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Librairies, rayon littérature gasconne

La littérature en gascon est un art ancien et vivant qui mérite d’être soutenu, valorisé. Des écrivains contemporains proposent des ouvrages de valeur. Dans quelles librairies peut-on les trouver ? Qu’écrivent-ils ? Quelques suggestions pour dénicher de beaux cadeaux de Noël, comme Manipòlis de Jean-Luc Landi.

Les librairies, lieux naturel de vente des livres

Qu’il s’agisse de librairie numérique ou physique, c’est bien là que l’on va chercher les livres. Pour acheter un ouvrage précis, les sites Internet permettent son achat rapide. Des livres en gascon y sont. Par exemple Lalibrairie.com, la librairie en ligne qui défend les libraires indépendants, propose l’étonnante Grammaire gasconne Glossaire gascon-languedocien de Gabriel Roques, dont la première sortie fut en 1913. Et il y a eu 22 rééditions !

Librairies sur Internet -Edicions Reclams
Edicions Reclams

L’incontournable Amazon propose Isabèu de la Valea, d’Éric Gonzalès, recueil de nouvelles dont nous avons déjà parlé. Etc.

Les maisons d’édition gasconnes, Per Noste Edicions et Edicions Reclams ont leur propre site où elles proposent une vente en direct de leurs productions.

Les librairies de proximité

Pierre Bec en librairies gsconnes
Pierre Bec en vente à la librairie Vanin – Saint-Gaudens ( 31)

Un livre, c’est aussi une rencontre, un parfum, un toucher. Si vous voulez prendre le temps de regarder les livres, d’en discuter avec le libraire, de vous faire conseiller, ou encore d’écouter des lectures, de rencontrer des auteurs, personne ne remplace le libraire de votre ville. Et plusieurs d’entre eux choisissent avec soin des bouquins qui parlent de la région, des randonnées, des lieux, des personnages. Ceux-là ont souvent un rayon de littérature en gascon.

Par exemple, la librairie Vanin, à Saint-Gaudens, propose des œuvres de Pierre Bec (1921-2014), grand romaniste, parlant plusieurs langues, et qui passa son enfance à Cazères-sur-Garonne. Son Anthologie des troubadours est une référence. Pierre Bec en gascon c’est une écriture fluide, de bonne qualité. Son Racontes d’ua mòrt tranquilla, qui met en scène des personnages et des situations totalement différentes dans sept nouvelles, a un succès qui ne se dément pas.

Des librairies nouvelles qui ont de l’audace

Arreau et sa librairie toute nouvelle
Découvrez le Vagabond Immobile – 44 Grand Rue à Arreau (65)

Arreau est un petit village de 757 habitants. Témoin d’un passé lointain, son nom viendrait de la langue locale pré-romane harr– (harri = pierre en basque). Village qui mérite de s’arrêter pour sa Maison des fleurs de lys, sa commanderie, le château de Camou, et sa volerie, Les Aigles d’Aure tenue par des experts passionnés, la famille Alberny.

Et c’est aussi l’occasion de rencontrer Alain Pouleau, le nouveau libraire qui vient d’ouvrir la librairie Le vagabond immobile. Ancien journaliste, amoureux des livres, il a quitté les Alpes pour revenir vers son pays d’origine, la Gascogne. Il choisit avec attention des livres superbes, comme Sommets des Pyrénées de François Laurens, guide de haute montagne et photographe, originaire de la vallée de Luchon.

Jean-Louis Lavit

Et il expose un rayon de livres en gascon comme l’étonnant Blind date de l’auteur bigourdan bien connu, Jean-Louis Lavit. Vous y dénicherez des livres bilingues sur les Pyrénées tels Sorrom Borrom ou le rêve du Gave de Sèrgi Javaloyès, ou encore l’épopée quasi mystique Roncesvals (Roncevaux) de Bernart Manciet.

Le Moment librairie

Le Moment Librairie à Salies de Béarn
Le Moment Librairie 3 Place du Bayaà à Salies de Béarn

De même, Le Moment Librairie a ouvert le 15 avril 2019 à Salies du Béarn. C’est une librairie indépendante, la seule en Béarn-des-Gaves ! Laure Baud qui vient du monde de la bande dessinée, et Olivier Argot, ancien bibliothécaire, cherchent à y promouvoir le livre et la création littéraire.

Les deux associés souhaitent faire de leur librairie un espace de rencontres et d’échanges, un lieu vivant, acteur de la vie culturelle.

Les librairies de référence

Librairies - La Tuta d'Oc
La Tuta d’Òc – 11 rue Malcousinat – Toulouse (31)

On trouve un livre en gascon dans toute bonne librairie, pourrait-on dire.

Les très grandes comme Occitania (plus de 30 ans de mise à disposition de littérature en langue d’oc), Ombres Blanches et La Tuta d’òc à Toulouse, Mollat ou La machine à lire à Bordeaux en sont des témoignages.

 

 

La librairie Le Vent des Mots à Lannemezan (65)
La librairie Le Vent des Mots à Lannemezan (65)

Le Vent des mots à Lannemezan ou L’Escapade à Oloron Sainte-Marie sont des références connues des lecteurs. Ils ont leur rayon gascon.

Plus récemment, l’Espace Culturel de Leclerc s’intéresse à l’édition en gascon. Celui de Tarbes, celui d’Oloron Sainte-Marie ont fait une timide place à notre littérature. Cela devrait s’accentuer.

La diversité de l’offre

La littérature gasconne est diversifiée. De nombreux genres sont présents, roman que ce soit fiction, science-fiction ou roman policier,  nouvelle, conte, poésie, épopée, théâtre, essai…

Eric Carle – La gatamina qui … (Per Noste)

Per Noste par exemple a une belle offre de littérature pour enfants. La gatamina qui avè hèra de hami, traduction de The very hungry caterpillar de l’Américain Eric Carle, est une splendeur. Plus récemment de jeunes auteures, Matilda Hiere-Susbielles (bien connue des lecteurs de l’Arraton deu castèth) et Belina Cossou ont publié onze contes regroupés dans Lo horvari de las hadas.

Bernat MancieLibrairies gasconnes - Roncesvals (Reclams)
Bernat Manciet – Roncesvals (Reclams)

Les grands auteurs classiques sont édités, réédités, numérisés. La bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus fait un travail de fond en ce sens, avec l’aide du CIRDOC. Les deux géants Michel Camélat et Bernard Manciet sont sur les étagères des Edicions Reclams.

Et, heureusement, de nouveaux auteurs ont pris le relais. Des auteurs à découvrir ou à relire. Des auteurs qui continuent à donner éclat à la littérature en gascon.

Conseil de Noël : Manipòlis de Jean-Luc Landi

Jean-Luc Landi

Pourquoi ce livre ? Parce qu’il contient toute la verve gasconne, qu’il parle de trois agressions et qu’il est très actuel. En effet, l’auteur, Jean-Luc Landi, nous offre trois nouvelles complètement différentes et joliment écrites. La première, Volusian Glandàs lo caçaire, àlias Doble-bang, raconte une chasse au sanglier dans le Vic Bilh :

— Hòu, Polinari !… 
Bang ! Bang ! Lo tarrible brut que’u pleè lo cap, un gost de trip mau cueit que’u colava dens la ganurra.
— Vedes pas ? Que soi jo ! 

— Hé, Poulinari !…
Bang ! Bang ! Le terrible bruit lui résonna dans la tête, un goût de boudin mal cuit lui coula dans le gosier.
— Tu vois pas ? C’est moi !

Librairies gasconnes - Jean-Luc Landi - Manipolis (Reclams)
J-Luc Landi – Manipolis (Reclams)

La deuxième nouvelle, Actes deu collòqui : la manipulacion, raconte un colloque fictif d’occitanistes et débute ainsi : Se soi a escríver çò que legetz, que’n poderatz concludir que la hèita s’acaba pro plan tà jo. [Si je suis à écrire ce que vous lisez, vous pourrez en conclure que l’événement s’est assez bien terminé pour moi.] Car, un colloque ainsi n’est jamais de tout repos ! Et, cette fois-ci, c’est pire encore. Lo Loló qu’èra penut per la cravata a un braç deu dequerò. Los pès a un mètre au dessús deu sòu. La soa cara congestionada ne deishava pas nat espèr. [Loulou était pendu par la cravate à un bras du bonhomme. Les pieds à un mètre au-dessus du sol. Son visage congestionné ne laissait aucun espoir.]

Dépaysement complet pour la troisième nouvelle, Arrais d’Islàndia, puisque Jean-Luc Landi nous entraîne en Islande. Après une première impression d’hostilité du paysage, l’auteur nous dévoile les beautés d’un pays et d’un peuple. Et on se surprend à se laisser emporter par la magie du pòple esconut (peuple caché), comme on lirait un carnet de voyage de Jules Verne…

Anne-Pierre Darrées




La naissance et la mort des mots

Le gascon a ses mots bien à lui. Pourtant, ne faut-il pas être prudent quand on parle d’un mot typiquement gascon ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Quelle est l’influence de l’histoire ou de la géographie ? Que disent nos voisins ou nos anciens voisins ? Les linguistes nous apprennent l’évolution, les influences, les transformations des mots. Quatre exemples, vetèra, cadièra, vèrn, chivau.

Jouons avec les mots. Ils ont une étymologie, voire une histoire. Ils témoignent de l’inventivité d’un peuple, de son passé, de ses relations avec les autres, etc. Sans entrer dans trop de complexité, on peut avoir, en particulier grâce aux atlas linguistiques, une idée de la richesse, de la continuité et des différences des parlers. Prenons quelques exemples.

Des mots d’origine romane 

Divers mots pour génisse
La vedèla o la vedèra o la vetèra

En France, les dialectes sont, majoritairement, des langues romanes et beaucoup de mots proviennent du latin. Pourtant ce ne sont pas forcément les mêmes mots latins qui vont créer le mot d’un dialecte donné. Les atlas linguistiques nous montrent que certains mots utilisés varient selon la géographie. Par exemple, dans les bassins du Rhin et de la Seine on parlait surtout de génisse (jenīcia en latin populaire, junix en latin classique, jeune vache), dans le bassin de la Loire de taure (de taura en latin, vache stérile) et dans le bassin de la Garonne de vedèla (auvergnat, limousin, languedocien), ou vedèra, vetèra (gascon) dérivant du vitellus latin (veau).

Une même origine ne veut pas dire même mot final

Divers mots pour la chaise
La cadièra o cadèira o cadira o carièra

C’est le cas du mot cadièra. kathedra en grec (hedra = siège) deviendra cathedra en latin. En langue d’oïl, il deviendra chaire (Normandie) ou chaise (Centre). En revanche, on dira cador en Bretagne, caïère en Picardie, et cadièra dans une grosse partie du territoire de langue d’òc, dont la Gascogne.

Mais si on regarde de plus près, par exemple sur dico d’òc, c’est encore plus nuancé. En effet, on a
auvergnat : chadeira
limousin: chadiera / chaira / chiera
gascon : cadièra, cadèira, cadira, carièra
languedocien : cadièra
Provençal : cadiera
vivaro-alpin : cadiera, cheiera, chiera

Les influences inattendues d’autres parlers

Deux mots pour aulne
Lo vèrn

Du latin alnus, le tiers nord de la France (au nord d’une ligne allant de l’embouchure de la Loire aux Vosges) nommera ce bel arbre aulne. En revanche, les régions de langue d’òc, le Poitou, le sud de la Bourgogne et de la Franche-Comté, le Piémont, la Lombardie vont adopter les mots vèrnhe, ou vèrn, et plus rarement vèrnha ou vèrna. De même la Bretagne appelée bretonnante dira gwern. Et ces mots viennent tout simplement du gaulois verno!

Le linguiste breton Jean Le Dû note d’ailleurs au sujet du mot jeudi (Jovis dies = jour de Jupiter) : « La coïncidence entre dijòus [gascon] et le breton diziaou laisse deviner une continuité ancienne entre ces deux aires, qui n’ont été séparées que lorsque les populations du bassin de la Loire ont adopté la forme centrale. » Bien sûr continuité ne veut pas dire même langue!

La disparition des mots

L'évolution du mot pour le cheval
Lo cavath o lo chivau

Le romaniste gersois Fernand Sarran, à l’époque élève à l’École Pratique des Hautes-Études à la Sorbonne, écrivit un article intéressant sur l’évolution des mots du gascon : « On sait, par exemple, que la langue ancienne appelait le cheval CAUAT* dans toute la Gascogne. Le français lui a substitué CHIBAU** dès le XVIe siècle, et l’on a tellement oublié la signification de CAUAT qu’on dit aujourd’hui couramment : acauat ser un chibau. Ce qui est une tautologie. ACAUAT est devenu le participe du verbe ACAUA-S qui a perdu son sens particulier de être à cheval pour prendre le sens général de être à califourchon (Cf. le français : être à cheval sur un âne). »
*CAVATH en graphie classique
**CHIVAU en graphie classique

Et de citer bien d’autres mots comme tèsta (=front) en train de disparaitre pour être remplacé par front, capèth (=béret) pour berret.

Les apparitions de mots

Le gascon et les mots nouveaux
Le gascon et les néologismes

Bien sûr une langue est vivante tant qu’elle est utilisée, l’Atlas des langues en danger de l’Unesco estime à 250 000 le nombre de locuteurs gascons. Et aussi une langue est vivante tant qu’elle crée de nouveaux mots, même par simple emprunt à un autre idiome. Si le nombre de locuteurs diminue, le gascon reste assez vivace pour créer encore des néologismes. Par exemple, un virolet est un rond-point, un viravent un parebrise, un boishaglaça un essuie-glace, un corric un courriel, un imèl un e-mail… Saluons aussi le gasconhaliura (cocktail d’armagnac et coca cola) que sirote lo comissari Magret, héros de Jean-Louis Lavit.

Références

L’Atlas linguistique de la France, Gilliéron et Edmont, 1902 – 1912
Les atlas linguistiques: une fenêtre sur le passé des langues, Jean Le Dû, 2008
La revue de Gascogne, Fernand Saran, 1906, p 161




Toujours de la lecture pour l’été

Et si on se détendait en s’emplissant du murmure du pays et de sa littérature ? L’Escòla Gaston Febus et Reclams edicions ont glané pour vous quelques idées de lecture, en français ou en gascon. De quoi passer l’été selon votre humeur.

La lecture détente avec des livres humoristiques

Letras d’un barbalòc

Renat Capdevielle, Nosauts de Bigòrra, 2018, gascon, 8€.

Lecture humoristique : Letras d'un barbalòc de Renat CapdevielleDes contes, des blagues et des poésies légères. Une lecture pour rire tout seul dès que l’on a un moment, ou pour partager. De jolies histoires rehaussées de beaux dessins, qui illustrent magnifiquement l’humour gascon.

L’auteur, René Capdevielle est un bigourdan de la vallée d’Argelès-Gazost, entre Lourdes et le Pays Toy. Son hobby, c’est marcher en montagne et, les jours de pluie ou de neige, écrire en occitan.

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Bèth peu de sau

Jean-Louis Lavit, Letras d’oc, 2018, gascon, 16€.

Lecture policière avec Jean-Louis LavitLe commissaire Magret est de retour dans ce roman policier au ton vif et désinvolte. À savourer pour ces jeux de mots, son imagination, son esprit tout en sirotant, comme le héros, un gasconhaliure (gascogne-libre). Cliquer ici pour en savoir plus.

L’auteur, Jean-Louis Lavit, né à Lourdes, est un ex-conseiller pédagogique d’occitan dans les Hautes-Pyrénées. Grand auteur gascon, il s’est essayé dans tous les genres, théâtre, roman, nouvelle, science-fiction, roman policier.

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La découverte de l’histoire à travers des épopées

Roncesvals

Bernat Manciet, Reclams, 2017, en 3 langues : français, gascon, basque (traduit par Lucien Etchezaharreta), 17€

Lecture épique avec Bernat MancietL’événement est connu de tous : Loup, général des Vascons, attaque par surprise, à Roncevaux, Roncesvals, dans les Pyrénées, l’arrière-garde de l’armée de Charlemagne, commandée par Roland. Le livre raconte la véritable histoire de cette bataille, sous forme d’un splendide poème épique.

Bernard Manciet, né à Sabres dans les Landes en 1923, est un des écrivains les plus importants de la littérature gasconne du XXe siècle. Il écrit une œuvre abondante, originale et puissante. Ses livres garantissent une lecture époustouflante qui résonne dans le profond de l’âme. Il est d’ailleurs le seul auteur de langue régionale avec Pasolini à être publié par Gallimard.

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Chanson de la croisade albigeoise

Traduit de l’occitan en français par Claude Mourthé, Les Belles Lettres, 2018, français, 29,50€.

Œuvre fondatrice de la littérature occitane du XIIIe siècle, cette chanson raconte la conquête des terres du sud (comté de Toulouse et vicomté de Béziers) par les barons du nord de la France.

Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens, terrible phrase d’Arnaud-Amaury, abbé de Cîteaux, peu avant le massacre de Béziers.

La lecture de cette traduction est très agréable. L’ouvrage est illustré de quelques reproductions de peintures. Pas besoin d’être un spécialiste ni des cathares ni du Moyen-Âge pour lire ce livre. Quelques notes de bas de page apportent aux curieux les éléments de connaissance des lieux ou des événements . Cliquer ici pour en savoir plus.

Claude Mourthé est un réalisateur d’émissions de radio (France Culture) et de télévision (TF1), un romancier, poète, auteur d’essais et traducteur d’auteurs de langue anglaise.

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La littérature

Viral

Serge Javaloyès, in8, 2018, français, 17€

Daniel se réveille à 4h25 du matin dans une chambre d’hôpital. Viral, le livre écrit en français par Serge Javaloyès, relate deux mois passés dans ce lieu clos, aux murs bleus troués d’une fenêtre. Un roman intime, profond, intense. La maladie est présente, comme un contexte, un quelque chose qui contraint, un quelque chose qui permet aussi de revoir des amis d’avant, un quelque chose qui permet de se souvenir. Et l’amour de Sandra, sa femme, est le lien fort, puissant, à la vie.

Serge Javaloyès est né à Oran en 1951. Il découvre l’occitan à dix ans, à Nay (64). Viral est le second roman qu’il écrit directement en français.

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Lo gojat de noveme

Bernard Manciet, Reclams, 2003, bilingue occitan français, 9€

Chef d’œuvre incontournable de la littérature gasconne contemporaine, L’enfant de Novembre raconte les liens mystérieux, les secrets enfouis qui se nouent et se dénouent autour d’une famille landaise menacée par la ruine et la mort.

Né à Sabres en 1923, après une première carrière de diplomate puis d’industriel, Bernard Manciet se consacre à l’écriture dès 1965. Il nous livre des textes de toute beauté.

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La réflexion sur la vie

Robert Lafont, Reclams, 2005, provençal, 8 €

Éternelle interrogation sur le sens de la vie, traitée avec originalité et profondeur dans ce roman de Robert Lafont.

Robert Lafont, né à Nîmes en 1923, est un écrivain prolifique (presque 100 livres), un linguiste, un historien et un régionaliste passionné. Il est cofondateur de l’Institut d’Études Occitanes.

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Dins la boca dau pòble d’Òc

Max Roqueta, L’aucèu libre, 2018, bilingue occitan français, 9€

Entre 1942 et 1945, Max Rouquette prend des notes sur des moments de sa vie : visites auprès des malades, parties de chasse, rencontres de personnalités villageoises, etc. Assemblées comme un album de photos instantanées assemblés dans ce livre, elles montrent avec humilité et grandeur la condition humaine, élevée au rang de figures exemplaires.

Photographies de Georges Souche. / Édition de Philippe Gardy, avec le concours de Jean-Guilhem Rouquette.

Max Rouquette, surnommé parfois le Gracq occitan, est né à Argelliers dans l’Hérault en 1905. Auteur immense, il écrit une œuvre abondante et reconnue.

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Bonne lecture !

 




Bons plans de l’été : lieux et livres

Au commencement des vacances d’été, l’Escòla Gaston Febus vous propose quelques bons plans. Mission de l’association oblige, nous restons dans les livres et vous recommandons quelques coins de Gascogne pour découvrir des lieux de vie d’écrivains gascons.

À l’ombre d’un marronnier ou d’un pin, quoi de mieux que des bons livres ? Un livre court, des nouvelles, des articles littéraires, un bon roman d’amour et de soleil. Ou bien encore, pour les jours de pluie, un roman classique dont il faut laisser résonner la musique de la langue dans sa tête et son cœur…

Reclams et les livresEn tous cas, la littérature gasconne est bien assez fournie pour que chacun y trouve plaisir. Reclams edicions nous incite à plonger dans cette richesse en mettant cet été des œuvres incontournables – gasconnes ou bilingues –  à notre disposition, et ce, à moitié prix. Belle occasion, n’est-ce pas, d’explorer la littérature gasconne?

Comminges

Lieux et livres - Cazères sur Garonne (31)
Cazères sur Garonne (31)

Si vous allez dans le Comminges ou le Couserans, c’est l’occasion de passer par Casèras (Cazères sur Garonne), grosse bastide de 4800 habitants, où Pierre Bec vécut enfant. Lors de la croisade des Albigeois, à l’hiver 1218, Amaury de Montfort attaqua Cazères et son château. Victorieux, il brûla château et village et tua tous les habitants. Cazères sera rebâtie en 1282 par Eustache de Beaumarchais, pour en faire une bastide.

En bordure de Garonne, vous pourrez flâner dans le jardin des senteurs, le jardin des fruits, ou le jardin des sensations et vous asseoir au bord de l’eau pour lire quelques livres du grand linguiste et grand romaniste Pierre Bec. Quelques nouvelles dramatiques ou fantastiques pourraient peut-être vous séduire : Entà créser au món, ou Racontes d’ua mòrt tranquilla, le tout dans un gascon très abordable.

Bigorre

Dans les Pyrénées, nous proposons un arrêt en Bigorre. Vous aurez en poche Blind date de Jean-Louis Lavit, superbe roman d’amour tragique, dans un gascon qui coule vif comme une Neste.

Le château de Mauvezin (Hautes-Pyrénées) et sa bibliothèque de livres gascons
Le château de Mauvezin (Hautes-Pyrénées)

Et vous visiterez peut-être le château de Mauvezin (65). Ce château a une fort belle histoire. Ayant vu le jour au XIe siècle sur une motte cadastrale, il fut d’abord un casterar, une tour en bois de 3 m. de haut entouré d’une palissade. Gaston Febus le récupère en 1379 et ordonne à son architecte Sicard de Lordat d’en faire un beau et fort château (lire l’article sur l’histoire du château). Puis, après bien des péripéties, des vaillances et des oublis, le château devient bien national à la Révolution et il ne reste plus que des ruines à la fin du XIXe siècle.

C’est là qu’Albin Bibal, membre de l’Escòla Gaston Febus, l’achète et le donne à l’association. Des passionnés se retroussent les manches pour nous offrir, aujourd’hui, après 20 ans de travaux, un château dominant les vallées de toute sa splendeur retrouvée. À l’intérieur, outre les évocations du Moyen-Âge ou des guerres de religion, vous verrez aussi des portraits ou des bustes des grands écrivains gascons qui marquèrent l’Escòla à ses débuts. Et vous verrez les quelques 2500 livres que l’Escòla a conservés et conserve encore dans sa bibliothèque.

Béarn

Vue des Pyrénées depuis le square Aragon à Pau

Peut-être vous arrêterez-vous à Pau, capitale du Béarn depuis 1450, pour visiter le château où naquit notre bon roi Henri IV ? Grand lieu de villégiature depuis 1850, fort d’une grosse colonie anglaise. Là, tout en admirant le pic du Midi d’Ossau, vous découvrirez quelques livres d’auteurs béarnais. Vous pourrez vivre l’histoire de cet enfant pris dans la tourmente de la guerre d’Algérie et obligé de rejoindre, dans le Béarn, une famille qu’il ne connait pas vraiment. Il s’agit du roman dont le succès ne se démentit pas, L’òra de partir de Serge Javaloyès. Vous avez moins de temps ? Isabèu de la Valea, recueil de nouvelles dramatiques, drôles ou fantastiques du linguiste et écrivain Eric Gonzalès vous satisfera.

Pas envie de tout lire en gascon ? Que l’aperavan Colorado est pour vous. Cinq nouvelles, en collection bilingue, de cette langue éblouissante que manie Albert Peyroutet, professeur de français aux Etats-Unis puis d’anglais et d’occitan à Pau.

Gers

Si vous vous promenez dans l’Armagnac noir, vous passerez peut-être par Le Houga, ancienne juridiction fondée vers 1060. Son nom, vient du gascon heugar, lieu planté de fougères, et les habitants s’appellent des Folgariens. Pour découvrir ce pays, que diriez-vous de commencer par vous en imprégner, appuyé contre le mur de l’église Saint-Pierre, en lisant l’Armanhac negre (livre bilingue) de Raymond Lajus dit Ramonet deu Pè de la Vit ?

Le parc de loisir de Gondrin

Vous emmenez vos enfants sauter dans l’eau du parc de loisir de Gondrin ? Ce village du Gers était le fief d’une branche de la grande famille de Pardalhan, et c’est la seconde femme d’Antoine Arnaud, Paule de Saint Lary de Belle Garde, qui en favorisa l’essor au XVIIe siècle. Tout en dégustant un bout de foie gras local, plongez dans une poésie d’André Pic tirée de ce bijou qu’est son recueil Proses e pouesies (en gascon seulement).

Landes

Maison de l'Ecomusée de Marquèze (40) et lire Manciet
Maison de l’Ecomusée de Marquèze (40)

Vous voulez vous replonger dans l’histoire des Landes du XIXe siècle par une visite à l’écomusée de Marquèze ? Vous êtes à Sabres. Ayez une pensée pour Bernard Manciet (1923 – 2005), un des plus grands écrivains gascons. Toute son œuvre, même en prose, respire la poésie. Ses livres, bilingues, sont juste magnifiques. Par exemple, Ulysse au fleuve vous raconte l’épopée d’Ulysse remontant la Garonne ! Et vous pourrez entrer dans les secrets qui étouffent une famille landaise menacée par la ruine, l’isolement et la mort avec son chef d’œuvre,  Lo gojat de noveme (Le jeune homme de novembre). Ce livre constitue un excellent prolongement de ce que vous aurez vu à l’écomusée.

Et pour les enfants ?

Un site gascon dédié aux enfants

Bloqués à l’intérieur de votre chambre, vous voulez les occuper ? Z’ont pas envie d’un livre ? L’Escòla a créé pour eux le site L’arraton deu casteth– ils sont si accro au digital ! – où ils découvriront la Gascogne par des jeux, des chansons, des contes…

Qui est le géant gascon avec un œil au milieu du front, le lutin facétieux ou l’homme qui vécut mille ans moins un jour ? Qu’arrive-t-il à la pauvre mouche de Joan Francés Tisnèr ? …

Bonnes vacances ! Et découvrez la Gascogne par ses livres… en gascon!

Références

Entà créser au món, Pierre Bec, 8€
Racontes d’ua mòrt tranquilla, Pierre Bec, 7€
Blind date, Jean-Louis Lavit, 8€
L’òra de partir, Sèrgi Javaloyès
Isabèu de la Valea, Eric Gonzalès
Que l’aperavan Colorado, Albert Peyroutet, 6€
Armanhac negre, Lo Ramonet deu Pè de la vit, 6€
Proses et pouesies, Andrèu Pic, 5€
Ulysse au fleuve, Bernard Manciet, 7€
Lo gojat de noveme, Bernard Manciet, 9€

Catalogue Reclams à prix cassé pour l’été

Notes historiques & archéologiques sur Cazères (Hte-Garonne), Emile Espagnat
Cazères et ses environs, 3 tomes, Anne et Robert Foch
Image d’entête par StockSnap de Pixabay 


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Les archéologues révèlent les dieux pyrénéens

Avant la conquête romaine, les Aquitains croyaient en des dieux dont le souvenir nous est parvenu grâce aux inscriptions des autels votifs. Le réemploi des pierres dans la construction d’églises médiévales, notamment celle de Saint-Aventin (31), ont permis de conserver ces inscriptions. Une source d’information irremplaçable pour les archéologues. Que nous apprennent-ils sur les dieux pyrénéens ?

Des recherches archéologiques dans les Pyrénées

Julien Sacaze (1847-1889) à la recherche des dieux pyrénéens
Julien Sacaze (1847-1889)

On a retrouvé la plus grande partie des inscriptions concernant des dieux pyrénéens dans les Pyrénées centrales, en Comminges, en Bigorre et dans le val d’Aran.

On doit leur recherche et leur étude à Julien SACAZE (1847-1889), avocat à Saint-Gaudens. Il est l’auteur de nombreuses fouilles archéologiques dans les Pyrénées en compagnie de son ami Édouard PIETTE, le découvreur de la Dame de Brassempouy.

Edouard Piette (1827-1906) et les dieux pyrénéens
Edouard Piette (1827-1906)

 

Ils fondent ensemble la Société des Études du Comminges en 1884 et la Revue du Comminges en 1885.

En 1922, la société savante du Pays de Luchon donne son nom à l’Académie Julien Sacaze.

Les dieux pyrénéens subsistent après la conquête romaine

Autel votif dédié à Abellion, un des dieux pyrénéens, trouvé à Garin (Haute-Garonne)
Autel votif dédié à Abellion, trouvé à Garin (Haute-Garonne)

Le culte des dieux pyrénéens s’est poursuivi en parallèle des cultes romains. Les Aquitains ne représentaient pas leurs dieux mais nous connaissons quelques représentations postérieures à la conquête romaine comme un autel dédié à Abellion trouvé à Garin (31). Abellion devait être un dieu important si l’on en juge par le grand nombre de dédicaces trouvées dans le piémont pyrénéen.

L’inscription de l’autel votif de Saint-Aventin est également dédiée à Abellion : ABELLIONNI CISONTEN CISSONBONNIS FIL(IVS) V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO). [A Abellion, Cisonten, fils de Cissonbon, s’est acquitté de son vœu de bonne grâce comme il se doit].

Autel votif dédié à Abellion, trouvé à Saint Aventin (Haute-Garonne). Un des dieux pyrénéens
Autel votif dédié à Abellion, trouvé à Saint Aventin (Haute-Garonne)

La plupart des dieux vénérés dans un lieu géographique précis, se rapportaient à la montagne, à une rivière ou à un élément de la nature.

Plus du tiers des dieux pyrénéens n’a fait l’objet que d’une seule découverte. Quelques-uns étaient vénérés dans des sanctuaires dans lesquels on a retrouvé plusieurs autels votifs, à Montserié (65) pour le dieu Ergé, à Saint-Béat (31) pour le dieu Erriape ou à Ardiège (31) pour le dieu Leheren.

D’autres étaient vénérés dans un petit territoire ou une vallée comme la déesse Lahe dans la vallée de la Louge ou le dieu Sexarbor dans la vallée de l’Arbas.

…Et ils sont parfois associés aux dieux romains

Masque du dieu Ergé de Montserié (65), un des dieux pyrénéens
Masque en bronze du dieu Ergé de Montserié (65)

Les plus importants dieux pyrénéens sont associés dans les dédicaces aux dieux romains Minerve, Mars, Jupiter, Hercule et Apollon : Jupiter Beisiris à Cadeac (65), Minerve  à Saint-Lizier (09), Hercule Tol à Saint-Elix-Theux (32), Mars Lavictus à Pouzac (65), de même que Leheren en Comminges, Arixon à Loudenvielle (65) ou Sutugius à Saint-Plancard (31).

De nombreux dieux ont un nom à consonance aquitaine.

Inscription dédiée à Belisama/Minerva en remploi dans un pont (Saint-Lizier, Ariège)
Inscription dédiée à Belisama/Minerva en réemploi dans un pont (Saint-Lizier, Ariège)

On peut citer Ageio dans les Baronnies, Aherbelste à Saint-Aventin, Alardos également vénéré à Auch, Artahe le Dieu Ours, Erda à Crechets, Ilixo à Luchon, Lixo le dieu des sources à Luchon.

N’oublions pas Xuban à Arbas qui a inspiré Jean-Louis Lavit pour son roman Escura, la nueit, paru en 2018 aux Editions Letras d’Oc.

Quelques noms se retrouvent aujourd’hui dans les toponymes. C’est ainsi que Lluro aurait donné Oloron, Garunna aurait donné son nom au fleuve Garonne, Cagiris aurait donné son nom au pic du Cagire.

La plupart des autels votifs sont déposés aux musées des Augustins et Saint-Raymond de Toulouse, au musée de Saint-Bertand de Comminges, au musée de Luchon.

Des dieux pyrénéens qui ont inspiré des contemporains

José-Maria de Heredia (1842 - 1905)
José-Maria de Heredia (1842 – 1905)

Ces découvertes ont ravivé la mémoire locale. Un cinéma de Loudenvielle (65) a pris le nom du dieu Arixo.

Elles ont inspiré le poète José-Maria de Heredia (1842 – 1905) qui en a eu connaissance lors de son séjour à Marignac (31). Il évoque les dieux pyrénéens dans plusieurs poèmes de son recueil Les Trophées, dont Le vœu :

LIXONI
DEO
FAB. FESTA
V. S. L. M.

Jadis l’Ibère noir et le Gall au poil fauve
Et le Garumne brun peint d’ocre et de carmin,
Sur le marbre votif entaillé par leur main,
Ont dit l’eau bienfaisante et sa vertu qui sauve.

Puis les Imperators, sous le Venasque chauve,
Bâtirent la piscine et le therme romain,
Et Fabia Festa, par ce même chemin,
A cueilli pour les Dieux la verveine ou la mauve.

Aujourd’hui, comme aux jours d’Iscitt et d’Ilixon,
Les sources m’ont chanté leur divine chanson ;
Le soufre fume encore à l’air pur des moraines.

C’est pourquoi, dans ces vers, accomplissant les voeux,
Tel qu’autrefois Hunnu, fils d’Ulohox, je veux
Dresser l’autel barbare aux Nymphes Souterraines.

Serge Clos-Versailles

Références




Le commissaire Magret prend un Bèth peu de sau

Le commissaire Magret revient avec un troisième volume : Bèth peu de sau, Beaux cheveux couleur de sel. Ce roman policier, définitivement contemporain, confirme le talent de Jean-Louis Lavit et ravit les lecteurs. Coup de projecteur sur l’ouvrage.

Le commissaire Magret

Comissari Magret, dessin du blog du Comissari Magret

Grâce au site internet Bèth peu de sau, on apprend que ce personnage trottait dans la tête de son auteur depuis la fin des années 70. Un personnage de BD qui ressemblait un peu à un Donald décontracté.

Vous découvrirez sur le site, le projet de BD de l’époque.

Il a finalement vu le jour dans un premier livre, Zocalfar, puis Lo tin tin d’Ergé. Dans ce troisième volume, le commissaire a pris de l’âge, ses cheveux ont blanchi, et un peu de lassitude alanguit le héros.

Le personnage n’est pas sans rappeler Antoine San-Antonio par sa désinvolture, son langage familier (moins argotique) et surtout par le recours à l’humour.

Un auteur bien gascon

Jean-Louis Lavit
Jean-Louis Lavit

Le ton joyeux, léger, gascon, est posé dès le début du livre. Le commissaire, maintenant proche de la retraite, s’autorise quelques jours de vacances dans le nid familial, dans les montagnes pyrénéennes. E òc que m’apèra Ricon, lo prumèr qui se n’arrid que lo hèi escopir las caishilas (Et oui elle [sa mère] m’appelle Ricou, le premier qui en rit je lui fais cracher les incisives) prévient-il.

Les événements, quant à eux, se passent à Pau, toujours dans la region autonòma de Gasconha-Dessús. Contrairement aux deux livres précédents, les événements sont ici tels qu’on peut les attendre dans un policier d’aujourd’hui : corps de femmes démembrées, parchemin historique volé, cambriolage d’engin électronique, disparition d’une inspectrice de police. Mais l’auteur ne fait pas dans le triste ni l’horrible, il garde des surprises, de l’humour, n’oublie pas de manger, ni de boire son célèbre cocktail, lo gasconhaliure (armagnac et coca-cola).

Un style original

Freud, dessin du blog du comissari Magret

Jean-Louis Lavit aime les mots, joue avec, en invente. Parfois on a l’impression que la scène n’est là que pour faire un bon mot, pour rire. On peut parfois penser à Frédéric Dard dans San Antonio, ou, pour certains jeux de mots, à Michel Audiard. En tous les cas, l’auteur a cette verve enthousiasmante qui ouvre un polar à la gasconne.

L’originalité de ce volume est le blog qu’ouvre le commissaire Magret. Ses posts sont les premiers chapitres du roman et vous pouvez les lire dans le livre et aussi réellement sur le blog du commissaire, en sous-menu de la page d’accueil !

Le premier chapitre est intitulé E Freud dins aquò?

« La vòsta carrièra qu’ei estada long… qqhhhh qqhhh (tossit discret)… La vòsta vita qu’ei estad… qqhhh – qu’ei qhmm – la vòsta vita qu’ei complèxa e rica. »
L’aute en fàcia qu’ei autan barrat qu’un muscle a mar ananta. Silenci. Espés. Moscardèr.
« No’m trufi brica. Se non voletz préner nada potinga, ensajatz aquò : l’escritura. Senon, que’vs demorarà la cura d’arrepaus en un espitau psiquia… »
« Votre carrière a été longu… kof kof (toux discrète)… Votre vie a été… kof – est hum – votre vie est complexe et riche. »
L’autre en face est aussi fermé qu’une moule à marée montante. Silence. Épais. Une mouche n’oserait pas voler.
« Je ne me moque pas. Si vous ne voulez pas prendre de médicament, essayez cela : l’écriture. Sinon, il vous restera la cure de repos dans un hôpital psychiatrique… »

En attendant la suite des aventures de Magret – y aura-t-il un quatrième livre? – celui-ci est à offrir à nos jeunes pour leur donner une autre saveur de la lenga nosta !

Références

Vous pouvez visiter le site du Comissari Magret.
ou lire les livres
Zocalfar, Joan-Loís Lavit, 1997, éditions Princi Negre.
Lo Tin-Tin d’Ergé, Joan-Loís Lavit, 2004, Crimis, IEO.
Bèth peu de sau, Joan-Loís Lavit, 2018, letras d’oc.




Le Commissaire Magret, un policier pas ordinaire

Les vacances ne sont-elles pas une bonne période pour découvrir ou redécouvrir quelques auteurs gascons contemporains, par exemple, les aventures savoureuses du Comissari Magret, ou Commissaire Magret ?

Jean-Louis Lavit, le créateur du commissaire Magret

Jean-Louis Lavit, auteur du Commissaire MagretJean-Louis Lavit, né à Lourdes en 1959, a une carrière de regent caminaire en Bigorre, puis de conseiller pédagogique. Toute sa carrière, il affirme sa conviction sur l’intérêt du bilinguisme pour les élèves.

Il publie son premier livre en 1994, Pelòt, pour lequel il obtient le Prèmi Pau Froment. Pelòt, rappelons-le, est ce bandit bigourdan qui se révolta contre le pouvoir central avec un panache et un cœur à la Robin des Bois. Depuis cette date, l’auteur a publié plus d’une dizaine de livres sur des sujets très divers.

Pour septembre 2018, il nous concocte le retour de son héros, lo comissari Magret, dans un nouveau roman policier qui s’intitulera Bèth peu de sau. Une contrepèterie qui présage un bon moment…

L’entrée en scène du commissaire Magret

Le Gasconhaliura, la boisson préférée du commissaire MagretZocalfar est un livre qui se passe dans la region autonòma de Gasconha-Dessús, plus précisément à Tarbes. Et il débute par la réception de bienvenue du nouveau commissaire aux Servicis Centraus dera Polícia Gascona. Vous le comprenez, nous sommes dans la fiction…

Le commissaire Magret apparait tout de suite comme un héros de série. Son caractère et ses habitudes nous sont vite dévoilés. En bon Gascon, il aime manger, il aime boire, en particulier un Gasconhaliura, cocktail à base d’armagnac. Son équipe tout aussi sympathique est présentée parfois par des surnoms comme Mata-Hari ou lo Cauerat.

Zocalfar, quel drôle de titre !

Pour comprendre le titre, il faut connaitre l’affaire que va traiter le commissaire. Elle nous est présentée en quatrième de couverture :

Lo comissari Magret recentament nomiat e qui torna donc en lo son país autonòme de Gasconha-Dessús qu’es con.hrontat a ua enigma de las peludas ! Un lèd creat qui s’apèra eth-medix Zocalfar qu’a decidit de denegar l’especificitat gascona de la lenga occitana d’aqueth parçan de Gasconha.

E que magina un salopèr de virús qui hè perir las formas especificas deu parlar gascon tant dehentz los ordinators com preus gents qüand parlann… Urosament lo comissari Magret, ajudat per un pariadge de « hlics » d’elei, qu’enquista… e que sauverà lo parlar gascon d’ua acabada mau-volenta.

Le commissaire Magret récemment nommé et qui revient dans son pays autonome de Gascogne-sud, est confronté à une énigme bien compliquée ! Un affreux qui s’appelle lui-même Zocalfar a décidé de nier la spécificité gasconne de la langue occitane de ce morceau de Gascogne.

Et il imagine une saleté de virus qui fait disparaitre les formes spécifiques du parler gascon tant dans les ordinateurs que chez les gens qui parlent… Heureusement le commissaire Magret, aidé par une équipe de « flics » d’élite, enquête… et sauvera le parler gascon d’une fin malveillante.

Sachant cela, Zocalfar peut se décomposer en zo cal far (on reconnait des mots utilisés dans la région languedocienne) et on le traduira en gascon par ac cau har, il faut le faire.

Au-delà de l’histoire

Dessin du blog du commissaire Magret
Dessin du blog du commissaire Magret

Ce roman policier est plus humoristique que roman noir ou roman d’action. Le style lui-même est léger et imaginatif. Le vocabulaire illustre joliment les propos avec des mots qui utilisent la richesse du gascon et attirent le sourire comme
Miam ? ce prudentiquegi / Miam ? dit-il prudemment…
ou
Hrancés Horcadet (…) que’s gaha a comengejadissar / François Hourcadet (…) se met à « jargonner commingeois ».

Et on passe un bon moment à lire les traits d’humour, les clins d’œil qui sont liés à des situations ou à des effets de vocabulaire, comme ce début de chapitre :
En bon gascon que quequeja:
– Que…, que…, que…, que…, que…
– E ben qué ? Que que(1)  o qué ?
(1)  deu vèrbe « quer », forma lavedanesa de càder, précise l’auteur

Vous pouvez lire ce polar à l’ombre d’un tilleul ou laisser votre esprit vagabonder vers des souvenirs ou des degrés seconds.

Et si vous prenez plaisir à le lire, que diriez-vous d’attaquer la deuxième histoire du commissaire Magret, Lo tin-tin d’Ergé, écrite cinq ans plus tard et tout aussi savoureuse ?

Dans tous les cas, bonne sieste, le sourire aux lèvres !

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Vous pouvez visiter le site du Comissari Magret.
ou lire les livres
Zocalfar, Joan-Loís Lavit, 1997, éditions Princi Negre.
Lo Tin-Tin d’Ergé, Joan-Loís Lavit, 2004, Crimis, IEO.