Roi de France et de Navarre

« Qu’il soit de France ou de Navarre ». Qui n’a jamais entendu ou utilisé cette formule ? Savez-vous qu’elle nous vient du temps où les vicomtes de Béarn étaient rois de Navarre ?

Le royaume de Navarre

C’est un tout petit royaume qui correspond à l’actuelle province basque de Navarre. Sa capitale est Pampalona (Pampelune).

Charlemagne perd une partie de son armée à Roncevaux en 778 contre les Navarrais. Son fils Louis Ier subit une autre défaite à Roncevaux en 824. C’est l’acte de fondation du royaume de Navarre, et c’est donc le plus vieux royaume espagnol.

El Cid Campeador (Burgos)
El Cid Campeador (Burgos) (C. 1043-1099)

Le royaume de Navarre est à l’origine de la Reconquista (Reconquête) de l’Espagne sur les Maures. Ensuite, c’est le royaume d’Aragon qui prend la tête des opérations. C’est l’époque du Cid Campeador dont Corneille tirera une pièce de théâtre, Le Cid. Gaston IV de Béarn y trouve la mort en 1131.

La Navarre est un royaume à cheval sur les Pyrénées. Mais Sanche VI, qui règne de 1150 à 1194, perd Bayonne et le Labourd. En conséquence, le royaume n’a plus aucun débouché sur la mer. Au nord des Pyrénées, il lui reste encore la Basse-Navarre dont la capitale est Saint-Jean-Pied-de-Port.

C’est un royaume très convoité par ses voisins d’Aragon et de Castille, mais aussi par la France. D’ailleurs, les comtes d’Evreux, les comtes de Champagne ou les rois de France sont rois de Navarre pendant quelques années.

Le Royaume de Navarre en 1195 cf Wikipedia
Le Royaume de Navarre en 1195 cf. Wikipedia

L’intervention de Louis XI, Roi de France

Des successions difficiles sont l’occasion de fréquentes guerres civiles.

La dernière guerre civile oppose trois familles. Les familles de Beaumont et de Luxe (commune de Navarre au nord des Pyrénées) qui soutiennent Charles de Viane, l’héritier naturel de la Navarre mais encore mineur, à la famille de Gramont originaire de Guiche qui soutient le vicomte de Béarn.

Louis XI, roi de France
Louis XI, Roi de France (1423-1483)

C’est Louis XI qui met fin à cette guerre civile lors de l’entrevue du pont d’Osserain / Aussaranh en 1462,  avec Jean II d’Aragon. Cette commune est limitrophe de la Soule et du Béarn près de la confluence du Gau d’Auloron (Gave d’Oloron) avec le Gau de Pau (Gave de Pau).

Louis XI arrive par Bordeaux, Bayonne, Sorde et Sauveterre. Il va faire ses dévotions à Notre-Dame de Sarrance avant de repartir à toute vitesse par Lescar, Pau, Morlàas, Tarbes et gagner Toulouse en traversant le Comminges. Toulouse vient de subir un énorme incendie.

S’il s’est déplacé, c’est aussi pour signer le traité de Bayonne en mai 1462 par lequel le roi d’Aragon cède temporairement la Cerdagne et le Roussillon à la France.

Les Béarnais deviennent rois de Navarre

Aux termes de l’accord d’Aussaranh, le roi d’Aragon, Jean II d’Aragon conserve la Navarre jusqu’à sa mort en 1478. Sa fille Eléonore d’Aragon lui succède mais meurt un an après. Or, depuis 1434, elle est la femme de Gaston IV de Foix-Grailly (1423-1472), comte de Foix et vicomte de Béarn. Cette famille de Foix-Grailly possède déjà le Béarn depuis 1412. Jean II d’Aragon, conclut à Barcelone le un traité par lequel il institue Eléonore et Gaston IV de Foix-Grailly comme héritiers du royaume de Navarre.

François Febus (1467-1483), roi de Navarre de 1479 à 1483
François Febus (1467-1483), roi de Navarre de 1479 à 1483

Gaston (1444-1470), fils de Gaston IV aura deux enfants François Febus (1467-1483), roi de Navarre de 1479 à 1483, mort à 16 ans et Catherine I de Navarre (1468-1517).

Catherine I de Navarre succède à son frère en 1483 et elle épouse Jean II d’Albret en 1484. En raison de la guerre civile, Jean d’Albret et Catherine de Foix doivent attendre dix ans avant d’entrer dans leur royaume. Ils trouvent les portes de Pampelune fermées. Leur couronnement n’a lieu qu’en 1494 devant l’évêque du Couserans qui préside la cérémonie.

Mais ce n’est pas du gout de tout le monde. Ainsi, la famille de Beaumont se rebelle contre les nouveaux rois. Alors, le roi de Castille intervient dans les affaires de la Navarre et le traité de Madrid de 1495 exile la famille de Beaumont. La paix règne de nouveau. Hélas, c’est de courte durée. La guerre reprend entre la France et la Castille. Prudent, Jean d’Albret reste neutre.

Prétextant que le roi de Navarre a refusé le passage à ses troupes, le roi d’Aragon envahit la Navarre en 1512, y compris la Basse-Navarre. Les rois de Navarre s’enfuient à Sauveterre en Béarn.

La perte définitive de la Navarre

Les États de Béarn réunis à Sauveterre accordent au roi de Navarre de lever 40 000 hommes et d’importants subsides. Mais une armée béarnaise est battue dans la vallée de Roncal. Louis XII envoie une armée massée à Bayonne, à Peyrehorade et à Sauveterre. Le dauphin, le futur François Ier commande l’armée béarnaise. La campagne militaire est un désastre.

Henri II d'Albret
Henri II d’Albret (1503-1555)

À la mort de Jean d’Albret en 1515, son fils Henri hérite de tous ses titres sous le nom d’Henri II d’Albret. Il épouse Marguerite d’Angoulême, la sœur de François Ier, et n’a de cesse de récupérer la Navarre.

Le roi de France envoie une armée de secours qui prend Saint-Jean-Pied-de-Port en 1521, puis Pampelune et presque toutes les villes de Navarre. Mais l’armée française est battue le 30 juin à la bataille de Noain. Et les Castillans reprennent la Basse-Navarre.

Pendant ce temps, Henri II attend impatiemment à Navarrenx avec ses soldats. On ne l’associe pas aux opérations militaires et il rentre à Pau. Une armée de secours arrive en septembre mais se contente de prendre Fontarabie.

Coup de théâtre. En 1523, les Espagnols lancent une offensive, reprennent Fontarabie, brulent Sorde, Hastingues, le château de Bidache et Mauléon en Soule. Ils assiègent Sauveterre et Navarrenx pendant que d‘autres soldats passent par le Somport et sont arrêtés devant Oloron. La situation est rétablie l’année suivante et Henri II d’Albert part pour l’Italie avec François Ier.

Que reste-t-il du royaume de Navarre ?

En 1530, les Espagnols jugent trop couteuse la défense de la Basse Navarre et l’abandonnent. De promesses en complots et en obscures négociations, Henri II d’Albret espère toujours récupérer son royaume, c’est-à dire la partie au sud des Pyrénées. C’est en vain. Il meurt en 1555 à Hagetmau.

Il ne reste plus que la Basse-Navarre qui est érigée en royaume. Des États sont constitués à Saint-Jean-Pied-de-Port. Un For est octroyé. Une chambre des comptes est créée à Pau et la justice est réorganisée. Son siège est à Saint-Palais. Bref, toutes les apparences d’un vrai royaume.

Henri III de Béarn (1553-1610) devient Henri IV, Roi de France en 1589
Henri III de Béarn (1553-1610) devient Henri IV, Roi de France en 1589

Henri III de Navarre transmet le titre de roi de Navarre aux rois de France. Il devient roi de France sous le nom d’Henri IV. La titulature de « roi de France et de Navarre » reste en vigueur jusqu’à Charles X en 1824.

L’illusion d’un grand royaume disparait avec l’intégration toujours plus forte au royaume de France. D’abord, c’est le rattachement définitif du Béarn et de la Navarre au royaume par Louis XIII en 1620. Ensuite, c’est le Traité des Pyrénées de 1659 qui crée une frontière et sépare pour toujours les deux Navarre.

Les vicomtes de Béarn et rois de Navarre sont enterrés à la cathédrale de Lescar.

L’expression « de France et de Navarre » est restée dans le langage courant. Et quand on parle de navarèsa, on pense aux cloches que portaient les mules de Navarre.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)

Références

Henri LEVASSEUR, Histoire des d’Albret et des rois de Navarre, Éditions Atlantica, 2006.
Denis LABAU, Lorsque les seigneurs de Béarn régnaient sur la Navarre, Imprimerie COVEDI, 1994.
Maurice ROMIEU, Lescar capitale historique du Béarn, Edicions Escòla Gaston Febus, 2024.




Ferdinand Foch (1851-1929)

Ferdinand Foch (1851-1929) est né à Tarbes. Après une carrière militaire brillante, en mars 1918, Clémenceau le charge de coordonner l’action des troupes françaises et britanniques. Il devient Maréchal de France en 1918.

Ferdinand Foch choisit l’armée

Maison natale de Ferdinand Foch, rue de la Victoire à Tarbes © Wikipedia
Maison natale de Ferdinand Foch, rue de la Victoire à Tarbes © Wikipedia

Ferdinand Foch est le fils de Bertrand Foch, originaire de Valentine (Haute-Garonne) et secrétaire général de la préfecture des Hautes-Pyrénées au moment de sa naissance, et de Marie Dupré, originaire d’Argelès-Gazost (Hautes-Pyrénées). La famille est nombreuse (sept enfants) et il est le sixième. La famille suit le père lors de ses mutations successives. C’est d’abord Montréjeau, puis Rodez et Lyon. À chaque fois, Ferdinand étudie dans les plus grands collèges.

En 1870, il se trouve à Metz où il prépare son entrée à l’école Polytechnique. Cependant, c’est la guerre contre les Prussiens. Alors, il décide de s’engager au 4ème régiment d’infanterie qui n’a pas le temps de se battre.

Germain Foch (1889-1914)
Germain Foch (1889-1914) © Nos ancêtres les Poilus

L’année suivante, après la guerre, il intègre l’école Polytechnique (il en sortira en 1873) et devient officier d’artillerie au 24ème régiment d’artillerie de Tarbes. Nommé capitaine en 1879, il part pour Paris au dépôt central de l’artillerie à Paris.

En 1883, le jeune officier épouse Julie Bienvenüe (1860-1950) avec qui il aura deux filles et deux garçons dont le premier, Jules, ne survivra pas, et le deuxième, Germain sera tué d’une balle au front lors de son premier combat à Ville Houdlémont.

Ferdinand Foch, collégien, polytechnicien, capitaine d’artillerie, général de brigade © Loucrup65.fr

Ferdinand Foch, une carrière militaire exemplaire

Foch, colonel, chef de corps du 35e régiment d'artillerie (1903) © Wikipedia
Foch, colonel, chef de corps du 35e régiment d’artillerie (1903) © Wikipedia

Les choses vont vite : colonel en 1903 puis général en 1907, il prend en 1913 le commandement du 20ème corps d’armée basé à Nancy. Entre-temps, il enseigne à l’école militaire et se fait remarquer pour son analyse critique des guerres napoléoniennes et de la guerre de 1870.

 

 

 

 

 

Émile Combes (1835-1921) © Wikipedia
Émile Combes (1835-1921) © Wikipedia

Pourtant, sa carrière aurait pu être courte. En effet, le gouvernement est anticlérical et un frère de Ferdinand Foch est jésuite. Lui-même a étudié dans des collèges jésuites. De plus, il se trouve mêlé à « l’affaire des fiches » qui éclate en 1904, dans laquelle tous les officiers sont fichés. Ces fiches prennent le pas sur les dossiers militaires. L’affaire provoque d’ailleurs la chute du gouvernement d’Émile Combes.

La guerre de 1914-1918

Carte de la Bataille de Lorraine du 5 août 1914 au 15 septembre 1914 © Wikipedia
Carte de la Bataille de Lorraine du 5 août 1914 au 15 septembre 1914 © Wikipedia

Lorsque la guerre se déclare, Ferdinand Foch commande le 20ème corps d’armée de Nancy, sous les ordres du général aveyronnais Édouard de Castelnau, un fin lettré qui a même été mainteneur des jeux Floraux de Toulouse (plus vieille académie de lettres de France).

Il participe à la bataille de Lorraine des 19 et 20 aout, empêche des Allemands de franchir la Meurthe et protège Nancy. Il s’y fait remarquer pour son esprit d’offensive ; cela étonne particulièrement les Allemands alors que les troupes françaises perdent du terrain.

Général Joffre en 1915 (1952-1831)
Général Joffre en 1915 (1852-1931)

À la bataille de Morhange du 20 aout, Foch attaque la ville alors que ses ordres étaient de ne pas bouger et de tenir sa position. Pris dans un piège, les Français reculent. Ferdinand Foch reste sur place, fait donner toute l’artillerie de son 20ème corps d’armée et protège la retraite des soldats. Il commande, dit-on, en fumant le cigare. Le 28 aout, le général Joffre l’appelle pour le promouvoir. Pourtant, c’est à la suite de cette bataille qu’on désignera les soldats du 15ème corps, tous méridionaux, comme les responsables de la défaite.

Ferdinand Foch commande maintenant la IXe armée pendant la bataille de la Marne. Il coordonne déjà les armées françaises, britanniques et belges. Il aurait dit : « Pressé fortement sur ma droite, mon centre cède, impossible de me mouvoir, situation excellente, j’attaque ». Et il repousse toutes les attaques des Allemands.

Toutefois, sa doctrine de l’attaque provoque d’énormes pertes, alors on le relève de son commandement en 1916. Mais il revient l’année suivante comme chef d’état-major général affecté aux opérations inter alliées. On l’envoie en Italie après la défaite italienne de Caporetto.

Foch, généralissime de toutes les armées

Le 26 mars 1918, Ferdinand Foch est chargé de la coordination des troupes françaises et anglaises avec le titre de généralissime. À Doullens, petite ville de Picardie, le Président Raymond Poincaré, le président du Conseil Georges Clémenceau, les généraux Pétain et Weygand, ainsi que l’état-major britannique, prennent la décision. Plus tard, ils étendent ses pouvoirs à l’Italie.

Georges Clémenceau dira : « Je me suis dit : Essayons Foch ! Au moins, nous mourrons le fusil à la main ! J’ai laissé cet homme sensé, plein de raison qu’était Pétain ; j’ai adopté ce fou qu’était Foch. C’est le fou qui nous a tirés de là ! ».

Mairie de Doullens (80600) - Salle de réunion du 26 avril 1918 pour un commandement unique des troupes françaises et britanniques © Office de Tourisme du Territoire Nord Picardie
Mairie de Doullens (80600) – Salle de la réunion du 26 mars 1918 pour un commandement unique des troupes françaises et britanniques © Office de Tourisme du Territoire Nord Picardie

Car Foch a une puissante force de conviction, une grande énergie, associées à des principes et des modes d’action forts.

Les bâtons de maréchal de de Grande-Bretagne, de France et de Pologne (de g. à dr.) © Wikipedia
Les bâtons de maréchal de Grande-Bretagne, de France et de Pologne (de g. à dr.) © Wikipedia

D’ailleurs, Foch bloque toutes les offensives allemandes. Grâce à son offensive générale, il contraint les Allemands à demander l’armistice. Et il fait partie des signataires de l’accord dans la clairière de Rethondes.

Ferdinand Foch est fait maréchal de France en 1918, maréchal du Royaume-Uni en 1919, maréchal de Pologne en 1923. Il est nommé à l’académie des Sciences, puis à l’académie française. Que d’honneurs pour ce soldat tarbais !

Lors du traité de Versailles, il s’écrie : « Ce n’est pas une paix, c’est un armistice de vingt ans ». Hélas, la suite lui donnera raison.

Ferdinand Foch écrit un ouvrage : Mémoires pour servir à l’histoire de la guerre de 1914-1918, Des principes de la guerre, qui sera publié après sa mort : Le Mémorial de Foch (résumé de son testament politique et militaire).

La visite triomphale à Tarbes du Maréchal Foch

Foch est invité dans tous les pays. Il y donne des conférences, y préside des cérémonies officielles militaires ou civiles, y parraine des œuvres de charité.

Arrivée du Maréchal Foch à la Mairie de Tarbes © Loucrup.65.fr
Arrivée du Maréchal Foch à la Mairie de Tarbes le 27 septembre 1919 © Loucrup65.fr

Mais il n’oublie pas son département de naissance, ni Tarbes où il fait une tournée triomphale de trois jours en 1919. Il arrive le 27 septembre à la gare de Tarbes, acclamé par une foule immense massée le long du parcours qui le mène à la mairie.

Après les discours et les réceptions de personnalités, il inaugure le monument aux morts, alors situé place de Verdun. S’ensuit un grand banquet.

Il va ensuite à Lourdes pour une visite privée. Là, il assiste à la messe dans la basilique et se recueille dans la grotte. De retour à Tarbes, il va visiter l’hôpital, puis sa maison natale.

Le lendemain, il se rend à Argelès-Gazost pour diner chez des amis. Il s’arrête à Ossun et à Lourdes pour une réception dans les hôtels de ville. Il part ensuite pour Arreau inaugurer une plaque sur la maison de sa grand-mère maternelle. Pour l’occasion, on baptise l’école d’Arreau, école Maréchal Foch.

Il franchit ensuite le col d’Aspin et se rend à une réception au casino de Bagnères. Le 2 octobre, il part pour Valentine (Haute-Garonne).

Partout des foules immenses sont venues l’acclamer. À coup sûr, elles gardent dans leur mémoire cette visite inoubliable.

Que reste-t-il de Ferdinand Foch ?

Tombeau du Maréchal Foch aux Invalides
Tombeau du Maréchal Foch aux Invalides

Ferdinand Foch meurt à son domicile parisien le 20 mars 1929. Des obsèques nationales ont lieu. Il repose aux Invalides depuis 1937. Le souvenir du Maréchal Foch est encore très présent.

On baptise de son nom des bâtiments publics et des voies publiques. Rares sont les villes à ne pas l’avoir fait. On en retrouve même dans les anciens pays alliés, en Grande-Bretagne, au Canada et même en Pologne ou en Équateur. L’Afrique du Sud nomme une ville Fochville.

De grands bâtiments de guerre portent son nom. Un porte-avion en France.

Statue équestre du Maréchal Foch à Tarbes
Statue équestre du Maréchal Foch à Tarbes

On érige un peu partout des statues, le plus souvent équestres. À Tarbes, bien sûr, mais aussi à Saint-Gaudens, à Londres, à Paris et sur les lieux des principales batailles auxquelles il a participé.

Tarbes lui consacre un musée dans sa maison natale. Ses papiers personnels sont conservés aux Archives Nationales, cote 414AP.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)

Références

Ferdinand Foch sur Wikipedia
Foch à Tarbes
Chemins de mémoire  (divers articles consacrés au maréchal Foch).:
Ministère de la défense : www.terremag.defense.gouv.fr.
Le mémorial de Foch : mes entretiens avec le maréchal, Raymond Recouly, 1932, Gallica
Escola Gaston Febus : 14 – 18 vue par les Gascons : Le choc du retour à la maison




Le chemin de la mâture

Louis XIV décide de construire une flotte de guerre. Mais les conflits rendent difficile l’approvisionnement en bois des pays du nord. Alors, Colbert fait exploiter les forêts pyrénéennes, riches en espèces de toute sorte.

La Marine royale

Avant Louis XIV, la flotte n’est pas une préoccupation de la France. La Marine compte peu de vaisseaux mais pour ses besoins, il suffit de louer des bateaux ou de confier des missions à des armateurs privés.

Inspiré par Colbert (1619-1983), Louis XIV décide de doter la France d’une flotte aussi puissante que celles de la Hollande ou de l’Angleterre. En 1671, il fixe les effectifs de la flotte à 120 vaisseaux, 22 frégates et 38 bâtiments de charge pour la logistique des escadres. Auxquels s’ajoutent 40 galères pour des missions d’escorte ou de reconnaissance en Méditerranée.

L'approvisionnement en bois de l'Arsenal de Toulon en 1670 avec un vaisseau en construction © Wikipedia
Arsenal de Toulon en 1670 avec un vaisseau en construction © Wikipedia

L’effort est considérable. De 1689 à 1693, on construit 17 vaisseaux par an. Or, les arsenaux ne peuvent pas suivre le rythme. Alors, il faut acheter des bateaux en Hollande ou au Danemark.

Le Royal-Louis, vaisseau de premier rang de plus de 100 canons lancé en 1668. © Wikipedia
Le Royal-Louis, vaisseau de premier rang de plus de 100 canons lancé en 1668. © Wikipedia

Pourtant, dès 1691, la flotte compte 120 vaisseaux de premier et de 2ème rang. Ils ont trois ponts et de 80 à 100 canons. Précisons qu’il existe six rangs de navires caractérisés par le nombre de canons. Les bâtiments du 6ème rang n’en ont que 20.

La flotte nécessite des approvisionnements qu’il faut maitriser : bois, chanvre, canons, cuivre, fer, goudron, etc. La France achète la plupart de ces fournitures en Espagne, aux Pays-Bas, en Suède ou en Allemagne.

On mesure l’effort à accomplir pour devenir autonome ! C’est ce qui explique la législation sur les forêts qui doivent être exploitées et renouvelées pour fournir le bois nécessaire. La France est autosuffisante pour le bois de chêne et de hêtre mais doit importer du sapin de la Baltique.

L’exploitation du bois des Pyrénées

Les forêts du Béarn et le chemin de la mâture
Les forêts et le chemin de la mâture en Béarn @ Union Scientifique d’Aquitaine

Les forêts pyrénéennes sont riches en essences nécessaires pour la Marine. Les rivières permettent le flottage du bois. Celui des forêts du Comminges flotte sur la Garonne jusqu’à Bordeaux. Celui des forêts de Béarn flotte sur le Gave et l’Adour jusqu’à Bayonne.

Les sapins feront des mâts de navires, les hêtres serviront aux poutres et aux avirons, le buis pour les essieux de poulies.

Ainsi, l’exploitation du bois des forêts béarnaises débute en 1677 dans la forêt de Lhers, en vallée d’Aspe. La forêt est vite épuisée et l’exploitation se porte sur celle d’Issaux. On descend les futs de sapin de 30 mètres sur des glissières au moyen de cordes puis on les transporte sur des attelages de bœufs jusqu’à Athas. Là, on les assemble en radeaux qui descendent le Gave par flottage jusqu’à Bayonne. Les radeleurs sont des Commingeois.

"Cette Planche fait voir la vue d'une glissoire pour l'extraction des mâts. On voit en AA des cabanes pour les ouvriers" (Planche IV du Mémoire de Leroy © Gallica)
« Cette Planche fait voir la vue d’une glissoire pour l’extraction des mâts. On voit en AA des cabanes pour les ouvriers » (Planche IV du Mémoire de P-M Leroy © Gallica)

C’est la société Forcade d’Oloron qui est en charge de l’exploitation du bois depuis 1758. Elle recrute 130 ouvriers, sans compter les radeleurs, construit un moulin à scie à Athas et agrandit le port d’où partent 300 radeaux par an.

En 1764, c’est le sieur d’Arripe qui reprend l’exploitation des bois. Mais il fait faillite en 1765, et, finalement, la Marine la prend en charge directement sous la direction de l’ingénieur Paul-Marie Leroy (1733-1795).

Lorsqu’il n’y a plus de bois dans la forêt d’Issaux, c’est le tour de la forêt du Pacq, entre Etsaut et Urdos. Seulement, pour descendre le bois, il faut traverser le ravin du Sescoué barré par une falaise abrupte.

Alors, Paul-Marie Leroy fait tailler le chemin de la mâture à flanc de falaise.

Le Mémoire de Paul-Marie Leroy

Mémoire de Paul-Marie Leroy paru à Londres en 1776 © Gallica
Mémoire de Paul-Marie Leroy paru à Londres en 1776 © Gallica

Paul-Marie Leroy publie en 1776, un Mémoire sur les travaux qui ont rapport avec l’exploitation de la mâture dans les Pyrénées. Un mémoire qu’il a envoyé au magistrat et botaniste Malesherbes.

L’ouvrage commence par une remarquable description des Pyrénées qui est une des premières à être publiées. Il y décrit la qualité des arbres, les insectes ravageurs et toutes les opérations de la mâture jusqu’à l’arrivée des bois à Bayonne.

Paul-Marie Leroy mentionne même un « yéti » pyrénéen aperçu dans la forêt d’Iraty :  » Cet homme étoit de grande taille, velu comme un ours, alerte comme les hisars, d’une humeur gaie, avec l’apparence d’un caractère doux, puisqu’il ne faisoit de mal à rien. » Peut-être pouvons-nous le rapprocher de la légende de Jean de l’ours ?

Un travail pénible et dangereux

Les ouvriers sont des Basques. La vie est rude : « Chacun apporte le lundi sa provision de farine de milloc ou bled de Turquie pour la semaine ; à l’heure du repas, ils en délayent un peu avec de l’eau dans une gamelle de bois ou sur un copau, & en forment un gâteau qu’ils font cuire sous la cendre ; quelques-uns font le soir un peu de soupe avec de l’eau, du sel, et des feuilles d’ortie blanche ou de mauve sauvage. Ils couchent sur le lieu du travail dans des huttes de cinq a six pieds d’élévation formées de mauvaises planches, d’écorces d’arbres, ou de débris des sapins qu’ils ont abattus ; ils les adossent à quelque rocher s’il s’en trouve & font du feu devant l’ouverture : on leur délivre une couverture de laine pour deux ; le lit est formé de branches de sapins ».

Reconstitution d'un train de bois à la fête annuelle des radeleurs © Union Scientifique d'Aquitaine
Reconstitution d’un train de bois à la fête annuelle des radeleurs © Union Scientifique d’Aquitaine

Le travail est dangereux : « On sent combien il est difficile de manœuvrer dans des lieux où il est souvent impossible aux ouvriers de se communiquer les uns les autres, même de s’y tenir, aussi ne peut-on pas toujours empêcher les accidens : on a vu quelques fois les câbles se rompre, des pièces s’échapper avec rapidité, tourner sur elles-mêmes dans toute leur longueur en décrivant un cercle, s’aller briser en éclats, ou s’enfoncer de dix-huit pieds en terre , de manière qu’on ne pouvoit les en tirer qu’en les coupant ».

Les chemins de la mâture

"Dans cette planche, on a représenté les trains à transporter les Mâts" (Pl V du Mémoire de Leroy © Gallica)
« Dans cette planche, on a représenté les trains à transporter les Mâts » (Planche V du Mémoire de P-M Leroy © Gallica)

Pour transporter le bois jusqu’à Athas, des chemins de la mâture sont tracés dans la forêt. La pente est raide et les chemins bordent souvent des précipices.

On utilise des bœufs : « on en attèle jusqu’à quinze paires aux pièves d’un échantillon considérable ; on choisit les plus robustes pour le timon de devant, car il n’y a que cette paire qui tire ; ceux de derrière qui ne sont destinés qu’à retenir, arboutent les jambes de devant, & s’acculent tout à fait sur le derrière, puis se laissent glisser tant que le chemin descend ».

Mais il faut franchir le ravin du Sescoué bordé de falaises abruptes. Alors, Paul-Marie Leroy trouve une solution : creuser la falaise. Taillé à même la roche, le chemin mesure 4 mètres de haut, 4 mètres de large sur une longueur de 900 mètres. Il permet le passage des attelages de bœufs.

Le creusement de la falaise

Le chemin de la Mâture
Le chemin de la Mâture © Wikipedia

Le creusement se fait à partir des deux extrémités. On suit une règle en bois plantée sur le rocher qui donne la pente à respecter.

Paul-Marie Leroy nous explique comment on s’y est pris : « Pour l’exécution, on fut d’abord obligé dans certains endroits de suspendre des hommes avec des cordes, pour aller percer des trous et y poser des fleurets, qui servissent ensuite d’échafaudages ; ou bien ils descendoient par des échelles suspendues, soit pour tirer des mines ; ou travailloient sur des échafauds très élevés, soutenus par des échelles dont les pieds posoient sur les bords du précipice : souvent même il falloit se renverser au dehors ; pour passer d’un côté de ces échelles à l’autre. On sent bien qu’il falloit pour cela des ouvriers déterminés ».

Pour creuser le chemin, « On a eu attention, autant qu’il a été possible, de commencer cette trace par le haut du cintre de la demi voute, parce qu’il étoit ensuite plus facile de creuser & de s’élargir en baissant, chaque mine faisant sauter à droite & à gauche de son trou & par conséquent tendant toujours à baisser ».

C’est un travail considérable et les travaux de creusement se terminent en 1772. Six ans plus tard, en 1778, l’exploitation du chemin cesse parce qu’il n’y a plus de bois à couper. Toutefois Les forêts de la vallée d’Ossau resteront exploitées jusqu’en 1792.

Aujourd’hui, le GR 10 emprunte le chemin de la mâture. Et depuis juin 2021, une passerelle suspendue permet d’enjamber la vallée du Gave pour rejoindre le fort du Pourtalet.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)

Références

Les bois pyrénéens pour la politique royale, Escòla Gaston Febus
Liste des vaisseaux de Louis XIV, Wikipedia
Robert CHEVET, L’utilisation du bois des Pyrénées pour la construction navale sous l’Ancien Régime, mars/avril 2010
Les Chemins de la Mâture en vallée d’Aspe, Wikipedia
Paul-Marie LEROY, Mémoire sur les travaux qui ont rapport à l’exploitation de la mâture dans les Pyrénées, 1776.
Pierre Chimits, L’exploitation des forêts pyrénéennes par flottage




L’Ormée ou la république de Bordeaux

Bordeaux redevient française en 1453. Mais, indocile, la ville se rebelle souvent. Puis, pendant la Fronde des princes qui ravage la Gascogne, elle s’érige en République de l’Ormée.

Bordeaux redevient française

Depuis Aliénor, Bordeaux est anglaise. Les rois d’Angleterre accordent d’importants privilèges à la ville. Alors, son port est florissant. Les vins s’exportent vers l’Angleterre et la Hollande. D’ailleurs, marchandises et voyageurs qui relient l’Angleterre et la Gascogne, transitent par Bordeaux et son port.

Bordeaux, le Palais de l'Ombrière
Bordeaux, le Palais de l’Ombrière

Mais le 17 juillet 1453, Charles VII bat les Anglais à Castillon. Un traité est conclu le 9 octobre et Bordeaux redevient française. Dans les actes officiels, le français remplace le gascon. Et la ville, qui a soutenu les Anglais, se voit infliger une lourde amende et suspendre ses privilèges. Refusant les Français, 2 000 Bordelais partent en Angleterre.

Bordeaux, le Château Trompette
Bordeaux, le Château Trompette

Pour calmer le jeu, les Français rétablissent la Jurade en 1454, encouragent les activités commerciales, construisent les forts du Hâ et du château Trompette en 1459 pour défendre la ville, mais aussi pour la surveiller.

Puis, en 1462, Louis XI rend ses privilèges à la ville et établit un Parlement qui s’installe au palais de l’Ombrière. Son nom est dû aux rangées d’ormes, l’arbre des gascons, qui mènent au palais.

Enfin, en 1475, le port est de nouveau ouvert au commerce avec l’Angleterre. Mais le commerce n’est pas aussi florissant ! La pression royale et sa fiscalité, toujours plus lourde, mécontente les bourgeois.

Bordeaux, l’insoumise

Henri II de France (1519-1559) s'attaque à Bordeaux
Henri II de France (1519-1559)

En 1548, le roi Henri II veut établir la gabelle, alors que la province en est exemptée. Bordeaux se rebelle. Et les émeutiers massacrent le gouverneur et des officiers de la gabelle. En riposte, une armée royale prend la ville, pend 200 personnes. La ville perd ses privilèges, le Parlement est suspendu, la ville subit une énorme amende et doit nourrir 10 000 soldats pendant quelques mois. Pourtant, l’année suivante, la gabelle est supprimée. Et l’amnistie est prononcée moyennant une très forte indemnité.

Le duc d’Épernon s'attaque à la rébellion de Bordeaux
Jean-Louis de Nogaret de la Valette, duc d’Épernon

Après une belle période de calme, en 1635, Bordeaux se soulève contre la nouvelle taxe sur les vins. Le redouté duc d’Epernon entre dans la ville avec l’armée royale et pend les meneurs. Toutefois, alors que la disette menace dans le pays, en 1636 et 1638, Bordeaux se révolte contre l’exportation des grains .

Dix ans plus tard, en 1648, le gouverneur d’Epernon organise un chargement de blé pour l’exportation, en prenant une forte taxe sur le grain, alors que la disette règne à Bordeaux. Alors, le Parlement se range du côté des émeutiers. Le 29 décembre, les Bordelais battent les troupes du duc d’Epernon à La Bastide.

Le conflit s’ouvre entre Bordeaux et le duc d’Epernon. Et la ville, qui est le second foyer de contestation après Paris, rejoint la Fronde.

La  Fronde

Mazarin par Pierre Mignard
Mazarin (1602-1661) par Pierre Mignard

La France est en guerre contre l’Espagne. Richelieu augmente la pression fiscale et entreprend une centralisation du pouvoir. Toutefois, à sa mort, le pays espère un répit. Hélas, Mazarin  qui remplace Richelieu en 1643, continue sa politique. Louis XIV est encore mineur.

Mais, à court d’argent, Mazarin crée de nouvelles taxes à Paris : taxe sur la surface des bâtiments, taxe sur les « aisés » (une sorte de taxe sur la fortune), taxe sur les octrois des villes. Et, en 1648, le Parlement de Paris se révolte ; le peuple suit. Aussi, le 6 janvier 1649, la Cour quitte Paris pour Saint-Germain. Mazarin et Condé assiègent Paris. Le traité de Saint-Germain du 1er avril 1649 met fin à la révolte du Parlement.

Bordeaux s’allie aux révoltés

Pendant ce temps, Bordeaux, solidaire du Parlement de Paris, s’est soulevé. Tout d’abord, le duc d’Epernon bat les Bordelais à Lormont et à Libourne. La flotte royale, appelée, fait un blocus de la ville. Les Bordelais prennent le fort du Hâ et le château Trompette. Et ils confisquent les impôts royaux !

Anne d'Autriche vers 1660 (1601 - 1666)
Anne d’Autriche vers 1660 (1601-1666)

Anne d’Autriche, qui gouverne pendant la minorité de Louis XIV, négocie. Elle offre l’amnistie aux Bordelais et promet de démolir les fortifications de Libourne. Enfin, on signe la paix le 7 janvier 1650.

Condé est arrêté en janvier 1650. La princesse de Condé et son fils s’enfuient. Ils rentrent dans Bordeaux qui leur réserve un accueil enthousiaste. La ville, toujours en lutte contre le duc d’Epernon, rejoint la Fronde des princes.

Le duc d’Epernon est relevé de son commandement et exilé à Dijon. L’armée royale avance sur Bordeaux. Le 1er aout, elle arrive à Libourne et ravage le pays bordelais :

Aquets bilains, traitres, soudards
Gasten bignes, gasten lous blats
Nou laisson ny po ny chataigne. 

Ces vilains, traitres, soudards
gâtent les vignes, gâtent les blés
ne laissent ni pot ni châtaigne.

La paix est signée le 28 septembre.

L’Ormée de Bordeaux

Le Grand Condé rejoint la sédition de la République de l'Ormée
Le Grand Condé (1621-1686)

Condé est libéré. Le 22 septembre 1651, il arrive à Bordeaux et rallie la Guyenne à son nom. Mais Condé se fait battre à Cognac, le 15 novembre, et s’enfuit. Il met le siège devant Paris.

À Bordeaux, 3 000 personnes se regroupent devant l’hôtel de ville. La foule se dirige vers l’Ormée, cette fameuse promenade plantée d’ormes. Les réunions sont houleuses et le peuple s’en prend aux grands qui jouissent de privilèges et que l’on accuse de détourner l’argent public.

En mars 1652, l’Ormée adresse des remontrances au Parlement qui a promis d’envoyer 1 200 hommes à Condé devant Agen. Car, seulement 400 sont arrivés. L’Ormée offre de cotiser pour faire parvenir les renforts.

En avril, l’Ormée défile quotidiennement dans les rues au son du tambour. Elle désigne ses ennemis qui doivent aussitôt quitter la ville. Le Parlement se range à l’avis de l’Ormée, expulse 9 parlementaires en se gardant bien de faire exécuter l’arrêt. L’Ormée va chez les proscrits leur signifier l’ordre d’expulsion. Alors, le Parlement interdit les réunions de l’Ormée.

La montée en puissance de l’Ormée

La Porte Cailhau
La Porte Cailhau

Les membres de l’Ormée mettent des branches d’orme à leur chapeau. C’est le signal de la révolte. Dirigée par l’abbé Geoffroy Gay, l’Ormée envahit le palais de l’ombrière et retient les parlementaires prisonniers. Elle casse son arrêt d’interdiction de se rassembler.

Étonnamment, Condé demande à l’Ormée de respecter le Parlement. Sa lettre suscite un tollé général. Le 24 juin, des combats ont lieu dans les rues avec la milice bourgeoise. Ils prennent d’assaut l’hôtel de ville et l’arsenal. Le 27 juin, l’Ormée créée des institutions de gouvernement et intervient dans la nomination des nouveaux jurats de Bordeaux. Désormais, l’Ormée gouverne à Bordeaux.

Mais le roi entre dans Paris le 21 octobre 1652. En juillet 1653, fait ouvrir les portes de Bordeaux et reprendre l’hôtel de ville. Le drapeau royal remplace alors le drapeau rouge. Le roi entre dans Bordeaux, le 3 aout. On condamne à mort les meneurs.

Bordeaux murmure encore

Les Bordelais sont-ils calmes ? Pas si sûr. En 1675, le roi augmente des taxes, dont celle du papier timbré, requis pour retenir les actes authentiques. Bordeaux se soulève une fois encore, le 26 mars.

Le 29 mars, les paysans des environs arrivent à Bordeaux pour prêter main-forte aux émeutiers. Sous la pression populaire, le Parlement suspend les nouvelles taxes royales. Le calme revient le 30 mars.

Le roi qui n’a pas les moyens de reprendre la ville en mains déclare l’amnistie générale. Le Parlement est cependant exilé à Condom et Bordeaux doit loger plusieurs régiments.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée

Références

La Fronde en Gironde. L’Ormée, un mouvement révolutionnaire 1648-1654, Hélène Sarrazin, 1996.
Le grand retour dans le royaume de France




La guerre de Gascogne 6 – L’épilogue

Nouvelle épisode dans la guerre de Gascogne  : le gouvernement du Prince Noir mécontente les Gascons, surtout à cause des nouveaux impôts créés pour renflouer les caisses après l’expédition de Castille. Jean d’Armagnac et Arnaud-Amanieu d’Albret en appellent au roi de France.

Charles V, un roi prudent dans la reprise de la Gascogne

Charles V de France (1338-1380) se montre très prudent dans la conduite de la guerre de Gascogne contre l'Angleterre
Charles V de France (1338-1380)

Interpelé par Jean d’Armagnac et Arnaud-Amanieu d’Albret, Charles V s’entoure de juristes et examine minutieusement toutes les conséquences d’une entrée en guerre. Il consulte les universités de Toulouse et de Montpellier. Moqueur, le duc de Lancastre dit de lui : « Ce n’est pas un roi sage, c’est un avocat ! ».

La France est forte, les finances sont saines, elle compte de nombreux alliés. Et le Prince Noir est malade depuis son voyage en Castille. Le temps semble propice pour relancer les opérations.

Le Prince Noir (entre 1430 et 1440) © Wikipedia
Le Prince Noir (entre 1430 et 1440) © Wikipedia

En janvier 1369, deux officiers partent de Toulouse, porteurs d’une lettre de citation à comparaitre. Le Prince Noir est furieux. Sa réponse tient en peu de mots : « Nous irons certainement à votre mandement, mais le bassinet en tête et avec toute notre compagnie ». Sur le chemin du retour, le Sénéchal d’Agen arrête et pend les deux officiers du roi.

Charles V sait exploiter la mort de ses ambassadeurs. Il écrit partout. En trois mois, 800 villes et bourgs se déclarent soumis au roi.

Sentant le danger, Édouard III tente une médiation et offre même des avantages territoriaux à Charles V qui fait la sourde oreille. Alors, Édouard III comprend que la guerre est inévitable et envoie des renforts en Aquitaine. En mai 1369, les États généraux sont réunis à Paris. Le 30 novembre, la Cour constate la félonie du Prince Noir et confisque le duché. C’est de nouveau la guerre.

L’offensive pour reconquérir la Gascogne

Les reconquêtes de Charles V dans la guerre de Gascogne © Wikipedia
Les reconquêtes de Charles V © Wikipedia

Prudent, Charles V évite les confrontations hasardeuses. Les campagnes de 1372 et 1373 sont victorieuses pour lui. En Gascogne, le comte d’Armagnac mène les opérations. Lectoure, Fleurance, Condom et Auvillar sont reprises. En Bordelais, La Réole tombe et ouvre la route de Bordeaux. La ville, bien défendue, ne laissera pas ruiner son commerce des vins avec l’Angleterre. Mais, le Prince Noir, malade, abandonne sa principauté d’Aquitaine en 1372.

Pendant 10 ans, Charles V mène une guerre d’usure, forteresse par forteresse, et avance méthodiquement ses pions. À sa mort en 1380, l’Aquitaine est réduite à deux enclaves. Celle de Bordeaux qui va de Blaye à Castillon et de Rions au pays de Buch. Mais, Bordeaux souffre de la forte baisse de son commerce de vins avec l’arrière-pays. Celle de Bayonne qui comprend Dax et Saint-Sever.

Édouard III meurt en 1377. Son fils Richard II (1367-1400) n’a que 12 ans. En France, Charles VI (1368-1422) monte aussi sur le trône à l’âge de 12 ans. Des deux côtés, les princes se querellent.

Charles VI, le roi fou

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Charles VI fait une première crise de démence en 1392. Un conseil de régence se met en place, au sein duquel Philippe le hardi, duc de Bourgogne, a le plus d’influence. Il s’empresse de conclure la paix avec les Anglais en 1395. La trêve se prolonge jusqu’en 1426.

En 1404, Jean sans peur lui succède en Bourgogne. Au sein du conseil de régence, il s’oppose à Louis d’Orléans, frère cadet du roi, et le fait assassiner en 1407.

Armagnacs contre Bourguignons

Henri V (artiste anonyme, fin xvie-début xviie siècle, National Portrait Gallery, Londres) © Wikipedia
Henry V   (1386-1422) National Portrait Gallery, Londres) © Wikipedia

Bernard VII d’Armagnac (1360-1418) épouse en 1393 Bonne de Berry, cousine de Charles VI. Il devient l’ami de Louis d’Orléans. Après son assassinat, il fonde le « parti des Armagnacs » qui s’oppose au « parti des Bourguignons ». C’est la guerre civile.

En Angleterre, Henri V règne depuis 1413. Il veut reconquérir l’Aquitaine dans ses frontières d’avant le traité de Brétigny de 1360. Aussi, il profite de la situation pour débarquer en Normandie, établit une tête de pont à Harfleur et se dirige vers Calais. Le 25 octobre 1415, il bat les Français à Azincourt.

Sacre de Henri VI en la cathédrale Notre-Dame de Paris © Wikipedia
Sacre de Henry VI d’Angleterre en la cathédrale Notre-Dame de Paris © Wikipedia

En particulier, Charles d’Albret, connétable de France, est tué à Azincourt. Bernard d’Armagnac le remplace. Jean sans peur s’allie aux Anglais. Ses troupes rentrent dans Paris grâce à une complicité. Il organise le massacre des partisans des Armagnacs. Et Bernard d’Armagnac fait partie des victimes. Le dauphin s’enfuit. Il devient le « roi de Bourges » soutenu par le « parti Armagnac ».

Avec le traité de Troyes de 1420, les Anglais entrent dans Paris. Charles VI fait de Henri V son héritier à la couronne. Henri V et Charles VI meurent la même année 1422. Henri VI règne maintenant en Angleterre et sur le nord de la France, Charles VII règne au sud de la Loire.

Mais, seigneurs et bourgeois supportent mal l’Anglais. Les ralliements à Charles VII sont nombreux. Les Armagnacs font leur réapparition dans Paris.

Le Languedoc se rallie à Charles VII

Charles VII (1403-1461) met fin à la guerre de Gascogne
Charles VII (1403-1461) © Wikipedia

Le désordre a des conséquences en Gascogne. Le comte de Pardiac et le seigneur de Barbazan se disputent des territoires dans le Toulousain. Bernard VII d’Armagnac et son allié le comte de Pardiac revendique le Comminges et épouse de force la comtesse Marguerite. Jean de Grailly, captal de Buch, et Bernard d’Armagnac s’affrontent. En Languedoc, le futur Jean IV d’Armagnac (1418-1450) est lieutenant par la grâce de son père qui domine le conseil royal. Ses exactions fiscales sont aussi lourdes que celles de son père à Paris, ce qui entraîne de forts mécontentements et un ralliement aux Bourguignons.

Jean Ier de Foix-Grailly devient lieutenant de Charles VII en Languedoc. Il achète le départ des Compagnies qui ravagent le Languedoc. Il s’allie aux familles d’Albret, d’Astarac et d’Armagnac pour chasser le prince d’Orange qui tient Toulouse pour les Bourguignons. Par sa politique mesurée, Jean de Foix-Grailly rallie tout le pays à la cause de Charles VII.

Les Gascons sont nombreux dans les armées de Charles VII : Étienne de Vignoles dit La Hire, Poton de Xaintrailles qui sera nommé maréchal de France par Charles VII, Arnaud-Guilhem de Barbazan, mais aussi Charles II d’Albret et bien sûr Bernard VIII d’Armagnac.

Le duc de Bourgogne a compris qu’il n’avait rien à attendre des Anglais. Le traité d’Arras de 1435 réconcilie Bourguignons et Armagnacs. Charles VII fait son entrée dans Paris en 1436. La reconquête peut reprendre.

Le dénouement de la Guerre de Gascogne

Représentation du dauphin Louis dans La Crucifixion du Parlement de Toulouse, années 1460, Toulouse, musée des Augustins
Le dauphin Louis, futur Louis XI dans « La Crucifixion » du Parlement de Toulouse, années 1460, Toulouse, musée des Augustins © Wikipedia

En 1438, Charles d’Albret franchit la Garonne à Tonneins et marche sur Bordeaux. Poton de Xaintrailles attaque par le sud. L’armée campe à Saint-Seurin mais ne peut prendre la ville. Pendant ce temps, Charles VII entre à Toulouse en juin 1442. Son armée prend Dax, Saint-Sever et arrive devant Tartas. Rangé en « bataille », il attend vainement les Anglais. En aout, les Anglais reprennent les deux villes.

Jean IV d’Armagnac occupe le comté de Comminges. La comtesse Marguerite négocie avec Charles VII la dévolution de son comté à la couronne. Jean IV est fait prisonnier à l’Ile Jourdain et le dauphin (futur Louis XI) occupe toutes les forteresses d’Armagnac qui est bientôt rattaché à la couronne.

Le saccage du Médoc n’est pas du gout des Bordelais. On a peur du roi de France, décidément trop près, et de son fisc trop gourmand. Ancienne capitale du duché d’Aquitaine, Bordeaux a ses propres institutions et se gouverne seule.  Les affaires sont florissantes avec l’Angleterre. Elle a choisi son camp.

…

Détail d'une miniature enluminée du livre de Talbot Shrewsbury montrant John Talbot, 1er comte de Shrewsbury, KG, avec son chien, présentant le livre à Marguerite d'Anjou, reine d'Angleterre, 1445
John Talbot,  présentant le livre de « Talbot Shrewsbury » à Marguerite d’Anjou, reine d’Angleterre, 1445 © Wikipedia

Au printemps 1451, les Français prennent Blaye, Bourg, Libourne, Castillon, Fronsac. Sans secours, Bordeaux se rend le 30 juin. Le 20 aout, Bayonne ouvre ses portes.

Une flotte anglaise de secours arrive. John Talbot entre dans Bordeaux le 23 octobre 1452. En quelques jours, il reprend les villes occupées par les Français. Mais la réaction ne se fait pas attendre. Charles VII a maintenant une armée bien organisée.

En quelques jours, le Médoc est réoccupé. Le siège est mis devant Castillon. Le 17 juillet 1453, la bataille de Castillon voit la défaite des Anglais. La guerre de Gascogne est définitivement terminée.

Les Bordelais voient leurs franchises supprimées. Les plus compromis fuient à Londres. Finalement, Bordeaux retrouve ses franchises mais elle doit héberger une forte garnison pour sa surveillance.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)

Références

La Guerre de Cent ans, Jean Favier, Editions Fayard, 1980.
La délivrance de Tartas par Charles VII, Charles de Chauton, Société de Borda, 1958.




La guerre de Gascogne 3- L’effondrement

Henri II Plantagenêt meurt en 1189. Henri le jeune est mort avant lui. Alors la couronne revient à Richard Cœur de Lion. Mais, parti en croisade, il laisse le champ libre à son frère Jean sans Terre. C’est une suite de guerres avec la France, pour prendre possession de la Gascogne  et le début de l’effondrement de l’immense empire des Plantagenêts.

La commise

En France, Philippe Auguste règne de 1180 à 1223, puis c’est Louis VIII jusqu’en 1226, Louis IX Saint Louis jusqu’en 1270 et enfin Philippe III le Hardi de jusqu’en 1285.

Les combats de frontière n’ont jamais cessé entre les rois de France et les Plantagenêts. Et la mort d’Henri II ouvre une période d’instabilité dont profite Philippe Auguste pour pousser ses pions.

Richard Cœur de Lion prisonnier (à gauche) et mortellement blessé à Châlus (à droite) (Effigies Regum Angliæ, xive siècle), Londres, British Library. Jean sans Terre le remplace en Gascogne
Richard Cœur de Lion prisonnier (à gauche) et mortellement blessé à Châlus (à droite) (Effigies Regum Angliæ, xive siècle), Londres, British Library © Wikipedia

Richard Cœur de Lion part en croisade et est fait prisonnier lors de son retour. Il regagne l’Angleterre après le paiement d’une énorme rançon. Là, il rétablit une situation bien compromise par son frère Jean sans Terre. Mais Richard meurt en 1199 au siège de Chalus en Limousin. Et c’est Jean qui lui succède jusqu’en 1216.

Jean réussit à se mettre à dos tous les barons d’Aquitaine qui en appellent au roi de France. En avril 1202, Philippe Auguste le cite à comparaitre devant la Cour en tant que vassal. Mais, Jean ne s’y rend pas et le roi prononce la commise de ses domaines, c’est à dire leur confiscation qu’il fait exécuter les armes à la main. Cette période est bénéfique pour la Gascogne car, pour s’assurer de la fidélité des villes, Jean leur accorde des franchises importantes : Saint-Émilion en 1199, La Réole en 1206, Bayonne en 1215, etc.

La guerre en Gascogne

Alphonse VIII de Castille et son épouse la reine Aliénor d'Angleterre revendique la Gascogne. Miniature espagnole de la fin du xiie ou du xiiie siècle.
Alphonse VIII de Castille et son épouse la reine Aliénor d’Angleterre. Miniature espagnole de la fin du XIIe ou du XIIIe siècle © Wikipedia.

Les Français ne sont pas les seuls à vouloir la Gascogne. Alphonse VIII de Castille (1155-1214) a épousé une sœur de Jean sans Terre. À la mort d’Aliénor d’Aquitaine en 1202, il revendique la Gascogne au nom de sa femme. Aussi, à la tête d’une armée, il assiège Bordeaux de 1205 à 1206. Les Gascons le soutiennent mais l’échec devant Bordeaux brouille les cartes.

À la fin du règne d’Henri II, les Plantagenêts ont perdu presque tous leurs territoires au nord de la Garonne. Et la guerre se rapproche de la Gascogne. Louis VIII s’approche de Bordeaux tandis que le comte de la Marche prend La Réole et Bazas.

Henri III d’Angleterre entre en campagne pour reconquérir les territoires perdus. C’est un échec. Il recommence en 1242 mais, abandonné par ses barons, il est battu à Taillebourg et à Saintes les 23 et 24 juillet 1242.

Le traité de Paris de 1258

La guerre se termine par le traité de Paris de 1258 qui règle un certain nombre de contentieux. Les Plantagenêts perdent définitivement la Normandie, le Maine et l’Anjou. Il ne leur reste qu’une partie de l’Aquitaine et la Gascogne.

Le traité de Paris de 1258 : en jaune : les possessions anglaises en 1154 qui se réduisent à la Gascogne en 1258. Bordé de rouge, le domaine anglais de 1258
Le traité de Paris de 1258 : en jaune : les possessions anglaises en 1154, bordé de rouge, le domaine anglais de 1258 © Histoire Passion

S’il gagne l’Agenais, Henri III fait une concession majeure. Il prête hommage au roi de France pour les terres qu’il garde à l’issue du traité mais aussi pour la Gascogne. En fait, l’ancien duché n’avait jamais fait hommage au roi de France. Cela a des implications concrètes sur l’administration de la Gascogne : les seigneurs peuvent désormais en appeler au roi de France pour leurs litiges. Près de 30 procès sont en instance devant la Cour de France en 1274-1278. Pour détourner les appels de Paris, un Auditeur des causes est nommé à Bordeaux. Le lieutenant du roi a désormais un rôle judiciaire au nom du roi. Un juge d’appel est créé et des juridictions gracieuses instituées un peu partout. Les prévôtés sont réformées. Ce sont les Ordonnances de Condom de 1289.

Le Sénéchal de Gascogne Simon V de Montfort

 

Simon V de Montfort, sur un vitrail de la cathédrale de Chartres © Wikipedia. Il est nommé sénéchal de Gascogne
Simon V de Montfort, sur un vitrail de la cathédrale de Chartres © Wikipedia

Simon V de Montfort est le fils cadet de Simon IV qui a combattu le comte de Toulouse lors de la croisade des Albigeois. Il part pour l’Angleterre où sa grand-mère possède la moitié du comté de Leicester. Il épouse une sœur de Jean sans Terre et devient comte de Leicester.

En 1245, les seigneurs gascons se révoltent. Gaston VII de Béarn en prend la tête et ravage Dax, tandis qu’Arnaud-Guilhem de Gramont et le vicomte de Soule attaquent Bayonne et mettent à sac le Labourd. La révolte gagne du terrain. Pour ne pas perdre la Gascogne, Henri III nomme Simon V de Montfort en tant que Sénéchal, de 1248 à 1253. Mais il se montre avide et brutal et déclenche la « Grande révolte » qui réunit tous les Gascons.

Colom contre Solers à Bordeaux

Les élections municipales de 1248 à Bordeaux voient s’affronter la famille des Colom et celle des Solers qui détiennent le pouvoir. Les Colom s’emparent de la place du marché et s’y fortifient. Il règne un climat de guerre civile et les affrontements armés sont nombreux entre les deux partis. Simon V de Montfort réprime durement la révolte qui profite aux Colom, favorables aux Anglais.

 Portrait dans l'abbaye de Westminster communément identifié à Édouard Ier
Portrait dans l’abbaye de Westminster communément identifié à Édouard Ier

En 1252, Gaston VII de Béarn est à La Réole avec une centaine d’hommes pour soutenir les insurgés. L’année suivante, il rejette la suzeraineté anglaise pour soutenir les prétentions d’Alphonse X de Castille sur la Gascogne. Plusieurs seigneurs le suivent. Ils assiègent Bayonne pour faciliter le passage du roi de Castille mais la ville résiste.

En fait, Simon de Montfort ne peut rétablir le calme en Gascogne. Alors, Henri III débarque à Bordeaux avec une armée. Il nomme le futur Édouard Ier gouverneur de Guyenne pour rétablir les erreurs de Simon de Montfort. Il s’installe au palais de l’Ombrière à Bordeaux.

Castille et Angleterre concluent la paix de Tolède qui se termine par le mariage d’Henri III avec la sœur du roi de Castille. Les Gascons se retrouvent seuls et ils sont obligés de faire leur soumission. Pourtant en 1273, Gaston VII de Béarn se rebelle à nouveau, est fait prisonnier en Angleterre et le Béarn est mis sous séquestre. Il est libéré en 1276 et le Béarn lui est rendu en 1278.

Les révoltes populaires

Il n’y a pas que les seigneurs et les villes qui se révoltent. Preuve d’un profond malaise, les paysans se révoltent aussi.

Lassés des exactions des sénéchaux, les paysans gascons de l’Entre-deux-Mers se révoltent en 1236 et 1237. Henri III lance une enquête au terme de laquelle il confirme leurs franchises et privilèges.

"De la meute des pastoureaux". Manuscrit enluminé, Chroniques de France ou de St-Denis, British Library Royal.jpg © Wikipedia
« De la meute des pastoureaux ». Manuscrit enluminé, Chroniques de France ou de St-Denis, British Library Royal.jpg © Wikipedia

En 1251, les Pastoureaux sont devant Bordeaux. La Croisade des Pastoureaux nait dans le nord de la France, à la suite des prêches du « Maitre de Hongrie » qui mobilise une foule d’adolescents et de paysans. Les bandes composées de paysans gascons appauvris, vivant en bandes, tentent d’entrer dans Bordeaux. Simon V de Montfort tient portes closes et les disperse.

En 1253, Henri III reçoit 16 doléances à Londres et envoie des commissaires pour enquêter. Aux plaintes des barons, de l’abbé de Saint-Sever, des bourgeois de Bordeaux, Bayonne, Bazas et Dax, s’ajoutent celle de tota comunitas de Goosa, tam clericorumquan militum et laboratorum, c’est-à-dire l’ensemble du pays de Gosse. Le pays reproche à Simon V de Montfort de :
– violer les coutumes en vendant la baillie de Dax à des gens qui multiplient les extorsions pour entrer dans leurs frais,
– convoquer l’ost 3 ou 4 fois dans l’année au lieu d’une seule fois comme le prévoient les coutumes,
– réclamer deux albergues (hébergement) par an au lieu d’un seul.

C’est de nouveau la guerre

En 1293, des marins de Bayonne attaquent des marins bretons qui portent l’affaire devant Philippe le Bel, roi de France. Cette fois, ce sont des marins normands qui coulent quatre bateaux de Bayonne dans le port de Royan. Le Connétable de Bordeaux laisse partir une flotte de bateaux de Bayonne. Une flotte de bateaux normands part à leur rencontre et les coule. C’est de nouveau la guerre.

Édouard Ier rend hommage à Philippe le Bel (illustration du XVe siècle). © Wikipedia
Édouard Ier rend hommage à Philippe le Bel (illustration du XVe siècle). © Wikipedia

En attendant l’enquête et le jugement, Philippe le Bel exige la remise du duché à titre de garantie. Une armée française entre à Bordeaux et occupe les places fortes et les principales villes.

Le roi de France cite Édouard Ier à comparaitre devant la Cour. Constatant le défaut du roi d’Angleterre, le Parlement de Paris prononce la confiscation provisoire.

Édouard débarque à Bordeaux pour reconquérir son duché. Il prend Blaye et La Réole mais échoue devant Bordeaux. Sa flotte part pour Bayonne tandis qu’une armée s’y rend par la voie de terre. La ville est reprise en 1295. Les Français attaquent Blaye mais sont obligés de se replier sur Bordeaux. Une armée anglaise de secours débarque à Blaye mais échoue devant Bordeaux et Dax. Elle se réfugie à Bayonne. Elle échoue encore en 1297 à Saint-Sever.

Les deux parties s’en remettent à l’arbitrage du Pape qui décide le retour du duché d’Aquitaine au roi d’Angleterre. La campagne de 1294 à 1297 n’a servi à rien…

 

Références

Les précédents épisodes de la Guerre de Gascogne :
La guerre de Gascogne 1- Le duché d’Aquitaine
La guerre de Gascogne 2–Le règne d’Henri II
Les Plantagenêts – Origine et destin d’un empire,  Jean Favier, Editions Fayard, 2004.
La guerre de Cent ans, Jean Favier, Editions Fayard, 1980.




Insurrections royalistes en Gascogne

La chute de la monarchie et l’exécution de Louis XVI marquent le début d’une période d’insurrections. La contestation apparait dès 1791 en Toulousain. La crise fédéraliste de 1793 touche ensuite Bordeaux. Enfin, la Gascogne se soulève en 1799, an VII de la République.

La crise fédéraliste de 1793

L'arrestation des Girondins le 2 juin 1793
L’arrestation des Girondins le 2 juin 1793

Girondins et Montagnards s’affrontent à Paris. Robespierre met en accusation les 29 députés Girondins de la Convention. Certains s’enfuient pour rejoindre les départements qui protestent et forment des bataillons pour s’opposer à Paris.

Alors, soixante départements se soulèvent. Et l’insurrection touche la Normandie, la Bretagne, la Franche-Comté, la région lyonnaise et le Midi. En Gascogne, Bordeaux soutient les fédéralistes qui réclament la décentralisation des pouvoirs. Pour se renforcer, Bordeaux approche Toulouse qui refuse de rejoindre le mouvement. Ainsi, la jonction des Toulonnais et des Marseillais avec les Bordelais ne peut plus se faire.

La révolution menacée par les insurrections royalistes
La révolution menacée par les insurrections royalistes

L’armée républicaine repousse l’armée des Girondins de Bordeaux à Montauban. En juillet, les bataillons fédéralistes de l’Orléanais marchent sur Paris et les Gardes nationaux les arrêtent. Alors, les bataillons envoyés par Bordeaux rebroussent chemin. Ainsi, l’échec des départements fédéralistes en Vendée et dans le Midi, isole Bordeaux. Puis, le général Brune reprend la ville en octobre.

Immédiatement, les républicains répriment vivement les insurrections fédéralistes. La Terreur et le pouvoir central en sortent renforcés. La volonté décentralisatrice de la Constitution de 1792 ne peut plus s’exprimer.

Le soulèvement de 1799

Brèf du Pape en 1791
Réponse de la population au bref du Pape de 1791 condamnant la Constitution civile du clergé

La situation se tend. D’une part, la politique antireligieuse des républicains mécontente les campagnes. D’autre part, la situation aux frontières entraine l’emprunt forcé de 100 Millions et le vote de la loi Jourdan qui institue un service militaire obligatoire. Alors, les réfractaires s’organisent en maquis, menés par le comte de Paulo, royaliste toulousain. Des fonctionnaires zélés et des arbres de la liberté sont la cible des premières actions.

Les insurrections se développent localement dans toute la Gascogne. Des attroupements armés ont lieu à Saint-Gaudens contre la perception des impôts. À Labarthe-de-Rivière, on s’oppose à l’enrôlement des conscrits. À Molas (canton de L’Isle en Dodon), on brule la maison et les récoltes d’un républicain. Des bandes armées parcourent le pays et s’évanouissent à l’arrivée de soldats.

À Dax, on découvre 177 sabres cachés dans l’Adour.  On soupçonne une conspiration destinée à livrer la ville de Bayonne aux armées espagnoles. À Pau, on s’avise que les royalistes se préparent à remplacer la municipalité. Le commissaire du Directoire de Pau écrit au ministre de l’intérieur : On dit hautement que dans peu nous aurons un roi et que le massacre des républicains, fixé d’abord à la Saint-Jean, est définitivement renvoyé à la Saint-Barthélemy. Cette date nous dit ce que nous pouvons attendre.

La garnison de Bordeaux est renforcée. Les troubles du 5 aout font 3 morts. Puis, le calme revient. Et l’insurrection d’Agen échoue aussi.

L’insurrection générale

Insurrections royalistes : zones contrôlées par les insurgés (en gris) et mouvement des troupes républicaines
Zones contrôlées par les insurgés (en gris) et mouvement des troupes républicaines

Pourtant, l’insurrection générale éclate dans la nuit du 5 au 6 aout autour de Toulouse, dans l’est du Gers et le canton d’Auvillar. Elle touche également l’Ariège, l’Aude et le Tarn. Les insurgés renversent les municipalités. Ils pillent les maisons des républicains.

Les royalistes prennent Muret, Carbonne et Saint-Lys. Cependant, le Mas-d’Azil, Daumazan, Sainte-Croix-Volvestre, Montesquieu-Volvestre et Rieux se regroupent et organisent un détachement armé pour résister aux royalistes. Mais cela n’empêche pas la prise de Rieux.

Dans le Gers, les cantons de Lombez, Samatan, l’Isle-en-Jourdain, Gimont, Cologne, Mauvezin, Montfort, Saint-Clar, Verdun sur-Garonne et de Saint-Nicolas-de-la-Grave se soulèvent (le Tarn et Garonne n’existe pas encore). Les royalistes d’Auvillar sont à la manœuvre.

Dans la nuit du 7 aout, 6 000 hommes se présentent sous les murs de Toulouse dans l’espoir de récupérer des armes à l’arsenal. Mais les royalistes ne peuvent y pénétrer. Alors, ils se postent sur la colline de Pech-David.

La porte Montoulieu de Toulouse par où devaient entrer les insurgés.
La porte Montoulieu de Toulouse par où devaient entrer les insurgés.

La répression des insurrections royalistes s’organise

Dès qu’il apprend la nouvelle de l’insurrection, le département du Tarn envoie des soldats qui prennent Caraman. Ainsi, l’insurrection ne peut plus s’étendre vers l’est de Toulouse.

Puis, les soldats républicains délogent les royalistes installés à Pech-David après deux jours de combat. Ils reprennent Colomiers. Et ils se dirigent vers l’Isle Jourdain, Lombez, Samatan et Gimont. Le 7 aout, une colonne royaliste qui se dirige sur Gimont est arrêtée.

L'infanterie de ligne française lutte contre les insurrections royalistes (1793)
L’infanterie de ligne française (1793)

Le Lot et le Lot et Garonne envoient des détachements qui reprennent Saint Nicolas de la Grave, Auvillar, Verdun sur Garonne, Beaumont de Lomagne, Cologne, Monfort, Mauvezin et Saint-Clar. Les troupes royalistes du Gers sont cernées de toute part. Le 19 août, elles subissent une défaite au château de Terride. Les pertes sont terribles. Le général Aubugeois qui commande les républicains dit : « Je fais comme les fondeurs de Bourges, je chôme faute de matières, les insurgés ayant complètement disparu ».

Les forces royalistes sont désormais coupées en deux. Celles qui occupent le Volvestre et le sud de Toulouse n’ont d’autre solution que de se replier sur Saint-Gaudens. Elles abandonnent Muret.

La fin des insurrections royalistes en Gascogne

Le 12 aout, entre Cazères et Carbonne, au château de la Terrasse, les royalistes battent les républicains qui s’enfuient verts Martres et Saint-Martory. Ils prennent la ville le 14 aout. Puis, le 15, les royalistes quittent Saint-Gaudens et se dirigent vers Montréjeau, talonnés par les troupes républicaines. À Montréjeau, une colonne venue de Lannemezan coupe la retraite. C’est la bataille du 20 aout.

Après un duel d’artillerie, des escarmouches ont lieu un peu partout. Le centre-ville est pris. La cavalerie royaliste avec le comte de Paulo s’enfuie vers Saint Bertrand de Comminges, Luchon, Saint-Béat et l’Espagne. C’est alors un sauve qui peut général. Les royalistes tentent de passer la Garonne et ils se font massacrer. En conséquence, l’armée royaliste, mal commandée et mal équipée, s’évapore.

Le Coup d'Etat du 18 Brumaire - le Général Bonaparte au Conseil des Cinq Cents
Le Coup d’Etat du 18 Brumaire – le Général Bonaparte au Conseil des Cinq Cents

Le général Commes fait son rapport : L’armée des brigands royaux a été détruite hier par les colonnes républicaines à Montréjeau. Mille rebelles tués, trois–cents noyés dans la Garonne, douze–cents prisonniers, sept pièces d’artillerie et deux drapeaux ont été le fruit de cette journée. Quatre ou cinq–cents rebelles, qui ont échappé, vont se réunir à Saint-Béat ou à Bagnères-de-Luchon. Je suis à leur poursuite. Dans trois jours ils seront tous exterminés ou ils auront évacué le sol de la République…

On organise des battues pour retrouver des insurgés. L’armée arrête les déserteurs et les prêtres réfractaires.

Dans les environs de Bassoues, Marciac et Ladevèze, les hommes fouillent les bois tandis que les femmes armées de broches de cuisine assurent la défense des villes. On arrête cinq hommes.

Le calme revient avec le coup d’Etat du 18 Brumaire par le général Bonaparte. Et les insurgés sont amnistiés.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Bataille de Montréjeau – Wikipédia.
Histoire de l’insurrection royaliste de l’an VII : d’après les documents officiels existant dans les archives des départements insurgés et dans celles du ministère de la guerre par B. Lavigne, 1887




Le duel, une affaire de Gascons ?

Le duel est une pratique ancienne codifiée dans la loi des Burgondes en 501. D’abord, duel judicaire jusqu’en 1547, il devient, ensuite, duel d’honneur. Cette pratique est encore courante au début du XXe siècle.

Le duel judiciaire

Jugement par combat en Normandie au 13è siècle
Jugement par combat au 13è siècle, Wikimedia

Au Moyen Âge, le duel judiciaire est une pratique courante en Gascogne. C’est la batalha [bataille], ordonnée et présidée par le comte, le vicomte ou l’évêque.

La batalha est un mode de preuve. C’est le juge, son propre adversaire ou un témoin qui peut l’imposer. Attention, la refuser revient à avouer sa culpabilité. Ainsi, la charte de Bordeaux le prévoit : « Totz hom acussat de crim, opérat de batalha per aquet crim, si es vencut en camp o si defalh de venir au jorn assignat per combatre (…) » / Tot òme acusat de crime, aperat de batalha per aqueth crime, si es vençut en camp o si defalh de venir au jorn assinhat per conbàter (…) / Tout homme accusé de crime, appelé a la bataille pour ce crime, s’il est vaincu sur le champ ou s’il ne vient pas au jour assigné pour combattre (…).

La grande charte de Saint-Gaudens ouvre la batalha, appelée batalha arramida, aux chevaliers, aux bourgeois et aux vilains de la ville. C’est une épreuve importante car le vaincu se voit confisquer ses armes et doit payer une amende de 60 sous pour les nobles, 10 sous pour les bourgeois et 5 sous pour les paysans.

Plus tard, au XIIIe siècle, la plupart des coutumes des villes réservent le duel judiciaire aux cas les plus graves. Et, la plupart du temps, les habitants obtiennent le privilège de ne plus être contraints par duel ; on peut s’en retirer en payant une amende. Ainsi, les duels judiciaires disparaissent progressivement.

L’Eglise pour le duel judiciaire

Cependant, les religieux n’hésitent pas à recourir à la batalha. Par exemple, le monastère de Saint-Mont y a recours en 1104 dans un différend avec deux seigneurs de Nogaro. Dans une autre affaire, le monastère donne 150 sous au comte Centulle de Bigorre pour qu’il autorise un duel judiciaire. Pourtant, les papes Alexandre III et Célestin III luttent contre l’implication des religieux dans les duels judiciaires. Enfin, on n’en rencontre plus après le XIIIe siècle.

Le fameux « coup de Jarnac »

Guy Chabot baron de Jarnac se battit en duel
Guy Chabot baron de Jarnac, Gallica

En 1547, à Saint-Germain en Laye, Henri II et la Cour assistent au duel public entre le Baron de Jarnac et le Seigneur de la Châtaigneraie, favori du roi. Bien sûr, la foule des curieux est immense. Et les préparatifs sont si longs qu’ils durent la journée.

Enfin, le combat est annoncé par un héraut d’armes : « Aujourd’huy , dixième de ce présent mois de juillet, le Roy, nostre souverain Seigneur, a permis et octroyé le camp libre, seur à toute outrance, à François de Vivonne, sieur de La Chasteigneraye, assaillant, et Guy Chabot, sieur de Montlieu, deffendant et assailly, pour mettre fin par armes au différend d’honneur dont entre eux est question. Par quoy j’ay fait assavoir à tous, de par le Roy, que nul n’ait à empescher l’effect du présent combat, ne ayder ou nuire à l’un ou à l’autre desdits combattans, sur peine de vye ».

Les armes des deux protagonistes sont présentées, l’une après l’autre, à la foule et au roi. Après examen, les témoins les déclarent conformes.

Ensuite, précédés de trompettes, de tambours et de hérauts d’armes, les deux protagonistes se présentent devant le roi et jurent sur les Évangiles de se battre loyalement et de n’utiliser aucune formule ou incantation magique contre son adversaire.

Les armes sont une nouvelle fois examinées. Alors, un héraut d’armes lance le combat. Dans la mêlée, le baron de Jarnac blesse deux fois son adversaire au jarret. Il ne peut pas se relever. Vexé, La Chataigneraie se laisse mourir de ses blessures… Dès lors, Henri II n’autorise plus de duels en public. Mais ils vont se développer dans la sphère privée.

Duel entre Jarnac et la Chataigneraie
Duel entre Jarnac et La Chataigneraie, Gallica

Le duel d’honneur

En fait, le duel provoque une véritable hécatombe dans la noblesse.

Gentilshommes, lettrés, religieux et même des femmes s’affrontent en duel. Pourtant, des édits, sans cesse renouvelés, interdisent les duels. Hélas, ils restent sans effet car le roi accorde facilement des « lettres de grâce ». Même l’évêque de Lombez prend une ordonnance contre les duels en 1679.

En 1603, sept seigneurs gascons se battent en duel à Dému, deux sont tués, les autres reçoivent une lettre de grâce. Bravant l’interdit de 1626 de Louis XIII, le duc de Montmorency se bat en duel sous les fenêtres de Richelieu. Mal lui en a pris, il est condamné à mort et exécuté sur la place de Grève à Paris. De même, Pierre de Luppé, seigneur de Tillac en Armagnac, est condamné à mort en 1669 pour ses nombreux duels. Mais la sentence n’est pas exécutée, car le roi a besoin de soldats !

On voit les Gascons comme querelleurs et Edmond Rostand fait dire à Cyrano de Bergerac :
Attendez !… Je choisis mes rimes… Là, j’y suis.
Je jette avec grâce mon feutre,
Je fais lentement l’abandon
Du grand manteau qui me calfeutre,
Et je tire mon espadon ;
Élégant comme Céladon,
Agile comme Scaramouche,
Je vous préviens, cher Mirmidon,
Qu’à la fin de l’envoi, je touche !

Duel sous Henri IV
Duel sous Henri IV, Gallica

Le duel se démocratise

Duels entre soldats (1801)
Duels entre soldats (1801)

Après 1750, les duels sont moins nombreux. La Révolution les interdit comme signe de la féodalité mais le peuple s’en empare comme d’une nouvelle liberté. Alors, marchands et boutiquiers se livrent des duels. D’ailleurs, vers le milieu du XIXe siècle, journalistes, artistes, hommes politiques s’y adonnent. Toutefois, le sabre et le pistolet remplacent l’épée.

En 1868, deux femmes se battent en duel dans la forêt de Pessac en Gironde. L’objet du litige est un jeune comte que les deux parties se disputent. On choisit le pistolet. Le duel s’arrête à la première blessure. La police arrête les deux duellistes et les condamne à 15 jours de prison. Comme le duel est une affaire sérieuse, les témoins établissent un procès-verbal de rencontre. Le journal Le Bordelais le publie :

Duels de femmes à Bordeaux, Gallica (1868)
Duels de femmes à Bordeaux, Gallica (1868)

« Le quatre mai 1868, à deux heures de relevée, les soussignés réunis pour examiner le différend entre Madame Marie P…, dite Henriette de Saint-P…, et Madame Aimée R…, ayant reconnu que tout arrangement était impossible, ont décidé qu’une rencontre aurait lieu comme suit : Le duel aura lieu au pistolet de tir à vingt pas, deux balles seront échangées le cinq mai, à deux heures, dans la forêt de Pessac. Les conditions ci-dessus mentionnées ont été soumises aux parties et ratifiées par elles, avec promesse de s’y conformer ».

Le Charivari annonce les duels de la semaine

Le journal satirique parisien Le Charivari publie une rubrique hebdomadaire pour annoncer les duels. Le journal traite du duel avec légèreté et même une pointe de dérision. On y trouve par exemple dans le numéro du 7 septembre 1869, des annonces de Briselame, professeur d’escrime vantant les bons résultats de ses élèves ou des appels à candidat pour se battre en duel et « se donner des émotions » . On peut lire aussi :
Lundi – duel entre deux journalistes au Vésinet. Duel entre deux membres du Jockey à Viroflay. Duel entre deux boursiers à Vincennes.
Mardi – quatre duels entre journalistes, tous les quatre à Chatou. Il y aura du monde. Aussi est-il question d’organiser un train supplémentaire.
Mercredi – duel entre le comte de C et le marquis de F.
Nota Bene : c’est la quatrième fois que ces messieurs se battent ensemble, cette rencontre promet d’être très agréable. Nous ne saurions que trop conseiller aux étrangers et aux provinciaux de passage à Paris d’assister à cette intéressante lutte pour laquelle de nombreux paris sont déjà engagés.

Le Charivari du 8 septembre 1869
Le Charivari du 7 septembre 1869, Les Musées de la Ville de Paris

Le duel entre les hommes politique

Duel entre Paul Déroulède et Georges Clémenceau (1892)
Duel entre Paul Déroulède et Georges Clémenceau (1892), Wikimedia

Le 23 décembre 1892, Paul Déroulède se bat contre Georges Clémenceau, au champ de course du château de Saint-Ouen devant la foule. Trois jours plus tôt, dans un discours tenu à l’Assemblée, Paul Déroulède, le président de la Ligue des Patriotes avait accusé Clémenceau de corruption dans l’affaire de Panama. On échange six balles à vingt-cinq mètres, sans résultat.

Le Gascon Paul de Cassagnac compte à son actif douze duels à l’épée, au sabre et au pistolet. Il est journaliste.

Paul de Cassagnac
Paul de Cassagnac en 1912, Gallica

 

 

 

Dans un article, l’un de ses confrères a des mots très durs envers Marie-Antoinette que Paul Cassagnac admire. Il réplique durement dans un article. On s’envoie les témoins. Paul de Cassagnac gagne son duel. Toujours prompt à l’honneur, il donne un dernier duel contre le Préfet de Police de Paris et le blesse dans la rencontre.

Joseph Noulens bat Paul de Cassagnac, député du Gers, en 1902. Les deux fils de Paul de Cassagnac jurent de reprendre le siège de leur père. Lors de la campagne des législatives de 1906, une affiche annonce un meeting de Joseph Noulens à Riscle et le présente comme « le tombeur de Cassagnac ». Les esprits s’échauffent. Le duel a lieu sous la halle de Riscle devant une foule nombreuse. Joseph Noulens est blessé. Et il se fait réélire député.

Defferre, le dernier duelliste …

Duel Defferre - Ribière
Duel Defferre – Ribière (1967)

Le 21 avril 1967, Gaston Defferre, député et maire de Marseille, se bat en duel contre René Ribière. En effet, lors d’un débat houleux à l’assemblée nationale, Gaston Deferre apostrophe son adversaire d’un « taisez-vous, abruti ! ». La médiation du Général de Gaulle ne changera pas l’obstination de Defferre. René Ribière est blessé deux fois. Gaston Defferre gagne le duel. C’est le dernier duel connu…

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

La grande Charte de Saint-Gaudens
Bulletin soc. archéologique, historique, littéraire et scientifique du Gers
, 3ème trimestre 2016.
Le coup de Jarnac
Les duels célèbres, Charles-Marie de Vaux, Paris, 1884.




La vraie histoire de Pyrène

La princesse Pyrène, fille du roi Bébryx, aurait séduit Hercule, le grand héros grec. Cette légende transmise jusqu’à nous fait aussi partie du patrimoine de la Gascogne.  Qu’en savons-nous ?

Hercule rencontre Pyrène

Silius Italicus nous parle de Pyrène et d'Hercules
Silius Italicus

En revenant de son dixième travail, Hercule rencontre la princesse Pyrène. C’est ce que nous dit en 83 Silius Italicus, dans le troisième chant des Punica, ou guerre punique. Dans ce chant, l’armée punique revenant de Sagonte, province de Valence, traverse les Pyrénées le long des côtes de la Méditerranée. Et là, au milieu du récit des évènements historiques, le poète propose un intermède. François Ripoll, professeur à l’université de Toulouse, nous le rapporte dans son article Les origines mythiques des Pyrénées dans l’Antiquité gréco-latine :

« se rendant au pays de Géryon, Hercule séjourne chez le roi pyrénéen Bébryx et, sous l’emprise de la boisson, viole Pyréné, la fille de son hôte. Celle-ci met alors au monde un serpent et, craignant la colère de son père, s’enfuit dans les montagnes où des bêtes sauvages la mettent en pièces. À son retour Hercule, désespéré, se lamente, crie le nom de Pyréné aux montagnes qui le conserveront pour l’éternité, et lui donne une sépulture. »

Un mythe plus ancien

Pline l'Ancien (portrait imaginaire)
Pline l’Ancien

L’histoire ne semble pas inventée par Silius Italicus. En effet, avant lui, Pline l’ancien (23-79) note : At quae de Hercule ac Pyrene… traduntur, fabulosa in primis arbitror [Ce que j’entends sur Hercule et Pyrène… est fabuleux à première vue].

De quand date le mythe original et quel est-il ? Car les transmissions étaient orales. Ainsi, les écrits, quand ils arrivent jusqu’à nous, ne suffisent pas pour en décider. D’ailleurs, différents chercheurs font remonter la légende d’Hercule et Pyrène jusqu’à Hérodore d’Héraclée (VIe siècle avant Jésus-Christ).

Les Grecs s’installent à Pyréné

Revenons à l’histoire. Les Grecs ont colonisé les pourtours de la Méditerranée occidentale au VIe siècle av. J.-C., dont Marseille. Plus particulièrement, des textes mentionnent une cité vers les Pyrénées, comme en témoigne celui de Rufus Festus Avienus (IVe siècle) : En bordure des terres des Sordes était autrefois, dit-on, l’opulente cité de Pyréné.

On n’a pas retrouvé la trace de cette cité grecque et plusieurs hypothèses ont été émises : Port Vendres par exemple. L’archéologue Ingrid Dunyach conclut : Aujourd’hui, on peut affirmer que Collioure est bien le port antique de Pyréné.

Donc on peut penser qu’en même temps que la colonisation grecque, des légendes se sont construites, en particulier, des rencontres d’Hercule le Grec avec des représentants des peuples locaux.  Ici, il s’agit de la rencontre de Pyrène lors de son retour depuis là où le soleil se couche.

Collioure port antique de Pyréné.
Collioure site du port antique de Pyréné ?

L’évolution du mythe de Pyrène

La pierre d'Oô, Musée des Augustins, Toulouse
La pierre d’Oô, Musée des Augustins, Toulouse

Transmettre une légende de générations en générations sur des siècles et des millénaires ? On comprend qu’elle se soit déformée. François Ripoll reconstitue le début de son histoire.

Ainsi, il voit tout d’abord : une première élaboration du mythe par les colons grecs entre le VIe et le Ve s. [av. J.-C.], mettant en avant la sauvagerie des Pyrénées à travers un récit partiellement emprunté au mythe d’Echidna [femme serpent] et confrontant le héros civilisateur Hercule à un serpent né d’une femme indigène (peut-être en partie serpentiforme elle aussi).

Puis, la légende évolue en introduisant une union entre Hercule et Pyrène. Puis on arriverait à la version de Silius Italicus. Cette dernière version contenant l’ajout de traits pathétiques et sentimentaux à la manière d’Ovide et un effort d’adaptation à la trame historique des Punica. Bref, le récit du viol, d’un serpent né de Pyrène ou sa fuite dans le montagnes seraient une version modifiée.

Pyrène et Hercule revus par les Gascons

André Valladier – Labyrinthe royal de l’Hercule gaulois triomphant. 

Bien plus tard, la légende court encore. Jean-Géraud Dastros (1594-1648), originaire de Lomagne, donne à Hercule et Pyrène un fils qui devient l’ancêtre mythique des Gascons.

Bien sûr, un aussi grand représentant des Gascons comme Henri III de Navarre, devenu Henri IV de France, fait songer à Hercule ! Ainsi, l’abbé André Valladier (1565-1638) raconte la visite du roi à Avignon dans son livre Labyrinthe royal de l’Hercule gaulois triomphant. 

 

 

 

Ader - Le Gentilhomme gascon
Ader – Le Gentilhomme gascon

Le poète gascon Guillaume Ader (1567-1628) fait de même dans Lou Gentilome gascoun :

Com en guèrra e combats òm coneish lo Gascon
Un perigle de guèrra e lo Mars d’aquest món,
Hilh d’aqueth Ercules que de braç e man hòrta,
Ende bàter un lion non demandèc escòrta;
Que n’augoc jamès páur, non hoc jamès vençut:
Aqueth l’a, com vos dic, per hilh reconegut,
Eretèr nomentat de tota la montanha
A hiu, còrda e ciment de la tèrra d’Espanha.

À la guerre, aux combats on connait le Gascon
Un foudre de guerre et le dieu Mars de ce monde,
Fils du héros Hercule aux bras et aux mains fortes,
Qui pour battre un lion ne manda pas d’escorte ;
Lui qui n’eut jamais peur, ne fut jamais vaincu :
Celui-là, vous dis-je, l’a pour fils reconnu,
Héritier désigné de toute la montagne
À fil, corde et ciment de la terre d’Espagne.

La légende d’Hercule et Pyrène aujourd’hui

Pyrène (Ercules l'iniciat - dessin de Margot Raillé)
Pyrène et Hercule (Ercules l’iniciat – dessin de Margot Raillé)

Au cours du temps, l’histoire de Pyrène est devenue plus romantique. Dans son livre livre Ercules l’iniciat / Hercule l’initié, Anne-Pierre Darrées propose une version actuelle qui conserve les enseignements grecs.

Très loin, là où le soleil se couche vivait Géryon, géant à trois têtes, entouré de mille bœufs. Hercule est chargé de ramener les bêtes pour les offrir à la déesse Junon. C’est son dixième travail. Après avoir réussi, il rentre à Mycènes et passe par l’Ibérie, la Narbonnaise et l’Italie en suivant un chemin proche de la Méditerranée. En particulier, après avoir traversé Emporion, Hercule rencontra Pyrène…

Ercules que demorè tot l’estiu dab la gojata en tot minjar ahragas e avajons, en tot se banhar dens las nèstas. Puish, un jorn, las aucas que traversèn lo cèu e Ercules que’s
brembè de la sua mission. Que partí autanlèu sense aténder Pirena…

Hercule resta tout l’été avec la jeune fille, mangeant des fraises et des myrtilles, se baignant dans les nestes. Puis, un jour, les oies traversèrent le ciel et Hercule se souvint de sa mission. Il partit aussitôt, sans attendre Pyrène…

Les symboles dans les travaux d’Hercule

Hercules combat le monstre Géryon pour lui voler ses boeufs
Hercules combat le monstre Geryon pour lui voler ses boeufs

Les mythes ne sont pas gratuits. Et les travaux d’Hercule ne sont pas les exploits d’un surhomme. Chacun représente un enseignement à suivre pour devenir un homme. C’est ce que nous rappelle l’autrice. Par exemple, le bœuf est l’animal du sacrifice, l’intermédiaire entre l’homme et le dieu. Cette initiation élève la conscience d’Hercule à celle d’un prophète ou d’un prêtre.

Et c’est porteur de cette conscience qu’Hercule va rencontrer des peuples, créer des cités, vaincre des monstres… lors de son voyage de retour.

De son côté, Pyrène est libre et sauvage, d’une sauvagerie associée aux montagnes. D’ailleurs, François Ripoll émet deux hypothèses.  Pyrène pourrait être, à l’origine, soit une déesse des montagnes, soit une déesse des passages.

Ainsi, la légende raconte la rencontre de deux peuples, de deux civilisations qui se passe le mieux du monde.

Références

Mythologie de Gascogne, de la préhistoire jusqu’à nos jours, Anne-Pierre Darrées, 2026
Les origines mythiques des Pyrénées dans l’Antiquité gréco-latine, Pallas, François Ripoll, 2009, p. 337-355
Pyrénées-Orientales : le port antique de Pyréné était-il à Port-Vendres ou Collioure ?  L’Indépendant, 16/10/2021, Arnaud Andreu
Vendres ou Collioure, Le télégramme Paris, 16 octobre 2021
Etymologie des Pyrénées
Labyrinthe royal de l’Hercule gaulois triomphant, André Valladier, 1601
Lou Gentilome gascoun, Guillaume Ader, 1610
Ercules l’inciat / Hercule l’initié, Anne-Pierre Darrées, Edicions Reclams, 2021, livre bilingue (français, occitan)




Gascogne, dot d’Aliénor d’Angleterre ?

Henri II Plantagenêt et Aliénor d’Aquitaine marient leur fille, Aliénor d’Angleterre à Alphonse de Castille. Aurait-elle apporté la Gascogne en dot ? José Manuel Cerda explore la question.

Aliénor d’Angleterre

Henri II Plantagenêt et Aliénor d'Aquitaine
Henri II Plantagenêt et Aliénor d’Aquitaine

Aliénor nait en 1161 au château de Domfront en Normandie. Elle est la sixième des huit enfants d’Henri II Plantagenêt et de la célèbre Aliénor d’Aquitaine.

Les parents veulent éviter une alliance entre le comté de Toulouse et l’Aragon, aussi ils envisagent de marier la fillette (8 ans) à Alphonse VIII, futur roi de Castille, alors âgé de 15 ans. De son côté, la Castille y voit un appui dans sa lutte contre Sanche IV de Navarre. Ils écrivent :

sopieron cómmo el rrey don Enrrique de Inglaterra avíe vna fija muy fermosa de nueue años que era por casar, que avíe nonbre doña Leonor, e enbiaron quatro omnes buenos de los mejores de la corte a pedirla, e eran los dos, rricos omnes, e los dos, obispos. Extrait de Crónica de Veinte Reyes.

[Ils surent que le roi Henri d’Angleterre avait une fille très belle de neuf ans qui était à marier, qui avait nom Léonor, et ils envoyèrent quatre hommes nobles parmi les meilleurs de la cour pour la demander, et c’était deux homme riches et deux évêques.]

Mariage d’Aliénor et d’Alphonse VIII de Castille

Alphonse de Castille et Aliénor d'Angleterre
Alphonse de Castille et Aliénor d’Angleterre

Le mariage a lieu en 1170 (Aliénor a 9 ans) à Tarazona à la frontière entre Aragon et Castille. Aliénor aurait apporté dans la corbeille nuptiale le duché d’Aquitaine, le comté de Gascogne. En échange, Alphonse lui offre la juridiction sur quatorze villes, seize châteaux et les rentes de neuf ports. De plus, lors des conquêtes contre les Almohades, Alphonse offre à sa femme la moitié des terres qu’il leur reprend. Aliénor est ainsi d’une puissance équivalente à celle d’Alphonse.

Le mariage a lieu en grande pompe. Le cortège nuptial part de Bordeaux. Et Aliénor est escortée par des personnages illustres comme l’archevêque de Bordeaux, des évêques (d’Agen, Périgueux, Angoulême…) et des nobles aquitains, anglais, normands et bretons. Des troubadours les accompagnent : Peire d’Auvergne, Gonzalbo Roitz, Arnaut-Guilhem de Marsan parmi les plus connus.

Ce mariage a des conséquences énormes. Sur les terres. Sur l’influence politique que vont jouer les Castillans renforcés par ce mariage, sur l’influence politique que jouera Aliénor d’Aquitaine. Et sur l’influence culturelle de cette dernière.

Alphonse comte de Gascogne ?

Le comté de Gascogne faisait-il partie de la dot ? On n’a pas conservé de contrat écrit. Pourtant les Gascons combattront au côté d’Alphonse contre les Almohades, ce qui montre au moins qu’un lien était reconnu.

Enfin, on a des traces indirectes, grâce à des écrits de donation ou de confirmation de libertés. Comme cette confirmation des libertés de l’abbaye Notre-Dame de la Sauve-Majeure (mai 1206) qui nomme le roi castillan dominus Vasconiae [seigneur de Vasconie]. Un point important, cette confirmation est signée de nombreux témoins dont beaucoup sont des prélats ou des nobles de Gascogne. Autre exemple, le gouverneur arabe de Jaén écrit au roi de Castille, Tolède et Gascogne. Il y en d’autres encore.

La Batalla de las Navas de Tolosa o la la batalla de los tres reyes
La batalla de las Navas de Tolosa o la la batalla de los tres reyes (1212)

Alphonse revendique le comté de Gascogne

Jean Sans Terre
Jean Sans Terre

Les relations entre Alphonse et Jean sans terre, roi d’Angleterre et frère d’Aliénor, ne sont pas au beau fixe. Jean interdit tout échange entre Bayonne et Castille. En réponse, en 1203, Alphonse se rapproche de Philippe Auguste, roi de France et ennemi de l’Angleterre.

En fait, dot ou pas, le comté de Gascogne n’est pas annexé au royaume de Castille. Mais Aliénor d’Aquitaine est toujours vivante et suzeraine. À sa mort, en 1204, si sa fille Aliénor d’Angleterre doit lui succéder, elle doit prendre l’autorité seigneuriale. Aussi, Alphonse se met, au nom de sa femme, à revendiquer le comté, tel que c’est relaté dans les Cantigas de Santa Maria :

E sa avoa y era, filla del Rei d’Ingraterra,
moller del Rei Don Alffonsso, por que el passou a serra
e foi entrar en Gasconna pola ga[ann]ar per guerra,
e ouv’ end’ a mayor parte, ca todo ben merecia.

Et y était sa grand-mère, fille du Roi d’Angleterre,
femme du Roi Don Alfonse, pour laquelle il passa les montagnes
et entra en Gascogne pour gagner par la guerre,
et en obtint la majeure partie, qu’il méritait bien.

Campagne contre la Gascogne

Philippe-Auguste traversant la Loire
Philippe-Auguste traversant la Loire

Philippe Auguste occupe la Normandie puis le Poitou. Et Alphonse de Castille lève des troupes à la frontière gasconne pour arrêter toute prétention de la part des Plantagenêts. Le troubadour Bertrand de Born l’écrit :

Anfós
C’ aug dir que ven, e volrá sodadiers;
Richartz metrá a mueis e a sestiers,
aur et argent…

J’entends dire que le vaillant roi de Castille arrive ;
l’on aura besoin de guerriers ;
et le roi Richard dépensera de l’or et de l’argent à profusion…

En 1205, Alphonse envahit la Gascogne. De nombreuses places, Blaye, Dax, Orthez, Sauveterre… se soumettent à Alphonse. Mais certaines villes résistent. Bordeaux, Bayonne, La Réole préfèrent les échanges commerciaux avec l’Angleterre et repoussent l’assaillant.

Fin 1206, Aliénor reçoit un saufconduit de son frère Jean pour négocier la paix. Ce qu’elle réussit. Finalement, en 1208, Alphonse renonce.

Les Castillans, le retour !

Près d’un demi-siècle plus tard, en 1253, Gaston VII de Béarn se révolte contre Henri III Plantagenêt. Il se réfugie en Castille et incite le nouveau roi, Alphonse X, à revendiquer la Gascogne pour dot non réglée. C’est clair :

quicquid juris habemus, vel habere debemus in tota Vasconia, vel in parte, in terris, possessionibus, hominibus, juribus, vel quasi dominiis, vel quasi actionibus et rebus aliis, ratione donationis qua fecit, vel fecisse dicitur, dominus Henricus, quondam Rex Angl’, et Aleonora uxor sua Aleonore filie sue, et bone memorie, domine Alfonso Regi Castelle.

tous les droits détenus ou qui devraient être détenus sur toute la Gascogne […] en raison de la donation que firent, ou qui est dite avoir été faite par, le seigneur Henri, jadis roi d’Angleterre, et Aliénor sa femme à leur fille […] et au seigneur Alphonse, roi de Castille.

Sauveterre de Béarn, place forte de de Gaston VII de Béarn
Sauveterre de Béarn, place forte de Gaston VII de Béarn

Edouard Ier d'Angleterre
Edouard Ier d’Angleterre

Bien sûr le roi d’Angleterre n’est pas prêt à céder. Alors, des deux côtés, on se prépare à guerroyer, tout en entamant des négociations. Cette fois-ci la diplomatie l’emporte.  On marie Edouard 1er, futur roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine, à Aliénor de Castille, sœur cadette d’Alphonse X. Cela calme le contentieux.

Gaston de Béarn continue quelques temps à ne reconnaitre comme suzerain que le roi de Castille. Sancho IV, second fils d’Alphonse X, fait un coup de force : il se fait reconnaitre régent puis roi de Castille. Ayant des vues très différentes de son père, il s’allie à la France.

C’est fini. La Gascogne ne sera pas vassale de la Castille.

Anne-Pierre Darrées

écrit en nouvelle orthographe

Références

La dot gasconne d’Aliénor d’Angleterre entre royaume de Castille, royaume de France et royaume d’Angleterre, Cahiers de civilisation médiévale, José Manuel Cerda, Comisión Nacional de Investigación Científica y Tecnológica (Chile), 2011, p.225-242
Relaciones de Alfonso X con Inglaterra y Francia, IV semana de estudios alfonsíes, Francisco J. Hernández