La guerre de Gascogne 6 – L’épilogue

Nouvelle épisode dans la guerre de Gascogne  : le gouvernement du Prince Noir mécontente les Gascons, surtout à cause des nouveaux impôts créés pour renflouer les caisses après l’expédition de Castille. Jean d’Armagnac et Arnaud-Amanieu d’Albret en appellent au roi de France.

Charles V, un roi prudent dans la reprise de la Gascogne

Charles V de France (1338-1380) se montre très prudent dans la conduite de la guerre de Gascogne contre l'Angleterre
Charles V de France (1338-1380)

Interpelé par Jean d’Armagnac et Arnaud-Amanieu d’Albret, Charles V s’entoure de juristes et examine minutieusement toutes les conséquences d’une entrée en guerre. Il consulte les universités de Toulouse et de Montpellier. Moqueur, le duc de Lancastre dit de lui : « Ce n’est pas un roi sage, c’est un avocat ! ».

La France est forte, les finances sont saines, elle compte de nombreux alliés. Et le Prince Noir est malade depuis son voyage en Castille. Le temps semble propice pour relancer les opérations.

Le Prince Noir (entre 1430 et 1440) © Wikipedia
Le Prince Noir (entre 1430 et 1440) © Wikipedia

En janvier 1369, deux officiers partent de Toulouse, porteurs d’une lettre de citation à comparaitre. Le Prince Noir est furieux. Sa réponse tient en peu de mots : « Nous irons certainement à votre mandement, mais le bassinet en tête et avec toute notre compagnie ». Sur le chemin du retour, le Sénéchal d’Agen arrête et pend les deux officiers du roi.

Charles V sait exploiter la mort de ses ambassadeurs. Il écrit partout. En trois mois, 800 villes et bourgs se déclarent soumis au roi.

Sentant le danger, Édouard III tente une médiation et offre même des avantages territoriaux à Charles V qui fait la sourde oreille. Alors, Édouard III comprend que la guerre est inévitable et envoie des renforts en Aquitaine. En mai 1369, les États généraux sont réunis à Paris. Le 30 novembre, la Cour constate la félonie du Prince Noir et confisque le duché. C’est de nouveau la guerre.

L’offensive pour reconquérir la Gascogne

Les reconquêtes de Charles V dans la guerre de Gascogne © Wikipedia
Les reconquêtes de Charles V © Wikipedia

Prudent, Charles V évite les confrontations hasardeuses. Les campagnes de 1372 et 1373 sont victorieuses pour lui. En Gascogne, le comte d’Armagnac mène les opérations. Lectoure, Fleurance, Condom et Auvillar sont reprises. En Bordelais, La Réole tombe et ouvre la route de Bordeaux. La ville, bien défendue, ne laissera pas ruiner son commerce des vins avec l’Angleterre. Mais, le Prince Noir, malade, abandonne sa principauté d’Aquitaine en 1372.

Pendant 10 ans, Charles V mène une guerre d’usure, forteresse par forteresse, et avance méthodiquement ses pions. À sa mort en 1380, l’Aquitaine est réduite à deux enclaves. Celle de Bordeaux qui va de Blaye à Castillon et de Rions au pays de Buch. Mais, Bordeaux souffre de la forte baisse de son commerce de vins avec l’arrière-pays. Celle de Bayonne qui comprend Dax et Saint-Sever.

Édouard III meurt en 1377. Son fils Richard II (1367-1400) n’a que 12 ans. En France, Charles VI (1368-1422) monte aussi sur le trône à l’âge de 12 ans. Des deux côtés, les princes se querellent.

Charles VI, le roi fou

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Charles VI fait une première crise de démence en 1392. Un conseil de régence se met en place, au sein duquel Philippe le hardi, duc de Bourgogne, a le plus d’influence. Il s’empresse de conclure la paix avec les Anglais en 1395. La trêve se prolonge jusqu’en 1426.

En 1404, Jean sans peur lui succède en Bourgogne. Au sein du conseil de régence, il s’oppose à Louis d’Orléans, frère cadet du roi, et le fait assassiner en 1407.

Armagnacs contre Bourguignons

Henri V (artiste anonyme, fin xvie-début xviie siècle, National Portrait Gallery, Londres) © Wikipedia
Henry V   (1386-1422) National Portrait Gallery, Londres) © Wikipedia

Bernard VII d’Armagnac (1360-1418) épouse en 1393 Bonne de Berry, cousine de Charles VI. Il devient l’ami de Louis d’Orléans. Après son assassinat, il fonde le « parti des Armagnacs » qui s’oppose au « parti des Bourguignons ». C’est la guerre civile.

En Angleterre, Henri V règne depuis 1413. Il veut reconquérir l’Aquitaine dans ses frontières d’avant le traité de Brétigny de 1360. Aussi, il profite de la situation pour débarquer en Normandie, établit une tête de pont à Harfleur et se dirige vers Calais. Le 25 octobre 1415, il bat les Français à Azincourt.

Sacre de Henri VI en la cathédrale Notre-Dame de Paris © Wikipedia
Sacre de Henry VI d’Angleterre en la cathédrale Notre-Dame de Paris © Wikipedia

En particulier, Charles d’Albret, connétable de France, est tué à Azincourt. Bernard d’Armagnac le remplace. Jean sans peur s’allie aux Anglais. Ses troupes rentrent dans Paris grâce à une complicité. Il organise le massacre des partisans des Armagnacs. Et Bernard d’Armagnac fait partie des victimes. Le dauphin s’enfuit. Il devient le « roi de Bourges » soutenu par le « parti Armagnac ».

Avec le traité de Troyes de 1420, les Anglais entrent dans Paris. Charles VI fait de Henri V son héritier à la couronne. Henri V et Charles VI meurent la même année 1422. Henri VI règne maintenant en Angleterre et sur le nord de la France, Charles VII règne au sud de la Loire.

Mais, seigneurs et bourgeois supportent mal l’Anglais. Les ralliements à Charles VII sont nombreux. Les Armagnacs font leur réapparition dans Paris.

Le Languedoc se rallie à Charles VII

Charles VII (1403-1461) met fin à la guerre de Gascogne
Charles VII (1403-1461) © Wikipedia

Le désordre a des conséquences en Gascogne. Le comte de Pardiac et le seigneur de Barbazan se disputent des territoires dans le Toulousain. Bernard VII d’Armagnac et son allié le comte de Pardiac revendique le Comminges et épouse de force la comtesse Marguerite. Jean de Grailly, captal de Buch, et Bernard d’Armagnac s’affrontent. En Languedoc, le futur Jean IV d’Armagnac (1418-1450) est lieutenant par la grâce de son père qui domine le conseil royal. Ses exactions fiscales sont aussi lourdes que celles de son père à Paris, ce qui entraîne de forts mécontentements et un ralliement aux Bourguignons.

Jean Ier de Foix-Grailly devient lieutenant de Charles VII en Languedoc. Il achète le départ des Compagnies qui ravagent le Languedoc. Il s’allie aux familles d’Albret, d’Astarac et d’Armagnac pour chasser le prince d’Orange qui tient Toulouse pour les Bourguignons. Par sa politique mesurée, Jean de Foix-Grailly rallie tout le pays à la cause de Charles VII.

Les Gascons sont nombreux dans les armées de Charles VII : Étienne de Vignoles dit La Hire, Poton de Xaintrailles qui sera nommé maréchal de France par Charles VII, Arnaud-Guilhem de Barbazan, mais aussi Charles II d’Albret et bien sûr Bernard VIII d’Armagnac.

Le duc de Bourgogne a compris qu’il n’avait rien à attendre des Anglais. Le traité d’Arras de 1435 réconcilie Bourguignons et Armagnacs. Charles VII fait son entrée dans Paris en 1436. La reconquête peut reprendre.

Le dénouement de la Guerre de Gascogne

Représentation du dauphin Louis dans La Crucifixion du Parlement de Toulouse, années 1460, Toulouse, musée des Augustins
Le dauphin Louis, futur Louis XI dans « La Crucifixion » du Parlement de Toulouse, années 1460, Toulouse, musée des Augustins © Wikipedia

En 1438, Charles d’Albret franchit la Garonne à Tonneins et marche sur Bordeaux. Poton de Xaintrailles attaque par le sud. L’armée campe à Saint-Seurin mais ne peut prendre la ville. Pendant ce temps, Charles VII entre à Toulouse en juin 1442. Son armée prend Dax, Saint-Sever et arrive devant Tartas. Rangé en « bataille », il attend vainement les Anglais. En aout, les Anglais reprennent les deux villes.

Jean IV d’Armagnac occupe le comté de Comminges. La comtesse Marguerite négocie avec Charles VII la dévolution de son comté à la couronne. Jean IV est fait prisonnier à l’Ile Jourdain et le dauphin (futur Louis XI) occupe toutes les forteresses d’Armagnac qui est bientôt rattaché à la couronne.

Le saccage du Médoc n’est pas du gout des Bordelais. On a peur du roi de France, décidément trop près, et de son fisc trop gourmand. Ancienne capitale du duché d’Aquitaine, Bordeaux a ses propres institutions et se gouverne seule.  Les affaires sont florissantes avec l’Angleterre. Elle a choisi son camp.

Détail d'une miniature enluminée du livre de Talbot Shrewsbury montrant John Talbot, 1er comte de Shrewsbury, KG, avec son chien, présentant le livre à Marguerite d'Anjou, reine d'Angleterre, 1445
John Talbot,  présentant le livre de « Talbot Shrewsbury » à Marguerite d’Anjou, reine d’Angleterre, 1445 © Wikipedia

Au printemps 1451, les Français prennent Blaye, Bourg, Libourne, Castillon, Fronsac. Sans secours, Bordeaux se rend le 30 juin. Le 20 aout, Bayonne ouvre ses portes.

Une flotte anglaise de secours arrive. John Talbot entre dans Bordeaux le 23 octobre 1452. En quelques jours, il reprend les villes occupées par les Français. Mais la réaction ne se fait pas attendre. Charles VII a maintenant une armée bien organisée.

En quelques jours, le Médoc est réoccupé. Le siège est mis devant Castillon. Le 17 juillet 1453, la bataille de Castillon voit la défaite des Anglais. La guerre de Gascogne est définitivement terminée.

Les Bordelais voient leurs franchises supprimées. Les plus compromis fuient à Londres. Finalement, Bordeaux retrouve ses franchises mais elle doit héberger une forte garnison pour sa surveillance.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)

Références

La Guerre de Cent ans, Jean Favier, Editions Fayard, 1980.
La délivrance de Tartas par Charles VII, Charles de Chauton, Société de Borda, 1958.




L’âge d’or de la poésie gasconne

Lesheim estar la fòrça: on mes òm s’arrasoa,
Mès òm ved que jo è dret de parlar davant vos.Le gascon est couramment utilisé comme langue véhiculaire, juridique et administrative. Au XVIe siècle, survient un âge d’or de la poésie gasconne avec des auteurs aussi célèbres que Ronsard ou du Bellay dont ils sont les contemporains.

Le contexte

 Ronsard (1524-1585), portrait par Benjamin Foulon © Wikipedia
Pierre de Ronsard (1524-1585), portrait par Benjamin Foulon © Wikipedia

Le XVIe siècle est celui des guerres de religion. C’est aussi au cours de ce siècle que l’on assiste à une renaissance de la littérature française autour de la Pléiade, groupe d’écrivains comme Pierre de Ronsard, Joachim du Bellay, Étienne Jodelle ou Jean Dorat. Leur but est de perfectionner la langue française pour la détacher du latin. D’ailleurs, l’ordonnance de Villers-Cotterêts date de 1539.

En Gascogne, un mouvement littéraire se développe aussi. Cette fois, il s’agit de défendre la poésie gasconne et le gascon face au français qui s’insinue partout.

Édition de 1583 des Psaumes, traduits par Salette en gascon et accompagnés de leur partition.
Édition de 1583 des Psaumes, traduits par Arnaud de Salette et accompagnés de leur partition © Wikipedia

Ce mouvement se développe autour d’Auch, dans la Gascogne centrale. Bordeaux est déjà francisé, Toulouse est languedocienne et Pau est fixée sur le Béarn.

Parmi les 12 poètes les plus connus, on citera Arnaud de Salettes qui est Béarnais, Pey et Jean de Garros de Lectoure, Saluste du Bartas de Montfort, Guillaume Ader de Gimont, Jean-Géraud d’Astros de Saint-Clar de Lomagne ou Bertrand Larrade de Montréjeau.

Cependant, Toulouse joue un rôle déterminant dans ce mouvement. La ville est prospère, grâce au pastel. Elle est jeune et dynamique. L’Université draine des étudiants de tous les pays. Le Parlement entretient de nombreux juristes. L’on vient de partout y étudier et c’est là que nos écrivains gascons se rencontrent, que nait leur vocation et qu’ils sont imprimés.

La poésie gasconne

Henri de Navarre est en guerre pour conquérir le trône de France. Les Gascons, protestants notamment, le soutiennent. Or, la littérature est militaire. Elle raconte ses exploits et loue ses qualités guerrières. Peu après, lorsqu’il accède au trône en 1589, la littérature gasconne devient plus poétique comme nous le dit Pey de Garros.

Henri III, roi de Navarre (vers 1575).© Wikipedia.
Henri III, roi de Navarre (vers 1575) © Wikipedia.

Mes au lòc de lanças punchudas,
Armen-nos de plumas agudas
Per ovrar lo gascon lengatge
Perqué ò presique d’atge en atge
La gent, la bera parladora
Com en’armas es vencedora.

Mais au lieu de lances pointues,
Armons-nous de plumes aigües
Pour orner le gascon langage
Afin qu’on cultive d’âge en âge
Le noble et beau parler
Comme en armes est victorieux.

Les genres littéraires en vogue sont les mêmes que dans la littérature française. Après tout, poètes gascons et français échangent entre eux. Il y a l’églogue (poème consacré à un sujet pastoral), la pastorale (œuvre dans laquelle les sujets sont des bergers), l’épithalame (poème composé à l’occasion d’un grand évènement ou pour louer un personnage), sans oublier le chant religieux. Après l’accession au trône d’Henri de Navarre, le sonnet amoureux prédomine.

Les Gascons Pey et Jean de Garros

Pey de Garros (1525-1583) est connu pour avoir traduit les psaumes, commandés par Jeanne d’Albret. Ainsi, en 1565, il édite les Psaumes de David, viratz en rythme gascon et en 1567 Poesias gasconas qu’il dédie à Henri de Navarre. On reconnaitra les vers :

Pey de Garros-Psaumes de David viratz en rhytme gascon © Wikipedia
Pey de Garros (1525-1583) -Psaumes de David viratz en rhytme gascon © Wikipedia

O praube liatge abusat,
Digne d’èste despausat,
Qui leishas per ingratitud
La lenga de la neuritud
Per, quan tot seré plan condat,
Aprene un legatge hardat.

Ô pauvre génération abusée,
Digne d’être chassée du pays,
Qui laisse par ingratitude,
La langue de ta nourrice,
Pour, tout compte fait,
Apprendre un langage fardé.

Plus tard, son frère Jean laisse une Pastourade gascoue, écrite en 1610, inspirée par la mort d’Henri IV sus la mort deu magnific è pouderous Anric quart deu nom, Rey de France è de Navarre :

Jean de Garros-Pastourade gascoue sur la mort deu magnific e pouderous anric quart ...   (Gallica) Pastorale gasconne ...
Jean de Garros-Pastourade gascoue sur la mort deu magnific e pouderous anric quart ..   © Gallica

Ô Terra,Ô Cèu, Ô Mar, Astres e Dius amassa,
Avètz vosauts patit, qu’aquesta nòble raca,
Deus Sants, liris antics, hossen traidorament,
Dab un cotèth murtrèr, herits tan vivament,
Quan la sang innocenta, en l’estreta carréra,
A hiòlas culèc hèr nèishe ua ribera?

Ô terre, Ô Ciel, Ô Mer, Astres e Dieux ensemble,
Vous avez donc permis que cette noble race,
Des Saints, lys anciens, fut si traitreusement,
D’un couteau meurtrier soudainement frappée,
Quand le sang innocent, dans l’étroite ruelle,
À flots jaillit, faisant naitre comme un ruisseau.

Saluste du Bartas

Guillaume de Salluste Seigneur du Bartas (1544-1590), portrait gravé par Nicolas de Larmessin, 1612.
Guillaume de Saluste Seigneur du Bartas (1544-1590), portrait gravé par Nicolas de Larmessin, 1612. © Wikipedia

Saluste du Bartas (1544-1590) écrit surtout en français. Son œuvre La Sepmaine ou la création du monde, inspirée de l’Ancien testament, connait un immense succès en France et en Europe. Elle est réimprimée vingt fois en quatre ans et traduite en plusieurs langues. Elle séduit tant le roi d’Écosse qu’il nomme son auteur chevalier et fait connaitre sa poésie à toute la Cour.

En gascon, il est l’auteur du Dialogue des nymphes qui doit accueillir Catherine de Médicis et Marguerite de Valois lors de leur entrée à Nérac en 1573. Il y fait dialoguer trois nymphes : une latine, une française et une gasconne. Naturellement, c’est la nymphe gasconne qui l’emporte sur toutes les autres.

Extrait du Dialogue des nymphes

Cara’t, Ninfa vesia: e tu, Ninfa Romana,
N’anes pas de tos grans mots ma Princessa eishantar:
Non i a tan gran lairon, qu’aqueth que l’aunor pana.
Dessús l’autrújoquèr lo poth non diu cantar […]

Edition bilingue français-anglais à Londres en 1637 d'oeuvres de Saluste du Bartas
Edition bilingue français-anglais (*) à Londres en 1637 d’oeuvres de Saluste du Bartas @ Wikipedia

Lesheim estar la fòrça: on mes òm s’arrasoa,
Mès òm ved que jo è dret de parlar davant vos..
Jo sonc Ninfa Gascona: era es ara Gascoa:
Son Marit es Gascon e sons subjects Gascons. […]

Tais-toi, nymphe voisine : et toi, nymphe romaine,
ne va pas de tes grand mots ennuyer ma princesse :
il n’y a pas plus grand larron que celui qui vole l’honneur.
Sur le perchoir d’autrui le poulet ne doit pas chanter […]

Laissons faire la force : plus on raisonne
et plus on voit que moi seule ai le droit de parler plutôt que vous.
Je suis nymphe gasconne : car elle est désormais gasconne,
Son mari est gascon et ses sujets gascons.

(*) « en français et en anglais pour l’enseignement et le plaisir de tous dans les deux langues »

Guillaume Ader et Jean-Géraud d’Astros

Guillaume Ader (1567-1638)- Lo Gentilome Gascoun (1610) © Gallica (Le gentilhomme gascon)
Guillaume Ader (1567-1638)- Lo Gentilome Gascoun (1610) © Gallica

Ces deux auteurs gascons écrivent des pièces longues. Guillaume Ader (1567-1638) écrit le Gentilomme gascon, poème épique de 2690 vers dédiés aux exploits d’Henri de Navarre. En 1607, c’est le Catounet gascon, suite de 140 quatrains moralisateurs, sorte de livre de préceptes de comportement pour tous les jours de la vie quotidienne : faire des économies, éviter les mauvaises fréquentations, fuir les cabarets :

N’aujas aqueth que lo vin lo governa,
E mes que mes se’t vòs aconselhar,
Lo qui n’a sen no’n pòt guaire balhar,
E bon conselh n’ei pas a la taverna.

N’écoute pas celui que le vin mène,
Si tu attends, surtout, de bons conseils,
Qui n’a pas de sens, ne peut guère en donner,
Et bon conseil n’est pas dans la taverne.

ean-Géraud d’Astros (1594-1648) - Lou trimfe de la lengouo gascouo (1643) © Gallica (Le triomphe de la langue gasconne
Jean-Géraud d’Astros (1594-1648) – Lou trimfe de la lengouo gascouo (1643) © Gallica

Jean-Géraud d’Astros (1594-1648) est l’auteur en 1636 de Lou beroy e naturau gascoun en las quate sasons de l’an (Le gascon vrai et naturel pendant les quatre saisons de l’année) et en 1642, de Lou Trimfe de la lengouo gasoua am plaidejatz de las qouate sasons e deus Elements, daouan lou pastou de Loumagne (Le triomphe de la langue gasconne, avec les plaidoyers des quatre saisons et des quatre Eléments, devant le berger de Lomagne).

Le titre de cette œuvre est aussi long que les séances d’octosyllabes au cours desquelles les quatre saisons et les quatre éléments plaident leur cause devant un berger chargé de les départager. En effet, la pièce compte 3813 vers.

Pourquoi n’apprend t-on pas à l’école la poésie gasconne ?

François de Malherbe (1555-1628) © Wikipedia
François de Malherbe (1555-1628) © Wikipedia

La renaissance de la littérature gasconne au XVIe siècle est liée au protestantisme et est portée par la Cour de Navarre. Jeanne d’Albret passe de nombreuses commandes de traduction de textes religieux.

Après les guerres de la Fronde, Malherbe mène le combat contre l’invasion de la langue du sud qu’il appelle pays d’adiousias, en référence aux adius (adious / adieux) que s’échangent les gens du sud. Il est vrai que les Cours d’Henri IV et de Louis XIII regorgent de Gascons qui parlent toujours leur langue. Avec Malherbe, on se dirige vers la « pureté » de la langue française, exempte de tout régionalisme.

Au même moment, l’Église catholique multiplie les écrits en occitan pour se faire comprendre du peuple.

Si vous connaissez d’autres raisons…

Serge Clos-Versaille
Traduction des quatre derniers poèmes : Pierre Bec

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le siècle d’or de la poésie gasconne (1550-1650), Anthologie bilingue, Pierre Bec, Editions Les Belles Lettres, 1997.
Nouvelle histoire de la littérature occitane, Robert Laffont et Christian Anatole, Presses Universitaires de France, 1970.




L’agriculture gasconne, de nouvelles pistes

Si l’agriculture a très peu évolué pendant des siècles, elle vit depuis quelques décennies des bouleversements incroyables. Quelques expériences.

L’agriculture aux temps anciens

À l’arrivée des Romains, la Gascogne cultivait le blé, la vigne, les fèves et élevait des porcs. Les fundi aquitano-romains puis les abbayes contribuèrent à déboiser et augmenter les espaces cultivés.

Calendrier de Pietro Crescenzi, XIII° siècle, Travaux des douze mois de l'année, Calendrier extrait du Rustican, de Pietro Crescenzi vers 1300
Calendrier de Pietro Crescenzi, XIIIe siècle, Travaux des douze mois de l’année, Calendrier extrait du Rustican, de Pietro Crescenzi vers 1300 © Wikipedia

Jusqu’au XVIIIe siècle, l’agriculture varie peu même si elle intègre quelques fruits exotiques apportés par les croisés. Les familles pratiquent la polyculture, cultivent des céréales, les milhs, élèvent des volailles, du porc, des ovins dans certaines contrées et quelques bovins.

Ce sont les sols et le climat qui imposent cette polyculture. Elle rend les bòrdas (fermes) autosuffisantes.

Puis, au XVIIIe siècle, d’Etigny révolutionne l’agriculture gasconne. C’est qu’il faut lutter contre les sécheresses, les disettes et apporter de la nourriture à une population qui augmente. Ainsi il favorise la construction de routes, la création de sociétés agricoles, les défrichements, l’ajout de marne pour engraisser les champs, l’introduction de nouvelles plantes, d’arbres fruitiers, du maïs, de la pomme de terre

Les temps modernes

Au milieu du XIXe siècle, 75% de la population (20 millions de personnes) est agricole. Les superficies de pâturages sont plus importantes, avec l’abandon deus vacants (des jachères) pour les prairies artificielles, c’est-à-dire ensemencées de légumineuses (lusèrna, esparcet – sainfoin, trèule – trèfle…). Arrivent les engrais, les premières machines. Toutefois, les propriétés restent petites, les progrès techniques sont lents, les crédits quasi inexistants à part ceux des usuriers.

Une crise entraine une terrible baisse des prix en 1875 : ils sont divisés par 2 entre 1875 et 1895 !  Le phylloxera tue les vignes. Globalement, l’agriculture perd la maitrise de ses terres et dépend de plus en plus de l’industrie et de la distribution. Parallèlement, l’industrie se développe et a besoin d’ouvriers.

La première guerre mondiale va décimer les paysans : 550 000 sont tués, 500 000 reviennent blessés, ils représentent 20% des agriculteurs.

Battage à l'aide d'une batteuse manuelle en 1932. Le gerbier est au premier plan, le pailler au second. La paille et le grain sont triés au sol sur l'aire à la sortie de la batteuse (en bas à droite).
Battage à l’aide d’une batadera (batteuse) manuelle en 1932. Le garbèr (gerbier) est au premier plan, le palhèr (pailler) au second. La paille et le grain sont triés au sol sur l’aire à la sortie de la batteuse (en bas à droite) © Wikipedia

En 1945, les actifs français ne sont plus qu’un tiers à travailler dans l’agriculture, pour un tiers dans l’industrie ou le bâtiment et un tiers dans les services. Ce n’est pas fini. Aujourd’hui 75% des Français travaillent dans les services et les agriculteurs ne sont plus que 1,5% de la population active, selon l’INSEE.

La situation actuelle

La France reste la première puissance agricole européenne, le cinquième exportateur au niveau mondial, grâce aux exportations de vin. Mais depuis 1974, les prix des volailles, des porcs ou des céréales ont été divisé par 4.

Élevage de volailles en batterie © Fred TANNEAU/AFP
Élevage de volailles en batterie © Fred TANNEAU/AFP

De plus, les importations ont augmenté :

  • un poulet sur deux consommés en France est importé ;
  • 56% de la viande ovine consommée en France est importée ;
  • 28% des légumes et 71% des fruits consommés en France sont importés.

Les agriculteurs gascons innovent

Puisqu’il y a un salon de l’agriculture à Paris, pourquoi pas un salon dans nos terres, un salon a la bòrda ? Il existe depuis quatre ans (cette année du 15 au 25 février). L’occasion de voir par soi-même les grands défis de l’agriculture et les solutions proposées par nos agriculteurs gascons. Ils montrent à la fois comment ils souhaitent regagner notre souveraineté alimentaire et comment ils prennent en compte les grandes questions d’actualité : énergie, environnement.

En fait, beaucoup de personnes ont conseillé les agriculteurs et pas toujours à raison. Par exemple, un champ de maïs arrosé selon les conseils donne 13,4 tonnes à l’hectare, pas arrosé du tout, 12 t/ha !

L’exemple de la ferme des Mawagits

Guillaume Touzet et Grégoire Servan de la Ferme des Mawagits à Saint-Elix d'Astarac (32)
Guillaume Touzet et Grégoire Servan de la Ferme des Mawagits à Saint-Elix d’Astarac (32) © La Dépêche Photo DDM, Nédir Debbiche.

De nombreux agriculteurs locaux optent pour l’agroforesterie, permettant d’assurer le renouvellement des ressources naturelles comme l’eau ou les sols, de favoriser la biodiversité tout en assurant une production correcte.

C’est l’expérience de Guillaume Touzet, employé chez Arbres &, Paysages 32, et son ami Grégoire Servan, ingénieur agronome au sein de l’association française d’agroforesterie. Ils créent en 2018 la Ferme des Mawagits à Sent Helitz d’Astarac [Saint-Elix]. Mais les deux compères ne sont pas des agriculteurs de souche et ils tâtonnent. Les gens du cru les surnomment gentiment les mauagits [maladroits], nom qu’ils adoptent pour leur ferme.

Carine Fitte et Hélène Archidec du Domaine de Herrebouc
Carine Fitte et Hélène Archidec du Domaine de Herrebouc à Saint-Jean-Poutge (32) © www.tourisme-gers.com

Ils s’intéressent à l’agroécologie et réalisent des ateliers, des conférences et des visites guidées pour sensibiliser le public.  Et ils développent la gemmothérapie avec l’aide d’une naturopathe. Cette expérience est un succès.

De façon similaire, des producteurs comme Carine Fitte et Hélène Archidec assurent leurs cultures en régénérant les sols  par l’utilisation de préparations naturelles. Ainsi, elles produisent depuis 2004, des vins biodynamiques au domaine de Herrebouc, à Sent Joan Potge [Saint-Jean-Poutge].

L’exemple de la ferme des trois grains

Jean-Jacques Garbay
Jean-Jacques Garbay à Saint-Médard (32) © YouTube

À Sent Mesard [Saint-Médard], près de Miranda [Mirande], Jean-Jacques Garbay et son neveu Bastien Garbay développent une chaine respectueuse de la culture des grains à la vente de pain. Il procèdent à des cultures d’été et des cultures d’hiver.
L’engrais utilisé est de l’engrais vert, c’est-à-dire un mélange de luzerne, féverole, avèze, navette ou moutarde blanche, facélie. Toutes ces plantes apportent quelque chose au sol. Par exemple, lo favarilh [la féverole] fixe l’azote de l’air et en laisse une partie dans la terre. Tout d’abord, nos agriculteurs labourent les champs pour mélanger ces plantes à la terre, puis ils les brossent en surface et les binent pour supprimer lo percàs, lo virèish bref les mauvaise herbes. Enfin, ils sèment les plantes selon les souhaits : soja, tournesol, sorgo, colza ou blés, le tout sans amendement ni engrais.

Bastien Garbay DR
Bastien Garbay DR

Toute l’astuce est de laisser les vers de terre (3 tonnes à l’hectare) faire leur boulot :  ils percent le sol dans tous les sens, permettant le passage de l’eau et de l’air ; aucun besoin d’intervenir ni de travailler la terre en profondeur, donc pas de consommation d’énergie fossile.

En particulier, Bastien Garbay, paysan boulanger du blé au pain, a planté 24 ha de blés anciens et modernes, de blés de population (variétés anciennes semées mélangées). C’est tout récent puisque sa première récolte date de l’an dernier.

La fabrication du pain

Moulin Astrié © Les Graines de l'Ami Luron
Moulin Astrié © Les Graines de l’Ami Luron

Un meunier a moulu le grain de Bastien mais il aura bientôt son moulin à farine à meules de pierre, appelé moulin Astrié du nom de son fabricant français, Astréïa. Ce moulin écrase le grain de façon progressive, lentement, sans le chauffer ni lui faire perdre ses qualités ; il produit ainsi une farine excellente.

De plus, comme le faisaient les anciens, Jean-Jacques a construit lui-même un four. Une partie est maçonnée, l’autre métallique avec deux niveaux et des plans rotatifs qui permettent de surveiller le pain qui cuit. Le feu atteint 1000°C et le four 250°C avec un excellent rendement de 90%.

Vous voulez gouter le pain au levain de Bastien ? Un petit épeautre, un seigle ou un méteil comme l’aimait Jean-Géraud d’Astros (mélange seigle et blé) ? Dans un poème de 1636, Beray e naturau Gascon, le poète dit en parlant du paysan :

J-G d’Astros (1594 – 1648) © Wikipedia

Que se sap perbesioun tabenc
De pan é bin ou mitadenc

Il sait qu’il a aussi en réserve
Du pain et du vin ou du méteil

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

La révolution agricole du XVIIIe siècle en Gascogne gersoise, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest. Sud-Ouest Européen, O. Perez, 1944.
L’histoire des paysans français, Éric Alary, 2019.
La France, un champion agricole mondial : pour combien de temps encore ? Rapport d’information n° 528 (2018-2019), déposé le 28 mai 2019.
Les cinquante ans qui ont changé l’agriculture française, Économie rurale, Lucien Bourgeois, Magali Demotes-Mainard, 2000.




Louis Saudinos et la culture du Luchonnais

Louis Saudinos est né à Mayrègne, en vallée d’Oueil, près de Luchon. Fils de berger, il
s’intéresse à la culture et à la langue de sa vallée à qui il reste fidèle toute sa vie.

Saudinos, un autodidacte discret

Louis Saudinos faisant visiter le Musée de Luchon au Cardinal Saliège © Revue du Comminges 01/01/73 Gallica
Louis Saudinos (à gauche), faisant visiter le Musée de Luchon au Cardinal Saliège (1870-1956) © Revue du Comminges 01/01/73-Gallica (photo non datée)

Louis Saudinos (1873-1962) est ordinairement appelé Loís de Pehauré, du nom de sa maison. C’est courant en Gascogne de donner aux personnes le nom de leur maison.

Enfant, il aide aux travaux des champs, s’occupe des bêtes et fréquente l’école de Mairenha (Mayrègne). En 1887, il entre chez les Frères à Luchon et obtient le brevet. Puis, il devient fonctionnaire aux Contributions indirectes. Surtout, il dévore tous les livres qu’il peut trouver, notamment de psychologie et de sociologie. Et il lit aussi les œuvres de Saint-Augustin qu’il admire.

Jean Jaurès
Louis Saudinos, admirateur de Jean Jaurès (1859-1914)

Comme il s’intéresse aux questions sociales, séduit par les discours de Jean Jaurès, Louis Saudinos adhère à la SFIO et devient franc-maçon. La politique semble l’intéresser quelque peu.  Ainsi, dans le journal Le Petit Commingeois du 1er aout 1948, il prône la constitution d’une régie rurale pour l’exploitation des forêts de Luchon.

Un intérêt marqué pour la vallée

L’Écho Pyrénéen du 7 décembre 1041
L’Écho Pyrénéen du 7 décembre 1941

Cet autodidacte discret s’intéresse au gascon parlé dans sa vallée. Il s’intéresse aussi au patrimoine bâti. Et à la vie des gens, jusqu’à devenir le spécialiste de l’histoire, de la langue et de l’ethnographie de la vallée d’Oueil.

Louis Saudinos écrit beaucoup et publie régulièrement des articles dans la presse locale. Dans L’Echo Pyrénéen des 21 décembre 1941, 4 et 11 janvier 1942, il publie La sentence arbitrale entre les coseigneurs de la vallée de la Baroussse et les coseigneurs de la vallée d’Oueil le 11novembre 1344.

De plus, ses recherches permettent de rétablir l’origine du nom de sa vallée. Dans un article publié le 27 août 1950 dans Le Petit Commingeois, il démontre que la vallée d’Oueil n’est pas la « vallée des brebis » (oelhas = brebis en gascon, prononcer oueillos) mais « la vallée des sources » (uelh = source en gascon, prononcer oueill).

Louis Saudinos aétidié toute sa vie les traditions de la Vallée d'Oueil © Balades et Bricolages
La Vallée d’Oueil © Balades et Bricolages

Louis Saudinos, une vie de collecte de mots et d’objets

Son carnet à la main, assis dans une auberge, il écoute ses interlocuteurs et note soigneusement leurs propos. Comme il n’a pas de voiture, il parcourt les vallées du pays de Luchon en car. Tout comme Félix Arnaudin, il rémunère ses interlocuteurs en fonction du temps passé. Tout bonnement, Louis Saudinos leur offre à boire, des sucreries ou des cigarettes.

Le Petit Commingeois du du 2 mai 1954
Le Petit Commingeois du 2 mai 1954

Son recueil fait l’objet de publications. Ainsi, dans Le Petit Commingeois des 3 et 9 avril 1949, il publie un article remarquable : « L’ours guette et attaque les troupeaux » dans lequel il explique les rapports entre les bergers et l’ours. Le chien de montagne est important pour la défense des troupeaux. Et cela se sait depuis longtemps. Par exemple, le 15 Pluviôse an VI, le conseil municipal de Castillon délibère pour acheter chaque année deux chiens de montagne et les affermer aux bergers. De même, il décrit une attaque de chevaux déjouée par l’organisation du troupeau qui fait face. Ou encore, une attaque d’un troupeau de vaches déjoué par la rangée de cornes qui l’affrontent. Et de conclure : En définitive, l’ours n’apaise le lancinant souci de sa pitance qu’auprès d’animaux isolés occasionnellement, ou bien de troupeaux de moutons non gardés.

Louis Saudinos publie aussi un ouvrage sur la culture familiale du lin et du chanvre dans lequel il décrit leur culture, leur récolte, leur préparation et leur tissage en utilisant les mots gascons de sa vallée pour chaque opération.

La collecte d’ethnographie donnée au Musée de Luchon

Louis Saudinos est un des fondateurs du musée de Bagnères-de-Luchon situé à l'Hôtel de Lassus - Nestier (1772),
Bagnères-de-Luchon Hôtel de Lassus – Nestier (1772), siège du Musée de Luchon et de l’Office du Tourisme

Lors de ses tournées, Louis Saudinos visite les granges et les greniers à la recherche des objets de la vie courante devenus inutiles. Les gens disent : Saudinòs que s’ei tornat hòu (Saudinos est devenu fou). D’autres le surnomment le peilharòt (le chiffonnier).

Cependant, il finit par récolter une masse considérable d’objets. Il les lègue au Musée de Luchon qu’il contribue d’ailleurs à créer en 1922.  Et sa collection ethnographique est aujourd’hui la plus riche de tout le sud de la France !

Le Musée de Luchon, aujourd’hui fermé pour des raisons de sécurité, occupe l’hôtel de Lassus-Nestier. Cet hôtel avait été construit en 1772 pour le séjour du duc de Richelieu venu prendre les eaux. Outre la collection d’ethnographie de Louis Saudinos, il abrite la collection archéologique de Julien Sacaze, la collection de lithographes, dessins et estampes de Bertrand de Gorsse, ainsi que d’autres collections sur les sports d’hiver à Superbagnères, le thermalisme, la faune, la flore et la géologie du pays de Luchon.

Une salle du Musée consacrée à l’ethnographie
Une salle du Musée consacrée à l’ethnographie

Louis Saudinos est membre de l’Académie Julien Sacaze depuis 1939. Il en est le vice-Président en 1955 et 1956 puis le Président en 1957 et 1958. Il présente de nombreuses communications à l’Académie et publie des articles dans la presse locale.

Outre les notices des collections d’ethnographie du Musée de Luchon, il publie « Le quillier pyrénéen » dans le journal L’Echo Pyrénéen du 20 juin 1941, « Les jeux populaires dans le canton de Luchon » dans ce même journal du 13 avril 1942 et repris dans la Revue de Comminges du 1er trimestre 1975.

Son travail contribue à la connaissance des us et coutumes de la vallée d’Oueil et du pays de Luchon.

Louis Saudinos et le gascon

Louis Saudinos était membre de l'Escolo deras Pirenéos
Armanac dera Mountanho – Escolo deras Pirenéos 1934

Amoureux de la langue et de la culture locale, Louis Saudinos aimait à dire : En patoès, nat mot ne put (En patois, aucun mot ne pue).

Il recueille une liste impressionnante de mots et de toponymes de sa vallée d’Oueil et du pays de Luchon et publie des articles dans Le Petit Commingeois. Par exemple (extrait) : Au lieu de Lichoulan, rien de visible ne permet de comprendre le pourquoi de cette désignation. Mais le dépouillement des délibérations du conseil municipal au XIXe siècle, lève l’énigme. Anciennement, sur les pâturages agrestes de Lichoulan florissait, au cours de l’été, l’industrie familiale du fromage de chèvre. Or, le premier lait des femelles, après mise bas, est appelé Lichoun, soit, le terme français de colastrum. De là le Lichoulan.

Outre les articles publiés dans les journaux de Luchon, Louis Saudinos publie un Essai d’un vocabulaire commingeois local préfacé par le professeur Jean Séguy. Suivra La toponymie du canton de Bagnères de Luchon qu’utiliseront Fritz Krüger, le célèbre dialectologue allemand, et Jean Séguy, auteur du l’Atlas linguistique de la Gascogne.

Armanac de la Gascougno-1951
Louis Saudinos, Armanac de la Gascougno-1951

Louis Saudinos est membre de l’Escolo deras Pireneos depuis sa création par Bernard Sarrieu en 1904. Il écrit aussi des articles en gascon, comme ce petit poème dans l’Armanac de la Gascougno de 1951, p. 18 : Enta-s quequerejaires.

Toute sa vie, Louis Saudinos est resté fidèle à sa vallée d’Oueil. Fils de berger, autodidacte, il a entrepris un travail considérable de collecte de mots et d’objets ethnographiques de sa vallée et du pays de Luchon. Sans lui, nous aurions sans doute perdu une partie de notre patrimoine et de notre mémoire collective.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le Petit Commingeois
Un centenaire : Louis Saudinos (1873–1962), créateur des collections d’art populaire du musée de Luchon. Jean Castex, Revue du Comminges 01/01/1973
L’industrie familiale du lin et du Chanvre, Annales de la Fédération Pyrénéenne d’économie Montagnarde, Tome IX, années 1940 – 1941. Gallica.fr
Idiome du Haut-Comminges par Louis Saudinos, Le Petit Commingeois du 28 février 1954
Préface à une étude linguistique de L. L. Saudinos, Jean Séguy, Revue du Comminges 01/01/1955
Louis Saudinos, bibliographie
Luishon pour les curieux – Guide au éditions Reclams




Te matahiti âpī, le nouvel an en Polynésie

Position géographique oblige, la Polynésie française passe à la nouvelle année bien après nous. Ayant intégré les traditions françaises et chinoises (communauté importante surtout à Tahiti), les îles présentent plusieurs facettes pour fêter le nouvel an.

La Polynésie française

La Polynésie, c’est un ensemble d’îles dont beaucoup ont été colonisées. Parmi cet ensemble, on peut distinguer la Polynésie française constituée de cinq archipels : l’archipel de la Société (avec les îles du Vent et les îles Sous-le-Vent), l’archipel des Tuamotu, l’archipel des Gambier, les îles Australes et l’archipel des Marquises. Au total 118 îles. Les Polynésiens, plus simplement, appellent tout cela le fenua, c’est-à-dire le pays.

Les îles du Vent sont les plus connues parce qu’elles comprennent les plus grandes îles : Tahiti, Moorea, Maiao, Mehetia et l’atoll de Tetiaroa. Elles rassemblent 75% de la population.

Pōmare V, dernier roi de Tahiti (1839-1891)
Pōmare V, dernier roi de Tahiti (1839-1891) © Wikipedia

Les premiers habitants des îles sont arrivés de l’Asie du Sud-Est il y a moins de 2000 ans. À la suite du conflit entre France et Tahiti,  le roi laisse son royaume à la France.

Aujourd’hui, les Polynésiens représentent 78% de la population, les Européens 12% et les Asiatiques 10%. La langue officielle est le français. Toutefois, la langue locale peut être utilisée dans le commerce, même pour rédiger des contrats. De même, elle est enseignée systématiquement à l’école, au lycée et dans l’enseignement supérieur (donc bien plus que chez nous). Pourtant, elle perd du terrain et moins de 30% des personnes de plus de 15 ans le parlent régulièrement à la maison. Dommage ! C’est une belle langue, pleine de voyelles. Souhaitons-leur de la conserver !

Les Polynésiens et les traditions du nouvel an

Pour fêter le nouvel an à Polynésie, le tiare tahiti © Wikipedia
Tiare tahiti © Wikipedia

Encore très présentes il y a quelques décennies, là aussi les traditions du nouvel an ont tendance à s’estomper. Toutefois, on peut apprécier leurs chants (même si ceux d’avant la venue des Européens ont disparu), leurs danses ou la qualité de leurs tatouages.

La Polynésie a une flore extrêmement riche toute l’année. Les deux fleurs les plus connues sont le tiaré (fleur merveilleusement odorante) et l’hibiscus. D’ailleurs, dans les premiers jours de décembre, a lieu la journée du Tiaré.

Pour fêter le nouvel an à Polynésie, l'auti ou Cordyline
Autï ou Cordyline © Wikipedia

Pourtant, pour les fêtes, en particulier du nouvel an, on va utiliser des feuilles d’autï et des feuilles de nï’au (palmiers) pour la décoration. L’autï ou cordyline est un cadeau des dieux. En effet, suite à de longues périodes de sécheresse qui entrainèrent des famines, Taaroa leur fit don de cette plante sacrée. Leurs racines gorgées de sucre redonnèrent aux hommes la force et l’énergie vitale pour tenir jusqu’à une meilleure saison.

Les Polynésiens et le Te matahiti âpī

Po'e à la papaye © Cuisine métisse
Po’e à la papaye © Cuisine métisse

Il ne semble pas qu’il y ait des traditions particulières à cette période, ou alors, elles se sont perdues. Mais le Polynésien est très ouvert à la fête. Il va donc se divertir, ârearea, ou faire la bringue, te ârearearaa.

Ainsi, il pourra manger en famille ou avec ses amis un excellent ia ota (poisson cru avec du citron et des concombres qu’il ne faut pas faire pleurer en les coupant), un poulet Fafa (poulet, lait de coco et feuilles de taro cuites). Notez que le poulet est cuit dans la braise en pleine terre. Et il finira le repas par un délicieux po’e, LE dessert polynésien, entremets à base de farine de tapioca et de lait de coco et parfumé avec un fruit. Bien sûr, il aura largement accompagné le repas de bière locale.

Le 1er janvier, c’est Faaati

Le 1er janvier, c’est l’occasion de saluer sa famille, ses amis, ses connaissances et leur souhaiter Ia ‘oa’oa i te matahiti âpī (la bonne année). Alors, c’est le Faaati, qui veut dire « faire le tour de l’île ». On part donc à plusieurs pour faire ce tour. En général, on dit quelques mots avec les personnes visitées, ou on se contente de donner un cout de klaxon quand on passe devant chez quelqu’un qu’on connait.

Aujourd’hui, il y a des associations qui organisent des Faaati dans des trucks, ça permet de continuer la bringue et c’est aussi plus touristique.

Le Tere Fa’a’ati, le tour festif de Tahiti en truck traditionnel
Le Tere Fa’a’ati, le tour de Tahiti en truck traditionnel © tahitileblog.fr

Le 2 janvier, tere fa’a’ati ia Moorea

Le traditionnel tere fa'a'ati' de Moorea. ©Hubert Liao:Polynésie la 1ère
Le tere fa’a’ati’ de Moorea à moto. ©Hubert Liao, Polynésie la 1ère

Les Polynésiens ont une bonne faculté à embrasser de nouveaux rites ou en en créer. Ainsi, sur l’île de Moorea, le 2 janvier, des centaines de motards et motocyclistes se réunissent pour fêter le passage à la nouvelle année sous la bannière… de la prévention routière !

Meilleurs voeux gascons

Après ce rapide regard sur des Français de l’autre côté de la planète, nous vous souhaitons une excellente année 2024 avec autant de présence de la langue « régionale » à l’école que dans ces îles enchanteresses. Et nous vous souhaitons plein d’imagination et de créativité pour faire vivre notre culture dans notre pays.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle 

Références

Cordyline, Auti de Tahiti, la plante sacrée
Dites-le en tahitien
Tere faaati
Légende de la création du monde par Ta’aroa




Cadeaux de Noël, détour par l’Italie

Les cadeaux pour les enfants, c’est pas toujours le 25 décembre, jour de Noël ! Allons faire un tour en Italie. Et, pour fêter notre Nadau, choisissons pour nos proches quelques beaux livres gascons.

Les cadeaux de Sainte Lucie

Santa Lucia che arriva con l’asinello © Daniela Sciascia. Sainte Lucie arrive avec son petit âne pour porter les cadeaux
Santa Lucia che arriva con l’asinello, Sainte Lucie arrive avec son petit âne © Daniela Sciascia

Si vous êtes du nord-est de l’Italie, de Lombardie ou de Vénétie par exemple, vous serez parmi les premiers à recevoir les cadeaux. Car c’est Sainte Lucie qui vous les apportera le jour de sa fête, le 13 décembre. Pourtant, Lucie est originaire de Syracuse en Sicile. Allez donc savoir pourquoi elle a été retenue dans le nord !

En tous cas, sa fête correspond au premier jour à partir duquel le soleil se couche plus tard que la veille. Le fameux proverbe français : À la Sainte-Luce, les jours avancent du saut d’une puce.

Sainte Lucie se déplace avec un âne volant qui est quand même plus de nos pays que les rennes du Père Noël. Elle ne donne des cadeaux qu’aux enfants sages. Quant aux méchants banditòts,  elle leur donne du charbon.

Les enfants leur laissent (à Sainte Lucie et à son âne) quelque chose à manger, par exemple un bout de pain. Bien sûr, ils ne doivent pas voir la sainte, sinon elle leur jettera des cendres dans les yeux.

Babbo Natale, le Père Noël

Bari accoglie Babbo Natale e festeggia San Nicola, Bari accueille le Père Noël et fête Saint Nicolas
Bari accoglie Babbo Natale e festeggia San Nicoló, Bari accueille le Père Noël et fête Saint Nicolas © Ambient & Ambienti

Toutefois, la majorité des Italiens célèbre Noël le 25 décembre. Et c’est Babbo Natale (Père Noël) ou, selon les régions, Gesù Bambino (Petit Jésus) qui apportera les cadeaux. Cette tradition est assez proche de ce que nous connaissons.

Mais, les Italiens ont un point particulier. La basilique de Bari, capitale des Pouilles, abrite les reliques de Saint Nicolas, le vrai Père Noël d’origine !

La fête de ‘Ndocciata

Agnone sotto la neve, Agnone sous la neige (2015) © meteoweb
Agnone sotto la neve, Agnone sous la neige (2015) © meteoweb

Dans le village d’Agnone dans la Région de Molise et quelques autres villages (dans le sud de l’Italie) a lieu le 24 décembre de chaque année, une procession du feu.

On fabrique des grandes ‘ndocce ou torches pouvant aller jusqu’à 4 m de hauteur, à partir de branches de sapin et de pin. Des hommes en robes noires les transporte à travers la ville jusqu’à un lieu où on fera un grand feu. Des chœurs et des cornemuses accompagnent la procession.

On dit qu’autrefois, les garçons faisaient de belles ‘ndocce pour les montrer à la fille qu’ils voulaient courtiser. Pour marquer son intérêt, celle-ci regardait par la fenêtre. En revanche, si elle n’était pas intéressée, elle jetait un seau d’eau sur la flamme tenue par le prétendant malheureux.

Voilà qui nous rappelle des traditions locales de brandon ou halhar pour le solstice d’hiver.

Un site et une vidéo de moins d’une minute sur la ‘Ndocciata di Agnone

Et les cadeaux de l’épiphanie

Tutto pronto per accogliere la Befana, arrivo previsto il 6 gennaio © www.valledaostaglocal.it tout est prêt pour accueillir la Befana le 6 janvier et recevoir les cadeaux
Tutto pronto per accogliere la Befana il 6 gennaio, tout est prêt pour accueillir la Befana le 6 janvier © www.valledaostaglocal.it

Du côté de Rome, pour les cadeaux, on attend l’épiphanie, le 6 janvier. Mais ce ne sont pas les Rois Mages les bienfaiteurs des enfants. Non. C’est une sorcière, une gentille sorcière, souriante, nommée la Befana. qui passe dans les maisons la nuit avant l’épiphanie. Il faut dire qu’un balai volant, c’est drôlement pratique pour se déplacer.

La tradition raconte que les Rois Mages partis adorer Jésus, se perdirent. Alors, ils  s’arrêtèrent et demandèrent leur direction à une veille femme, la Befana. Et ils lui demandèrent de les accompagner. Mais la Befana refusa et les Rois Mages reprirent leur route. Tout bien réfléchi, elle regretta d’avoir refusé et partit sur leurs pas. Malheureusement, elle ne réussit pas à les rejoindre, ni à trouver Jésus. Alors, elle décida de distribuer à d’autres enfants les cadeaux qu’elle avait prévus pour Jésus.

Et dans les chaussettes pendues pour l’épiphanie, la Befana laisse des cadeaux de Noël pour les enfants sages ou des morceaux de charbon pour les autres. Aujourd’hui, tous les enfants reçoivent des bonbons (sucre noir, réglisse…) qui ressemblent à du charbon.

De même, on confectionne à cette période des biscuits surnommés Befanini, en l’honneur de la Befana bien sûr, avec un zeste de citron, et, parfois, des brisures de chocolat ou des raisins secs.

Il existe des tas de variantes d’une comptine sur Befana, dont celle-ci :

Befanini fatti in casa, la ricetta della mamma © Bigodino.it, Les befanini gâteaux traditionnels de Noël
Befanini fatti in casa, la ricetta della mamma, befanini, fait à la maison selon la recette de la mamma © Bigodino.it

La Befana vien di notte
con le scarpe tutte rotte
il vestito alla romana
Viva, viva la Befana ! 

La Befana vient la nuit
avec ses chaussures toutes usées
et sa robe à la romaine
Vive, vive la Befana !

Et vous, quels cadeaux ?

Revenons en Gascogne. Vous avez encore quelques hésitations pour des cadeaux de Noël ? C’est pourtant un doux moment pour s’asseoir au coin du feu avec un parfum du pays. Voici une sélection de livres en gascon ou en français.

Paraulinas / Paroles douces d’Eva Cassagnet

Quelques belles poésies en gascon qui parlent aux enfants de ce qu’ils aiment : le chat, le vent, le doudou…  un QR code permet de voir des images illustrant la poésie récitée par l’autrice. Pour les moins de 7 ans

BD Pepper & Carrot de David Revoy

Quoi de mieux qu’une bonne BD pour découvrir le monde de la sorcière Pepper et de son chat Carrot.  Pour les 7 à 15 ans. Il existe une version en gascon et une en languedocien.

Rodeo preïstoric / Rodéo préhistorique d’Aure Séguier

Attention ça bouge ! La mission n’est pas de tout repos, il s’agit de repousser les dinosaures dans leur espace-temps. Deux versions : en gascon ou en languedocien. Pour les 13-18 ans.

Pour les jeunes
Pour les jeunes © Reclams

Impromptús de Bernard Manciet ou Vita vitanta / Jour après jour de Michel Camélat

Si vous aimez la belle écriture, le parfum des montagnes ou le choc des mots du poète, voilà deux classiques, bilingues (français-gascon), qui vous raviront. Pour les nostalgiques.

L’Elucidari, l’encyclopédie de Gaston Febus de Maurice Romieu

Maurice Romieu présente, en français, l’encyclopédie qu’Aliénor de Comminges a fait établir pour son fils Gaston qui se fera appeler Febus. Des copies des magnifiques enluminures et des extraits du manuscrit original (un seul a été réalisé) en font un livre d’art. Pour les curieux du savoir du Moyen-âge.

L’an de l’aulhèr / L’année du berger de Denis Frossard

Plus qu’un documentaire, c’est la photo artistique du quotidien. écrit Patrice Teisseire-Dufour, reporter à Pyrénées magazine.

Pour les moins jeunes
Pour les moins jeunes © Reclams

 




Auch, une longue et grande histoire

Auch que certains voudraient capitale de la Gascogne a connu un passé prestigieux avant de s’endormir après la Révolution française. Mais son histoire commence avant les Romains. Puis, archevêques et roi de France en assurent l’embellissement jusqu’à Napoléon III. D’ailleurs, sa devise est Tot solet no pòt Aush [Tout seul, Auch ne peut].

Des Aquitains aux Romains

Elimberri est la capitale du peuple des Ausques, Auscii en latin, qui lui donnent son nom actuel d’Auch, Aush en gascon. Les Romains l’appellent Augusta Auscorum.

Auch - Les fouilles de la villa, © INRAP
Auch, fouilles de la villa, © INRAP

Dans son itinéraire de 333 pour Jérusalem, le pèlerin inconnu la présente dans son document en latin, l’Anonyme de Bordeaux, comme chef-lieu de Civitas Auscius. Située au carrefour des routes de Saint-Bertrand-de-Comminges à Agen et de Toulouse à Bazas, la ville est prospère.

Cependant, c’est Elusa en latin, Eusa en gascon ou Éauze qui est la capitale de la Novempopulanie. Mais elle semble avoir été détruite lors du passage des Vandales en 408. Dès lors, Auch devient le principal centre urbain et administratif de la région.

Auch - Plan de la ville romaine
Auch, plan de la ville romaine

Pourtant on fait assez peu de découvertes gallo-romaines à Auch. L’Institut National de la Recherche Archéologique Préventive (INRAP) réalise des sondages et des fouilles sur la rive droite du Gers. En 2010, de nouvelles fouilles, réalisées avant des travaux sur le réseau du tout à l’égout, permettent de localiser le Forum. Puis, en 2017,  on retrouve les vestiges d’une villa aristocratique du 1er siècle, remaniée au IIIe siècle, avec un ensemble thermal et des mosaïques, le tout dans un état de conservation excellent. Enfin, en 2022, ce sont les vestiges de constructions qui l’on découvre sur la rive gauche du Gers, sans doute en limite de l’ancienne ville romaine.

Les temps troublés font délaisser la basse ville pour la haute ville qui s’entoure de remparts.

Cliquer sur le lien pour accéder à Un reportage de 6 minutes sur les fouilles de la villa romaine menées par l’INRAP  © Office de Tourisme Grand Auch Cœur de Gascogne

La création de l’Archevêché d’Auch

Nicetius, évêque d’Auch est présent au concile d’Agde en 506. Éauze, ancienne capitale de la Novempopulanie, est détruite une nouvelle fois au IXe siècle, peut-être par les Vikings. En tout état de cause, Auch est érigé en Archevêché en 856.

Au début de la Reconquista (722-1492), les évêchés de Calahorra, de Jaca et de Pampelune sont rattachés à l’archevêché d’Auch. Puis, en 1091, on rétablit l’archevêché de Tarragone. Cependant, l’Archevêque d’Auch gardera une influence politique jusqu’au XIIIe siècle et le titre de Primat de Novempopulanie et du royaume de Navarre jusqu’à la Révolution française de 1789.

Les archevêques et les grands travaux

Auch - la cathérale Saint Marie
Auch, la cathédrale Saint Marie © Wikipedia

François de Savoie (1454-1490) devient archevêque d’Auch en 1483. Il lance les travaux de la cathédrale Sainte-Marie sur les ruines de l’ancienne église romane. Elle ne cesse d’être embellie. C’est encore aujourd’hui, une des plus belles cathédrales du sud-ouest.

Les diocèses d’Aire, de Bayonne, de Bazas, de Comminges, de Couserans, de Dax, de Lectoure, de Lescar, d’Oloron et de Tarbes sont suffragants de l’Archidiocèse d’Auch. Supprimé en 1801 et rétabli en 1817, l’archidiocèse ne comprend plus que les évêchés d’Aire, de Bayonne et de Tarbes. En 1908, l’Archevêque d’Auch ajoute à son titre celui d’évêque de Condom, Lectoure et Lombez. Enfin, en 2002, le diocèse d’Auch n’est plus métropolitain et est inclus dans la province ecclésiastique de Toulouse. Au nom de l’histoire, il garde cependant son titre d’archidiocèse.

L’archidiocèse était le 4ème de France par ses revenus, après ceux de Cambrai, Paris et Strasbourg.

Auch conserve plusieurs témoignages de son passé d’archevêché. Outre la cathédrale Sainte-Marie, le Palais épiscopal occupé par la Préfecture et de nombreuses églises et couvents, il reste le palais de l’Officialité et sa Tour des Archives, haute de 40 mètres, appelée la Tour d’Armagnac, qui est à l’origine une prison épiscopale.

La fin des comtes d’Armagnac

Auch est la capitale des comtes d’Armagnac. Mais les conflits sont nombreux avec l’archevêque. Au XIIe siècle, ils trouvent un compromis : le comte et l’Archevêque se partagent la seigneurie de la ville. C’est ainsi que 16 consuls, 8 venant de la ville comtale et 8 de la ville épiscopale dirigent la ville. Alors les comtes établissent leur capitale à Lectoure.

La Mort de Jean d'Armagnac, lithographie de Delaunois d'après une peinture d'histoire de Louis-Henri de Rudder © Wikipedia
La Mort de Jean d’Armagnac, lithographie de Delaunois d’après une peinture de Louis-Henri de Rudder © Wikipedia

La Sénéchaussée d’Armagnac créée en 1473 se trouve peu de temps après installée à Lectoure, sans doute à la suite d’une épidémie qui a régné à Auch. Mais la ville veut récupérer son Sénéchal et le dispute à Lectoure. Plus de cent ans après, en 1639, on divise la Sénéchaussée d’Armagnac en deux : une partie relève d’Auch, une autre de Lectoure !

Les comtes d’Armagnac sont puissants et turbulents. De 1407 à 1435, ils soutiennent le roi de France contre les Bourguignons. Puis, ils se révoltent contre le roi de France. Alors, Louis XI envoie une armée qui assiège Lectoure en 1473. Jean V d’Armagnac est tué et c’est la fin de la maison d’Armagnac.

Que reste-il aujourd’hui de la ville médiévale ?

Auch, une pousterle

La liaison entre la ville haute et la ville base se fait par des ruelles très pentues parfois munies d’escaliers : les pousterles. Elles ont pour la plupart conservé leur nom gascon : la pousterle des colomats, postèrla deus colomats [poterne des pigeons], la pousterle de las oumettes, postèrla de las omètas [poterne des ormeaux], ….

 

 

 

Auch, l'escalier de la Maison d'Henri IV
Auch, l’escalier de la Maison d’Henri IV

Il reste de nombreux témoignages de la ville du Moyen-âge : ruelles étroites, traces des remparts, porte fortifiée d’Arton, restes de portes fortifiées pour isoler chaque quartier de la vielle ville. De la période Renaissance, il reste de magnifiques maisons à colombage comme la maison Fedel. La maison dite de Henri IV dans laquelle il aurait demeuré en 1578 avec Catherine de Médicis et Marguerite de Valois, sa future épouse, présente une cour et un magnifique escalier.

Auch, métropole de la Gascogne

Auch, l'Intendant d'Étigny
Auch, l’Intendant d’Étigny, à l’entrée des allées du même nom

En 1716, on réorganise les trop grandes Généralités de Bordeaux et de Montauban. Et on crée la Généralité d’Auch. Ses limites fluctuent dans le temps : 1751, rattachement de l’Intendance de Pau ; 1767,  création de l’Intendance de Bayonne ; 1774, regroupement des deux Intendances ; 1775, rattachement du Labourd, des Lannes, du Marsan et du Gabardan à la Généralité de Bordeaux ; etc.

L’édit prévoit la création d’un Bureau des finances composé d’un nôtre Conseiller Président, huit nos Conseillers Trésoriers de France Généraux de nos Finances & Grands Voyers dont l’un fera garde-scel, d’un nôtre avocat, un nôtre Procureur, d’un Greffier en Chef, d’un premier huissier Garde-Meubles, de quatre Huissiers & de six Procureurs postulants. Avec tout ce personnel, la prospérité de la ville est assurée.

Les bâtiments de l’Intendance se situent dans des maisons louées. L’intendant réside à Pau, plus commode.

L’intendant d’Étigny

C’est l’Intendant d’Etigny (1719-1767) qui s’installe à Auch qu’il trouve comme un gros village, affreux par sa situation, par ses abords et par mille defectuosités qui en rendent le séjour detestable.

Antoine Mégret d’Etigny transforme la ville d’Auch qui connait un véritable âge d’or. Ainsi, il fait élargir les rues pour faciliter la circulation, construire la place de la Patte d’Oie dans la basse-ville et la place de la Porte-Neuve dans la ville haute qui servent de carrefour aux routes royales qu’il fait construire. Il crée une voie nouvelle reliant les deux parties de la ville et le pont qui traverse le Gers, inauguré en 1715. Puis il fait construire le bâtiment de l’actuel hôtel de ville, l’hôtel de l’Intendance, le théâtre à l’italienne, une promenade (allées d’Etigny).

En 1759, on bâtit l’Hôtel de l’Intendance. Aujourd’hui, il ne subsiste plus qu’un bâtiment classé au titre des Monuments Historiques, occupé par La Poste. Une partie du mobilier et des décors ornent les salons de la Préfecture qui occupe l’ancien palais épiscopal.

Les embellissements du XIXe

À la suite du coup d’Etat de 1851, le préfet Féard initie une deuxième phase d’embellissement d’Auch. En effet, la ville se révolte et on déporte 338 Auscitains en Algérie. Aussi, pour calmer la situation, le préfet lance de grands travaux et donne du travail aux pauvres. Les aménagements reprennent en partie les projets d’Etigny qu’il n’a pu réaliser, faute de finances.

Antoine de Salinis (1798-1861), archevêque d’Auch de 1846 à 1861

De concert avec l’archevêque Antoine de Salinis, le préfet lance la réalisation du grand escalier monumental qui relie la partie haute et la partie basse de la ville. On démolit des bâtiments de l’archevêché pour créer la place Salinis. Au bout des allées d’Etigny, on construit un nouveau tribunal et une prison ; on installe des fontaines dans la ville. L’inauguration de l’escalier a lieu en 1863. Puis, le sculpteur tarbais Firmin Michelet réalise la statue de d’Artagnan en 1931. L’escalier monumental est entièrement rénové entre 2012 et 2015.

En souvenir de d’Etigny, on érige une statue de marbre en 1817 au centre de l’escalier qui mène à la promenade.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Auch, l'escalier monumental et la Tour d'Armagnac © Wikipedia
Auch, l’escalier monumental et la Tour d’Armagnac © Wikipedia

Références

Le concile d’Agde et son temps, Sous la direction de J.-C. Rivière, J.-P. Cros et J. Michaud, 2006

From Augusta Auscorum to Besino : investigating a section of the antique road Burdigala- Tolosa, Pallas, Fabien Colleoni, 2010

Influence des métropolitains d’Eauze et des archevêques d’Auch en Navarre et en Aragon, depuis la conquête de l’Espagne par les musulmans jusqu’à la fin du onzième siècle, Annales du Midi, Jean-François Bladé, 1897




Mégalithes et tumulus de Gascogne

Tout le monde connait les alignements de menhirs de Carnac en Bretagne. On connait moins les nombreux mégalithes et tumulus qui parsèment la Gascogne.

Les mégalithes gascons

Dolmen de Peyre Dusets à Loubajac (65)
Dolmen de Peyre Dusets à Loubajac (65)

La Gascogne est parsemée de menhirs isolés. Elle est très riche en mégalithes recouverts de terre, les tumulus (tumulus au singulier), témoins des civilisations du néolithique qui se sont développées entre -4500 et -2500 avant Jésus-Christ.

On les rencontre surtout sur le plateau de Lannemezan, le plateau de Ger, dans les vallées de Cauterets, d’Ossau, d’Aspe, de Soule, en Chalosse et dans le Tursan. Ce sont des tertres de terre pouvant mesurer jusqu’à 40 mètres de diamètre et 3,50 mètres de hauteur. Ils recouvrent des chambres funéraires.

À l’intérieur, on trouve des mégalithes (dolmens) avec des vases funéraires, des armes, des outils souvent en pierre. À cette époque, on brulait les corps avant leur enterrement comme en témoignent les charbons et restes d’os non calcinés trouvés dans la plupart des tumulus. Parfois, on retrouve des squelettes entiers. Cela montre l’existence de deux rites funéraires distincts.

Les tumulus des Landes, entre le Gave et l’Adour, sont plus petits que ceux du piémont. Leur diamètre ne dépasse pas 15 mètres et leur hauteur 2 mètres. Et ils ne contiennent pas de mégalithes. Leur mobilier est souvent en bronze, ce qui indique qu’ils sont construits à la fin du néolithique.

 

Les premières fouilles de tumulus

Dolmen - Fouilles du tertre du Pouy Mayou à Bartrès (Hautes-Pyrénées) durant l’hiver 1879-1880-1
Fouilles du tertre du Pouy Mayou à Bartrès (Hautes-Pyrénées) durant l’hiver 1879-1880

Les tumulus ont longtemps échappé à la curiosité. En effet, les premières fouilles n’auront lieu qu’à partir de 1823 sur le plateau de Ger qui compte 300 tumulus, puis sur le plateau de Lannemezan qui en compte une centaine.

Le premier témoignage écrit qui date de 1823 est celui de Marie-Armand de Davezac-Macaya (1800-1875), président de la Société Géographique. Le général de Nansouty (1815-1895), plus connu pour être à l’origine de l’observatoire du Pic du Midi, s’y intéresse. Mais, c’est au colonel de Reffye et surtout à son adjoint, le commandant Edgard Lucien Pothier, que l’on doit les découvertes faites entre 1869 et 1879 sur le plateau de Ger. En fait, si les militaires sont les premiers à s’y intéresser, c’est que le plateau de Ger comporte un vaste terrain militaire pour les manœuvres.

Lucien Pothier, futur général, répertorie les tumulus et en fouille méthodiquement 62. Il publie le résultat de ses recherches en 1900. Mais, les objets trouvés encombrent les armoires de l’école d’artillerie qu’il commande à Tarbes. Aussi, il transfère ses collections au Musée des Antiquités Nationales à Saint-Germain en Laye, en 1886.

Mobilier retrouvé dans les tumulus d’Avezac (65).
Mobilier retrouvé dans les tumulus d’Avezac (65).

Parallèlement, Edouard Piette (1827-1906) et Julien Sacaze (1847-1889) entreprennent les fouilles sur le plateau de Lannemezan. Edouard Piette a aussi fouillé de nombreuses grottes et sites préhistoriques. En 1902, il donne sa collection au Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain en Laye. Parmi les pièces, il y a fameuse statue de la dame de Brassempouy.

Près de 50 ans après ces premières fouilles, des spécialistes réalisent une nouvelle vague de découvertes en Gascogne. Aujourd’hui, c’est surtout le fait d’amateurs passionnés.

Répartition en Gascogne

Mégalithe de Guillay à Larrivière-Saint-Savin, Landes
Mégalithe de Guillay à Larrivière-Saint-Savin (Landes)

Comme nous l’avons vu, la plus grande concentration de mégalithes se trouve au pied des Pyrénées. Toutefois, on en rencontre dans toute la Gascogne, le long des anciennes voies de communication.

En Lot et Garonne, ils se concentrent autour de Villeneuve sur Lot et surtout de Nérac. Leur particularité est de comporter le plus souvent des allées couvertes. Mais, les fouilles entreprises n’ont pas fait l’objet de publications, si bien qu’on est très mal renseignés sur ces découvertes et leur contenu.

Plus à l’ouest, en Gironde, les sites sont peu nombreux. Ils sont aussi majoritairement à allées couvertes. On les trouve dans le nord du département où la pierre calcaire est abondante. Le sud de la Gironde étant sablonneux, on n’en connait aucun.

À l’est, en Haute-Garonne, où ils sont très peu nombreux, on les trouve surtout en Comminges, autour de Saint-Martory. La ville à d’ailleurs placé un menhir sur une place publique en 1962.

Enfin, dans le Gers, il ne reste plus que deux mégalithes visibles. Pourtant, Ludovic Mazeret (1859-1929) en a étudié plusieurs, tous situés au nord du département. Mais ils ont fait l’objet de dégradations liés à l’agriculture mécanisée ou pour servir de carrières. Il est vrai aussi qu’une fois fouillé, le tumulus est perdu. Et encore plus si les fouilles n’ont pas donné lieu à des publications.

Heureusement, on fait encore des découvertes. Par exemple, près de Grenade dans les Landes, lors d’un défrichement effectué en 1967, on trouve un menhir couché. On le relève et on découvre qu’il est gravé de signes néolithiques à son sommet.

Qu’est-ce qu’un tumulus ?

Un tumulus est une tombe. On construit un dolmen sous lequel on dépose des objets funéraires et les restes, calcinés ou pas, d’un défunt. Pour arriver à la chambre funéraire, on construit parfois une allée couverte, c’est à dire plusieurs dolmens mis bout à bout pour constituer un couloir. La chambre funéraire est parfois entourée d’un ou de plusieurs cercles de pierres.

On recouvre le tout de terre pour former un monticule qui peut faire plusieurs mètres de haut et plusieurs dizaines de mètres de diamètre.

Allée couverte de Barbehère et coupe du dolmen - Saint-Germain d'Esteuil(Gironde)
Allée couverte de Barbehère – Saint-Germain d’Esteuil (Gironde)

Néanmoins, on rencontre parfois des dolmens isolés. Bien souvent, le tumulus qui le recouvrait a été fouillé et il ne reste plus que les pierres.

Outre l’intérêt du tumulus lui-même, l’étude des objets funéraires nous renseigne sur le mode de vie des défunts et leurs rites funéraires.

Tumulus et mégalithes n’ont pu échapper aux Gascons qui vivaient autour d’eux. Curieusement, ils ne leur ont pas donné de noms particuliers. On les appelle pèiras (pierres) et on ajoute un qualificatif désignant leur aspect comme pèira quilhada, pèira hita (pierre levée, borne) ou simplement calhaus (cailloux). On appelle les tumulus tucs (tertres) ou tucs redons (tertres arrondis).

En revanche, les Gascons les associent à des saints locaux, et aussi à des géants, au Diable ou aux hadas ou encantadas (fées). Le savez-vous ? Les menhirs dansent en tournant sur eux-mêmes à minuit. Ils ont le pouvoir de rendre les femmes fécondes. Et même, dans le bordelais, ils peuvent signaler la proximité d’une source et guérir les maux liés aux yeux.

Autres formes de mégalithes

Tumulus, dolmens et menhirs se rencontrent dans le piémont pyrénéen et en plaine. Pourtant, d’autres formes de mégalithes existent, cette fois-ci en montagne. Ce sont les pasteurs qui pratiquent déjà la transhumance des troupeaux qui les érigent.

Cromlechs du plateau du Bénou en Vallée d'Ossau
Cromlechs du plateau du Bénou en Vallée d’Ossau

En vallée d’Ossau, par exemple, sur le plateau du Bénou, on trouve 80 cromlechs qui sont des cercles de pierre plantées dans le sol. La majorité ont un diamètre qui varie entre 3,5 et 5,5 mètres. Quelques-uns peuvent atteindre 11 mètres de diamètre. Ils sont tous construits sur des mamelons ou des replats qui offrent une vue dominante sur la vallée.

À la fin du XIXe siècle, l’abbé Châteauneuf, curé de Bielle, en donne une première description et fait des croquis. Il remarque que 16 cromlechs constituent une ligne droite et sont précédés d’un alignement de grandes dalles de 110 mètres de long. Il n’en subsiste plus que 50 mètres.

Leurs fouilles n’ont pas donné d’objets ou de restes funéraires. Si ce ne sont pas des tombes, à quoi pouvaient-ils servir ?

Sur le plan de Beret en val d’Aran, il y a de nombreuses traces d’habitat néolithique lié au pastoralisme. Le plus surprenant est un ensemble considérable de pétroglyphes (gravures sur la pierre) dont on ne connait pas la signification. Certains signes se retrouvent sur le menhir retrouvé près de Grenade dans les Landes. Isaure Gratacos s’y intéresse et publie un article très intéressant dans la Revue du Comminges (n°1, 2009).

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Poursuivre avec les stèles discoïdales de Gascogne.

Références

Les tumulus du plateau de Ger, Lucien Pothier, 1900, 5 volumes.
Les nécropoles du Premier âge du Fer dans les Landes de Gascogne, Bernard Gellibert, Jean-Claude Merlet, Sandrine Lenorzer, 9 février 2023.
Bulletins de la Société de Borda, de la Société Ramond, de la Société Archéologique du Gers, Société du Comminges




Figues et figuiers

Le figuier est associé à la Méditerranée, et pourtant, c’est un arbre, doté de pouvoirs, que l’on trouvait dans toutes les maisons de Gascogne.

Histoire succincte du figuier

Chapiteau de la nef, basilique de Vézelay, Yonne - Adam et Ėve cachent leur nudité avec une feuille de figuier
Adam et Ėve cachent leur nudité avec une feuille de figuier. Chapiteau de la nef de la basilique de Vézelay, Yonne.

Lo higuèr, le figuier en français, est un arbre fort ancien puisqu’il est cité dans la Bible. Souvenez-vous, Adam et Ève découvrant leur nudité cachent leur sexe sous des feuilles de figuier : Les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, ils connurent qu’ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures. (Genèse 3 v 7).

On sait aussi que l’on cultivait le figuier au Proche-Orient il y a plus de 10 000 ans. D’ailleurs, son nom latin, ficus carica, veut dire figuier de Carie, région du sud-ouest de l’Asie mineure dont serait originaire cet arbre. Un peu avant notre ère, les Carthaginois apportent le figuier dans tout le pourtour de la Méditerranée. Puis, les Phocéens et les Romains le propagent dans leurs territoires de conquête.

Ainsi, on le trouve aujourd’hui dans tout le sud de la France, et aussi dans des zones abritées en Ile de France, Bourgogne, Bretagne ou sur la Manche. Dans le sud-ouest, il laisse son nom à plusieurs lieux comme le col du Figuier à Belestar (Bélesta), en Ariège languedocienne. Les Béarnais ont Higuèra (Higuères) ou Labatut-Higuèra (Labatut-Figuières), les Commingeois Higaròu (Figarol), etc. Et les Basques Picomendy (la hauteur des figuiers) à Saint-Étienne-de-Baïgorry.

La culture du figuier autour de la Méditerranée - Source : Jacques Vidaud, Le Figuier.
La culture du figuier autour de la Méditerranée – Source : Jacques Vidaud, Le Figuier.

Le figuier est symbole de vie (il peut vivre 300 ans) ; il possède des fruits en forme de bourses et son latex qui évoque le liquide séminal. Il est d’ailleurs l’arbre de Dionysos, dieu de la fécondité. Et c’est au pied d’un figuier que la louve allaite Romulus et Rémus qui fondent Rome.

Le figuier des botanistes

Ficus Carica © Wikipedia
Ficus Carica, Trew,C..J. (1771) © Wikipedia

Le figuier (ficus carica) appartient à la famille des Moracées, comme le murier ou l’arbre à pain. Il n’est pas très grand, dans les 4 ou 5 m, il aime le soleil et pas du tout le vent. Mais il peut supporter des températures basses, de -15°C. Il en existe plus de 260 variétés et on les regroupe souvent selon la couleur de leur fruit : figue blanche (à peau verte), noire (à peau violette), figue grise (à peau mauve).

Une toute petite abeille nommée blastophage s’occupe de la pollinisation des fleurs femelles ; en contrepartie le figuier l’abrite et le nourrit. Toutefois, l’abeille ne pollinise pas toutes les figues qui vont alors murir plus tôt, fin juillet. Nos amis provençaux les appellent les « couilles du pape ».

Mais attention, le figuier n’est pas que sympathique : ses feuilles et ses tiges contiennent un latex photosensibilisant. Si vous en mettez sur votre peau et que vous allez au soleil, vous verrez apparaitre de jolies brulures.

Le figuier est dans chaque maison gasconne

Dans les plaines ou les collines de Gascogne, jusque fin XIXe siècle, on trouve des figuiers qui bordent les routes. En Lomanha / Lomagne, los broishs (les sorciers) les utilisent car on attribue à ses branches un pouvoir divinatoire. Dans les Landes, le figuier protège la maison. D’ailleurs, le Landais Isidore Salles (1821-1900) nous le rappelle dans sa poésie Lou higuè / Lo higuèr / Le figuier

Isodore Salles (1821 -1900)
Isidore Salles (1821 -1900)

Toute maysoun, grane ou petite,
A soun higué, petit ou gran.
Tota maison, grana o petita, / A son higuèr, petit o gran.
Toute maison grande ou petite, / A son figuier petit ou grand.

Sans aller jusqu’à le dire sacré, on ne touche pas à un figuier même devenu vieux :

Badut bielh e quent lou cap plegue,
Que herèn un pecat mourtau
De pourta le hapche ou le sègue,
Sus l’anyou gardien de l’oustau.

Vadut vielh e quan lo cap plega, / Que herén un pecat mortau / De portar la hacha o la sèga, / Sus l’anjo gardian de l’ostau.
Devenu vieux et quand sa tête plie, / Ce serait un péché mortel / De porter la hache ou la scie, / sur l’ange gardien de la maison.

Vous pouvez écouter, lu par Tederic Merger, le texte d’Isidore Salles extrait de Langue et chansons en pays de Gascogne d’Hubert Dutech aux Editions CPE.

      1. Lo higuer-V2
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Le figuier dans la conversation

Plusieurs expressions gasconnes font référence à la figue ou au figuier comme gras com ua higa (gras comme une figue, équivalent français : gras comme un cochon) ou har la higa (faire la figue, eq. français faire la mijaurée), ou encore segotir lo higuèr (secouer le figuier, eq. français secouer les puces). Quelques proverbes s’en inspirent comme:
Eth laurèr, eth higuèr que deishan tostemps heretérs.
Le laurier et le figuier laissent toujours des héritiers (c’est-à-dire que ces arbres vous survivront).

Papire Masson note en 1611 dans son livre Descriptio Fluminvm Galliae (description des fleuves de France) le proverbe suivant qui est presque un virelangue :

Lo no es bon gasconet
Se non sabe dezi
Higue, Hogue, Haguasset

Lo non es bon gasconet
se non sap díser
Higa, Hoga, Hagasset

N’est pas bon petit gascon
Celui qui ne sait dire
Higa, Hoga, Hagasset
(en expirant fortement les h s’il vous plait ; higa : figue)

Diverses utilisations de la figue

Le figuier est généreux, il peut donner à l’âge adulte (après 10 ans) de 30 à 100 kg de fruits par an. Il n’est pas très exigeant et se développe facilement, aussi il est appelé l’arbre du pauvre. Son fruit peut être séché et il se conserve longtemps.

Rome et Carthage au début de la 2ème Guerre Punique (218 av. JC)
La proximité de Rome et Carthage, à l’époque de Caton, au début de la 2ème Guerre Punique (218 av. JC)

Déjà, la figue est à la base du régime des athlètes en période olympique. Et c’est le fruit préféré de Cléopâtre. En Gascogne, comme partout, on fait sécher la figue qui devient un aliment calorifique pour toute l’année.

Plus amusant, Caton (234-149) utilise la figue pour convaincre le Sénat des dangers que représente la puissance punique. Carthago delenda est (Il faut détruire Carthage) répète-t-il inlassablement.  Et celui-ci de se laisser convaincre grâce à une figue : Sachez qu’elle a été cueillie il y a trois jours à Carthage : voilà à quelle proximité nous sommes de l’ennemi ! 

La figue et le foie gras

Les Égyptiens remarquent que les anatidés (oies, cygnes, canards…) se gavent avant la migration. Et ils remarquent aussi que la chair de ces oiseaux en devient plus tendre.  Ils décident alors de reproduire ce gavage pour rendre les chairs plus savoureuses. La technique se transmet dans le pourtour méditerranéen.

Figues farcies au foie gras
Figues farcies au foie gras

À leur tour, les Romains s’y mettent. Horace (-35, -8) nous rappelle : Pinguibus et ficis pastum jecur anseris albi (le foie de l’oie blanche est nourri de graisse et de figues). Ce qui rend leur chair tendre et leur foie plus savoureux.  D’ailleurs, ils parlent de Jecur ficatum (foie aux figues). Le mot ficatum (figue) devient figido au VIIIe siècle puis hitge en gascon, fetge en languedocien, feie en français au XIIe et finalement foie.

Les Romains portent cette technique jusque chez nous en Gascogne. De là, des Juifs se déplacent vers le centre de l’Europe. Or, ils n’ont pas le droit d’utiliser du beurre avec la viande et ils ne trouvent pas d’huile dans ces régions, alors ils vont utiliser le gavage afin d’obtenir de la graisse d’oie. Ainsi, ils l’installent en Alsace, en Hongrie et en Bulgarie.

Recettes de figues

El llibre del coch
Llibre de doctrina per a ben servir, de tallar y del art de coch cs (ço es) de qualsevol manera, potatges y salses compost per lo diligent mestre Robert coch del Serenissimo senyor Don Ferrando Rey de Napols

Si les figues sont surtout mangées sèches, nos aïeux ne dédaignent pas de les cuisiner.  Et nous en trouvons trace dans le Llibre del Coch (Livre du cuisinier), premier livre de cuisine catalane, écrit vers 1490 par Robert de Nola, maitre queux de l’Aragonais Ferdinand 1er, roi de Naples.

Mestre Robert nous propose une bonne recette de préparation à partir de figues sèches.

Les figues seques pendras mes melades que pugues hauer negres e blanques e leuals lo capoll e apres rentales ab bon vin blanch que sia dolç: e quant sien netes pren vna panedera de terra e met les dins menant les vn poch: e apres posa aquella panadera sobre vnes brases e tapa les be de manera que se stufen alli e quant seran estufades ese hauran beguda la vapor menales vn poch e met hi salsa fina damunt e tornales amenar de manera que encorpora aquella salsa: e apres menja ton potatge eveuras gentil cosa e mengen se entrant de taula.

Les figues sèches, tu prendras aussi miellées que tu pourras, noires et blanches ; enlève la peau ; après rince-les avec du bon vin blanc qui doit être doux et quand elles sont propres, prends une casserole en terre et mets-les dedans, tout en les remuant un peu ; ensuite, pose la casserole sur des braises et couvrez-les pour qu’elles réduisent et quand elles sont réduites et qu’elles ont bu la vapeur, remue-les un peu et verse dessus une sauce fine ; remue-les à nouveau pour qu’elles incorporent cette sauce : et puis mange le potage ; jamais ne mange cette chose délicate en te mettant à table.

Depuis, la créativité contemporaine mêle la figue à la volaille et propose par exemple du poulet sur des feuilles de figuier ou du confit de figues. Sans oublie les savoureux desserts et les confitures.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Vousvoyezletopo, Du figuier, 2019
L’Amelier, Ydille du figuier et de son abeille
Secrets de jardin, le figuier
Recette du Llibre del coch, Roberto de Nola, 1520
Le foie gras, c’est toute une histoire




Jacques Laffitte, un destin peu commun

Les Mansonniens (habitants de Maisons-Laffitte) doivent le nom de leur commune à Jacques Laffitte, banquier et homme politique français qui a pris une part importante dans la Révolution de 1830. Ce que l’on sait moins, c’est que Jacques Laffitte est un Gascon de Baiona (Bayonne).

A 21 ans, Jacques Laffitte quitte le pays

Jacques Laffitte
Jacques Laffitte (1767-1844) © Wikimedia

Jacques Laffitte (1767-1844) nait à Bayonne. Son père Pierre est maitre charpentier. Sa mère s’appelle Etiennette Rogère. La famille est modeste et nombreuse (10 enfants). Jacques fait peu d’études et devient apprenti charpentier chez son père, puis clerc chez un notaire et enfin commis chez un négociant.

En 1788, il a 21 ans. Le voilà qui « monte à Paris » muni d’une lettre de recommandation de son patron pour solliciter un emploi de commis dans les bureaux de la banque Perregaux. Rapidement, il gravit tous les échelons jusqu’à devenir associé de la banque qui s’appelle désormais Perregaux Laffitte et Cie.

De la charpente à la banque

Cependant, en janvier 1800, Napoléon Bonaparte crée la Banque de France sur la proposition de Jean-Frédéric Perregaux. Celui-ci en est le régent (administrateur) et installe son siège dans l’hôtel de Toulouse, rue de la Vrillière, en plein cœur de Paris. À sa mort, en 1808, c’est Jacques Laffitte qui prend cette fonction. Et il la gardera jusqu’en 1821.

En même temps, il devient juge au Tribunal de commerce de la Seine et Président de la Chambre de commerce. Napoléon lui aurait dit : « Je vous connais Monsieur Laffitte, je sais que vous n’aimez pas mon gouvernement, mais je vous tiens pour un honnête homme ».

En tous cas, à la chute de l’Empire, il est nommé Gouverneur de la Banque de France. Il souscrit sur ses fonds personnels une somme couvrant la contribution de guerre exigée par les Alliés. Après Waterloo, il s’oppose à ce que la Banque de France paie les arriérés de solde des soldats de l’Armée impériale et avance la somme nécessaire sur ses fonds propres. De plus, il avance la nouvelle contribution de guerre exigée par la Prusse. Et il évite une crise financière en achetant sur ses fonds des rentes qu’il paye.

En fait, Jacques Laffitte a une fortune considérable. D’ailleurs, il achète le château de Maisons (futur Maisons-Laffitte), le château de Meudon, le château de Breteuil-sur-Iton et un hôtel particulier à Paris.

De la banque à la politique

L’homme est très actif. Le 8 mai 1815, Jacques Laffitte est élu représentant du commerce à la Chambre. Puis réélu député de la Seine en 1816. Et il se spécialise dans les affaires financières. Sans oublier son pays, en 1827, il devient député de la circonscription de Bayonne.

Il prend une part active aux émeutes de 1830. Il transforme son hôtel particulier en quartier général de l’insurrection. Là, les députés constituent une commission municipale.

Les artisans de la victoire de Louis-Philippe en 1830 de gauche à droite. Jacques LAFITTE, Casimir, Périer, Général de La Fayette, Comte Gérard
Les artisans de la victoire de Louis-Philippe en 1830 de gauche à droite, Jacques Laffitte, Casimir Périer, Général de La Fayette, Comte Gérard © Wikimedia

Gérard - Lecture à l'hôtel de ville de la proclamation des Députés (31 juillet 1830).
Gérard – Lecture à l’hôtel de ville de la proclamation des Députés (31 juillet 1830) © Wikimedia

Ainsi, il est l’un des principaux artisans de la proclamation de Louis-Philippe, surnommé roi des Français (et non roi de France). Le 9 aout, il préside la Chambre devant laquelle Louis-Philippe prête serment. Alors, Jacques Laffitte est nommé Président du Conseil et forme le Gouvernement. Il est en même temps ministre des finances.

Mais, le climat politique est tendu. Le procès des ministres de Charles X provoque une émeute. Plusieurs lois sont décidées sans son accord : loi conférant au roi la nomination des municipalités, loi sur la presse, etc.

Perfidement, le roi lui dit : « Il n’y a qu’une chose impossible entre nous, c’est que nous ne soyons pas toujours ensemble ». Pourtant, en coulisses, il cherche à se débarrasser de Jacques Laffitte. L’intervention de l’Autriche en Italie lui en fournit l’occasion. Le roi interdit d’informer Jacques Laffitte de l’intervention militaire. Et celui-ci l’apprend en lisant le journal ! Jacques Laffitte présente en Conseil des ministres son plan d’intervention pour aider les insurgés italiens mais il est repoussé. Le roi a bien préparé le terrain. Aussi, Jacques Laffitte démissionne le 13 mars 1831.

Déçu, Jacques Laffitte retourne à la Chambre des Députés et devient un farouche opposant à la Monarchie de Juillet et à Louis-Philippe.

De la gloire à la ruine

Louis-Philippe observant la faillite de son ami Jacques Laffitte
Louis-Philippe observant la faillite de son « ami » Jacques Laffitte © Wikimedia

La politique entraine des dépenses importantes. De plus, sa banque prête à des industriels qui font faillite et qui ne remboursent pas. La situation devient critique. Il vend la forêt de Breteuil.

Lorsqu’il quitte le gouvernement, Jacques Laffitte est quasiment ruiné. Il doit liquider sa banque en 1831. Ses adversaires politiques l’appellent « Jacques La Faillite ».

Affiche pour le lotissement du parc du château de Maisons-Laffitte
Affiche pour le lotissement du parc du château de Maisons-Laffitte © Wikimedia

De fait, Jacques Laffitte vend son hôtel particulier de Paris et une partie de son domaine de Maisons. Toutefois, il garde le sens des affaires : sur le modèle des lotissements paysagers anglais, il crée une ville composée de maisons de campagne que les parisiens fortunés s’arrachent. Jacques Laffitte crée aussi les premières courses de chevaux. Et la ville de Maisons-sur-Seine prend le nom de Maisons-Laffitte en 1822.

Sa liquidation est terminée en 1836. Il fonde la Caisse Générale du Commerce et de l’Industrie, banque d’affaires destinée à financer les entreprises industrielles. Il en confie la direction à son frère Martin qui a fait carrière comme armateur à Rouen. La banque disparaitra à la mort de Jacques Laffitte. Plus de 20 000 personnes assistent à ses obsèques. Il repose au cimetière du Père Lachaise.

La famille de Jacques Laffitte

Sépulture de Jacques Laffitte au Père Lachaise
Sépulture de Jacques Laffitte au Cimetière du Père Lachaise © Wikimedia

Jacques Lafitte se marie en 1801 avec Marine Françoise Laeut, fille d’un négociant et capitaine de navire. Il a une fille unique qu’il marie à Joseph-Napoléon Ney, le fils du Maréchal Ney.

Un contemporain parisien, Charles comte de Rémusat dira de Jacques Laffitte : « S’il rappelle Necker par sa formation, son optimisme inébranlable et son ivresse de la popularité, Laffitte n’en a pas le recul et l’intelligence ».

Un long poème de dix pages, publié en 1845 sur la vie de Jacques Laffitte portera ces vers :
Pleurez, pleurez, vous tous, vous qui, dans la misère,
Avez reçu les dons de sa main tutélaire.
Pleure, pauvre peuple, maudis les coups du sort,
Tu as perdu ton père, Jacques Laffitte est mort ! 

Références

Wikipédia.
18 janvier 1800, naissance de la Banque de France, André Larané, 2020.
Napoléon.org, Laffitte Jacques, Marc Allégret, 2002.
Jacques Laffitte, poème de P.M. André, 1845. www.gallica.fr