L’agriculture gasconne, de nouvelles pistes

Si l’agriculture a très peu évolué pendant des siècles, elle vit depuis quelques décennies des bouleversements incroyables. Quelques expériences.

L’agriculture aux temps anciens

À l’arrivée des Romains, la Gascogne cultivait le blé, la vigne, les fèves et élevait des porcs. Les fundi aquitano-romains puis les abbayes contribuèrent à déboiser et augmenter les espaces cultivés.

Calendrier de Pietro Crescenzi, XIII° siècle, Travaux des douze mois de l'année, Calendrier extrait du Rustican, de Pietro Crescenzi vers 1300
Calendrier de Pietro Crescenzi, XIIIe siècle, Travaux des douze mois de l’année, Calendrier extrait du Rustican, de Pietro Crescenzi vers 1300 © Wikipedia

Jusqu’au XVIIIe siècle, l’agriculture varie peu même si elle intègre quelques fruits exotiques apportés par les croisés. Les familles pratiquent la polyculture, cultivent des céréales, les milhs, élèvent des volailles, du porc, des ovins dans certaines contrées et quelques bovins.

Ce sont les sols et le climat qui imposent cette polyculture. Elle rend les bòrdas (fermes) autosuffisantes.

Puis, au XVIIIe siècle, d’Etigny révolutionne l’agriculture gasconne. C’est qu’il faut lutter contre les sécheresses, les disettes et apporter de la nourriture à une population qui augmente. Ainsi il favorise la construction de routes, la création de sociétés agricoles, les défrichements, l’ajout de marne pour engraisser les champs, l’introduction de nouvelles plantes, d’arbres fruitiers, du maïs, de la pomme de terre

Les temps modernes

Au milieu du XIXe siècle, 75% de la population (20 millions de personnes) est agricole. Les superficies de pâturages sont plus importantes, avec l’abandon deus vacants (des jachères) pour les prairies artificielles, c’est-à-dire ensemencées de légumineuses (lusèrna, esparcet – sainfoin, trèule – trèfle…). Arrivent les engrais, les premières machines. Toutefois, les propriétés restent petites, les progrès techniques sont lents, les crédits quasi inexistants à part ceux des usuriers.

Une crise entraine une terrible baisse des prix en 1875 : ils sont divisés par 2 entre 1875 et 1895 !  Le phylloxera tue les vignes. Globalement, l’agriculture perd la maitrise de ses terres et dépend de plus en plus de l’industrie et de la distribution. Parallèlement, l’industrie se développe et a besoin d’ouvriers.

La première guerre mondiale va décimer les paysans : 550 000 sont tués, 500 000 reviennent blessés, ils représentent 20% des agriculteurs.

Battage à l'aide d'une batteuse manuelle en 1932. Le gerbier est au premier plan, le pailler au second. La paille et le grain sont triés au sol sur l'aire à la sortie de la batteuse (en bas à droite).
Battage à l’aide d’une batadera (batteuse) manuelle en 1932. Le garbèr (gerbier) est au premier plan, le palhèr (pailler) au second. La paille et le grain sont triés au sol sur l’aire à la sortie de la batteuse (en bas à droite) © Wikipedia

En 1945, les actifs français ne sont plus qu’un tiers à travailler dans l’agriculture, pour un tiers dans l’industrie ou le bâtiment et un tiers dans les services. Ce n’est pas fini. Aujourd’hui 75% des Français travaillent dans les services et les agriculteurs ne sont plus que 1,5% de la population active, selon l’INSEE.

La situation actuelle

La France reste la première puissance agricole européenne, le cinquième exportateur au niveau mondial, grâce aux exportations de vin. Mais depuis 1974, les prix des volailles, des porcs ou des céréales ont été divisé par 4.

Élevage de volailles en batterie © Fred TANNEAU/AFP
Élevage de volailles en batterie © Fred TANNEAU/AFP

De plus, les importations ont augmenté :

  • un poulet sur deux consommés en France est importé ;
  • 56% de la viande ovine consommée en France est importée ;
  • 28% des légumes et 71% des fruits consommés en France sont importés.

Les agriculteurs gascons innovent

Puisqu’il y a un salon de l’agriculture à Paris, pourquoi pas un salon dans nos terres, un salon a la bòrda ? Il existe depuis quatre ans (cette année du 15 au 25 février). L’occasion de voir par soi-même les grands défis de l’agriculture et les solutions proposées par nos agriculteurs gascons. Ils montrent à la fois comment ils souhaitent regagner notre souveraineté alimentaire et comment ils prennent en compte les grandes questions d’actualité : énergie, environnement.

En fait, beaucoup de personnes ont conseillé les agriculteurs et pas toujours à raison. Par exemple, un champ de maïs arrosé selon les conseils donne 13,4 tonnes à l’hectare, pas arrosé du tout, 12 t/ha !

L’exemple de la ferme des Mawagits

Guillaume Touzet et Grégoire Servan de la Ferme des Mawagits à Saint-Elix d'Astarac (32)
Guillaume Touzet et Grégoire Servan de la Ferme des Mawagits à Saint-Elix d’Astarac (32) © La Dépêche Photo DDM, Nédir Debbiche.

De nombreux agriculteurs locaux optent pour l’agroforesterie, permettant d’assurer le renouvellement des ressources naturelles comme l’eau ou les sols, de favoriser la biodiversité tout en assurant une production correcte.

C’est l’expérience de Guillaume Touzet, employé chez Arbres &, Paysages 32, et son ami Grégoire Servan, ingénieur agronome au sein de l’association française d’agroforesterie. Ils créent en 2018 la Ferme des Mawagits à Sent Helitz d’Astarac [Saint-Elix]. Mais les deux compères ne sont pas des agriculteurs de souche et ils tâtonnent. Les gens du cru les surnomment gentiment les mauagits [maladroits], nom qu’ils adoptent pour leur ferme.

Carine Fitte et Hélène Archidec du Domaine de Herrebouc
Carine Fitte et Hélène Archidec du Domaine de Herrebouc à Saint-Jean-Poutge (32) © www.tourisme-gers.com

Ils s’intéressent à l’agroécologie et réalisent des ateliers, des conférences et des visites guidées pour sensibiliser le public.  Et ils développent la gemmothérapie avec l’aide d’une naturopathe. Cette expérience est un succès.

De façon similaire, des producteurs comme Carine Fitte et Hélène Archidec assurent leurs cultures en régénérant les sols  par l’utilisation de préparations naturelles. Ainsi, elles produisent depuis 2004, des vins biodynamiques au domaine de Herrebouc, à Sent Joan Potge [Saint-Jean-Poutge].

L’exemple de la ferme des trois grains

Jean-Jacques Garbay
Jean-Jacques Garbay à Saint-Médard (32) © YouTube

À Sent Mesard [Saint-Médard], près de Miranda [Mirande], Jean-Jacques Garbay et son neveu Bastien Garbay développent une chaine respectueuse de la culture des grains à la vente de pain. Il procèdent à des cultures d’été et des cultures d’hiver.
L’engrais utilisé est de l’engrais vert, c’est-à-dire un mélange de luzerne, féverole, avèze, navette ou moutarde blanche, facélie. Toutes ces plantes apportent quelque chose au sol. Par exemple, lo favarilh [la féverole] fixe l’azote de l’air et en laisse une partie dans la terre. Tout d’abord, nos agriculteurs labourent les champs pour mélanger ces plantes à la terre, puis ils les brossent en surface et les binent pour supprimer lo percàs, lo virèish bref les mauvaise herbes. Enfin, ils sèment les plantes selon les souhaits : soja, tournesol, sorgo, colza ou blés, le tout sans amendement ni engrais.

Bastien Garbay DR
Bastien Garbay DR

Toute l’astuce est de laisser les vers de terre (3 tonnes à l’hectare) faire leur boulot :  ils percent le sol dans tous les sens, permettant le passage de l’eau et de l’air ; aucun besoin d’intervenir ni de travailler la terre en profondeur, donc pas de consommation d’énergie fossile.

En particulier, Bastien Garbay, paysan boulanger du blé au pain, a planté 24 ha de blés anciens et modernes, de blés de population (variétés anciennes semées mélangées). C’est tout récent puisque sa première récolte date de l’an dernier.

La fabrication du pain

Moulin Astrié © Les Graines de l'Ami Luron
Moulin Astrié © Les Graines de l’Ami Luron

Un meunier a moulu le grain de Bastien mais il aura bientôt son moulin à farine à meules de pierre, appelé moulin Astrié du nom de son fabricant français, Astréïa. Ce moulin écrase le grain de façon progressive, lentement, sans le chauffer ni lui faire perdre ses qualités ; il produit ainsi une farine excellente.

De plus, comme le faisaient les anciens, Jean-Jacques a construit lui-même un four. Une partie est maçonnée, l’autre métallique avec deux niveaux et des plans rotatifs qui permettent de surveiller le pain qui cuit. Le feu atteint 1000°C et le four 250°C avec un excellent rendement de 90%.

Vous voulez gouter le pain au levain de Bastien ? Un petit épeautre, un seigle ou un méteil comme l’aimait Jean-Géraud d’Astros (mélange seigle et blé) ? Dans un poème de 1636, Beray e naturau Gascon, le poète dit en parlant du paysan :

J-G d’Astros (1594 – 1648) © Wikipedia

Que se sap perbesioun tabenc
De pan é bin ou mitadenc

Il sait qu’il a aussi en réserve
Du pain et du vin ou du méteil

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

La révolution agricole du XVIIIe siècle en Gascogne gersoise, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest. Sud-Ouest Européen, O. Perez, 1944.
L’histoire des paysans français, Éric Alary, 2019.
La France, un champion agricole mondial : pour combien de temps encore ? Rapport d’information n° 528 (2018-2019), déposé le 28 mai 2019.
Les cinquante ans qui ont changé l’agriculture française, Économie rurale, Lucien Bourgeois, Magali Demotes-Mainard, 2000.




La guerre de Gascogne 3- L’effondrement

Henri II Plantagenêt meurt en 1189. Henri le jeune est mort avant lui. Alors la couronne revient à Richard Cœur de Lion. Mais, parti en croisade, il laisse le champ libre à son frère Jean sans Terre. C’est une suite de guerres avec la France, pour prendre possession de la Gascogne  et le début de l’effondrement de l’immense empire des Plantagenêts.

La commise

En France, Philippe Auguste règne de 1180 à 1223, puis c’est Louis VIII jusqu’en 1226, Louis IX Saint Louis jusqu’en 1270 et enfin Philippe III le Hardi de jusqu’en 1285.

Les combats de frontière n’ont jamais cessé entre les rois de France et les Plantagenêts. Et la mort d’Henri II ouvre une période d’instabilité dont profite Philippe Auguste pour pousser ses pions.

Richard Cœur de Lion prisonnier (à gauche) et mortellement blessé à Châlus (à droite) (Effigies Regum Angliæ, xive siècle), Londres, British Library. Jean sans Terre le remplace en Gascogne
Richard Cœur de Lion prisonnier (à gauche) et mortellement blessé à Châlus (à droite) (Effigies Regum Angliæ, xive siècle), Londres, British Library © Wikipedia

Richard Cœur de Lion part en croisade et est fait prisonnier lors de son retour. Il regagne l’Angleterre après le paiement d’une énorme rançon. Là, il rétablit une situation bien compromise par son frère Jean sans Terre. Mais Richard meurt en 1199 au siège de Chalus en Limousin. Et c’est Jean qui lui succède jusqu’en 1216.

Jean réussit à se mettre à dos tous les barons d’Aquitaine qui en appellent au roi de France. En avril 1202, Philippe Auguste le cite à comparaitre devant la Cour en tant que vassal. Mais, Jean ne s’y rend pas et le roi prononce la commise de ses domaines, c’est à dire leur confiscation qu’il fait exécuter les armes à la main. Cette période est bénéfique pour la Gascogne car, pour s’assurer de la fidélité des villes, Jean leur accorde des franchises importantes : Saint-Émilion en 1199, La Réole en 1206, Bayonne en 1215, etc.

La guerre en Gascogne

Alphonse VIII de Castille et son épouse la reine Aliénor d'Angleterre revendique la Gascogne. Miniature espagnole de la fin du xiie ou du xiiie siècle.
Alphonse VIII de Castille et son épouse la reine Aliénor d’Angleterre. Miniature espagnole de la fin du XIIe ou du XIIIe siècle © Wikipedia.

Les Français ne sont pas les seuls à vouloir la Gascogne. Alphonse VIII de Castille (1155-1214) a épousé une sœur de Jean sans Terre. À la mort d’Aliénor d’Aquitaine en 1202, il revendique la Gascogne au nom de sa femme. Aussi, à la tête d’une armée, il assiège Bordeaux de 1205 à 1206. Les Gascons le soutiennent mais l’échec devant Bordeaux brouille les cartes.

À la fin du règne d’Henri II, les Plantagenêts ont perdu presque tous leurs territoires au nord de la Garonne. Et la guerre se rapproche de la Gascogne. Louis VIII s’approche de Bordeaux tandis que le comte de la Marche prend La Réole et Bazas.

Henri III d’Angleterre entre en campagne pour reconquérir les territoires perdus. C’est un échec. Il recommence en 1242 mais, abandonné par ses barons, il est battu à Taillebourg et à Saintes les 23 et 24 juillet 1242.

Le traité de Paris de 1258

La guerre se termine par le traité de Paris de 1258 qui règle un certain nombre de contentieux. Les Plantagenêts perdent définitivement la Normandie, le Maine et l’Anjou. Il ne leur reste qu’une partie de l’Aquitaine et la Gascogne.

Le traité de Paris de 1258 : en jaune : les possessions anglaises en 1154 qui se réduisent à la Gascogne en 1258. Bordé de rouge, le domaine anglais de 1258
Le traité de Paris de 1258 : en jaune : les possessions anglaises en 1154, bordé de rouge, le domaine anglais de 1258 © Histoire Passion

S’il gagne l’Agenais, Henri III fait une concession majeure. Il prête hommage au roi de France pour les terres qu’il garde à l’issue du traité mais aussi pour la Gascogne. En fait, l’ancien duché n’avait jamais fait hommage au roi de France. Cela a des implications concrètes sur l’administration de la Gascogne : les seigneurs peuvent désormais en appeler au roi de France pour leurs litiges. Près de 30 procès sont en instance devant la Cour de France en 1274-1278. Pour détourner les appels de Paris, un Auditeur des causes est nommé à Bordeaux. Le lieutenant du roi a désormais un rôle judiciaire au nom du roi. Un juge d’appel est créé et des juridictions gracieuses instituées un peu partout. Les prévôtés sont réformées. Ce sont les Ordonnances de Condom de 1289.

Le Sénéchal de Gascogne Simon V de Montfort

 

Simon V de Montfort, sur un vitrail de la cathédrale de Chartres © Wikipedia. Il est nommé sénéchal de Gascogne
Simon V de Montfort, sur un vitrail de la cathédrale de Chartres © Wikipedia

Simon V de Montfort est le fils cadet de Simon IV qui a combattu le comte de Toulouse lors de la croisade des Albigeois. Il part pour l’Angleterre où sa grand-mère possède la moitié du comté de Leicester. Il épouse une sœur de Jean sans Terre et devient comte de Leicester.

En 1245, les seigneurs gascons se révoltent. Gaston VII de Béarn en prend la tête et ravage Dax, tandis qu’Arnaud-Guilhem de Gramont et le vicomte de Soule attaquent Bayonne et mettent à sac le Labourd. La révolte gagne du terrain. Pour ne pas perdre la Gascogne, Henri III nomme Simon V de Montfort en tant que Sénéchal, de 1248 à 1253. Mais il se montre avide et brutal et déclenche la « Grande révolte » qui réunit tous les Gascons.

Colom contre Solers à Bordeaux

Les élections municipales de 1248 à Bordeaux voient s’affronter la famille des Colom et celle des Solers qui détiennent le pouvoir. Les Colom s’emparent de la place du marché et s’y fortifient. Il règne un climat de guerre civile et les affrontements armés sont nombreux entre les deux partis. Simon V de Montfort réprime durement la révolte qui profite aux Colom, favorables aux Anglais.

 Portrait dans l'abbaye de Westminster communément identifié à Édouard Ier
Portrait dans l’abbaye de Westminster communément identifié à Édouard Ier

En 1252, Gaston VII de Béarn est à La Réole avec une centaine d’hommes pour soutenir les insurgés. L’année suivante, il rejette la suzeraineté anglaise pour soutenir les prétentions d’Alphonse X de Castille sur la Gascogne. Plusieurs seigneurs le suivent. Ils assiègent Bayonne pour faciliter le passage du roi de Castille mais la ville résiste.

En fait, Simon de Montfort ne peut rétablir le calme en Gascogne. Alors, Henri III débarque à Bordeaux avec une armée. Il nomme le futur Édouard Ier gouverneur de Guyenne pour rétablir les erreurs de Simon de Montfort. Il s’installe au palais de l’Ombrière à Bordeaux.

Castille et Angleterre concluent la paix de Tolède qui se termine par le mariage d’Henri III avec la sœur du roi de Castille. Les Gascons se retrouvent seuls et ils sont obligés de faire leur soumission. Pourtant en 1273, Gaston VII de Béarn se rebelle à nouveau, est fait prisonnier en Angleterre et le Béarn est mis sous séquestre. Il est libéré en 1276 et le Béarn lui est rendu en 1278.

Les révoltes populaires

Il n’y a pas que les seigneurs et les villes qui se révoltent. Preuve d’un profond malaise, les paysans se révoltent aussi.

Lassés des exactions des sénéchaux, les paysans gascons de l’Entre-deux-Mers se révoltent en 1236 et 1237. Henri III lance une enquête au terme de laquelle il confirme leurs franchises et privilèges.

"De la meute des pastoureaux". Manuscrit enluminé, Chroniques de France ou de St-Denis, British Library Royal.jpg © Wikipedia
« De la meute des pastoureaux ». Manuscrit enluminé, Chroniques de France ou de St-Denis, British Library Royal.jpg © Wikipedia

En 1251, les Pastoureaux sont devant Bordeaux. La Croisade des Pastoureaux nait dans le nord de la France, à la suite des prêches du « Maitre de Hongrie » qui mobilise une foule d’adolescents et de paysans. Les bandes composées de paysans gascons appauvris, vivant en bandes, tentent d’entrer dans Bordeaux. Simon V de Montfort tient portes closes et les disperse.

En 1253, Henri III reçoit 16 doléances à Londres et envoie des commissaires pour enquêter. Aux plaintes des barons, de l’abbé de Saint-Sever, des bourgeois de Bordeaux, Bayonne, Bazas et Dax, s’ajoutent celle de tota comunitas de Goosa, tam clericorumquan militum et laboratorum, c’est-à-dire l’ensemble du pays de Gosse. Le pays reproche à Simon V de Montfort de :
– violer les coutumes en vendant la baillie de Dax à des gens qui multiplient les extorsions pour entrer dans leurs frais,
– convoquer l’ost 3 ou 4 fois dans l’année au lieu d’une seule fois comme le prévoient les coutumes,
– réclamer deux albergues (hébergement) par an au lieu d’un seul.

C’est de nouveau la guerre

En 1293, des marins de Bayonne attaquent des marins bretons qui portent l’affaire devant Philippe le Bel, roi de France. Cette fois, ce sont des marins normands qui coulent quatre bateaux de Bayonne dans le port de Royan. Le Connétable de Bordeaux laisse partir une flotte de bateaux de Bayonne. Une flotte de bateaux normands part à leur rencontre et les coule. C’est de nouveau la guerre.

Édouard Ier rend hommage à Philippe le Bel (illustration du XVe siècle). © Wikipedia
Édouard Ier rend hommage à Philippe le Bel (illustration du XVe siècle). © Wikipedia

En attendant l’enquête et le jugement, Philippe le Bel exige la remise du duché à titre de garantie. Une armée française entre à Bordeaux et occupe les places fortes et les principales villes.

Le roi de France cite Édouard Ier à comparaitre devant la Cour. Constatant le défaut du roi d’Angleterre, le Parlement de Paris prononce la confiscation provisoire.

Édouard débarque à Bordeaux pour reconquérir son duché. Il prend Blaye et La Réole mais échoue devant Bordeaux. Sa flotte part pour Bayonne tandis qu’une armée s’y rend par la voie de terre. La ville est reprise en 1295. Les Français attaquent Blaye mais sont obligés de se replier sur Bordeaux. Une armée anglaise de secours débarque à Blaye mais échoue devant Bordeaux et Dax. Elle se réfugie à Bayonne. Elle échoue encore en 1297 à Saint-Sever.

Les deux parties s’en remettent à l’arbitrage du Pape qui décide le retour du duché d’Aquitaine au roi d’Angleterre. La campagne de 1294 à 1297 n’a servi à rien…

 

Références

Les précédents épisodes de la Guerre de Gascogne :
La guerre de Gascogne 1- Le duché d’Aquitaine
La guerre de Gascogne 2–Le règne d’Henri II
Les Plantagenêts – Origine et destin d’un empire,  Jean Favier, Editions Fayard, 2004.
La guerre de Cent ans, Jean Favier, Editions Fayard, 1980.




L’histoire de Carnaval en Béarn

Carnaval est synonyme de fête dans la rue. Il semblerait d’ailleurs que ce soit une fête ancienne. À quoi ressemblait-elle ? Comment a-t-elle évolué ? L’exemple du Béarn.

De quand date la fête de Carnaval ?

Impossible de répondre évidemment. Certains évoquent comme origine ou prémisse les Lupercalia (Lupercales), fêtes qui avaient lieu dans la Rome antique du 13 au 15 février. Il s’agit d’une fête de purification avant de débuter la nouvelle année (alors le 1er mars).

Andrea Camassei, Les Lupercales (vers 1635), Madrid, musée du Prado.
Andrea Camassei, Les Lupercales (vers 1635), Madrid, musée du Prado © Wikipedia

Cette fête était ritualisée. Des prêtres sacrifiaient un bouc dans la grotte du Lupercal où la louve avait allaité Rémus et Romulus. Puis, avec le couteau du sacrifice, le prêtre touchait le front de deux jeunes hommes, vêtus d’un pagne en peau de bouc. Les jeunes hommes couraient ensuite dans la ville de Rome, munis de lanières taillées dans la peau du bouc. Ils en fouettaient les femmes qui se mettaient sur leur passage afin d’avoir un enfant dans l’année. On est quand même assez loin de la fête débridée de Carnaval.

En tous cas, des premiers siècles de notre ère, on n’a pas gardé de trace des fêtes de Carnaval. Mais il faut dire qu’on n’écrivait pas sur les traditions populaires. Cependant, il est probable qu’elles aient existé un peu partout en Europe, que ce soit pour fêter le retour du printemps ou pour précéder le long carême quand l’Église s’appropria et encadra les fêtes païennes. Finalement, il s’agit d’un moment de respiration pour le peuple après la saison hivernale.

Cependant, le plus ancien édit, que nous avons conservé, parlant d’un carnaval, date de 1094 et concerne la République de Venise.

La fête de tous les excès

Des traces que l’on a par chez nous, dès le Moyen-âge, Carnaval est une fête débridée. On rit, on danse, on saute, on court, on mange, on boit, on porte armes et bâtons, on est violent, on déborde, parfois on perturbe les offices ou on pille des maisons. Probablement peu ritualisée, on improvise la fête chaque année.

Dominique Bidot-Germa © Editions Cairn
Dominique Bidot-Germa, historien © Editions Cairn

Dominique Bidot-Germa, maître de conférence en histoire médiévale à l’université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), nous donne des pistes pour comprendre cette fête dans le Béarn. Par exemple, il évoque les pantalonadas et les mascaradas de dimars gras. Car il est à peu près sûr que l’on se masquait, qu’on se déguisait. 

De plus, on pratiquait l’inversion. Une habitude festive fort ancienne, puisqu’on la pratiquait déjà pendant les Sacées à Babylone, 2000 ans avant notre ère. À cette occasion, les esclaves ordonnaient aux maitres. Même chose pendant les Saturnales de la Rome antique.

En Béarn, les hommes mettaient des habits de femmes et les femmes des habits d’homme. On ridiculisait les savants, on opposait l’homme et la bête, le sauvage et le civilisé, etc.

L’Église, puis la Réforme y voyaient des restes de paganisme et des offenses aux bonnes mœurs. Pourtant, ce n’était pas la seule fête ainsi. L’Église elle-même participait activement entre le XIIe et le XVe siècle à la fête des Fous de fin décembre. Les enfants de chœur s’installaient à la place des chanoines, les prêtres faisaient des sermons bouffons, l’on chantait des cantiques à double sens voire franchement obscènes, on honorait l’âne (qui porta la Sainte Famille), on se gavait de saucisses, on se travestissait, etc.

La fête des fous, Pieter van der Heyden (1530?-1576?). Graveur d'après P. Bruegel inventorVan Der Heyden
La fête des fous, Pieter van der Heyden (1530?-1576?),  d’après P. Bruegel © BNF

Stop au carnaval !

Henri d'Albret, roi de Navarre (1503-1555) © Wikipedia
Henri d’Albret, roi de Navarre (1503-1555) © Wikipedia

Dominique Bidot-Germa nous rappelle que les excès de cette fête créait des perturbations qui finissaient parfois en procès. Les gouvernants demandèrent puis exigèrent de la modération. Par exemple, en 1520, Henri II d’Albret, roi de Navarre, émit une ordonnance pour faire cesser les débordements de Carnaval en Béarn.

Nous es estat remonstrat que… en la capere de Noustre Dame de Sarrance a laquau confluexen plusiours personages…  vagamons et autres gens dissoluts… se son trobats et trobades haber cometut auguns actes deshonestes […] et la nueit fen dance dens lous ceptis de la dite capere ab tambourins, arrebics et cansons deshonestes […] dedens la gleise devant la dite image de la bonne Dame.

Il nous a été rapporté que… dans la chapelle de Notre Dame de Sarrance vers laquelle affluent un certain nombre de personnes… vagabonds et autres gens dissolus… ont commis des actes déshonnêtes […] et ont dansé la nuit dans l’enceinte de ladite chapelle avec des tambourins, des sonnailles et des chansons déshonnêtes […] à l’intérieur de l’église devant ladite image de la bonne Dame.

Cela ne suffit pas. Aussi, Jeanne d’Albret y revint et interdit le masque, le chant et la danse dans la rue. Enfin, une autre ordonnance de 1565 condamna las danses publiques, las insolences et autres desbauchamentz.

Mais tout ceci était diversement écouté. Le professeur palois signale par exemple que le corps de la ville de Bruges versait de l’argent aus companhous qui fen lo solas, donc à ceux qui animaient le divertissement.

J. Bosch (v. 1450-1516)- Le combat entre Carnaval et Carême - Museum Catharijneconvent, Utrech© Wikipedia
J. Bosch (v. 1450-1516)- Le combat entre Carnaval et Carême – Museum Catharijneconvent, Utrech© Wikipedia

La canalisation de Carnaval

À partir du XVIe siècle, cette fête populaire attira l’attention des élites. François Rabelais écrivit : Car aulcuns enfloyent par le ventre, et le ventre leur devenoit bossu comme une grosse tonne : desquelz est escript : Ventrem omni-potentem : lesquelz furent tous gens de bien et bons raillars. Et de ceste race nasquit sainct Pansart et Mardygras.

Saint Pançard du Carnaval Biarnés
Saint Pançard du Carnaval Biarnés

Des calendriers, des gravures circulèrent et il est probable, nous dit Dominique Bidot-Germa, que les modèles de carnaval d’autres régions, d’autres pays étaient présentés. En tous cas, petit à petit, apparurent des nouvelles façons de fêter cette période. Et au XVIIIe siècle, la forme se stabilisa : défilé, personnages, mises en scène, jugement de Carnaval firent désormais partie des pratiques.

Le Béarn et Pau en particulier se sont réappropriés carnaval. Un site lui est dédié. Et, pour ne pas oublier qu’il est la suite d’une longue histoire, il vous donne les expressions principales à connaitre en béarnais. Par exemple, ce n’est pas parce que vous batetz la bringa (faites la bringue) que vous devez boire jusqu’à tocar las aucas (tituber).

Et si vous voulez en savoir plus sur le rituel à Pau, pourquoi ne pas relire notre article de 2023 : Saint Pançard revient au pays,  Mardi gras : Sent Pançard que torna au país.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Histoire : aux origines du carnaval, interview de Gilles Bertrand, National Geographic, Julie Lacaze.
Tout savoir sur l’origine du Carnaval.
Mascarades et pantalonadas : le carnaval en Béarn, de la violence festive au folklore (Moyen Âge-XIXe siècle), Actes du 126e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, « Terres et hommes du Sud », Dominique Bidot-Germa, Toulouse, 2001.    




Auch, une longue et grande histoire

Auch que certains voudraient capitale de la Gascogne a connu un passé prestigieux avant de s’endormir après la Révolution française. Mais son histoire commence avant les Romains. Puis, archevêques et roi de France en assurent l’embellissement jusqu’à Napoléon III. D’ailleurs, sa devise est Tot solet no pòt Aush [Tout seul, Auch ne peut].

Des Aquitains aux Romains

Elimberri est la capitale du peuple des Ausques, Auscii en latin, qui lui donnent son nom actuel d’Auch, Aush en gascon. Les Romains l’appellent Augusta Auscorum.

Auch - Les fouilles de la villa, © INRAP
Auch, fouilles de la villa, © INRAP

Dans son itinéraire de 333 pour Jérusalem, le pèlerin inconnu la présente dans son document en latin, l’Anonyme de Bordeaux, comme chef-lieu de Civitas Auscius. Située au carrefour des routes de Saint-Bertrand-de-Comminges à Agen et de Toulouse à Bazas, la ville est prospère.

Cependant, c’est Elusa en latin, Eusa en gascon ou Éauze qui est la capitale de la Novempopulanie. Mais elle semble avoir été détruite lors du passage des Vandales en 408. Dès lors, Auch devient le principal centre urbain et administratif de la région.

Auch - Plan de la ville romaine
Auch, plan de la ville romaine

Pourtant on fait assez peu de découvertes gallo-romaines à Auch. L’Institut National de la Recherche Archéologique Préventive (INRAP) réalise des sondages et des fouilles sur la rive droite du Gers. En 2010, de nouvelles fouilles, réalisées avant des travaux sur le réseau du tout à l’égout, permettent de localiser le Forum. Puis, en 2017,  on retrouve les vestiges d’une villa aristocratique du 1er siècle, remaniée au IIIe siècle, avec un ensemble thermal et des mosaïques, le tout dans un état de conservation excellent. Enfin, en 2022, ce sont les vestiges de constructions qui l’on découvre sur la rive gauche du Gers, sans doute en limite de l’ancienne ville romaine.

Les temps troublés font délaisser la basse ville pour la haute ville qui s’entoure de remparts.

Cliquer sur le lien pour accéder à Un reportage de 6 minutes sur les fouilles de la villa romaine menées par l’INRAP  © Office de Tourisme Grand Auch Cœur de Gascogne

La création de l’Archevêché d’Auch

Nicetius, évêque d’Auch est présent au concile d’Agde en 506. Éauze, ancienne capitale de la Novempopulanie, est détruite une nouvelle fois au IXe siècle, peut-être par les Vikings. En tout état de cause, Auch est érigé en Archevêché en 856.

Au début de la Reconquista (722-1492), les évêchés de Calahorra, de Jaca et de Pampelune sont rattachés à l’archevêché d’Auch. Puis, en 1091, on rétablit l’archevêché de Tarragone. Cependant, l’Archevêque d’Auch gardera une influence politique jusqu’au XIIIe siècle et le titre de Primat de Novempopulanie et du royaume de Navarre jusqu’à la Révolution française de 1789.

Les archevêques et les grands travaux

Auch - la cathérale Saint Marie
Auch, la cathédrale Saint Marie © Wikipedia

François de Savoie (1454-1490) devient archevêque d’Auch en 1483. Il lance les travaux de la cathédrale Sainte-Marie sur les ruines de l’ancienne église romane. Elle ne cesse d’être embellie. C’est encore aujourd’hui, une des plus belles cathédrales du sud-ouest.

Les diocèses d’Aire, de Bayonne, de Bazas, de Comminges, de Couserans, de Dax, de Lectoure, de Lescar, d’Oloron et de Tarbes sont suffragants de l’Archidiocèse d’Auch. Supprimé en 1801 et rétabli en 1817, l’archidiocèse ne comprend plus que les évêchés d’Aire, de Bayonne et de Tarbes. En 1908, l’Archevêque d’Auch ajoute à son titre celui d’évêque de Condom, Lectoure et Lombez. Enfin, en 2002, le diocèse d’Auch n’est plus métropolitain et est inclus dans la province ecclésiastique de Toulouse. Au nom de l’histoire, il garde cependant son titre d’archidiocèse.

L’archidiocèse était le 4ème de France par ses revenus, après ceux de Cambrai, Paris et Strasbourg.

Auch conserve plusieurs témoignages de son passé d’archevêché. Outre la cathédrale Sainte-Marie, le Palais épiscopal occupé par la Préfecture et de nombreuses églises et couvents, il reste le palais de l’Officialité et sa Tour des Archives, haute de 40 mètres, appelée la Tour d’Armagnac, qui est à l’origine une prison épiscopale.

La fin des comtes d’Armagnac

Auch est la capitale des comtes d’Armagnac. Mais les conflits sont nombreux avec l’archevêque. Au XIIe siècle, ils trouvent un compromis : le comte et l’Archevêque se partagent la seigneurie de la ville. C’est ainsi que 16 consuls, 8 venant de la ville comtale et 8 de la ville épiscopale dirigent la ville. Alors les comtes établissent leur capitale à Lectoure.

La Mort de Jean d'Armagnac, lithographie de Delaunois d'après une peinture d'histoire de Louis-Henri de Rudder © Wikipedia
La Mort de Jean d’Armagnac, lithographie de Delaunois d’après une peinture de Louis-Henri de Rudder © Wikipedia

La Sénéchaussée d’Armagnac créée en 1473 se trouve peu de temps après installée à Lectoure, sans doute à la suite d’une épidémie qui a régné à Auch. Mais la ville veut récupérer son Sénéchal et le dispute à Lectoure. Plus de cent ans après, en 1639, on divise la Sénéchaussée d’Armagnac en deux : une partie relève d’Auch, une autre de Lectoure !

Les comtes d’Armagnac sont puissants et turbulents. De 1407 à 1435, ils soutiennent le roi de France contre les Bourguignons. Puis, ils se révoltent contre le roi de France. Alors, Louis XI envoie une armée qui assiège Lectoure en 1473. Jean V d’Armagnac est tué et c’est la fin de la maison d’Armagnac.

Que reste-il aujourd’hui de la ville médiévale ?

Auch, une pousterle

La liaison entre la ville haute et la ville base se fait par des ruelles très pentues parfois munies d’escaliers : les pousterles. Elles ont pour la plupart conservé leur nom gascon : la pousterle des colomats, postèrla deus colomats [poterne des pigeons], la pousterle de las oumettes, postèrla de las omètas [poterne des ormeaux], ….

 

 

 

Auch, l'escalier de la Maison d'Henri IV
Auch, l’escalier de la Maison d’Henri IV

Il reste de nombreux témoignages de la ville du Moyen-âge : ruelles étroites, traces des remparts, porte fortifiée d’Arton, restes de portes fortifiées pour isoler chaque quartier de la vielle ville. De la période Renaissance, il reste de magnifiques maisons à colombage comme la maison Fedel. La maison dite de Henri IV dans laquelle il aurait demeuré en 1578 avec Catherine de Médicis et Marguerite de Valois, sa future épouse, présente une cour et un magnifique escalier.

Auch, métropole de la Gascogne

Auch, l'Intendant d'Étigny
Auch, l’Intendant d’Étigny, à l’entrée des allées du même nom

En 1716, on réorganise les trop grandes Généralités de Bordeaux et de Montauban. Et on crée la Généralité d’Auch. Ses limites fluctuent dans le temps : 1751, rattachement de l’Intendance de Pau ; 1767,  création de l’Intendance de Bayonne ; 1774, regroupement des deux Intendances ; 1775, rattachement du Labourd, des Lannes, du Marsan et du Gabardan à la Généralité de Bordeaux ; etc.

L’édit prévoit la création d’un Bureau des finances composé d’un nôtre Conseiller Président, huit nos Conseillers Trésoriers de France Généraux de nos Finances & Grands Voyers dont l’un fera garde-scel, d’un nôtre avocat, un nôtre Procureur, d’un Greffier en Chef, d’un premier huissier Garde-Meubles, de quatre Huissiers & de six Procureurs postulants. Avec tout ce personnel, la prospérité de la ville est assurée.

Les bâtiments de l’Intendance se situent dans des maisons louées. L’intendant réside à Pau, plus commode.

L’intendant d’Étigny

C’est l’Intendant d’Etigny (1719-1767) qui s’installe à Auch qu’il trouve comme un gros village, affreux par sa situation, par ses abords et par mille defectuosités qui en rendent le séjour detestable.

Antoine Mégret d’Etigny transforme la ville d’Auch qui connait un véritable âge d’or. Ainsi, il fait élargir les rues pour faciliter la circulation, construire la place de la Patte d’Oie dans la basse-ville et la place de la Porte-Neuve dans la ville haute qui servent de carrefour aux routes royales qu’il fait construire. Il crée une voie nouvelle reliant les deux parties de la ville et le pont qui traverse le Gers, inauguré en 1715. Puis il fait construire le bâtiment de l’actuel hôtel de ville, l’hôtel de l’Intendance, le théâtre à l’italienne, une promenade (allées d’Etigny).

En 1759, on bâtit l’Hôtel de l’Intendance. Aujourd’hui, il ne subsiste plus qu’un bâtiment classé au titre des Monuments Historiques, occupé par La Poste. Une partie du mobilier et des décors ornent les salons de la Préfecture qui occupe l’ancien palais épiscopal.

Les embellissements du XIXe

À la suite du coup d’Etat de 1851, le préfet Féard initie une deuxième phase d’embellissement d’Auch. En effet, la ville se révolte et on déporte 338 Auscitains en Algérie. Aussi, pour calmer la situation, le préfet lance de grands travaux et donne du travail aux pauvres. Les aménagements reprennent en partie les projets d’Etigny qu’il n’a pu réaliser, faute de finances.

Antoine de Salinis (1798-1861), archevêque d’Auch de 1846 à 1861

De concert avec l’archevêque Antoine de Salinis, le préfet lance la réalisation du grand escalier monumental qui relie la partie haute et la partie basse de la ville. On démolit des bâtiments de l’archevêché pour créer la place Salinis. Au bout des allées d’Etigny, on construit un nouveau tribunal et une prison ; on installe des fontaines dans la ville. L’inauguration de l’escalier a lieu en 1863. Puis, le sculpteur tarbais Firmin Michelet réalise la statue de d’Artagnan en 1931. L’escalier monumental est entièrement rénové entre 2012 et 2015.

En souvenir de d’Etigny, on érige une statue de marbre en 1817 au centre de l’escalier qui mène à la promenade.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Auch, l'escalier monumental et la Tour d'Armagnac © Wikipedia
Auch, l’escalier monumental et la Tour d’Armagnac © Wikipedia

Références

Le concile d’Agde et son temps, Sous la direction de J.-C. Rivière, J.-P. Cros et J. Michaud, 2006

From Augusta Auscorum to Besino : investigating a section of the antique road Burdigala- Tolosa, Pallas, Fabien Colleoni, 2010

Influence des métropolitains d’Eauze et des archevêques d’Auch en Navarre et en Aragon, depuis la conquête de l’Espagne par les musulmans jusqu’à la fin du onzième siècle, Annales du Midi, Jean-François Bladé, 1897




Bayonne la Gasconne

Pour beaucoup, Bayonne est la capitale du pays basque. Pourtant, historiquement, sa capitale est Ustaritz. En revanche, Bayonne, Biarritz et Anglet sont gasconnes. Vers 1550, le français remplace le gascon dans les documents officiels. Pourtant, au XVIIIe siècle, un mouvement se dessine pour l’emploi du gascon dans les textes littéraires.

Le gascon, langue officielle à Bayonne au moyen-âge

Les ducs d’Aquitaine, puis rois d’Angleterre écrivaient à leurs sujets de Bayonne en gascon.

Les livres

Livre d'Or de Bayonne - Don de deux maisons à l'église
Le Livre d’Or de Bayonne (extrait). Don de deux maisons à l’église.

Le plus ancien ouvrage connu en gascon est le Livre d’or de Bayonne. Il s’agit d’un cartulaire, sans doute réalisé au XIVe siècle, contenant des textes rédigés entre le Xe et le XIIIe siècle. Parmi ceux-là, 106 sont des textes en latin et 36, plus récents du milieu du XIIIe siècle, en gascon :

« Sabude causa sia a tots aquez qui questa present carta veiran e audiran, que io en. B. de Garague reconny e manifesti em veritad per mi e per meis heirs e auieders, e per meis successors que dei dar e pagar au nost ondrable pair Mosseinher l’abesque e au Capito de Sancta Maria de Baiona. VI. Conques de bon froment, … »

De même, le Livre des établissements est un recueil d’actes en gascon, réalisé en 1336 par Arnaud de Biele, alors maire de Bayonne. Il établit les droits et les privilèges de la ville, son régime intérieur et ses rapports avec les seigneurs, villes et pays voisins.

La vie quotidienne à Bayonne

La toponymie utilisée est majoritairement gasconne, surtout dans la ville de Bayonne : arrua nava / rue neuve, arrue dous bascous / rue de basques, arrue dou casted / rue du château, carneceirie / carniceria / boucherie, port nau / port neuf, con de baque / corna de vaca / corne de vache, etc.

Bayonne, ville gasconne-Sur l'origine et la répartition de la langue basque Basques français et Basques espagnols Paul Broca (1875 - Gallica)
Sur l’origine et la répartition de la langue basque Basques français et Basques espagnols, Paul Broca, 1875, Gallica. Reprend les limites de la carte de 1863 de L-L Bonaparte.

En fait, la région fait apparaitre deux zones linguistiques. En particulier, la rédaction des Cahiers de doléances en 1788 se fait à Ustaritz pour le Labourd et à Bayonne pour la partie gasconne. Une représentation unique est alors inenvisageable tant les intérêts sont divergents. D’ailleurs, lors de l’élection des représentants à la fête de la Fédération de 1790, on crée deux bureaux de vote. Les délégués du Labourd s’appellent Dithurbide, Harriet, Detchegoyen, Diharce et Sorhaitz ; ceux de Bayonne s’appellent Lacroix de Ravignan, Mauco, Tauziet, Duffourg et Fourcade.

La première carte linguistique du pays basque, éditée en 1863 par Louis-Lucien Bonaparte, met en évidence que le gascon est encore très majoritaire à Bayonne, à Anglet et à Biarritz. Toutefois, les Basques s’installent à Bayonne au XIXe et au XXe siècles. Alors, l’usage du français gomme les différences linguistiques.

Bayonne et le renouveau du gascon au XVIIIe siècle

Alors que les dialectes sont méprisés, un mouvement se dessine dans la classe bourgeoise de Bayonne pour l’utilisation du gascon dans la littérature.

Par exemple, un tonnelier, Pierre Lesca (1730-1807), écrit plusieurs chansons, dont La canta a l’aunou de la nachence dou Daufin / La canta a l’aunor de la naishença deu Daufin / le chant en l’honneur de la naissance du Dauphin qui lui vaut une récompense des échevins de Bayonne, et Los Tilholèrs / Les bateliers, une chanson, aujourd’hui un hymne à Bayonne. Et le groupe gascon Boisson Divine en donne une version contemporaine.

Los Tilholièrs - un hymne de Bayonne ?
Los Tilholièrs. Paroles données sur le site de Boisson divine.

De même, en 1776, parait un remarquable ouvrage : Fables causides de La Fontaine en bers gascous suivi d’un lexique. Il est plusieurs fois réédité.

Autre exemple : Deldreuil (1796-1852), un Gascon de Bayonne, laisse une trentaine de chansons.

Le foisonnement après Louis-Philippe

La période révolutionnaire donne peu de textes connus. Mais, à partir de 1830, les auteurs gascons foisonnent à Bayonne.

Justin Larrebat (1816-1868)

Il est l’auteur de nombreux recueils de poèmes en gascon, dont Poésies gasconnes édité en 1898 et plusieurs fois réédité depuis. Ici le début d’un poème.

Amous de parpaillouns et flous

Le flou qu’ere amourouse
Et yelouse;
Lou parpailloun luzen
Incounsten.
Le flou toutyour aimabe,
Aperabe
Lou parpailloun aiman
En boulan.

Amours de papillons et de fleurs

La fleur était amoureuse
Et jalouse ;
Le papillon luisant
Inconstant.
La fleur toujours aimait,
Appelait
Le papillon aimant
En volant.

Léo Lapeyre (1866-1907)

Léo Lapeyre
Léo Lapeyre (1866-1907)

Il écrit des poésies en gascon. Et il écrit aussi des pièces de théâtre qu’il joue à Peyrehorade, sa ville natale, et à Bayonne. Citons : Lo horat de la peyre horadada / Lo horat de la pèira horadada / Le trou de la pierre trouée, Coèntas d’amou / Cuentas d’amor / Les ennuis de l’amour, La boussole de Mousserottes et Madame Pontriques en 1904.

Dès la création de Escòla Gaston Febus, Léo Lapeyre adhère (1897). Et il publie dans la revue de cette association, Reclams de Biarn et Gascougne, mais, face à certaines critiques de son édition de poèmes A noste, il s’en éloigne. Voici un extrait d’un de ses poèmes.

Aou cout dou houéc

Toutun se t’adroms, aou cap d’un moumèn
Que-t’ herey un broy poutoun qui chagotte
Et que-t’ déchuderas en arridèn
Aou coût dou hoèc!

Au coin du feu

Cependant, si tu t’endors, au bout d’un moment
Je te ferai un joli baiser qui chatouille
Et tu t’éveilleras en riant
Au coin du feu.

…Et tous les autres

Carlito OYARZUN un des fondateurs de l'acadamie Gasconne de Bayonne
Carlito Oyarzun (1870-1930)

En fait, les pièces de théâtre de Léo Lapeyre inspirent d’autres écrivains gascons, comme Georges Perrier, Léon Lascoutx, Carlito Oyarzun (1870-1930) ou Benjamin Gomès (1885-1959) qui est l’architecte, avec son frère, de la station balnéaire d’Hossegor. Ces deux derniers sont conseillers municipaux de Bayonne. Alors, en 1932, ils initient une fête populaire et traditionnelle qui auront et ont toujours un beau succès : Les Fêtes de Bayonne.

Pierre Rectoran (1880 - 1952), Secrétaire Perpétuel de l'Académie Gasconne de Bayonne
Pierre Rectoran (1880-1952), Secrétaire Perpétuel de l’Académie Gascoune de Bayoune.

À partir de 1912, la presse locale publie des poésies en gascon de Pierre Rectoran (1880-1952). Théodore Lagravère qui réside à Paris écrit des poèmes dans Le Courrier de Bayonne. Il publie son premier recueil de Poésies gasconnes en 1865. En outre, la presse locale publie J-B Molia dit Bernat Larreguigne et A. Claverie surnommé Yan de Pibole.

Enfin, après la Grande Guerre, des initiatives fleurissent à Bayonne en faveur du gascon. Par exemple, en 1923, Monseigneur Gieure, évêque de Bayonne, Oloron et Lescar, introduit l’étude obligatoire du gascon dans les établissements d’enseignement de son diocèse. Ou encore, en 1926, Pierre Simonet fonde l’Académie gascoune qui publie L’Almanach de l’Academie gascoune de Bayoune.

L’Académie gascoune de Bayoune et Ací Gasconha

Académie Gascoune de Bayoune - Acte constitutif du 7 mai 1926
Académie Gascoune de Bayoune – Acte constitutif du 7 mai 1926

L’Académie gasconne de Bayonne, qui s’appelle maintenant Academia Gascona de Baiona-Ador, est fondée en 1926. De 40 membres à l’origine, elle se compose aujourd’hui de 25 membres élus par leurs pairs pour leur connaissance du gascon.

Elle a pour but : « la recherche et le maintien de tous les usages et traditions bayonnaises et du Val d’Adour maritime, et en particulier de la langue gasconne parlée sur ces territoires ».

Active, l’Académie tient un Capitol / Chapitre trimestriel, ouvert au public, au cours desquels elle présente des sujets intéressant l’histoire locale ou le gascon. Les présentations qui sont faites en gascon sont éditées dans L’Armanac Capitol, revue trimestrielle de l’Académie.

De plus, l’Académie travaille en étroite collaboration avec Ací Gasconha, association créée en 1975. Les activités d’Ací Gasconha touchant au gascon sont multiples : gestion d’une bibliothèque, émissions radio en gascon, animation d’une chorale, cours de gascon, ateliers de danse, édition d’un bulletin trimestriel, publication d’ouvrages, etc.

Avec tout çà, qui peut dire que Bayonne, Biarritz et Anglet ne sont pas gasconnes ?

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Livre d’or de Bayonne, textes gascons du XIIIe siècle, Jean Bidache, 1906, Bibliothèque Escòla Gaston Febus 
Les « Tilloliers » de Pierre Lesca, René Cuzacq, 1942, Bibliothèque Escòla Gaston Febus
Fables causides de La Fontaine en bers gascous, Bibliothèque Escòla Gaston Febus
Poésies gasconnes, Justin Larrebat, 1926, Bibliothèque Escòla Gaston Febus
Les Poésies de J.-B Deldreuil, Chansonnier gascon bayonnais, Pierre Rectoran, 1931
Panorama de la littérature gasconne de Bayonne, Gavel Henri, 1948
Aou cout dou houéc, Léo Lapeyre,
Lapeyre, Léo. Auteur du texte. Au pays d’Orthe. Chez nous. A la maison. Dans la plaine. Soucis d’amour. – Aou pèis d’Orthe. A noste. A case. Hen le plène. Coèntes d’amou. 1900.
www.occitanica.eu
Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus : www.biblio.ostau-bigordan.com
Académie gasconne de Bayonne : www.academiagascona.fr
Aci Gasconha : www.acigasconha.asso.fr
Paul Broca – Sur l’origine et la répartition de la langue basque : Basques français et Basques espagnols-1875 – Gallica

 

 

 




Queste et questaus

On a gardé l’image d’Épinal des serfs du Moyen-âge, corvéables en toute occasion et à la merci de leur seigneur. Pourtant, la réalité est bien différente, tout du moins en Gascogne avec les questaus et les casaus. Suivons Benoit Cursente, d’Orthez, chercheur au CNRS et spécialiste des sociétés rurales gasconnes au Moyen-âge.

Une société hiérarchisée par des liens personnels

Benoit Cursente spécialiste des questaus - Une histoire de la questalité, Serfs et libres dans le Béarn médiéval
Benoit Cursente – Une histoire de la questalité, Serfs et libres dans le Béarn médiéval

Nous sortons de l’époque romaine où des colons libres côtoient des esclaves, servus, attachés à leurs maitres. Ainsi, le statut d’esclave disparait progressivement et est remplacé par des liens personnels. Ce sont les Wisigoths qui emmènent cette nouvelle pratique.

Tel homme se « donne » par serment à un autre et devient en quelque sorte un membre de sa famille ou de sa companhia [littéralement, ceux qui partagent son pain]. En échange de ce serment et des services qu’il s’engage à fournir, il reçoit une terre ou des revenus qui lui permettent de vivre.

On voit ainsi tout un réseau de liens personnels qui se tissent du sommet de la hiérarchie (le roi) jusqu’à la base de la société. C’est l’origine de la féodalité.

Notons que le rituel de l’hommage tel qu’on le connait à partir du XIIIe siècle n’est pas encore généralisé. En particulier, en Gascogne, on retrouve cette pratique dans le bordelais et en toulousain seulement.

Une organisation de la société en casaus

Le battage du grain
Le battage du grain

Les terres données à travailler constituent des unités fiscales. Leur chef, noble ou paysan, est « seigneur » de sa terre et de ceux qui y vivent. C’est le casal ou casau en gascon, c’est à dire une maison, un enclos, des champs et des droits sur des espaces pastoraux. Leur chef est le casalèr.

Bien sûr, le casau peut être soumis à une redevance, le casau ceissau [en français le cens] ou au  casau serviciau c’est-à-dire à un service particulier.

Lorsque le casau est éloigné, on préfère un prélèvement en espèce ou en nature (grains, volailles, fromages, etc.) ou des services comme l’aubergada [l’hébergement du prince et de sa suite]. Lorsque le casau est proche d’une forteresse, il est soumis à des services militaires ou d’entretien.

Par exemple, près du château de Lourdes, nous trouvons des casaus soumis à des obligations de service armé (ost) et de cavalcada [chevauchée], d’autres à des prestations de transport ou de guet, d’autres enfin à des services particuliers comme nourrir les chiens du comte, fournir de l’avoine à son cheval ou encore faire taire les grenouilles pour ne pas gêner le sommeil du comte…

Certains casaus doivent fournir une aide à d’autres casaus. On voit ainsi se mettre en place une société organisée autour des casaus qui sont des unités fiscales et de production, dont certains sont dits « francs » et qui doivent un service armé (le début des chevaliers), d’autres rendent des services dits « nobles », d’autres enfin des services dits « serviles ».

L’apparition des questaus

Nous sommes au XIIIe siècle. L’État moderne se met en place et les dépenses seigneuriales et d’administration se font de plus en plus lourdes. Il faut trouver de nouvelles ressources. Cela implique de mieux contrôler le territoire, ses ressources et sa population.

Les seigneurs revendiquent la possession des pâturages, des landes, des forêts et des eaux. Ils imposent alors des redevances pour leur utilisation. La vie sociale étant largement réglée par des pactes et des compromis écrits, on voit apparaitre progressivement dans les textes une nouvelle catégorie sociale : les questaus.

Pour garantir la pérennité des casaus, le droit d’ainesse apparait. Les cadets ou esterlos qui n’ont aucun droit, cherchent à se voir concéder des terres à exploiter pour lesquelles ils paient un cens. Ils se voient également attribuer la jouissance de pacages, des eaux ou des forêts seigneuriales en échange du nouveau statut de questau.

À noter, Benoit Cursente propose comme origine du mot esterlo (estèrle en gascon actuel) le mot latin sterilis, car le cadet n’a pas le droit d’avoir une descendance dans la maison natale. D’ailleurs, estèrle en gascon veut dire stérile.

Questaus et casaus

Le questau paie la queste

Questaus et casaus - travaux des champs
Travaux des champs

En plus du cens, le questau paie la queste, impôt sur l’utilisation des pacages ou des forêts. Il peut être astreint au paiement de redevances en nature. Il s’agit de mesures de grains ou de vin, fourniture de volailles, hébergement de soldats, corvées au château, etc.

La communauté des questaus peut payer collectivement la queste. En fait, c’est un moyen de surveillance car, s’ils venaient à déguerpir, la queste qui ne varie pas augmente la charge de chacun.

Le questau renonce également par écrit à certains de ses droits. Par exemple, il s’engage à ne pas quitter la seigneurie dans laquelle il réside sous peine d’amende. Et/ou il doit fournir une caution par avance,  renoncer à ses droits qui lui garantissent que ses bœufs et ses outils ne soient pas saisis. Ou encore il s’engage à payer une redevance lors de la naissance de chacun de ses enfants. Autre exemple : il s’oblige à faire moudre au moulin seigneurial, etc.

Même les possesseurs de casaus qui doivent des services dits « non nobles » peuvent devenir questaus. Cela ne se fait pas sans résistance. On voit des déguerpissements collectifs (abandon des terres pour s’établir ailleurs) et les seigneurs doivent transiger et trouver des compromis.

Les questaus apparaissent dans toute la Gascogne, sauf en Armagnac et dans les Landes. En montagne, on voit moins de questaus du fait du mode de gestion des terres. Ils représentent environ 30 % de la population.

Echapper à l’état de questau

Questaus et casaus - La tonte des moutons
La tonte des moutons

Echapper à l’état de questau est possible.

On peut bénéficier d’une franchise individuelle moyennant le payement annuel du francau ou droit de franchise. Parfois, la liberté peut s’accompagner de réserves comme celle de continuer à habiter sur le casau et de le transmettre à ses héritiers qui devront payer une redevance annuelle ou s’astreindre à des services pour le seigneur. Mais, lo franquatge [La franchise] coûte cher car il s’accompagne du paiement d’un droit pouvant représenter le prix d’une maison.

De même, la liberté peut être accordée à des communautés entières moyennant un droit d’entrée assez élevé, quelques concessions définies dans une charte et le paiement collectif d’un francau annuel. Dans certains endroits, on paie encore le francau au XVIIIe siècle.

La création de nouveaux lieux de peuplements est aussi un moyen d’échapper à la condition de questau par le biais des franchises accordées aux nouveaux habitants. Comme il n’est pas question de voir tous les questaus échapper à leur condition en venant s’y installer, on le leur interdit ou on n’en autorise qu’un petit nombre à y venir.

Enfin, les esterlos peuvent s’y établir sans limite. C’est un moyen de bénéficier d’une nouvelle population tout en vidant l’excédent d’esterlos dans les casaus. C’est aussi le moyen d’affaiblir les casaus au profit d’autres systèmes plus lucratifs.

En résumé, la société paysanne gasconne du Moyen-âge s’articule autour de paysans propriétaires qui travaillent un alleu (franc de tous droits), de casalèrs soumis au cens ou à des services, de questaus et d’affranchis.

Chaque catégorie peut être soumise à des restrictions ou à des engagements particuliers.  Il en est de même des particuliers, ce qui rend la société de cette époque extrêmement complexe.

Serge Clos-Versailles

écrit en orthographe nouvelle

Références

Une histoire de la questalité, Serfs et libres dans le Béarn médiéval, Benoit Cursente, Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau et du Béarn, 2011.
Puissance, liberté, servitude les Casalers gascons au Moyen Âge, Benoit Cursente, Histoire et Société rurales, 1996,  pp. 31-50




Les moulins du Lavedan

Le moulin à eau est une belle invention qui sera fort prisée un peu partout. En Lavedan, le moulin s’adapte à la montagne et se différencie de celui de la plaine. Jean Wehrlé nous renseigne par son livre : Le moulin de montagne, témoin du passé.

L’invention du moulin à eau et son développement


Meule et broyeur -(Orgnac) - source Wikimedia
Meule et broyeur à main  (Orgnac) – Wikimedia

L’invention du moulin à eau est un soulagement pour le travail des femmes qui jusqu’alors, utilisaient un mortier ou deux pierres.

Ce seraient les Grecs qui l’inventèrent. En 30 av. J.-C., le poète Antipater de Thessalonique écrit : Ne mettez plus la main au moulin, ô femmes qui tournez la meule ! Dormez longuement, quoique le chant du coq annonce l’aurore ; car Cérès a chargé les nymphes des travaux qui occupaient vos bras

Moulin à eau de Barbegal - reconstitution
Moulin à eau de Barbegal – reconstitution

La première mention d’un moulin se trouve dans les écrits de Strabon au 1er siècle av. J.-C. Il signale l’existence d’un moulin à eau, à Cabira, dans le palais de Mithridate, roi du Pont. Mais la plus étonnante de ces constructions hydrauliques romaines se trouve en Provence, à Barbegal, près d’Arle [Arles]. Le plus grand « complexe industriel » connu de l’Empire romain est un ensemble de moulins capable de moudre le grain pour une ville de 80 000 habitants !

En France, on attribue l’introduction des moulins à eau à Clovis (~466-511). Puis, les monastères développent cette technique et les moines de Clairvaux disséminent les moulins en construisant de nouvelles abbayes dans toute l’Europe. En plus des besoins domestiques des abbayes, l’eau courante a des usages industriels : écraser les grains, tamiser les farines, fouler le drap et tanner les peaux, puis, plus tard, fabriquer de la pâte à papier.

Parmi les grandes réalisations du XI-XIIe, citons la Société des Moulins du Basacle [Bazacle] ou Los moulins de Basacle fondée à Toulouse par des citoyens de la ville, avant que ne commence la Croisade des Albigeois, pour exploiter en commun des dizaines de moulins installés sur le site du Basacle, à l’amont  de la ville. Ils constituent  pour cela, la première société française par actions.

Les moulin à eau en Lavedan

Saint Orens
Saint Orens

En Lavedan (ou Vallée des Gaves), c’est à Sent-Orens, le futur évêque d’Auch, que l’on attribue le premier moulin à eau.  La légende nous apprend que vers 370, il aurait construit dans le vallon d’Isaby, un moulin merveilleux qui fonctionna 700 ans sans la moindre réparation. Né à Huesca, très pieux, il serait venu se réfugier dans le Lavedan pour échapper au destin politique que sa riche famille voulait pour lui.

Très vite, les moulins privés vont se multiplier dans le Lavedan, au-delà de ce qu’on voit dans d’autres contrées. Le cartulaire de Sent Savin en 1150 ou le censier de 1429 en témoignent.

En 1708, une taxe est créée qu’on ne paiera pas toujours. En 1735 par exemple, 17 moulins clandestins sont découverts dans la baronia deths Angles

Toutefois, en 1836, le cadastre parle d’une vingtaine de moulins à Arcisans-Dessús pour trente-cinq familles. Et quand le moulin est partagé entre deux familles, chacune s’attribue des jours.

À quoi ressemble un moulin en Lavedan ?


Arcizans-Dessus_(Photo Omnes)
Moulins en chapelet – Arcizans-Dessus (Photo Omnes)

La superficie au sol d’une mola [moulin] fait 20 à 25 m2. En enlevant les murs, le moulin est donc très petit. En Val d’Azun, les murs sont en granit clair, en vallée de Gavarnia, ils sont en schiste sombre. Les toits sont en ardoise.

On construit le moulin généralement dans la pente et une rigole depuis le ruisseau permet l’alimentation en eau directement à l’intérieur. De plain-pied, on a l’espace de travail et dessous la chambre du rouet où l’on tient en général debout.


Beaucens (Photo SPPVG)
Moulin de Beaucens (Photo SPPVG)

 

Quant à la porte, elle ne se distingue pas de celle d’une bergerie. Elle peut être ornée d’une croix, voire fleurie. En revanche, à hauteur d’homme, une dalle horizontale encastrée dans le mur permet de poser les sacs lors des manipulations ou du chargement des bêtes.

Enfin, à l’intérieur, un tira huma, une cheminée dont le conduit traverse le mur et non la toiture, permet de se réchauffer l’hiver. Et le sol est le plus souvent en simple terre battue.

L’alimentation en eau du moulin


Canal de dérivation vers un moulin
Canal de dérivation (photo SPPVG)

Qui dit moulin à eau signifie qu’il faut de l’eau ! Ce qui est plus difficile avec l’altitude.  On trouve des rigoles d’alimentation appelées graus ou agaus parfois assez longues, comme celle d’Ayrues qui alimentait deux moulins mais uniquement l’été. Pourtant, on trouve des moulins même à plus de 1300 m d’altitude.

Et les passages ou ventes de droits d’eau font l’objet de transactions en Lavedan. Jean Wehrlé cite la vente de passage d’eau entre Maria du Faur et Johan de Palu le 8 février 1502.

Vieuzac, canal de l'Arrieulat-1
Vieuzac, canal de l’Arrieulat (photo SPPVG)

 

Ou encore l’établissement d’un canal de moulin en 1651 entre un certain Vergez et le sieur d’Authan.

Le plus souvent, le meunier actionne une simple pelle de bois ou de schiste pour donner passage à l’eau dans la rigole.

Au XXe siècle, lors des travaux en montagne, EDF devra assurer l’alimentation des canaux pour la marche des moulins.

Le fonctionnement du rouet


Schéma de principe du moulin à roue horizontale de Sazos
Schéma de principe du moulin à roue horizontale de Sazos (SPPVG)

Pour entrainer l’arrodet [la roue], on creuse dans un arbre évidé, une pièce appelée coursier.  Calé de 30 à 45° par rapport à l’horizontale, le coursier fait office de déversoir et l’eau fait une chute de 2 à 3 m, ce qui entraine la roue (ou rouet) à 60-80 tours par minute.


Turbine horizontale - Moulin de l’écomusée de Marquèze ( Landes)
Turbine horizontale – Moulin de l’écomusée de Marquèze ( Landes)

Quant au rouet, dans le sud de la France, comme dans le bassin méditerranéen, il est horizontal avec un axe vertical. Il mesure 1,15 m de diamètre est souvent en chêne ou en acacia. Il tourne généralement à droite.

La pèira [la meule], sauf exception, est faite de matériau trouvé sur place : la roche cristalline. Elle mesure de 0,90 à 1,15 m de diamètre, pour une épaisseur de 15 cm. Et elle pèse facilement 120 kg. Elle peut être marquée.

Que moud-on dans les moulins du Lavedan ?


Trémie avec son sabot
Trémie avec son sabot (SPPVG)

On peut moudre tous les grains : millet, orge, seigle, blé, avoine, maïs selon les époques. Pourtant la même meule ne s’adapte pas à tous les grains. Ainsi, René Escafre (1733-1800) nous signale : le moulin du seigneur aux Angles a une meule noire, il faudrait en acheter une blanche pour moudre le froment.

Le grain est versé dans un tremolh ou trémie pyramidale. Son soutirage est réglé par une pièce appelée esclop à cause de sa forme de sabot.

Le grain moulu servira à l’alimentation de l’homme et de l’animal. On pratique une mouture « à la grosse », le blutage étant fait par un cèrne [tamis à main] surmontant la masia [le coffre à bluter]. On peut ainsi séparer le son, séparer la fleur (farine très fine utilisée pour la pâtisserie).

Quauques reproès deth Lavedan

Les Gascons sont les rois des proverbes. Le Lavedanés Jean Bourdette (1818-1911), dans Reprouès det Labeda, signale les suivants :

Eras moulos, de Labéda, quoan an àyga n’an pas grâ.
Eras molas, de Lavedan, quan an aiga n’an pas gran.
Ces moulins, du Lavedan, quand ils ont de l’eau ils n’ont pas de grain.

Cadù q’apèra era ayga tat sué mouli,
E qe la tira at det bezî.
Cadun qu’apèra era aiga tad sué molin,
E que la tira a deth vesin
Chacun appelle l’eau pour son moulin / Et l’enlève à son voisin.

De mouliô cambià poudet, mes de boulur nou cambiarat.
De molièr cambiar podetz, mès de volur non cambiaratz.
Vous pouvez changer de meunier ; mais de voleur, non.
Bourdette précise : C’est que tous les meuniers passaient pour être voleurs ; ils conservent encore cette vieille réputation… en Labédâ du moins.

Mes bàou chaoumà que màou moule.
Mes vau chaumar que mau móler.
Mieux vaut ne rien faire que mal moudre.

Qi a mouli ou caperâ,
Jàmes nou mànca de pâ.
Qui a molièr o caperan,
Jamès non manca de pan.
Qui a curé ou moulin,
Ne manque jamais de pain.


Carte des Pays des Pyrénées - Le Lavedan
Carte des Pays des Pyrénées – Le Lavedan

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Reprouès det Labeda, Jean Bourdette, 1889, Bibliothèque Escòla Gaston Febus.
La Baronnie des Angles et les Roux de Gaubert de Courbons, René Escafre.
Le moulin de montagne, témoin du passé, Jean Wehrlé, 1990, Bibliothèque Escòla Gaston Febus
Patrimoine Volvestre Info, Les moulins du Volp
Le site des patrimoines du Pays de la Vallée des Gaves, Les moulins à eau, les scieries, les carderies, (les photos provenant du site sont référencées SPPVG)
La Société des moulins de Bazacle, Wikipedia
La Révolution industrielle du Moyen Âge, Jean Gimpel, Éditions du Seuil, 1975




La lèpre ou le mal de Saint Loup

À l’égal d’autres pays, la lèpre a touché la Gascogne et nos ancêtres ont aussi invoqué la protection de saints comme Saint Loup. Pourtant le rapport des Gascons à cette terrible maladie présente quelques singularités.

Saint Loup 

Saint Loup, protecteur de la lèpre
Saint Loup, protecteur de la lèpre

 

Face aux adversités et aux maladies, la population recherche protection. Pour les maladies de peau, on peut invoquer plusieurs saints comme Saint Roch ou Saint Loup. Certes, Saint Loup n’est pas de Gascogne mais sa notoriété est grande. Ainsi, il est patron de l’église de Mauvezin d’Armagnac. À ses pieds, la fontaine Saint Leu guérit goitres, loupes…

 

Fontaine Saint Loup à Mauvezin d'Armagnac
Fontaine Saint Leu à Mauvezin d’Armagnac

 

De même, plusieurs fontaines guérisseuses en particulier dans les Landes lui sont dédiées. Par exemple, Félix Arnaudin (1844-1921) a décrit et photographié les cinq sources miraculeuses de Sabres dont l’une était dédiée à Saint Loup. Ou encore, la source Saint Loup à Bergouey compte parmi ses miracles la guérison d’un goitre d’un habitant de Rion des Landes en 1948.

La lèpre

Victimes de la lèpre recevant la parole d'un évêque. Omne Bonum, de James le Palmer-Londres 1360-1375.
Victimes de la lèpre recevant la parole d’un évêque. Omne Bonum, de James le Palmer-Londres 1360-1375.

La lèpre est une maladie connue depuis des temps anciens (les premières descriptions datent de 600 avant Jésus Christ). Elle est aussi citée dans la Bible. Elle déclenche des peurs terribles, probablement pour sa sévérité et pour les déformations qu’elle génère. On craint la contagion et l’on s’écarte des porteurs du mal. Plus tard, l’Eglise mettra en place une politique d’isolement des malades pour sauvegarder la santé des gens sains.

Aujourd’hui, on sait que c’est une maladie due à une bactérie qui incube longtemps (5 ans) et peut se transmettre par contacts étroits et fréquents avec les personnes infectées. Dans les années 1980, on comptait encore 5,4 millions de cas de lèpres dans le monde selon l’Institut Pasteur. Elle recule lentement.

Elle touche la peau, les nerfs périphériques, la muqueuse des voies respiratoires, les yeux.

Le mal de Saint Loup

En Gascogne, au moyen-âge, ce mal,  on l’appelle lo malandrèr [le mal aller, mal indéfini et persistant] du mot latin malandria, malandrie / lèpre, ou parfois lo mau de sent Lop [le mal de saint Loup], probablement en référence au saint protecteur.

Françoise Bériac, professeure à l’université de Bordeaux, relève dans sa publication sur Le vocabulaire de la lèpre dans l’ouest de la langue d’oc : Peire, malaude de la malaudia de… [Pierre, lépreux de la léproserie de…]. Elle cite encore des donations (Amanieu d’Albret en 1244,  Jourdain du Puy en 1259) à des Hospitaliers gérant des léproseries : a Dieu et als senhors malaudes del espitau de Nondieu. 

D’autres noms sont utilisés. À L’Isle Jourdain, on parle d’infirmi de Sancti Lazari. On utilise aussi gaffet, gafo, gahet [dérivés de griffe] peut-être pour faire référence aux déformations des mains.

Les cagots

Eglise de Bassoues - ancien bénitier des cagots
Eglise de Bassoues – ancien bénitier des cagots

Dans notre région, les personnes touchées de lèpre, puis les populations « impures », nommées cagots, sont gardées à l’écart pendant des siècles. Une ségrégation assez terrible. Par exemple, les Fors de Navarre et du Béarn leur interdisent de marcher pieds nus, de danser avec les autres, de cultiver la terre ou d’avoir des bêtes. Ils ne peuvent boire aux fontaines publiques et doivent se marier entre eux.

En Chalosse, la fontaine des cagots leur permet d’avoir de l’eau sans polluer celle des autres habitants. En fait, ces personnes, ces intouchables, inspirent toutes les peurs : elles dégagent une odeur désagréable, elles sont nuisibles, elles empoisonnent l’eau, etc.

Enfin, au XIVe siècle, la lèpre commence à décliner lentement.

Le mal de Saint-Loup revient sous le nom de pellagre

En 1730, en Asturies, le docteur Gaspar Casal détecte une maladie qu’il appelle « mal de la rosa », rebaptisée à Paris « lèpre des Asturies ». Peu de temps après, Puizati diagnostique « le mal lombard ». Et c’est en 1769 que Francisco Frappolli, du grand hôpital de Milan, qui rassemble toutes ces maladies sous le nom de pellagra [pellagre].

La pellagre des landes dans le passé et dans le présent - Le Fers, Francis-Louis-Marie
La pellagre des landes dans le passé et dans le présent – Le Fers, Francis-Louis-Marie

Jean Hameau (1779-1851), médecin de La Teste-de-Buc, observe une une nouvelle endémie qui touche les « miséreux » ; il l’appelle « le mal de La Teste » et reconnait la pellagre. Elle devient une spécificité landaise. D’ailleurs Marchant écrit en 1847 : Les habitants des Landes sont prédisposés à la pellagre par leur constitution.

La maladie alimente les croyances : par exemple, elle pousserait au suicide et au meurtre. Les journaux s’en font écho. Par exemple, le 20 mai 1888, Le Républicain landais rapporte qu’une femme meurt sous les coups de son mari atteint de pellagre.

Les querelles entre médecins font rage. Elles débordent dans la sphère publique et politique. Les médecins utilisent leur compétence scientifique pour intervenir dans le domaine de la gestion publique, nous dit Bernard Traimond, chercheur à l’université de Bordeaux. La Société d’Agriculture s’en mêle. L’insalubrité des sols, la consommation de maïs, la propriété collective des sols, la pauvreté sont accusées et on lance – ou on justifie – un aménagement des Landes. Ainsi, les fonctionnaires de Napoléon III se félicitent que la pellagre, cette maladie ethnique, ait disparu grâce à leurs actions et à celles de l’ingénieur Jules Chambrelent (1817-1896) qui, en assainissant les Landes, améliore les conditions de vie des habitants.

Bernard Traimond, dans son ouvrage L’irruption d’une maladie: La pellagre dans les Landes de Gascogne au XIXe siècle, montre aussi comment on a utilisé cette maladie pour donner une image des Landes misérables.

Le banc de loup

Banc de loup ou banc à planer
Banc de loup ou banc à planer

Autrefois, les cagots, les pellagreux, les atteints du mau de sent Lop n’ont pas le droit d’exercer certains métiers. En revanche ils peuvent toucher la pierre ou le bois. Et on en trouvera un grand nombre parmi les maçons, les charpentiers, les cordiers, les tisserands ou les vanniers.  Ils réalisent la charpente du château de Montaner pour Gaston dit Febus ou celle de la cathédrale Sainte Marie d’Auch.

Alors, le banc de travail sur lequel ils s’assoient pour travailler sera parfois appelé banc de lop [banc de loup]. Aujourd’hui on parle de banc de vannier ou de banc à planer.

C’est un petit banc à trois pieds, un devant deux derrière, ayant une bascule (sorte de pédale en bois) que l’on pousse avec le pied, On peut ainsi coincer la pièce à travailler ou permettre à la tête de loup de saisir le feuillard et, ainsi, travailler librement.

Aujourd’hui, on a un peu oublié la lèpre qui continue pourtant de sévir dans plusieurs pays d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine. La journée mondiale des lépreux a lieu le dernier weekend de janvier. Elle permet de penser au tistalh de malauts [litt. panier de malades / quantité de malades] et aux 200 000 lépreux qui meurent chaque année.

Anne-Pierre Darrées

écrit en nouvelle orthographe

Journée mondiale des malades de la lèpre

Références

L’irruption d’une maladie: La pellagre dans les Landes de Gascogne au XIXe siècle, Bernard Traimond, 1992, pp. 43-55
La pellagre des Landes dans le passé et dans le présent, thèse de Francis Louis Marie Le Fers, 1807
Les cagots et leurs congénères, Revue des deux mondes, 1878
Le vocabulaire de la lèpre dans l’ouest des pays de langue d’oc, Françoise Bériac, 1984




L’Église Saint-Austrégésile de Mouchan

L’église Saint-Austrégésile de Mouchan est probablement la plus ancienne église romane du Gers. Un nom étrange en pays d’Armagnac ?

Le village de Muishan ou Mouchan

Mouchan - L'église Saint Austrégésile
Mouchan -L’église Saint Austrégésile

Mouchan est un petit village à 13 km au sud-ouest de Condòm [Condom] en allant vers Èusa [Eauze] qui est à 20 km. À l’époque aquitano-romaine, une grande villa, dont on a retrouvé des restes, s’implante sur le plateau en rive gauche de la rivière Osse. Elle aurait appartenu à un certain Muscius.

Les fouilles montrent aussi des traces plus tardives d’habitations mérovingiennes (VIe siècle) ainsi que d’une église.

Au cours du temps, le nom de cet emplacement évolue. On évoque divers noms comme Muscianus ou Muiscian.  Finalement, ce sera Muishan [prononcer Muchan] dans la langue du pays puis, bien plus tard, en français, Mouchan.

Les bénédictins s’installent

Mouchan - La rivière de l'Osse
Mouchan – La rivière de l’Osse

Au IXe siècle, les bénédictins construisent un monastère sur la rive droite de l’Osse, dans la ribèra [plaine de la rivière] marécageuse. Ils drainent le terrain et le rendent propre à la culture, bâtissent une petite église.

Rapidement, des personnes s’installent à proximité et constituent une sauvetat ou plutôt une sauva tèrra [sauveté]. La sauveté est, dans nos pays, une zone franche, délimitée par des bornes de pierre, où les personnes sont sous la protection du monastère et ne peuvent être pourchassés. Voir article Des sauvetés aux bastides gasconnes. Ce n’est pas rare, ce siècle est une période de construction d’églises, de prieurés… Peut-être l’approche de l’an 1000 et des peurs associées ?

Saint Austrégésile rejoint Mouchan

Pendant ce temps, la France subit des invasions normandes. Elle veut mettre les reliques des saints à l’abri. L’une d’elles est la relique de Saint Austrégésile (551-624), appelé Saint Outrille en dialecte berrichon. L’homme fut archevêque de Bourges et acquit une jolie réputation en guérissant des aveugles, des paralytiques et des hystériques. D’ailleurs, le livre Vita Austrigisili episcopi Biturigi raconte, en latin, la vie de ce saint.

Guillaume le Pieux duc d'Aquitaine
Guillaume le Pieux, duc d’Aquitaine (vers 875-918)

L’archevêque est d’ascendance wisigothe, il est même le premier archevêque d’ascendance wisigothe. Où le mettre à l’abri des Normands sinon dans l’ancien royaume wisigoth que constitue la Gascogne ?

Ainsi, l’église de Mouchan reçoit en 1060 les reliques de Saint Austrégésile. Très vite, en 1089, l’abbaye intègre le réseau de Cluny et devient un doyenné. Rappelons que c’est Guillaume 1er, duc d’Aquitaine et comte d’Auvergne, qui fonde l’abbaye de Cluny le 11 septembre 909. Cette abbaye, située en Bourgogne, est un centre culturel majeur, un lieu de renouveau et de réforme de la règle de Saint Benoit.

Saint Austrégésile sera ensuite rattaché au prieuré de Saint Orens d’Auch en 1264.

Mouchan est bien placée

Mouchan - Pont roman sur l'ancienne route de Saint-Jacques-de-Compostelle venant du Puy-en-Velay
Mouchan – Pont roman sur l’ancienne route de Saint-Jacques-de-Compostelle venant du Puy-en-Velay

Si Mouchan n’est pas bien grande, elle est bien placée car elle est sur ce que l’on appelle aujourd’hui la via Podiensis, un des quatre chemins de pèlerinage vers Saint Jacques de Compostelle. Elle passe par Condom, Mouchan, Eauze puis file vers Saint-Jean-Pied-de-Port et Roncesvals ([Ronceveaux].

Ainsi, en passant par Mouchan, les pèlerins peuvent demander l’aide du saint pour soigner leurs maladies nerveuses. Hélas, au XIIIe siècle, le nouveau pont de l’Artigues, à trois km au nord de Mouchan, facilite le passage des pèlerins. Comble de malheur, la Orden de Santiago [l’Ordre de Saint Jacques de l’Épée] établit à côté du pont une commanderie, un hôpital et une église. Et Mouchan reçoit bien moins de pèlerins.
Toutefois, le chemin Condom-Eauze reste pratiqué. Au XIVe siècle, on note que des pèlerins, revigorés par l’aiga ardente [voir article L’armagnac le nectar des dieux gascons], emportent parfois ce breuvage afin de continuer à se soigner et à fortifier leur foi…

Via podiensis
Via Podiensis du Puy en Velay à Roncevaux

Mouchan est attaquée

Gabriel de Lorges, comte de Montgomery (1530-1574)
Gabriel de Lorges, comte de Montgomery (1530-1574)

Mouchan se consolide. Durant la Guerre de Cent Ans (1337-1453), on construit des remparts, des courtines, des tours. Hélas, cela n’arrête pas Édouard de Woodstock, dit le Prince Noir, alors prince d’Aquitaine. Lors d’une de ses chevauchées brutales et sanguinaires, en 1369, il détruit le village.

Plus tard, Gabriel de Lorges (1530-1574), comte de Montgomery, est un défenseur des protestants. Au cours des guerres de religion, il incendie la charpente de l’église et du prieuré. Les voutes de la nef et du clocher s’effondrent. Le doyen se réfugie à Auch, les moines quittent Mouchan.
L’église est affermée à un prêtre séculier et devient une église paroissiale.

L’évolution de l’église

Saint-Austrégésile - le choeur
Saint-Austrégésile – le choeur

Au départ, l’église est toute simple. Une tour de guet, carrée, est ajoutée fin Xe ou début XIe. Très vite, les moines agrandissent l’église pour répondre aux besoins de la sauveté. Ils ajoutent une nef, une abside, un portail au nord pour accéder au cloitre.

Après le départ des moines, au XVIIe siècle, on restaure l’église. Ainsi on ferme le portail nord qui donnait sur le cloitre puisqu’il n’y a plus de cloitre ni de monastère. L’entrée se fait par le sud. Si la voute est réparée, ce ne sera pas le cas du clocher.  Bien sûr, les fresques sont recouvertes car, à cette époque, on rejette l’art médiéval. Enfin, les villageois récupèrent des pierres du monastère pour leurs propres maisons.
Chapiteau 1Avec le temps, l’église se délabre. Entre 1843 et 1885, le père Jean Blain lance de grands travaux de restauration, avec de nombreuses modifications. En particulier, on surélève la nef et le chœur. Malheureusement, on recouvre les pierres de ciment et on nettoie les fresques. On ajoute des vitraux et un œil de bœuf.

Les particularités de l’église

Saint-Austrégésile - La croisée de transept
Saint-Austrégésile – La croisée de transept

Quelques éléments sont tout à fait remarquables. Par exemple, la croisée du transept est d’une grande pureté. C’est d’ailleurs grâce à elle principalement que l’église est classée monument historique en 1921. En effet, bien que de forme plein cintre (arc semi-circulaire), elle ne possède pas de clé de voute, cette pierre centrale en forme de coin qui permet de soutenir la voute. Elle annonce ainsi les nouvelles techniques de voutes en ogive au sud de la France. C’est peut-être la première ou, en tous cas, une des premières.

 

Saint-Austrégésile- Les arcades du choeur ornées de losanges
Les arcades du choeur ornées de losanges

Autre point remarquable : Les arcades sont ornées de losanges (chœur) ce qui est assez rare à l’époque romane. Certains y voient une influence mozarabe, car les artisans se déplacent des deux côtés des Pyrénées sans grande restriction.

Église Saint-Austrégésile de Mouchan (32). Modillon de l'abside
Église Saint-Austrégésile – Modillon de l’abside

Enfin, les sculptures à l’extérieur donnent une idée de la liberté d’expression au moyen-âge : ours, couple enlacé…

Depuis 2005, Mouchan adhère à la Fédération des sites clunisiens.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle.

Références

 

Julie Chaffort à l’église de Mouchan
Le village
Mouchan
église Saint-Austrégésile
Histoire de la commune




Quand les Gascons émigraient en Espagne

Les Pyrénées n’ont jamais constitué une frontière pour les habitants des deux versants. Bien sûr les échanges commerciaux sont nombreux. Moins connus, les échanges de population le sont tout autant. En particulier, les Gascons émigrent en Espagne à l’occasion des guerres ou pour fuir la misère.

L’émigration vers l’Aragon

L'uniob des royaumes de Pampelune et d'Aragon et la Reconquista de la Vallée de l'Ebre (1076-1134)
L’union des royaumes de Pampelune et d’Aragon et la Reconquista de la Vallée de l’Ebre (1076-1134)

L’émigration vers l’Aragon remonte au début de la Reconquista.

Déjà, au XIe siècle, les souverains d’Aragon tissent des liens matrimoniaux avec des familles de Gascogne. En 1036, Ramire I d’Aragon épouse Ermesinde, fille de Roger-Bernard, comte de Foix et de Couserans et de Guarsinde, comtesse de Bigorre. En 1086, Pierre I d’Aragon épouse Agnès, fille du Duc d’Aquitaine.

Ce réseau d’alliance entraine l’intervention de chevaliers gascons dans les guerres contre les musulmans.

Alfonso 1er d'Aragon - portrait imaginaire par Pradilla (1879) - Quand les Gascons émigraient en Espagne
Alfonso 1er d’Aragon – portrait imaginaire par Pradilla (1879)

En échange de leurs services, ils reçoivent des terres.  Ainsi, Alphonse I d’Aragon donne Saragosse, Huesca et Uncastillo à Gaston IV de Béarn. De même, il donne Tarazona à Centulle de Bigorre, Belorado à Gassion de Soule. Puis les autres seigneurs reçoivent des terres dans les régions reconquises.

Pour repeupler les zones acquises, les rois d’Aragon s’efforcent d’attirer de nouvelles populations par l’octroi de fors qui donnent des privilèges. En conséquence, en 1063, Jaca est peuplée de Gascons.

Les autres royaumes cherchent aussi à attirer une nouvelle population. L’évêque de Pampelune favorise l’arrivée des Gascons. D’ailleurs, en 1129, les Gascons fondent le faubourg Saint-Sernin de Pampelune.

Une nouvelle vague d’émigration au XVIe et XVIIe siècles

L’occupation de la Cerdagne et du Roussillon par les troupes du Roi de France (1463-1493) attire de nombreux Gascons qui s’installent en Catalogne. Vite, en 1542, ils y sont près de 7 000.

En suivant, la période de 1590 à 1620 est une grande période d’émigration vers l’Espagne. Elle est provoquée par les guerres de religion. L’essor démographique en France et les disettes y contribuent aussi largement.

En 1667, Louis de Froidour voit en haut-Couserans « une quantité si considérable de monde en un si petit pays » qui, dans certaines zones « ne recueille pas la douze ou la quinzième partie du blé qu’il faut pour la nourriture des habitants ». L’évêché de Rieux est victime de quatre années consécutives de grêle entre 1689 et 1693. Alors, les habitants s’en vont.

Lors du recensement des Français résidant en Catalogne de 1637, 53,4 % viennent des évêchés pyrénéens. Plus précisément, 95 viennent de celui de Tarbes, 454 de celui du Comminges, 186 de celui de Rieux, 98 de celui de Pamiers, 194 de celui de Mirepoix et 59 de celui d’Alet. On le voit, c’est surtout la zone du piémont qui est concernée. Par exemple, dans la plaine de Rivière, 16 habitants viennent de Saint-Gaudens, 16 d’Arnaud-Guilhem, 21 de Labarthe-Inard, 15 de Beauchalot, 24 de Landorthe, etc.

Le mouvement est aussi important en Navarre et en Aragon. En 1577, on compte que les Français représentent 20 % de la population.

De même, sur les 757 immigrants français de Barbastro, on connait l’origine de 362 d’entre eux. Ils sont essentiellement des diocèses de Comminges, Tarbes, Oloron et Auch.

La bataille de Montjuic (1641) - Les Catalans unis à la France contre l'Epagne
La bataille de Montjuic (1641)

Pourtant, à partir de 1620, le climat des relations franco-espagnoles conduit à un ralentissement des migrations définitives. Le 7 septembre 1640, le Pacte de Céret signe une alliance entre le Royaume de France et la Catalogne. La France s’engage à défendre le Principat de Catalogne. Le 23 janvier 1641, Louis XIII de France devient comte de Barcelone. La bataille de Montjuïc, le 26 janvier 1641, voit la victoire des Franco-Catalans sur les Espagnols. La Catalogne restera française jusqu’en 1652.

Précarité de la condition d’étranger en Espagne

L’intégration est une réussite et les émigrants se marient sur place. Les registres paroissiaux de Barbastro montrent qu’entre 1611 et 1620, 10,6 % des mariages sont français ; 13,4 % entre 1631 et 1644 ; 7,7 % entre 1651 et 1660 ; 9,3 % entre 1661 et 1670 ; 10,2 % entre 1691 et 1700.

Quand les gascons émigraient en Espagne pour les travaux des champs
Quand les gascons émigraient en Espagne pour les travaux des champs

En Catalogne, ils sont agriculteurs et bergers en majorité. 29 % sont artisans, fabricants de peignes, forgerons… À Barbastro, 30 % sont dans le textile, 20 % dans les métiers de la terre. On trouve des forgerons, des verriers, des fabricants de peignes, ainsi que deux bourreaux !

Pourtant, la condition d’étranger n’est pas facile. Par exemple, en 1568, l’Aragon interdit aux Gascons d’enseigner ou d’exercer des fonctions cléricales. En 1626, l’évêque d’Urgell expulse de son diocèse tous les clercs français. De même, en 1678, les Cortès d’Aragon interdisent aux Français de tenir boutique sans être mariés et domiciliés dans le royaume.

Les étrangers sont appelés Gavachos. On leur applique le « droit de marque » qui donne à un particulier l’autorisation de se faire justice lui-même en saisissant les biens d’un étranger venant d’une région avec laquelle il a un différend (saisie de bétail ou autres biens). Le « droit d’aubaine » est l’interdiction faite aux étrangers de disposer de leurs biens par testament. Ainsi leur héritage revient au seigneur ou au roi, s’ils n’ont pas d’enfants français. À chaque guerre, les biens des étrangers sont confisqués et les plus suspects expulsés.

Des émigrations définitives aux migrations saisonnières

Les autorités espagnoles acceptent l’émigration définitive et luttent contre les migrations temporaires qui provoquent l’évasion monétaire.

De leur côté, les autorités françaises luttent contre l’émigration définitive qui appauvrit le royaume et favorisent l’émigration temporaire qui ramène des devises. En 1699, Richelieu prend un édit contre les expatriés qui ne reviendraient pas en France au bout de 6 mois et qui seraient alors réputés étrangers.

En tous cas, à partir de 1620, l’émigration définitive ralentit au profit de l’émigration saisonnière.

Ces migrations saisonnières rythment la vie des villages qui se vident parfois entièrement pour quelques mois. L’activité repose alors sur les femmes, les vieillards et les enfants. Pierre Sanquez de Boussan, près d’Aurignac, fait le voyage saisonnier pendant 30 ans !

Mémoire du Pays et des Etats de Bigorre de Louis de Froidour - son opinion sur les Gascons émigrant en Espagne
Mémoire du Pays et des Etats de Bigorre de Louis de Froidour

Les départs massifs dans certains villages se fondent sur des solidarités. Les migrants vont dans des lieux ou des « Pays » sont déjà installés. Ils partent en groupe pour se protéger des bandits et des pillards sur le chemin.

Les saisonniers s’emploient surtout dans l’agriculture et l’élevage. En 1667, Froidour dit « Tous les habitants de touttes nos vallées ne subsistent pas seullemnt par le commerce dont je vous ai tant parlé, mais ils profitent de la paresse et de la fetardise des Espagnols dont ils vont faire les moissons, les vendanges et les huilles ; passent en Espagne du temps de la récolte des grains ; retournent en France pour y faire la moisson qui est plus tardive ; repassent en Espagne pour les vendanges et retournent ensuite les faire en France. Mesme il y en a qui passent les hivers en Espagne et c’est cela particulièrement qui fait subsister ces pauvres gens de ces frontières ».

L’émigration des Gascons des vallées de montagne

Aux XVIIIe et XIXe siècles, les migrations ne concernent plus la plaine mais les vallées de montagne. Elles sont fortes dans les cantons montagnards de l’arrondissement de Saint-Gaudens.

Chaque année, de 600 à 800 habitants des vallées d’Aure, de Barousse et de Campan passent en Aragon au début de l’hiver pour travailler aux huiles et ne reviennent qu’au printemps. Dans le haut Comminges, surtout dans le canton d’Aspet, ils sont charbonniers et rémouleurs. Ils vont jusqu’à Madrid et dans le sud de l’Espagne.

Contrebandier passant le port d'Oo - Fonds_Ancely - une activité pour les Gascons travaillant en Espagne
Contrebandier passant le port d’Oo – Fonds_Ancely

Les hommes partent. Parfois, ce sont des femmes mais leur salaire est inférieur.

Le change des monnaies entraine souvent la perte de la moitié des gains. Il vaut mieux faire des achats en Espagne, notamment de chevaux, et les passer en France au risque de se faire prendre et de tout perdre. C’est le début de la contrebande.

Les migrations s’entrecroisent. Des terrassiers du val d’Aran, de Venasque, de Ribagorza, du haut Pallars viennent travailler dans la plaine toulousaine et en Aquitaine pour les défrichements et le creusement des fossés.

Vers 1835, 2 000 Aranais viennent en France pour travailler la terre (la population est de 11 272 hab). Des femmes viennent ramasser le maïs et le chanvre.

Serge Clos-Versaille

Références

Les Pyrénées centrales du IX° au XIX° siècle. La formation progressive d’une frontière, Christian BONNET, Pyrégraph éditions, 1995.
Mémoire du pays et des Etats de Bigorre par Louis de Froidour, Jean Bourdette 1892, bibliothèque Escòla Gason Febus