




Le rugby un sport pour les Gascons

Même s’il n’est pas très ancien, le rugby a vite enthousiasmé les gens du sud-ouest de la France. Pourquoi cet attrait ? Quelle appropriation ? L’histoire et le charme d’un sport festif. Un enthousiasme pourtant qui s’estompe…

Le rugby nait à Rugby !

Rugby - The first English Team (1871)
Première équipe anglaise (1871)

Même si les jeux de ballon sont très anciens, le rugby, lui, naît en Angleterre, à Rugby, au XIXe siècle. On l’appelle alors le football de Rugby.

La Rugby School publia le 28 août 1845, 37 règles dans un ouvrage, Laws of football as played at Rugby School. La majorité sont des règles de jeu, la 28e est plutôt de sécurité : No player may wear projecting nails or iron plates on the heels or soles of his shoes or boots. (Aucun joueur ne peut porter des clous ou des plaques de fer en saillie sur les talons ou les semelles de ses chaussures ou de ses bottes.)

Jeu éducatif pour jeunes gens dans des établissements d’enseignement huppés, il va rapidement se répandre en Royaume Uni avec des caractéristiques : canalisation de l’énergie combative, développement des liens entre membres, aspect festif (troisième mi-temps)…

Le rugby arrive en Gascogne

Baron Pierre de Coubertin
Baron Pierre de Coubertin (1863-1937)

Grâce aux commerçants et aux étudiants anglais,  le rugby débarque au Havre en 1872. Des Britanniques travaillant au port créent le premier club qui mélange rugby et football, le Havre Football Club. Puis les étudiants britanniques à Paris s’y mettent. Des hommes d’affaires anglais montent le English Taylors RFC, en 1877. Puis l’année suivante est créé le Paris Football Club qui se scindera en Racing club de France, Stade Français et Olympique avant la fin de la décennie.

Pierre de Coubertin va se passionner pour le rugby et poussera à reproduire ce modèle pédagogique dans les grands établissements parisiens. Peut-être comme un nouveau souffle collectif après la défaite de 1870.

En province, c’est d’abord la création du Stade Bordelais en 1889, et plus tard, de LOU Rugby (Lyon Olympique Universitaire rugby) en 1896, le Stade Toulousain en 1907.

Les premiers championnats de France opposèrent les clubs parisiens. Mais dès 1899, les provinciaux ont droit d’y participer. Le Stade bordelais (SBUC) en profite aussitôt pour remporter son premier titre.  Il gagnera 7 titres de champions de France entre 1899 et 1911.

Le Stade Bordelais vainqueur du championat de France 1899
Le Stade Bordelais vainqueur du championnat de France 1899

Le sud-ouest adopte le rugby

Alfred Armandie (1884-1915) fondateur du Sporting Union Agen
Alfred Armandie (1884-1915) introduit le rugby à Agen

Après Bordeaux, Pau accueille le rugby. Dès 1890, les Coquelicots de Pau disputent des matchs face aux équipes des Montagnards de Bayonne et de la Pyrénéenne de Tarbes. Puis des anciens élèves du lycée Louis-Barthou fondent le Stade palois en 1899.

Vers 1900, un lecteur anglais du lycée d’Agen et le dentiste Alfred Armandie créent le Sporting Union Agen. Puis, en 1904, c’est le tour de l’Aviron Bayonnais rugby.

 

 

Match de rugby sur la Prairie de Filtres à Toulouse en 1906
Match de rugby sur la Prairie de Filtres à Toulouse en 1906

Non seulement, le rugby va se répandre comme une trainée de poudre dans toute la Gascogne mais l’intérêt, la passion et la qualité sont au rendez-vous. Beaucoup ont imaginé des causes à cette implantation plus grande dans le sud-ouest qu’ailleurs.

Le rugby et le sud-ouest, des valeurs similaires ?

La soule en basse Normandie en 1852, un ancêtre du rugby??
La soule en basse Normandie en 1852, un ancêtre du rugby ?

Le rugby se serait implanté parce que les locaux jouaient déjà à un jeu de ballon appelé la soule. La Normandie, haut lieu du jeu de soule, n’a pourtant pas autant mordu au rugby. L’argument parait faible.

Le climat doux du Sud-Ouest permettrait de pratiquer ce sport toute l’année, même l’hiver. Le propos, dans ce cas, vaut pour tout le sud de la France.

La rivalité entre les institutions laïques et les catholiques (qui n’apprécieraient pas le contact physique dans ce jeu) aurait favorisé le rugby. Le rugby ayant débuté plutôt dans les classes aisées, ce n’est pas tout à fait convaincant.

Jean-Pierre Bodis, historien passionné de ce sport, y voit aussi l’attirance naturelle des gens du sud-ouest pour l’opposition, rejoignant l’esprit insoumis du rugby puisque celui-ci provient de son opposition au football.

L’influence anglaise est forte en région bordelaise et en Aquitaine.

Enfin, culturellement, le sud-ouest serait prédisposé par deux aspects. Combattants, hommes d’armes tout au long de l’histoire, la force et la puissance physique sont valorisées, comme, par exemple, dans les démonstrations de force basque. Deuxième élément, souligné par Antoine Blondin, Denis Tillinac, Jean Lacouture et bien d’autres, la tradition festive du sud-ouest est en phase avec celle du rugby.

Rugby - Iturria - La troisième mi-tempsp
Les Rubipèdes Michel Iturria – La troisième mi-temps en gascon

Le parler rugby est un art gascon

Le rugby en gascon
Miquèu Baris et Joan-Jacme Dubreuil – Le rugby en gascon

Le « rubbi » est tellement bien intégré que notre langue va lui fournir toute sa verve imagée. Il faut lire le lexique de Miquèu Baris et Joan-Jacme Dubreuil, Le rugby en gascon.  Grâce à lui, vous saurez commenter savamment un match (en VO gasconne par Miquèu Baris ici). Par exemple :

L‘oliva qu’estó un supositòri e lo tascat un camp de patatas.  Òc los jogaires qu’avèvan lo nhac, mes que jogavan com un tropèth de crabas. E ne parli pas d’aquera bestiassa qu’a las còstas en long… / Traduction littérale : L’olive était un suppositoire et la pelouse un champ de patates. Oui, les joueurs avaient la niaque, mais ils jouaient comme un troupeau de chèvres. Et je ne parle pas de cette bestiasse qui a les côtes en long…

À comparer avec le même commentaire en « bon français » : Le ballon était glissant et le terrain mauvais. Oui, les joueurs avaient de l’énergie mais ils étaient mal organisés. Et je ne parle pas de ce joueur costaud mais fainéant…

Les années glorieuses sont chantées

En 1920, première victoire française au tournoi des cinq nations (en Irlande). Ce sera le début d’une belle série.  Le sport est à la mode et Maurice Chevalier chante dès 1924 Rugby marche dont voici le refrain :

Ah! Prenez pour mari
Un joueur de rugby
Et vous aurez pour charmer vos jours
Un champion du sport et de l’amour
Oui toujours vigoureux
Même quand il s’ra vieux
Vous le verrez se décarcasser
Pour marquer tout au moins un essai

De même, Arthur Honegger compose une symphonie, Rugby, en 1928. Joueur plutôt de foot, il choisit de souligner la beauté de ce sport et de son rythme sauvage, brusque et désordonné et précise :  j’ai voulu opposer la diversité du mouvement humain : ses brusques élans, ses arrêts, ses envolées, ses fléchissements.

Au cours du temps, d’autres chansons viendront en parler. Parmi les plus connus, Pierre Perret (1934- ) chantera Viv’ le quinze (1972), Les frères Jacques C’est ça l’rugby (1970). Et, plus récemment Nadau nous proposera une version humoristique, Lo nhacar (ci-dessous un extrait d’une minute de cette vidéo de Nadau)

Le rugby est un sport violent

Le rugby dans les années 1920-1930, témoigne de la hargne de gagner : jets de pierre entre joueurs, bagarres sanglantes, yeux arrachés et même des morts. En 1927, c’est le talonneur de Quillan qui décède sur le terrain.  Le 4 mai 1930, en demi-finale du championnat de France, le Palois Fernand Taillentou plaque le jeune ailier agenais, Michel Pradié, avec une telle violence que celui-ci en meurt.

Les supporters ne sont pas en reste puisque en 1930, lors du match France-Galles, le public – 45 000 spectateurs – reprochant les décisions de l’arbitre anglais M. Hellewell, se fait si menaçant que la France sera exclue de toute rencontre internationale pendant plusieurs années.

Les stars de Gascogne

Le Languedoc et la Gascogne ont donné de grands joueurs.  Jean Prat, né à Lourdes en 1923, est un sacré buteur. Pierre Albaladejo, le demi d’ouverture est né à Dax en 1933, il deviendra commentateur. André Boniface,  dit Boni, né à Montfort-en-Chalosse en 1934, a été sélectionné 48 fois à l’équipe de France. Jacques Fouroux, dit Le petit caporal, né à Auch en 1947, est un demi de mêlée incroyable. Robert Paparemborde, né à Féas (64) en 1948, est un pilier déroutant, atypique.

Les stars du rugby
Les stars – Jean Prat, Pierre Albaladejo, André Boniface, Jacques Fouroux, Robert Paparemborde

Plus récemment, Raphaël Ibanez, né en 1973 à Dax, est un talonneur très demandé, ou Thomas Castaignède, né en 1975 à Mont-de-Marsan, est appelé le petit Boni puis le petit Prince par l’élégance de son jeu.

Pas chauvins, on citera Serge Blanco, dit Le Pelé du rugby, certes Vénézuélien, mais qui a fait toute sa carrière au Biarritz Olympique.

Le rugby de nos jours

rugby : un grand show de gladiateurs ?
Le rugby, un « grand show de gladiateurs »?

Aujourd’hui, les clubs basques ou gascons n’ont plus la place ni nationale ni internationale d’hier. Les gens du sud-ouest, il est vrai, sont mal armés pour développer la professionnalisation, et les nouvelles organisations qui en découlent. Car cela signifierait de fusionner des clubs, de s’unir pour être plus forts…

De plus, avec la professionnalisation, le rugby a évolué pour être un jeu (un combat ?) violent de joueurs costauds, un grand show de gladiateurs,  comme l’exprime Xavier Lacrace dans son interview à Aqui!. Cette prime au physique choque Serge Blanco qui déclarait le 16 novembre 2019 sur Europe 1: Des fois, je me dis que je n’ai pas pratiqué ce sport. Ce n’est pas en termes de technique, mais en termes de combat.

De nouvelles voies s’ouvrent comme le rugby à sept. À suivre ?

Anne-Pierre Darrées

Références

Histoire mondiale du rugby, Jean-Pierre Bodis, 1987, livre préfacé par Pierre Albaladéjo
Petite histoire du rugby, Xavier Lacarce, 2017
Sociologie du sport, Jacques Defrance,
Football et rugby ces jeux qui viennent du nord, Jean Fabre, 2007
Top 10 des joueurs mythiques




L’ours de la discorde dans les Pyrénées

L’ours est présent dans les Pyrénées depuis près de 250 000 ans. Depuis des siècles, les populations locales entretiennent avec lui des rapports complexes qui se partagent entre respect, amour et haine.

L’ours des Pyrénées

L’ours des Pyrénées est un plantigrade qui peut mesurer de 170 cm à 280 cm pour le mâle et peser de 135 à 390 kg. Il possède un odorat et une ouïe très développés, ce qui le rend difficile d‘approche. Il fuit l’homme et les rencontres sont extrêmement rares.

C’est un très bon nageur et un très bon grimpeur. Il peut courir jusqu’à 50 km/h. Dans son milieu naturel, il peut vivre jusqu’à 40 ans.

C’est un solitaire, sauf durant la période de reproduction. La gestation dure de 6 à 8 semaines et la portée peut aller jusqu’à 3 oursons. Leur mère les allaite et ils restent avec elle environ 6 mois.

L’ours est omnivore. Son régime alimentaire comporte près de 80 % de végétaux divers (fruits, herbes, racines) et de 20 % de viande (petits mammifères, amphibiens, insectes). C’est un opportuniste et il ne dédaigne pas les animaux sauvages et parfois domestiques.

Aire de présence de l'ours dans les Pyrénées en 2018 (40 individus d'après https://www.paysdelours.com/fr)
Aire de présence de l’ours dans les Pyrénées en 2018 – 40 individus recensés (d’après https://www.paysdelours.com/fr)

Une présence ancienne de l’ours

Grotte des Trois Frères (Ariège) - ours criblé de flèches et lapidé
Grotte des Trois Frères (Ariège) – Ours criblé de flèches et lapidé (selon l’Abbé Breuil)

Vers moins 250 000, l’ours est présent dans la quasi-totalité des forêts de l’Europe. Au fil des siècles, sous l’effet de la pression humaine, son aire de répartition se réduit aux massifs montagneux. En France, au XVIIIe siècle, on ne le trouve plus que dans les Pyrénées, le sud du Massif Central, les Alpes et la Franche-Comté.

En 1850, l’ours disparaît de la Franche-Comté. Dans les Alpes, on observe le dernier ours en 1937. Dans les Pyrénées, dans les années 1950, on ne le trouve qu’en deux endroits, Comminges et Béarn qui sera le dernier noyau de présence de l’ours. En 1995, on n’en comptera plus que 5 ou 6.

En 1979, on inscrit l’ours sur la liste des animaux protégés, et depuis 1984, on met en place des mesures de sauvegarde. Un premier lâcher de trois ours slovènes a lieu en 1996, sans aucune difficulté. C’est à partir du lâcher de cinq nouveaux ours en 2006 que des tensions apparaissent. Il y en aurait une quarantaine aujourd’hui.

La place particulière de l’ours dans le patrimoine pyrénéen

L’ours dans les Pyrénées possède une place symbolique. On le vénérait comme divinité dans le panthéon pyrénéen (Artahe, le Dieu ours).

Le conte de Jean de l'ours (JC Pertuzé)
Jean de l’Ours (dessin de J-C Pertuzé)

Il est présent dans de nombreuses légendes comme celle de Jean de l’Ours. Elle commence ainsi : « Il était une fois une pauvre femme qui coupait du bois dans la forêt lorsque l’Ours l’enleva et l’emporta au fond de sa grotte. Après quelques mois, la femme mit au monde un garçon qu’elle nomma Jean… ». Dans les légendes, l’ours avait une sexualité débridée.

La toponymie marque la présence de l’ours : Pic de l’Ossetera, Pic de la Coumeille de l’Ours, Pic de la Tute de l’Ours, bois du Fangassis de l’Ours, Artzamendi (montagne de l’ours en basque), etc. Dans le langage populaire, Que put a l’ors signifie Il sent mauvais, et un orsàs est quelqu’un de bougon et rude.

Dans les carnavals pyrénéens, l’ours émaille les festivités de la Catalogne au Pays Basque.

Le respect dû à l’ours

Les populations pyrénéennes ont toujours eu un profond respect pour l’ours. Elles le voyaient comme un parent éloigné, un homme déchu et sauvage en raison de son apparence physique. Il se dresse sur ses pattes comme un homme. Ses empreintes rappellent celles d’un pied. Il a le même régime alimentaire et il allaite ses petits en position assise. On lui donne le prénom de Gaspard, Dominique ou Martin… Un proverbe basque est tout à fait significatif : Ne tue pas l’ours, c’est ton père.

Pour qu’il ne sache pas que l’on parle de lui, on lui donne des sobriquets : Lo Mèste (Le Maître), Lo Mossur (Le Monsieur), Lo Pèdescauç (Le Va nu-pieds), etc.

Jean-Louis Deschamps, de l’Association des amis d’Aulus et de la vallée du Garbet, raconte qu’il y a encore peu, on faisait la leçon aux enfants au cas où ils rencontreraient l’ours. Approchez-vous de l’animal avec respect et courtoisie car l’ours est le vieux roi des montagnes, très sensible au protocole et aux bonnes manières ; adressez-vous à lui avec politesse, sans hurlements ni simagrées et a fortiori, sans lui jeter des pierres ni s’enfuir en courant, ce qui l’offenserait.

Ne retrouve-t-on pas ces sages conseils dans les dépliants remis aux touristes par les offices du tourisme ?

La chasse à l’ours

Gaston Febus - Le Livre de la Chasse (XIVème s.) et l'ours
Gaston Febus – Le Livre de la Chasse (14è)

Gaston Febus chassait l’ours comme on peut le voir dans Le livre de la chasse. Ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle qu’on introduisit une prime pour la mort d’un prédateur. Commença alors la « guerre aux ours » jusqu’à l’interdiction de la chasse à l’ours en 1962.

Les rencontres avec les bergers étaient peu nombreuses. Un manuscrit de 1713 relate comment les bergers se préservaient de l’ours « en montant sur le premier arbre qu’ils trouvent, armés d’une dague et d’une petite cognée qu’ils portent toujours pour couper du bois dans la montagne. L’ours, quoique lourd et pesant, grimpe sur l’arbre avec assez de facilité. Mais dès qu’il avance les pattes pour saisir avec les griffes le pâtre, celui-ci les lui coupe à coups de cognée ». Une fois à terre, et sans ses griffes, c’est plus facile pour le tuer.

Mais si le berger n’avait pas le temps de monter dans un arbre, il devait affronter l’ours. L’ours se lève tout droit sur ses pieds de derrière pour prendre au corps le pâtre qui se présente à lui. Ils s’embrassent tous deux, et le pâtre, qui est armé d’une dague, a l’adresse de faire passer le museau de l’ours par-dessus son épaule, sur laquelle il le tient étroitement serré. L’ours, qui est plus fort. le renverse à terre, et s’ils se trouvent sur un penchant, ils roulent ainsi embrassés jusqu’à ce que le pâtre a tué l’ours à coups de dague qu’il lui plonge dans les reins.

Chaque vallée avait ses « chasseurs »

L'intrépide Bergé, tueur d'ours
L’intrépide Bergé, tueur d’ours

Le plus célèbre était Pierre Bergé de Laruns qui tua, dit-on 40 ours, et dont la renommée monta jusqu’à Paris. Ses exploits sont racontés dans le journal L’indépendant du 2 septembre 1858, dans Le Petit Journal de 1863 et fit même l’objet d’une édition Le Tueur d’ours, histoire de Bergé l’intrépide, par Ed. Sicabaig.

Les orsalhèrs ou montreurs d’ours

Montreur d'ours à Luchon en sept. 1900 (E. Trutat)
Montreur d’ours à Luchon en sept. 1900 (Photo E. Trutat)

Le métier de montreurs d’ours était pratiqué depuis le Moyen-âge. A partir de la fin du XVIIIe siècle et jusqu’à la première guerre mondiale, on vit des centaines d’orsalhèrs d’Ercé, Oust et Ustou en Ariège parcourir le monde pour montrer des ours.

Les orsalhèrs récupéraient les jeunes ours et n’hésitaient pas à tuer la mère pour s’en emparer. Ils les élevaient au biberon et leur apprenaient quelques tours pour divertir le public. L’ourson perdait son caractère sauvage, était ferré et on lui mettait un anneau autour du museau pour le tenir avec une chaîne.

Des familles d’orsalhèrs jusqu’aux Etats-Unis

Montreur d'ours pyrénéen en Angleterre
Montreur d’ours pyrénéen en Angleterre

Les habitants d’Ercé sont surnommés les Américains car ils furent nombreux à s’établir aux États-Unis. Après la première guerre mondiale, de nombreuses femmes émigrèrent dans la région de New-York Elles allèrent rejoindre les orsalhèrs et occupèrent de emplois dans l’hôtellerie et la restauration. Une nouvelle vague d’émigration se produisit après la seconde guerre mondiale pour rejoindre des parents déjà installés. Aujourd’hui encore, cinq restaurants new-yorkais sont tenus par des descendants des montreurs d’ours d’Ercé. Dans Central Park, il y a un rocher baptisé « Le Roc d’Ercé ».

En 1906, une foule de 300 personnes, le curé et trois ours empêchèrent l’inventaire des biens de l’église de Cominac, hameau d’Ercé ! Le percepteur d’Oust venu faire l’inventaire n’insista pas ….

Deux films racontent la vie des orsalhèrs ou montreurs d’ours: La vallée des montreurs d’ours de Francis Fourcou et L’orsalhèr, film en gascon de Jean Fléchet.

Le programme de restauration dans les Pyrénées

L’ours est protégé depuis 1982. En 1990, l’Etat prend des mesures strictes qui occasionnent, notamment en Béarn, de fortes protestations. Certains disent que des fonctionnaires du Ministère de l’Agriculture agissent en sous-main pour combattre l’influence grandissante du Ministère de l’Ecologie et lancer de grands projets d’aménagement …

Le camembert de l'Oust : ours et la publicité
L’ours et la publicité

En 1996, un premier lâcher de 3 ours à Melles en Haute-Garonne n’a pas suscité de protestations. Ce n’est qu’en 2006 avec le lâcher très médiatisé de 5 nouveaux ours que des tensions sont apparues. Les lâchers suivants ont été plus discrets.

Les uns considèrent que la réintroduction de l’ours est inutile, coûteux et dangereux pour l’avenir de l’activité agricole en montagne. Les autres estiment que c’est une chance pour l’activité économique montagnarde.

L’État consacre chaque année près de 2 Milliards d’euros au programme ours. 60 % concernent le pastoralisme. L’Etat finance une centaine d’emplois de bergers. Le Patou des Pyrénées fait son retour comme élément du patrimoine. Des groupements d’éleveurs créent des labels autour du retour de l’ours. Par exemple, le fromage Pé descaus en Béarn ou la « Viande du Pays de l’Ours » en Haute-Garonne. Ils contribuent à améliorer les revenus des agriculteurs.

L’ours cristallise les difficultés de l’agropastoralisme

Les bergers se mobilisent contre la réintroduction de l'ours
Les bergers se mobilisent contre la réintroduction de l’ours

L’agriculture montagnarde est dans une situation difficile. Les prix de vente n’ont pas évolué depuis 1980. le nombre d’actifs diminue dans les exploitations. Et la moyenne d’âge des actifs agricoles augmente.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, la production ovine se tourne davantage vers le lait pour la fabrication de fromages. La présence des bergers est encore forte. Dans d’autres secteurs, la production est devenue extensive et consacrée à la production d’agneaux pour la viande. On y a abandonné progressivement le gardiennage. À cela s’ajoutent les mesures de la nouvelle PAC (Politique Agricole Commune) qui paraissent peu cohérentes.

C’est dans ce contexte que le programme de réintroduction de l’ours cristallise les mécontentements. L’ours est le révélateur d’une crise profonde de l’agropastoralisme.

Le compagnon de toujours

Teddy Bear, l'ours en PelucheC’est toujours à l’ours que l’on confie ses secrets. Le Nounours est né en 1903 près de Stuttgart en Allemagne.

Les américains l’appellent Teddy Bear en souvenir d’une partie de chasse de Théodore Roosevelt, alors président des Etats-Unis. Il refusa de tirer sur un ours attaché par les organisateurs de la chasse. Rose et Morris Mictchom immortalisèrent cet épisode en créant un ours en peluche baptisé Teddy.

Serge Clos-Versaille

Références

L’ours et les brebis, Lamazou (E.), 1988, Paris, Payot, 203 p.
Histoire de l’ours dans les Pyrénées, de la préhistoire à la réintroduction, Marliave de (O.), 2000, Bordeaux, Sud-Ouest, 254 p.
Le tueur d’ours, histoire de l’intrépide chasseur (Gallica-BNF)
Réseau suivi de l’ours de l’ONCFS




Jean Bourdette, per amou det Labéda

Certains Gascons comme Jean Bourdette méritent d’être connus même s’ils ont été discrets dans leur vie. Cet historien publia une bonne quarantaine d’ouvrages sur le Lavedan et quelques lieux à l’entour. Il publia aussi un épais lexique de gascon lavedanais. Ainsi, il nous fournit une vraie mine de connaissance. Encore un Gascon de renom.

Série Gascons de renom : Jean-Baptiste Sénac, Guillaume Saluste du BartasAntoine de NervèzeSans MitarraJacques LacommeAlexis PeyretMarcel AmontIgnace-Gaston PardiesAndré DaguinJean LabordeJoseph du Chesne.

Jean Bourdette

Jean Bourdette (1818-1911)
Jean Bourdette (1818-1911)

Jean Bourdette (1818-1911) est né à Argelès-Gazost. Il y passe son enfance.  Il suit des études d’ingénieur agronome à la prestigieuse Institution royale agronomique de Grignon, en Île de France, un ancêtre de l’actuelle AgroParisTech. Ensuite, il enseigne les sciences naturelles à Paris, fait des recherches à l’Observatoire avec Urbain Le Verrier, le papa de la météo,  dirige la Mission Égyptienne de Paris.

À 60 ans (1878), il décide de quitter ses fonctions et s’installe à Toulouse. Là, il travaille avec le botaniste Gaston Bonnier et parcourt les piémonts pyrénéens, Couserans, Comminges, Vallée d’Aure, Lavedan.

Pourtant, Jean Bourdette est avant tout un chercheur et un fouilleur de livres. Il délaissera rapidement la botanique. Muni d’une loupe, il se consacrera à l’étude de documents, d’archives sur son Lavedan natal. Il publiera pendant 21 ans un très grand nombre d’ouvrages sur cette région.

Jean Bourdette écrit per amor deth Lavedan

Per amou det Labéda / Per amor deth Lavedan (Par amour du Lavedan) est la devise de l’historien qu’il inscrit sur tous ses ouvrages. En 1903, l’Escole Gastou Fébus lui remet le prix d’honneur pour son travail. Pourtant, la plus grosse partie reste à venir.

Jusqu’à son dernier souffle, Bourdette écrit des notices très ciblées sur un thème. Elles peuvent être courtes, d’une bonne soixantaine de pages comme les Notes historiques sur les seigneurs de Montblanc à Esquièze en Barège, où il énumère les familles ayant possédé la seigneurie de Monblanc jusqu’à ce qu’elle soit donnée au Prieuré de Héas. Plus souvent, il développe les informations collectées avec précision et netteté, jusqu’à plus de 700 pages comme la Notice des abbés Lays du Labéda.

Ses ouvrages sont indispensables à toute étude sur cette région, en particulier parce qu’il y conserve la mémoire collective, celle des familles et les coutumes. Dix-sept de ses publications sont à disposition à la bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus.

Jean Bourdette publie Froidour

"Mémoire

Non content de ce travail de fourmi, notre historien veut aussi faire connaître un ouvrage majeur sur la Bigorre. Il ne s’agit pas du manuscrit de Guillaume Mauran, Sommaire description du Pays et Comté de Bigorre, datant de 1614 ou peu après, qui fut édité, avec des notes complémentaires, par Gaston Balencie en 1887. Jean Bourdette, lui, voulut faire connaître le travail remarquable du Picard Louis de Froidour (1625?-1685), Grand-Maître des Eaux et Forêts au département de Languedoc, Guienne, Béarn, Basse-Navarre, Soule et Labourd.

Froidour avait écrit le Mémoire du pays et comté de Bigorre, probablement entre 1675 et 1685. Il s’agit d’une description du pays tels que l’a vu le Picard, d’abord une description géographique puis de son administration (justice, administration des eaux et forêts, feux de taille…).

Ce livre regorge d’informations sur la vie des Pyrénéens. Jean Bourdette explique par exemple qu’ayant besoin de sel pour réchauffer et purger les bestiaux pendant les périodes de neige, c’est la raison sans doute pour laquelle ils ont joui, jusques à présent, de la franchise et de la liberté de prendre du sel en Espagne, en Béarn ou ailleurs, ainsi que bon leur semble. Bien sûr, le peuple, gros consommateur de sel, est très opposé à l’impôt sur cette denrée, la gabelle. En Comminges, Froidour rapporte : Ils me dirent naïvement, en peu de paroles, qu’ils ne subsistaient que par le bétail, que leur bétail ne subsistait que par le sel, et que leur ôter le sel c’était leur ôter la vie, et qu’ils aimeraient beaucoup mieux mourir les armes à la main, que de mourir de faim et de misère.

Qu’ei monstruós de mespresar la lenga

Bourdette ne peut s’intéresser à l’histoire de son pays sans s’intéresser au gascon écrit et parlé dans cette région. D’ailleurs, il précise Tout Labedanés qe déou sabey era suo lenca de may, q’ey hountous d’ignourà-la, q’ey moustrous de mespresà-la. / Tot Lavedanés que dèu saber era lenca de mair, qu’ei hontós d’ignorar-la, qu’ei monstruós de mespresar-la. / Tout Lavedanais doit savoir la langue maternelle. Il est honteux de l’ignorer, il est monstrueux de la mépriser.

La route de Gavarnie au Pas de l'Echelle
La route de Gavarnie au Passage de l’Échelle

Ses notices sont d’ailleurs emplies de noms locaux et l’on peut ainsi apprendre ou se remémorer que la cascade de Gavarnie est appelée par les gens du pays et pich dèt Marbourè / eth pish deth Marborè / La pisse du Marboré ou que l’actuel pic de Montaigu est appelé à Bagnères le pic de Deux Heures. Ou encore que la petite vallée ou vallée de Barège communique avec le Lavedan propre ou grande vallée par le difficile pas de la scala (passage de l’échelle).

Jean Bourdette, consulté en 1889 par Miquèu de Camelat, conseillera au jeune auteur d’écrire en lavedanais (Camelat est né à Arrens, Lavedan). Ce que celui-ci fera pendant quatre ans, avant de choisir le béarnais de la plaine qu’il juge plus classique (ou plus connu ?).

Jean Bourdette conserve la langue

En érudit et conservateur de patrimoine culturel, Jean Bourdette se lance dans la réalisation d’un lexique et d’une grammaire. Seul le premier, Essai de vocabulaire du Gascon du Lavedan, sera achevé en manuscrit (il ne sera pas publié). Il est conservé au Musée pyrénéen de Lourdes (4 volumes, 1404 pages).

Jean Bourdette - essai de vocabulaire lavedanais, p. 1391
Jean Bourdette – Essai de vocabulaire du Gascon du Lavedan, p. 1391

Grâce à ce vocabulaire, vous pourrez parler montagnard en utilisant les arrealhs (éboulis), la coma (combe), le coret (petit col), le lità (couloir d’avalanche), la massavielha (roche usée par un glacier), l’ola (le cirque) ou la gauba (lac de montagne) tout en visant le som (sommet). Et, plus curieusement, vous pourrez aussi trouver un davantaiga (chemin qui mène à l’est de l’eau).

Enfin vous saurez différencier un bualar (pacage réservé aux bovins) d’un vedath (lieu interdit au bétail), écouter la balaguèra (vent du sud) et comprendre l’histoire de l’artiga que vous traversez (pâturage défriché).

Reprouès det Labedâ aplegats per Jean Bourdette

Jean Bourdette a édité en 1889 un recueil de 420 proverbes, locutions, comparaisons et sobriquets de son pays. Dans l’avertissement, le scientifique précise la prononciation et ses choix de graphie. Il n’y a pas de norme en cette époque.

Certaines expressions sont des expressions amusantes comme Doumâ q’ey u feniàn / Doman qu’ei un feniant / Demain est un fainéant, que l’on peut répondre à quelqu’un qui dit Q’at harèy doumà / Qu’ac harèi doman / Je le ferai demain.

Crue du 27/10/1937 à Agos-Vidalos
Crue du 27/10/1937 à Agos-Vidalos

Certains sont des constatations du peuple comme celui qui note les ravages des crues du Gave détruisant régulièrement berges et prairies ou changeant son cours :
Et mes gran proupiétàri det Labedà qu’ey et Gàbet.
Eth mes gran propietari deth Lavedan qu’ei eth Gavet. 
Le plus grand propriétaire du Labédà, c’est le Gave.

Bourdette ne peut d’ailleurs s’empêcher de reprocher aux Lavedanais leur fatalisme au lieu d’engager les travaux ad hoc.

Les parentés avec les peuples voisins

Ce recueil de proverbes présente une particularité intéressante. Jean Bourdette note les parentés ou emprunts à d’autres langues, comme les emprunts du lavedanais à l’espagnol. Il note aussi des proverbes similaires en français, ou en espagnol ou même, pour l’un en anglais !

Par exemple Deras olhas coundadas et loup qe s’en minjè / Deras òlhas condadas eth lop que se’n mingè / Des brebis comptées le loup en mangea. Effectivement, on retrouve le proverbe espagnol De lo contado come el lobo. La signification et l’image sont les mêmes. Il s’agit d’une critique de l’excès de contrôle qui n’empêche pas la perte de ce que l’on cherche à maitriser.

Ou encore Jean Bourdette rapproche :
En caza de hàoure, cabliha de husta / En casa de haure, cavilha de husta / En maison de forgeron, cheville de bois.
En espagnol, En casa del herrero, cuchillo de palo /  En maison de forgeron, couteau en bois.
Et en français : Les cordonniers sont les plus mal chaussés.
La même idée est exprimée mais d’une façon différente en français.  Encore une occasion de voir la proximité des deux côtés des Pyrénées.

Le souvenir

Lourdes et Argelès-Gazost ont gardé trace du chercheur infatigable. Elles lui ont offert le nom d’une rue, et même d’une école primaire pour Argelès.

"<yoastmark

Références

Notes historiques sur les seigneurs de Montblanc à Esquièze en Barège, Jean Bourdette, 1898
Mémoire du Pays et des Etats de Bigorre, Louis de Froidour, 1892
M. Bourdette, Adrien Planté, Reclams de Biarn e Gascounhe, Deceme 1911, p.324




Terres trembles ou tèrratrems en Gascogne

La Gascogne, et plus particulièrement les Pyrénées, sont exposées aux tèrratrems (littéralement terres trembles, tremblements de terre, séismes). Les sismologues du Centre Pyrénéen des Risques Majeurs, le C-PRIM, situé à Lourdes, enregistrent des secousses fréquentes de faible amplitude. Rien à voir avec les grands tèrratrems qui ont secoué la région dans les siècles passés !

La Bigorre frappée par un tèrratrem en 1660

Le 21 juin 1660, un tèrratrem estimé à une magnitude 6,1 sur l’échelle de Richter, frappe la Bigorre « en trois diverses fois ». L’épicentre se situe à Bagnères de Bigorre. On compte 12 morts à Bagnères, 10 à Campan, d’autres ailleurs. En tout, il y aurait eu 653 morts !

Le vicaire Dangos de Bagnères écrit : «Le vingt uniesme  juin mil six cens soixante, un si terrible terre tremble arriva qu’il mict par terre une partie du clocher de l’église paroissiele St-Vincent de la present ville de Baignères et quelques pierres des arceaux de la voutte, ensemble plusieurs maisons, entre autres celle de feu Pierre Vergès, chirurgien ; le devant de la maison tenue à louage par Odet Bousigues, cordonier, est aussy tombée…A mesme heure sont tombées contre le pont de l’Adour la maison de Jean Forcade et la maison de Ramonet de Souriguère,  tailleur…».

Le chateau d'Asté riné par le tèrramen de 1620
Le Château d’Asté à côté de Bagnères (vu par Lacroix en 1865), ruiné lors du tèrratrem de 1660 (?). Le futur Henri IV et Corisande d’Audoin y auraient caché leurs amours

L’église, les maisons, «la maison de ville et toutes les tours et portes de lad. ville» menacent ruine. Les Bagnérais demandent qu’on leur fournisse du bois afin d’étayer les maisons. On réquisitionne les maçons, menuisiers et charpentiers. On demande même l’aide d’un architecte de Pau.

Les sources thermales se tarissent pendant quelques jours.

Le tèrratrem touche gravement les vallées alentour

Tèrratrems dans les Pyrénées : La propagation du tèrratrem du 21 juin 1620
La propagation du tèrratrem du 21 juin 1660

Les religieux de Médous, à trois kilomètres de Bagnères, furent surpris pendant l’office et se réfugièrent dans des cabanes. Le prieur écrit que « la terre où nous estions couchés nous soulevoit tous en l’air ».

Le village d’Asque est presque entièrement détruit. Plusieurs maisons s’écroulent à Luz et dans la vallée, ainsi que le château de Castelloubon. Les moulins d’Argelès-Gazost sont hors d’usage. L’abbaye de Saint-Savin est gravement endommagée. Les remparts de Lourdes sont à consolider et à Pau la plupart des cheminées sont jetées par terre.

A Barèges, un pan de montagne s’écroule au Chaos de l’Arailhé sur la route de Gédre à Héas, et forme un lac. Vers 1700, ce lac se videra brusquement emportant de nombreuses habitations et tous les ponts de la vallée. 

Le tèrratrem est ressenti dans toute la Gascogne, et au-delà

La duchesse de Montpensier, dite la Grande Mademoiselle.

Revenant de leur mariage célébré le 9 juin à Saint-Jean de-Luz, Louis XIV et Marie Thérèse d’Autriche sont à Captieux et ressentent fortement le tèrratrem. À Saint-Justin où loge une partie de la Cour, un formidable bruit réveille soudainement Mademoiselle de Montpensier. A la suite duquel, son chirurgien lui crie : «Sauvez-vous ! la maison tombe».

 

 

Annotation du séisme pyrénéen du 21 juin 1660 sur le registre paroissial de Montirat (collection archives départementales du Tarn)
Annotation du séisme pyrénéen du 21 juin 1660
sur le registre paroissial de Montirat (collection archives départementales du Tarn)

Dans l’Agenais, le Quercy, le Périgord, la population subit la secousse « avec épouvantement, le branlement des maisons étant si fort qu’on appréhenda qu’elles dussent cheoir et renverser ». On ressent aussi le tèrratrem à Carcassonne, Narbonne, Béziers, Montpellier, mais également en Auvergne, Limousin, et Poitou. Un moine de l’abbaye de Saint-Maixent proche de Niort, écrit que « le 21 juin, sur les quatre heures du matin, arriva un grand tremblement de terre qui esmut tellement l’ancien réfectoire qui sert d’église et le dortoir qui est dessus que toutes les chambres en furent ébranlées et les lits des religieuses secoués comme si on les eut renversés… ».

Les tèrratrems frappent encore la Gascogne

 Tèrratrem en Gascogne : Arette (Pyrénées-Atlantiques) après le séisme de 1967
Arette (Pyrénées-Atlantiques) après le séisme de 1967

Si celui de 1660 fut le plus important, d’autres tèrratrems ont frappé la Gascogne.

On a observé des tremblements de terre à Lourdes  en 1750, dans le Bordelais et l’Entre-Deux-Mers en 1759, à Argelès-Gazost en 1854, dans le Val d’Aran en 1923, à Arette en 1967, à Arudy en 1980, à Tarbes en 1989, dans le Golfe des Gascogne en 1998 et à Saint-Béat en 1999.

Parmi les tèrratrems les plus récents, celui d’Arette reste dans toutes les mémoires. Le 13 août, 1967, vers 11 heures du soir, la terre tremble et fait un mort et plusieurs centaines de blessés. Jusqu’à la fin septembre, on ressent cinquante secousses.

Pourquoi les séismes touchent-ils la Gascogne ?

Née de la collision entre la plaque ibérique et la plaque eurasienne, la chaîne pyrénéenne est régulièrement soumise à des secousses sismiques. La terre y tremble de 300 à 400 fois par an, généralement des petites secousses, imperceptibles par la population car ne dépassant pas 3 de magnitude.

La frontière entre deux plaques se traduit par la présence d’un faisceau important de failles. Dans les Pyrénées, la Faille Nord-Pyrénéenne (F.N.P) court de St-Paul de Fenouillet jusqu’au Pays Basque. De multiples autres failles ou systèmes de failles existent (failles de la Têt, faille du Tech…). C’est le relâchement des tensions le long des failles qui engendre les tèrratrems.

La Faille Nord-Pyrénéenne concentre les tèrratrems des Pyrénées
La Faille Nord-Pyrénéenne focalise les séismes dans les Pyrénées

Au Nord-Ouest de Pau, on a un essaim de sismicité de faible ampleur, comme le montre la carte en tête d’article. Ces secousses ne sont pas d’origine tectonique mais liées à l’extraction du gaz dans le bassin de Lacq.

Pour aller plus loin…

Pour mieux connaître les tèrratrems et les moyens de s’en protéger, ne manquez pas d’aller voir la Maison de la Connaissance des Risques Sismiques à Lourdes – 59, avenue Francis Lagardère (au pied du funiculaire du Pic du Jer) – où vous pourrez suivre en direct les secousses partout dans le monde et participer à des simulations. N’oubliez pas d’emmener les enfants !

Séisme (tèrramen) du 22 novembre 2019 dans les Pyrénées enregistré à Lourdes
Séisme du 22 novembre 2019 dans les Pyrénées, enregistré à Lourdes

 Serge Clos-Versaille

Références

Le site du C-Prim
Le séisme de Bigorre du 21 juin 1660
Le séisme d’Arette, la reconstruction d’Arette,  Jean-Marie Lonné-Peyret
Le tremblement de terre d’Arette, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-ouest, Xavier Piolle, 1968
À quand le prochain séisme destructeur ?




Les bêtes des contes gascons

Impossible de se lasser des contes, ils sont une deuxième nature chez les Gascons ! Ils font appel à des humains et des figures fantastiques que celles-ci soient des bêtes, des dieux, des esprits malins ou des êtres anthropomorphes. Ces personnages sont liés à la vie de tous les jours et prennent ainsi une semi-réalité. Visitons notre bestiaire.

Les bêtes fantastiques

Hodon e lo lop

Le loup, une des bêtes fréquentes de contes gasconsRappelons-nous Hodon (Houdon), ce gojat (jeune homme) qu’un sorcier transforme en loup pour sauver son père d’une grande fièvre. Pour guérir, le père devait manger un bouillon fait avec la queue du chef des loups, arrachée le jour de la saint-sylvestre, alors que ce loup se déguisait en curé pour dire la messe ! (Lien pour écouter ce conte). De façon plus usuelle dans l’imaginaire européen, de nombreuses histoires font appel au ramponòt ou lop-garon (loup-garou).

Isabit

Le myhe d'Isabit évoqué dans les rues d'Ayros-Arbouix (65)Une deuxième bête fantastique. Isabit le serpent fabuleux qui aspire goulûment les vaches, les moutons et les bergers, penché sur la vallée d’Argelès. Pour le tuer, lo haure (maréchal-ferrant) d’Arbouix lui fait avaler une enclume chauffée à blanc. Pour calmer la douleur, le serpent boit l’eau des torrents jusqu’à en exploser et donner naissance au lac d’Isaby.

Lo basèli (le basilic)

Le basilic, cette bête, reptile ou mammifère vous transforme en pierre d'un seul regard.
Le basilic à tête de coq attribué à Wenceslas Hollar (17è s.)

Si vous vous promenez dans les Pyrénées, attention à ne pas croiser un basèli (basilic). Cette bête au corps composé vous transforme en pierre d’un seul regard. Elle existe dans plusieurs pays ; en Gascogne elle a un corps de reptile ou de mammifère et une tête d’homme.

Lo mandagòt o mandragòt

Le mandragot (ou chat d'argent en Bretagne) bête largement partagée dans les contes européens
Le mandragot (ou chat d’argent en Bretagne)

Et quant au mandagòt ou mandragòt qui vit surtout dans les Landes et dans le Gers, bien heureux celui qui l’attrape et l’enferme dans le coffre du cauhadèr (chauffoir et, par extension, pièce principale chauffée servant de cuisine et de salle à manger), car il devient riche immédiatement. D’ailleurs ne dit-on pas aver lo mandragòt a la maison (avoir une chance insolente). Comme toujours, plusieurs variantes de ce conte existent.

Jean-François Bladé (1827-1900) en a rapporté au moins trois. La première précise que la bête ne sort qu’une fois par an et donne le mode opératoire pour s’en saisir et ainsi, devenir riche. La deuxième met en garde car la bonne fortune est liée au Diable. Enfin la troisième raconte le pouvoir du mandagòt qui caga (chie) une pièce d’or chaque nuit et empêche un visiteur de se lever du coffre sur lequel il est assis.

Les bêtes sauvages

Intimement liées à la vie d’autrefois, les bêtes sauvages sont sources infinies de légende.

Le loup

Le loup réel ou imaginiare est très présent parmi les bêtes des contes gascons
Lo lop quan volè har coíer la vianda

Le loup est une bête fréquente dans les contes d’un peu partout, le loup est souvent naïf ou simplet dans les textes gascons. Lou loup quan boulè ha coye le biande  / Lo lop quan volè har coíer la vianda (Le loup qui voulait faire cuire la viande) de Felix Arnaudin (1844-1921) en est un bel exemple puisque celui-ci, voulant imiter l’homme, essaie de faire cuire un gigot aux rayons de lune. Ici une version légèrement modernisée sur arraton.fr.

Mais le loup peut aussi, de façon plus classique voire moraliste, être cruel et victime de sa cruauté.

Le serpent

La Femme au serpent trouvée à Oô (Musée des Augustins de Toulouse), évocation du mythe de Pyrène.
La Femme au serpent trouvée à Oô (Musée des Augustins de Toulouse).

Il peut être dans son rôle naturel, par exemple le serpent monte dans le nid d’une grive pour manger les petits, dans L’homme de toutes les couleurs. Ou c’est une bête  monstrueuse comme le serpent à sept têtes dans Le Prince des sept vaches d’or. Souvent, les serpents gardent l’or sous terre.

Pyrène, séduite et abandonnée par Héraclès, s’enfonce dans les forêts pour mettre au monde un serpent puis disparaît.  À son retour, Héraclès offre un magnifique tombeau à la belle aimée, les Pyrénées.

L’ours

L'ours, bête familière en Couserans
Jean de l’Ours

Proche de l’homme, sachant se mettre sur deux pieds, il est une bête suffisamment grande, puissante et poilue pour effrayer. Il sera objet de contes. Joan de l’ors (Jean de l’ours), mi-homme, mi-animal, est probablement le conte le plus connu.

L’ours effraie et fascine. Aussi ne fut-il pas que sujet de conte. Sérac, dans le Couserans, était le village des éleveurs d’ours. L’ours étant assez rare dans les montagnes d’Ustou, mi XIXe, alors on allait le chercher sur le versant espagnol. Chaque maison avait le sien. Attrapé encore ourson, on lui mettait un anneau dans les narines. La bête était dressée à danser, à porter un bâton, à faire des gestes aimables.

À Ustou (Couserans) un ours était donné en dot aux jeunes filles à marier.

La grand’bête à tête d’homme

Jean-François Bladé, collecteur de contes gascons
Jean-François Bladé (1827-1900)

C’est un conte, très spécifique, puisqu’on ne le trouve qu’en Grèce, en Gascogne, en Iran (dans les textes sacrés d’avant l’Islam), et un peu en Amérique du Nord et du Sud.

Jean-François Bladé rapporte ce conte dans Le jeune homme et la grand’bête à tête d’homme. Le récit parle d’un jeune homme beau comme le jour, fort et hardi, comme pas un et surtout tellement avisé, qu’il apprenait à deviner les choses les plus difficiles. Pauvre, il tombe amoureux à perdre la tête de la fille du seigneur de Roquefort. Hélas cette famille n’est pas riche et la jeune fille doit entrer au couvent.  Le jeune homme va donc chercher fortune pour pouvoir l’épouser. Il décide alors d’affronter la grand’bête à tête d’homme qui possède une grotte remplie d’or. Avisé, avant de partir, il prend de bons conseils auprès de l’archevêque d’Auch.

Trois demandes impossibles à satisfaire

Une manticore ou bête à tête d'homme (Bestiaire de Rochester)
Une manticore ou bête à tête d’homme (Bestiaire de Rochester)

Le jeune homme rencontre la grand’bête qui lui demande trois choses impossibles, qu’il repousse comme lui avait conseillé l’archevêque.

— Je te donne la mer à boire.
— Bois-la toi-même. Ni moi, ni toi, n’avons un gésier à boire la mer.
— Je te donne la lune à manger.
— Mange-la toi-même. La lune est trop loin, pour que, moi ou toi, nous puissions l’atteindre.
— Je te donne cent lieues de câble à faire, avec le sable de la mer.
— Fais-les toi-même. Le sable de la mer ne se lie pas, comme le lin et le chanvre. Jamais, ni moi, ni toi, ne ferons pareil travail.

Les trois énigmes de la grand’bête

La grand’bête décide alors de lui poser trois questions auxquelles le gojat saura répondre.

— Il va plus vite que les oiseaux, plus vite que le vent, plus vite qu’un éclair.
— L’œil va plus vite que les oiseaux, plus vite que le vent, plus vite que l’éclair.

—Le frère est blanc, la sœur est noire. Chaque matin, le frère tue la sœur. Chaque soir, la sœur tue le frère. Pourtant ils ne meurent jamais.
— Le jour est blanc. Il est le frère de la nuit noire. Chaque matin, au soleil levant, le jour tue la nuit, sa sœur ? Chaque soir, au soleil couchant, la nuit tue le jour son frère. Pourtant jour et nui ne meurent jamais.

— Il rampe, au soleil levant, comme les serpents et les vers. Il marche, à midi, sur deux jambes, comme les oiseaux. Il s’en va, sur trois jambes, au soleil couchant.
— Quand il est petit, l’homme ne sait pas marcher. Il rampe à terre, comme les serpents et les vers. Quand il est grand, il marche sur deux jambes, comme les oiseaux. Quand il est vieux, il s’aide d’un bâton, qui est une troisième jambe.

L’énigme de la Sphinge

Œdipe et la sphinge, Gustave Moreau, Metropolitan Museum of Art.
Œdipe et la sphinge, Gustave Moreau, Metropolitan Museum of Art.

L’histoire, un peu différente, se rapproche de celle de la sphinge grecque, même si, physiquement, celle-ci est autre : tête de femme, corps de lion, ailes d’aigle et queue de scorpion. L’énigme de la sphinge parle de deux sœurs (jour et nuit) : l’une donne naissance à l’autre, qui à son tour enfante la première.

Comment la Grèce et la Gascogne peuvent-elles partager cette même légende ? Julien d’Huy s’est penché sur le sujet. Il note que les Grecs ne sont jamais venus en Gascogne, alors qu’ils sont allés en Provence ou en Languedoc. Et ces deux régions n’ont pas cette légende !

Alors, Julien d’Huy propose une hypothèse plutôt partagée aujourd’hui : Les Basques conserveraient dans leur folklore des thèmes très anciens, et pour certains préhistoriques. Dans ces conditions, le motif grec de la Sphinge serait pré-indo-européen, et les versions grecque et aquitaine constitueraient d’ultimes vestiges d’un mythe bien plus répandu lors de la Préhistoire. Ce qui confirmerait la continuité de cette population implantée dans le sud-ouest de la France, depuis l’Aurignacien ou même avant. Rappelons que Basques et Gascons sont initialement un même ensemble.

Anne-Pierre Darrées

Références

Contes et légendes de Gascogne, Fanette Pézard, 1962
Les légendes des Hautes-Pyrénées, Eugène Cordier,
Voyage en France, Ardouin Dumazet, 1904
L’Aquitaine sur la route d’Œdipe, Julien d’Huy, 2012
Contes de Gasconha, Jean-François Bladé, 1966
Contes populaires de la Gascogne, tome 1, 2 et 3, Jean-François Bladé, 1886
Archives pyrénéennes : Mythologie, contes et légendes, Association Guillaume Mauran
La Gascogne dans un schéma trifonctionnel médiéval, Philippe Jouet-Momas
La photo d’entête est une composition de documents  d’une exposition sur le Bestiaire du Moyen Âge de la BNF




Ausone, le poète bordelais de l’empire de Rome

Ausone est un grand nom de la littérature aquitano-romaine. Sa réputation s’étend bien au-delà de son bordelais natal chéri. Un « pré-Gascon » de renom !  Ayant beaucoup écrit sur lui-même et son pays, on connait bien sa vie. E-F Corpet nous en parle.

Les premières années d’Ausone

Decimus Magnus Ausonius (Ausone) nait en 309 ou 310 à Cossium (Bazas) ou à Burdigala (Bordeaux). Son père, Julius Ausonius, est un médecin réputé.  Sa mère, Ӕmilia Ӕonia, est d’une famille des Ӕdui (Éduens, peuples du côté de la Bourgogne) qui s’était réfugiée  à Aquae Tarbellae (Dax) en Aquitaine.

Buste d'Ausone, rue Ausone à Bordeaux
Buste d’Ausone de Bertrand Piéchald, Rue Ausone à Bordeaux

Le jeune Decimus a un oncle, Arborius, qu’il aime comme son père : Culta mihi est pietas, patre primum et matre vocatis : Dicere sed rea fit, tertius Arborius. / C’était un pieux devoir pour moi de nommer d’abord mon père et ma mère, mais je me reproche de ne parler qu’en troisième lieu d’Arborius. (Extrait de sa correspondance). Grâce à cet oncle, Ausone est confié à des professeurs à Burdigala : le grammairien bordelais Macrinus, les grammairiens grecs Corinthius et Sperchius (Julius Ausonius, le père, parle mieux le grec que le latin). Les penchants du jeune Decimus l’amènent plutôt vers l’éloquence et on lui donne comme professeurs de rhétorique l’Auscitain Luciolus Staphylius et le Bordelais Tiberius Victor Minervius.

Puis, toujours son oncle Arborius l’appelle à Tolosa pour continuer son apprentissage.

Ausone revient à Burdigala

Après quelques plaidoiries sans grand succès, Decimus devient professeur de grammaire à Burdigala. Il épouse la fille d’un sénateur copain de son père, Attusa Lucana Sabina que l’on décrit noble et belle. Elle lui donne trois enfants : Ausinius qui meurt très jeune, Hesperius qui sera vicaire de Macédoine et une fille dont Decimus n’a pas laissé le nom mais qui fera deux beaux mariages (le préfet d’Illyrie puis le proconsul d’Afrique). Attusa meurt à 28 ans et Ausone ne se remariera jamais.

Paulin de Nole, élève et ami de Ausone, d'après un vitrail de la cathédrale de Linz (Autriche).
Paulin de Nole d’après un vitrail de la cathédrale de Linz (Autriche).

Ausone reste trente ans professeur à Bordeaux et gardera des liens quasi paternels avec un de ses élèves, le futur saint-Paulin. La longue correspondance entre ces deux personnes donne des informations sur l’histoire, les modes de vies dans la noblesse de l’époque et sur la littérature. Dans l’épître 29, Ausone se désole du choix de Paulin, parti en Espagne : Tu as donc changé de sentiments, Paulin bien-aimé ? Voilà ce qu’ont produit ces forêts de la Vasconie, ces neigeuses retraites des Pyrénées et l’oubli de notre ciel ! À toi donc mes justes imprécations, terre d’Ibérie !

Ausone à la cour de l’empereur

Ausone, vue d'artiste (XVIIe siècle)
Ausone, vue d’artiste (XVIIe siècle)

La réputation de professeur d’Ausone amène l’empereur romain Valentinien Ier à lui confier en 367 l’éducation de son fils Gratien promis au trône. L’enfant a huit ans. Ausone rejoindra Valentinien et sa cour installée à Trèves (Allemagne). Ceux-ci sont chrétiens, Decimus, avec diplomatie, le deviendra aussi mais ne partagera jamais cette foi. On peut apprécier le poète qui, par humour ou par flatterie, compare Valentinien, son frère Valens (co-empereur) et Gratien au Père, au Fils et au Saint-Esprit…

Ausone chante la victoire de l’empereur sur les Alemanni, le Danube, la Moselle, Trèves, Mediolanum (Milan)… Il deviendra questeur. Après la mort de Valentinien en 375, Gratien lui ouvre des possibilités nouvelles, une ascension sociale hors pair. Ausone l’honore comme il sied (légende d’une peinture représentant Gratien tuant un lion d’une seule flèche) :

Quod leo tam tenui patitur sub arundine letum,
Non vires ferri, sed ferientes agunt. 
Si ce lion reçoit la mort d’une flèche aussi mince, c’est qu’il éprouve la force, non du fer, mais du bras qui le frappe.

Flavius Gratianus Augustus, empereur romain de 367 à 383

Ausone devient  préfet, proconsul, consul. Ses titres valent même à son père, Julius Ausonius, qui approche les 90 ans, d’être nommé préfet d’Illyrie (Albanie actuelle). Et il peut offrir ses vœux de bonne année à Paulin avec ces mots :

Vive, vale, et totidem venturos congere Ianos
Quot tuus aut noster conseruere patres,
Vis, vis bien, et amasse-toi autant de futurs jours de l’an
Qu’en ont enchaînés ton père ou le mien.

Le nid de vieillesse

À la mort de Gratien en 383, Decimus rentre enfin à Bordeaux. C’est là qu’est son âme. Il est riche et il peut consacrer son temps à écrire des poèmes, sans contrainte courtisane, et jouir de sa contrée. On le voit dans ses villas, Lucaniacus, Pagus Novarus… ou à la Villula, où il passe ses dernières années. Il célèbre le pays, dont il a une vision large. Il parle de Carentonus (fleuve Charente), des huîtres de Marennes, d’Iculisma (Angoulême), de Burdigala, du vin. Ausone parle de Divona, déesse celte des sources, qui donna, entre autres, son nom, Divona Cadurcorum, à Cahors.

Salve, fons ignote ortu, sacer, alme, perennis,
Vitree, glauce, profunde, sonore, inlimis, opace.
Salve, urbis genius, medico potabilis haustu,
Divona, Celtarum lingua, fons addite divis!
Salut, fontaine dont on ignore la source, sainte, bienfaisante, pérenne,
Cristalline, azurée, profonde, murmurante, limpide, ombragée.
Salut, génie de la ville, qui nous verse un breuvage salutaire,
Divona, en langue celte, source d’ordre divin!

Ausone le poète inspirant des poètes

Pierre de Ronsard en poète latin, Les Amours (1543)

Ausone le poète a une réputation qui passera les ans, les siècles. Il sera honoré à la Renaissance. On pourra reconnaître par exemple dans la poésie de Ronsard (1524-1585), Mignonne allons voir si la rose, ou dans celle de Malherbe (1555-1628), Consolation à M. Du Périer sur la mort de sa fille (Et rose elle a vécu ce que vivent les roses…) le poème d’Ausone :

Quam longa una dies, ætas tam longa rosarum,
Quas pubescentes juncta senecta premit.
Quam modo nascentem rutilus conspexit Eous,
Hanc rediens sero vespere vidit anum.
Sed bene, quod paucis licet interitura diebus,
Succedens ævum prorogat ipsa suum.
Collige, virgo, rosas, dum flos novus, et nova pubes,
Et memor esto ævum sic properare tuum.
La durée d’un jour est la durée que vivent les roses,
La puberté pour elles touche à la vieillesse qui les tue.
Celle que l’étoile du matin a vue naître,
à son retour le soir elle la voit flétrie.
Mais tout est bien : car, si elle doit périr en peu de jours,
elle a des rejetons qui lui succèdent et prolongent sa vie.
Jeune fille, cueille la rose, pendant que sa fleur est nouvelle et que nouvelle est ta jeunesse,
et souviens-toi que ton âge est passager comme elle.
(Traduction : E. – F. Corpet)

Ausone et son souvenir

Ausone meurt vers 394/395 entre Langon et La Réole.

Caille Jullian a parlé d'Ausone
Camille Jullian

Après avoir été largement célébré, on reprochera à Ausone, en particulier au XIXe siècle, d’avoir trop parlé de lui, d’avoir déjà la vanité des Gascons.  Pourtant, l’historien marseillais Camille Jullian (1859-1933) précise : Ce qui domine chez le plus grand de leurs poètes du IVe siècle, c’est la note, je ne dirai pas égoïste, mais vivante, mais personnelle, l’amour de ce qu’il est, de ce qu’il a fait, de ce qui l’entoure. Il ne rêve pas, il ne pleure pas, il ne se laisse pas aller au courant de capricieuses images ; il voit, il vit ; il est de son temps, il l’aime, il en parle. 

Le château d’Ausone, grand cru classé A du Saint-Emilion lui fait encore honneur. Il serait construit à l’emplacement de la villae Lucaniacum, villa qu’Ausone aurait eu de son beau-père.

Anne-Pierre Darrées

Références

Œuvres d’Ausone, tome second, traduit par l’abbé Jaubert, 1769
Œuvres complètes d’Ausone, tome 1, E.-F. Corpet,  1842
Ausone et Paulin de Nole, David Amherdt, 2004
La correspondance d’Ausone et de Paulin de Nole, Pierre de Labriolle, 1910
Ausone et son temps, Camille Jullian