La maladie bleue de l’automne

Chaque année, d’octobre à novembre, la « Maladie bleue » frappe la Gascogne. Elle vide les usines et les bureaux : les palomas (palombes) sont de retour. Plus qu’une chasse traditionnelle, c’est un véritable mode de vie.

La paloma / la palombe

Palombe ou pigeon ramier © Wikipedia
Palombe ou pigeon ramier © Wikipedia

La palombe (colombus palumbus), c’est le pigeon ramier. Pour les Gascons, c’est la paloma à ne pas confondre avec le roquet (rouquet, pigeon des champs) ou le colom (biset) qui est le pigeon des villes.

La paloma vit en Europe, en Afrique du nord et au Moyen-Orient. En automne, elle migre vers le sud de l’Europe pour trouver un climat plus tempéré en hiver. Parfois, elle devient sédentaire lorsque le climat lui convient. Comme elle vit en groupes pouvant compter plusieurs milliers d’individus, elle offre des vols spectaculaires de palomas se déplaçant à la recherche de nourriture. Puis, le soir, elles cherchent un dortoir dans les arbres pour se reposer.

On la reconnait à son plumage bleu gris, son bec jaune, une tâche blanche sur le côté du cou, sa nuque verte, sa poitrine rose pâle, sa bande blanche sur les ailes, ses pattes roses et le bout des ailes et de la queue, noires.

La paloma aime les espaces boisés. Ainsi, elle se nourrit principalement de bourgeons, de fruits, de graines et de glands. Pendant la période de reproduction, elle vit en couple lié toute leur vie. Elle niche dans les arbres et peut élever 2 à 3 couvées par an. À chaque fois, elle pond de 1 à 2 œufs qu’elle couve pendant 17 jours. Et les palometas (petits de la palombe) quittent le nid au bout d’un mois.

En général, la paloma vit une quinzaine d’années, quand elle n’est pas victime de l’esparvèr de las palomas (l’autour des palombes), son principal prédateur, ou des palomaires (chasseurs de palombes). De plus, comme elle se nourrit de graines dans les champs, elle est parfois victime des produits fongicides qui enrobent les semis, quand elle en mange de trop grandes quantités. Cependant, c’est une espèce abondante qui n’est pas menacée.

Vol de palombes © Gilles DE VALICOURT
Vol de palombes © Gilles DE VALICOURT

La chasse de la palombe en montagne

Lepheder, aux Aldudes, est un des dix cols du Pays Basque où la chasse aux filets est autorisée. © Jean-Philippe Gionnet
Lepheder, aux Aldudes, est un des dix cols du Pays Basque où la chasse aux filets est autorisée. © Jean-Philippe Gionnet

La palombe se chasse partout où elle est présente. En Gascogne, c’est principalement au vol, au filet ou à l’affut.

Le tir au vol se pratique principalement dans les cols pyrénéens où les palomas passent pour se rendre en Espagne. Alors, les chasseurs dissimulés derrière une barrière végétale tirent lorsqu’un vol se présente. Mais le succès de la chasse dépend de l’emplacement choisi. Parfois, le vol fait demi-tour et se présente à nouveau plusieurs fois de suite avant de passer le col.

En fait, cette chasse se développe seulement après la seconde guerre mondiale, lorsque les cols s’atteignent facilement grâce aux voitures. Et les emplacements de chasse se louent parfois très cher.

Palette pour effrayer les palombes
Palette pour effrayer les palombes

Toutefois, dans les cols, la chasse à la pandèla ou panta (au filet) est plus traditionnelle. Le lieu de la chasse s’appelle la pantièra. On place des filets verticaux aux endroits de passage. De plus, lorsqu’un vol se présente, on lance en l’air des palettes de bois blanches pour simuler une attaque d’autour. Alors, le vol de palomas plonge pour passer le col au plus bas et se prend dans les pandèlas. Mais la paloma est maline, et elle sait éviter la pandèla. Cette chasse se pratique à plusieurs chasseurs qui se coordonnent pour diriger le vol vers l’endroit choisi. Parfois, on effectue des coupes dans les forêts en haut du col pour offrir un passage obligé aux palomas.

À la fin de la chasse, les chasseurs partagent les palomas. Une part est réservée à la commune ou au propriétaire qui prête le terrain. Dans la plaine, la chasse traditionnelle se fait en palomèra (palombière), au sol ou dans les arbres.

La chasse à la palombière

Palombière au sol
Palombière au sol

Très différente, la chasse à la palomèra a pour objet de faire se poser les palomas avant de les tirer. Ainsi, dans les Landes, le Gers, la Gironde et le Lot-et-Garonne où la chasse au filet est autorisée, on fait poser le vol au sol avant de le prendre au filet. La palomèra est alors construite au sol. Mais dans les autres départements gascons, on fait poser les palomas sur des arbres avant de tirer. Et bien sûr, dans ce cas, la palomèra est construite dans les arbres.

Toutefois, qu’elle soit au sol ou dans les arbres, la palomèra n’est pas qu’une simple cabane. C’est une sorte de résidence secondaire qui fait l’objet de toutes les attentions du palomaire (chasseur de palombes).

Palombière dans un arbre
Palombière dans un arbre

Ainsi, il entretient la palomèra toute l’année. Il la camoufle par des branches ou des fougères qu’il faut remplacer régulièrement. En effet, une végétation sèche au milieu des arbres feuillus attire la méfiance des palomas. Au sol, le garage sert à cacher l’auto. De plus, dans la palomèra, il y a un lieu de vie, un poste d’observation et des postes de tir. Mais pas question de tirer sans que le vol de palomas ne se soit posé dans les arbres.

En général, on taille les arbres alentour pour dégager des branches qui serviront au poser des palomas. En effet, la vue doit être dégagée depuis la palomèra et les branches sont choisies pour accueillir un grand nombre de palomas.

Et les apèus

Mécanisme pour monter les apèus © Palombe.org
Mécanisme pour monter les apèus © Palombe.org

Pour faire poser un vol, il faut l’attirer par des apèus (appeaux). En fait, ce sont des pigeons ou des palomas attachés sur des raquettes manœuvrées par un réseau de fils tirés depuis la palomèra. Ils sont coiffés de la cluma (chapeau en cuir ou en fer que l’on met sur la tête de l’apèu pour lui cacher la vue afin qu’il ne soit pas effrayé).

Avant la période de chasse, on entraine les oiseaux pour qu’ils répondent aux sollicitations. Même, on les choie comme un membre de la famille. D’ailleurs, ils ont leur cabane au pied de la palomèra où ils se reposent la nuit et sont nourris pendant la saison de la chasse. Et c’est au palomaire de savoir quel apèu solliciter pour faire « tourner » le vol de palomas qui passe et le faire se poser.

Palombière, « sifflez ! »

Signalisation de palombière © Wikipedia
Signalisation de palombière © Wikipedia

Il règne un grand silence autour de la palomèra. En effet, aucun bruit ni mouvement suspect ne doit susciter la méfiance des palomas. Parfois, on trouve des panneaux « Palombière. Sifflez ». C’est que le visiteur doit prévenir de son arrivée par un shiulet (sifflement bref). Sans réponse, il ne doit pas bouger car cela signifie que des palomas approchent. En revanche, il peut avancer dès qu’il entend deux shiulets.

On trouve facilement la palomèra, bien camouflée à la cime d’un arbre, car le sol des alentours est bien propre. En effet, il faut pouvoir retrouver une paloma tombée après le tir.

Et on ne parle pas dans une palomèra, on chuchote. D’ailleurs, c’est le güèit (guetteur) qui donne les ordres. Chut ! il faut se taire. L’espion (apèu situé dans une cage en haut d’un arbre) s’agite, il a vu quelque chose. À vos postes ! Dans un sifflement, un vol approche. Fla-fla-fla, les apèus sont manœuvrés. Le vol se pose. Un, dus, tres… Pan ! les tireurs tirent ensemble. Quelques palomas tombent à terre.

Une vraie cabane

Retour de chasse à la palombe © www.abchasses.com
Retour de chasse à la palombe © www.abchasses.com

On équipe soigneusement la palomèra d’une table, de chaises, parfois d’un canapé, d’un frigo et d’une gazinière. Et la convivialité est de mise. Un rôti ou de la saucisse « échappés » d’un congélateur font l’affaire. Quelques champignons qui poussent sous la palomèra et quelques œufs vont aussi très bien. Certaines mauvaises langues disent même que les palomas n’ont pas de souci à se faire !

Et le soir venu, on redescend avec les palomas du jour qui feront un excellent salmi (salmis) servi pour les jours de fêtes.

Quand on veut honorer quelqu’un, on l’invite à la palomèra. S’il n’est pas un bon chasseur, on ne le laisse pas tirer au cas où il confonde paloma et apèu.

En fait, la chasse à la paloma est plus qu’une chasse, c’est un art de vivre. On est bien loin des « safaris » à la palombe où, pour quelques centaines d’euros, vous pouvez tirer ces oiseaux.

La chasse à la palombe, un art de vivre

La préparation de la saison de chasse à la paloma est longue. C’est une affaire de spécialistes qui s’y préparent tout au long de l’année. Puis, quand vient le moment, la « Maladie bleue » frappe le pays.

Quelques proverbes relatifs à la chasse à la paloma le rappellent :
A Sent Miquèu l’apèu, a Sent Grat, lo gran patac / À la Saint-Michel (29 septembre), on prépare l’appeau, À la Saint-Gratien (8 octobre), on tire.
A la Sent-Luc, lo gran truc / À Saint-Luc (18 octobre), le grand passage.
Et un dernier
A la Sent Martin la fin / à la Saint Martin (11 novembre) la fin.

Mais les palomas ne sont pas aussi précises que les proverbes. Elles passent un peu avant ou un peu après selon les saisons. En tout cas, s’il y a des glands, il y aura des palombes :
An de glanèra, an de palomèra / Année de glands, année de palombières.

Même le rugby fait appel aux palomas :
Tirar tà las palomas / tirer une chandelle au rugby. Cela rappelle le tir au vol.

Un plat traditionnel

Un salmis de palombe aux chanpignons © Marie-Claire
Un salmis de palombe aux champignons © Marie-Claire

Les grands jours, la paloma est au menu. Rôtie à la broche ou en salmi, c’est un véritable plat de fête. Elle régale les réunions familiales, les repas des chasseurs, des corsaires (amateurs de course landaise) ou du club de rugby. Si vous avez des palomas à faire cuire, suivez la recette du chef …

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Chasse à la palombe entre ciel et terre
La chasse à la palombe dans les Landes, INA, Hubert Cahuzac, 1989
Chasse a la palombe dans le bazadais, Tristan Audebert, 1907
La chasse à la palombe, au coeur de la construction identitaire du Sud-Ouest aquitain, Annales du midi, Pierre Hourat, 2018




La Leira, un fleuve discret

La Leira est le nom gascon de La Loire. Mais c’est aussi le nom d’un fleuve gascon qui se jette dans le bassin d’Arcachon. Si peu de Gascons en connaissent l’existence, c’est le paradis des amateurs de canoë ou des amoureux de la nature.

La Leira, un fleuve bien discret

La Leira [Leyre ou L’Eyre en français] prend sa source dans les Landes. Ou plutôt, elle n’a pas de source puisque c’est la remontée de la nappe phréatique, affleurant en plusieurs endroits, qui l’alimente.

Son nom véritable est l’Eira, ancien toponyme qui, selon les spécialistes Bénédicte et Jean-Jacques Fenié, signifie tout simplement « eau ». L’usage l’a transformé en Leira.

La Leira parcourt 116 km avant de se jeter dans le bassin d’Arcachon. En fait, on peut même parler des Leiras car le fleuve est formé de la grande Leira et de la petite Leira qui se rejoignent à Moustey au horc d’Eira [hourc d’Eyre].

La petite Leira se forme entre Lucsèir [Luxey] et Retjons. Elle est calme et ses eaux sont claires. En revanche, la grande Leira nait près de Sabres et ses eaux sont noires, son cours impétueux.

La Grande Leyre © Laurent Degrave-PNRLG
La Grande Leyre © Laurent Degrave-PNRLG

Tout au long de son parcours, la Leira reçoit de nombreux affluents aux noms bien gascons dont : l’Escamat, le Monhòc, [Mougnocq] le Cantagrith, le Mordoat [Mourdouat], le Richet ou barrada deus claus, le Boron [Bouron] aussi appelé Hontassa, le Casterar, ou encore la Palhassa [Paillasse].

Plus globalement, son bassin versant est dans le parc naturel des Landes de Gascogne. Lorsqu’elle arrive dans le bassin d’Arcachon, la Leira forme un delta de 3 000 hectares qui est le refuge de nombreuses espèces d’oiseaux.

Et la belle réserve ornithologique du Teich couvre 120 hectares de ce delta.

La Leira, un grand intérêt écologique

Au cours de l’histoire, c’est avec la plantation de la forêt des Landes de Gascogne que la Leira présente un intérêt économique. En effet, elle sert au flottage du bois et elle alimente des forges, des fonderies, des verreries et des moulins.

Or, les activités économiques ont disparu. Alors, la Leira, bordée de prairies, s’est peu à peu cachée sous des feuillus, constituant une épaisse forêt galerie qui a poussé sur ses rives.

Composée de chênes, d’aulnes et de saules, la forêt amortit les crues, limite les matières en suspension et maintient les berges. Le microclimat ainsi créé abrite des espèces végétales devenues rares comme l’Osmonde royale ou le Drosera à feuilles rondes.

De même, la Leira abrite des animaux disparus ailleurs, comme la loutre, le vison, la cistude, la genette ou le murin à oreilles échancrées (une espèce de chauve-souris). Elle abrite aussi les larves de lamproie qui y naissent avant de gagner la haute mer. De plus, dans ses herbiers aquatiques, on trouve de nombreux poissons, ainsi que le brochet aquitain. À noter, des naturalistes décrivent cette espèce de brochet pour la première fois en 2014. L’animal se distingue des autres brochets par un museau plus court, des écailles et des vertèbres moins nombreuses.

Cistude et Loutre d'Europe © PNRLG
Cistude et Loutre d’Europe © PNRLG

Cette richesse écologique vaut à la Leira de nombreux classements de protection : classement d’une partie de son cours sur la commune de Mios en 1942, zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) en 1973 et 1984, enfin zone Natura 2000. Son delta est classé zone humide d’importance internationale en 2011.

Le parc régional des vallées de la Leyre et du val de Leyre est créé en 1970. Il porte aujourd’hui le nom de parc naturel régional des Landes de Gascogne.

Drosera rotundifolia & Osmunda regalis © PNRLG
Drosera rotundifolia & Osmunda regalis © PNRLG

Concilier écologie et tourisme

Le parc naturel régional des Landes de Gascogne conduit le programme de protection du fleuve.

Outre les actions d’information du public, des usagers et des riverains, le parc étudie la faune et la flore présentes dans le bassin de la Leira, entretient les rives et la forêt galerie, restaure les milieux, supprime les obstacles créés par l’homme (barrages ou digues inutiles), veille à supprimer la pollution (action micro plastiques), etc.

Fort heureusement, peu d’espèces invasives colonisent la Leira. Des érables negundo et des catalpas originaires d’Amérique du nord sont progressivement éliminés. On y trouve aussi quelques ragondins et des écrevisses de Louisiane, plus difficiles à attraper.

Toutes ces actions visent à restaurer le fleuve pour obtenir le label « Rivière sauvage ». Ce label décerné par l’AFNOR est une marque de reconnaissance du travail de protection et de valorisation du territoire concerné.

Le parc naturel régional conduit aussi une action exemplaire qui concilie tourisme et protection du milieu en favorisant la pratique du canoë sur la Leira.

En relation avec des professionnels partenaires, 8 lieux de mise à l’eau et de sortie d’eau des canoés offrent au public la possibilité de naviguer sur la grande Leira et de profiter de la nature protégée de la forêt galerie.

Si les promenades sont permises, les activités restent réglementées : horaires de navigation, interdiction des bivouacs, interdiction des cueillettes, etc. Bien entendu, toute activité nautique à moteur est interdite.

Les Vallées de la Leyre, eaux fauves et forêt-galerie - © PNRLG Sébastien Carlier
Les Vallées de la Leyre, eaux fauves et forêt-galerie – © PNRLG Sébastien Carlier

La réserve ornithologique du Teich

Des ornithologues amateurs proposent à la commune du Teich de créer une réserve sur le bassin d’Arcachon, dans le delta de la Leira. On le fait en 1972.

Ainsi, la commue acquiert des parcelles par échange avec des parcelles forestières communales. Le parc ornithologique voit le jour. Il devient réserve ornithologique et, si la commune en est toujours propriétaire, le parc naturel régional des Landes de Gascogne en prend la gestion.

323 espèces d’oiseaux y sont répertoriées, dont 88 y nichent. Cela en fait une zone exceptionnelle de reproduction et de nourrissage des oiseaux. En conséquence, la réserve du Teich propose des visites en bateau, des activités d’observation et de photographie des oiseaux.

Aigrette Garzette & Martin-Pêcheur © Réserve Ornithologique du Teich
Aigrette Garzette & Martin-Pêcheur © Réserve Ornithologique du Teich

La plupart des Gascons ne connaissent pas la Leira. Pourtant, ce fleuve gascon offre des milieux remarquables et une faune protégée qu’il faut découvrir au gré d’une promenade au rythme de la nature.

De plus, le fleuve entretient des contes et des légendes que l’on peut retrouver dans le livre La Leyre, contes et chroniques d’un autre temps de Serge Martin et Marnie, Dossiers d’Aquitaine, 2016.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

L’Eyre et sa vallée
Affluents de la grande Leyre
Rivières sauvages : la grande Leyre
Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne
Parc naturel, Site consacré au canoë sur la Leyre
Réserve ornithologique du Teich




Quand planent les vautours


Plusieurs variétés de vautours, petits et grands, planent dans les cieux de nos montagnes. Des oiseaux de mauvaise réputation. Que diriez-vous de mieux les connaitre et de faire une randonnée dans les Pyrénées pour les admirer  ?

Des vautours dans les Pyrénées

S’il nous parait naturel, aujourd’hui, de voir des vautours dans les Pyrénées, ces magnifiques planeurs avaient pourtant pratiquement disparu dans les années 1920 à 1950. Leur allure, leur présence en groupe autour des cadavres et leur mauvaise réputation de charognard les avaient rendu si impopulaires qu’on les empoisonna en masse.

Parmi nos vueitres, le plus commun est surement le vautour fauve. Très présent dans les Pyrénées, il est moins installé sur le sol français. Le plus élégant est probablement le gypaète barbu. Enfin le plus petit est le percnoptère d’Egypte.

La maria bèra ou le vautour fauve

Vautour fauve
Le vautour fauve (Wikipedia)

Appelé généralement en gascon par le mot générique vutre, votre, voire, vueitre , voltre, voter [vautour], il s’appelle arrian, arrianglo, trango dans la vallée de Luchon et le val d’Aran. Dans le Lavedan, le vautour fauve prend le nom sympathique de maria bèra [belle marie, où belle laisse entendre que la bête profite bien, a de belles proportions].

Le gyps fulvus (en latin) est un oiseau lourd de 2,40 m à 2,80 m d’envergure qui se délecte des animaux morts. Champion de la collaboration, Il prospecte le terrain en groupe. Une fois le cadavre localisé, lo voltre descend rapidement en spirales. Ses voisins comprennent le message et le rejoignent bien vite. Cet attroupement de panamòrts [vole-morts litt., croquemorts] peut être assez impressionnant.

On le reconnait à son vol pesant, sa courte queue carrée et sa petite tête blanche rentrée dans sa collerette blanche à rousse. De plus près, on pourra voir son ventre fauve et ses ailes sombres. On le reconnait aussi à sa sociabilité. Il chasse et il dort avec ses copains. Les fientes sur les falaises permettent de localiser les dortoirs. Peut-être aussi, l’entendrez-vous croasser ou même siffler ?

      1. Gyps.fulvus
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Lo cap arroi ou le gypaète barbu

Vautour gypaete barbu
Le gypaete barbu (Wikipedia)

Le gypaetus barbatus (en latin) est un magnifique animal de 2,70 à 2, 80 m d’envergure, donc à peu près comme le vautour fauve. À cause de ses ailes étroites, il ne ressemble pas vraiment à un vautour, plutôt à un faucon géant. Sa queue sombre forme un grand losange. Son ventre est d’un orange flamboyant en liberté, alors qu’il reste blanc en captivité ! Cet orange se retrouve aussi autour de son cou alors que son œil est souligné d’un épais sourcil noir qui finit comme une barbe sous le bec. Michel Camélat évoque dans Belina : la sanguinouse courade dou butre / la sanguinosa corada deu vutre [le sanglant collier du vautour]

Ce solitaire se tient éloigné des lieux d’agitation, plutôt à proximité des pierriers, et est plus difficile à voir et même à entendre car c’est un taiseux.

      2. Gypaetus.barbatus
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El quebrantahuesos (© Fundación para la Conservación del Quebrantahuesos)

Comme les autres vautours, le cap arroi est un charognard mais c’est lui qui intervient en dernier sur le cadavre, car il mange les tendons, les ligaments, les os et leur moelle. Avec un gosier élastique et un estomac solide, il avale les petits os, jusqu’à 20 cm de long et 3 cm de diamètre. Il casse les gros os avant de les ingérer. Les Espagnols l’appellent d’ailleurs le quebrantahuesos [le casse-os]. Pour les casser, il peut emporter l’os dans les airs et le laisser tomber sur des pierres.

La maria blanca ou le percnoptère d’Egypte

Percnoptère (© https://www.aigles-daure.com/)
Le percnoptère (© https://www.aigles-daure.com/)

Il doit son nom à sa couleur blanche : maria blanca [marie blanche], pora blanca [poule blanche], bota dera bucata [buse de la lessive] selon les vallées.

Le neophron percnopterus  (en latin) se contente d’une envergure de 1,50 m à 1,80 m.  Très facile à reconnaitre par sa couleur blanche et ailes noires, sa queue blanche en forme de losange, il vit comme son gros cousin dans la montagne. Il se joint aux vautours fauves pour manger quelque carcasse mais aime bien aussi finir les restes, les détritus ou se servir dans les dépôts d’ordure.

      3. Neophron.percnopterus
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La maria blanca est un migrateur qui passe l’hiver en Afrique où il ne dédaignera pas d’ouvrir un œuf d’autruche avec un caillou pour manger l’intérieur. Il fait partie des animaux qui savent utilise des outils.

La réputation des vautours

Nekhbet, la déesse
Nekhbet, la déesse vautour

Le vautour a été un animal vénéré dans d’anciennes civilisations. En Egypte, la déesse vautour Nekhbet protège le pharaon et l’Egypte. Des vautours vont repérer, pour Rémus et Romulus, l’emplacement de la ville de Rome. Chez les Grecs, le vautour est, à la fois, un messager de Zeus et celui qui mange le foie de Prométhée.

Mais au XVIe siècle vont apparaitre des peintures où des vautours (et des corbeaux) attendent leur proie à côté d’un gibet. Et de bonne augure, le vautour devient un oiseau de mauvaise augure.

Les dessins animés reprendront cette image. Et nos civilisations, plus urbaines et plus industrielles, en s’éloignant de la Nature, le discréditent.

Docteur Vautour

Vautours fauves
Extrait de la vidéo de Laurent Courier

Si l’homme se charge de recycler et traiter ses déchets, la Nature a tout un système de nettoyeurs qui font la même chose.  Les vautours, les corbeaux, les chiens errants, les rats entre autres se chargent d’éliminer les cadavres. Malheureusement, les chiens ou les rats par exemple, étant au contact de l’homme, peuvent aussi lui transmettre des maladies : peste, rage…

Le vautour, lui, est un équarrisseur… bienveillant ! En effet, en nettoyant les cadavres, surtout dans des endroits peu accessibles pour l’homme, il évite la propagation de maladies aux autres animaux et, par conséquence, à l’être humain. Une collaboration gagnante ! Eñaut Harispuru, accompagnateur en montagne, précise : L’avantage du vautour, c’est qu’il a un estomac très acide, qui permet d’aseptiser ou de supprimer tous les virus.  (La Dépêche, 2017)

Une montagne sans vautour ?

Dans Biological Conservation, déjà en 2016, deux chercheurs américains attirent l’attention sur la disparition extrêmement rapide des vautours dans le monde. Ainsi, le percnoptère d’Egypte est menacé d’extinction au niveau mondial. Dans les Pyrénées, on n’en compte plus qu’une vingtaine de couples. Le gypaète barbu ne compterait plus qu’une quarantaine de couples. Et le vautour fauve dans les 500 couples côté nord des Pyrénées.

Vautours fauves au Pays Basque
Vautours fauves au Pays Basque (© jpbphotos)

Les causes en sont la disparition des zones d’équarrissage naturel en Espagne et en France et la diminution du pastoralisme (appauvrissement de leur ressource alimentaire), la destruction de leur habitat, le dérangement par les randonneurs durant la couvaison, et l’empoisonnement en particulier par des cadavres de bêtes domestiques traités par des produits vétérinaires dangereux comme l’anti-inflammatoire, le diclofénac.

La mobilisation pour les vautours

Les deux frères Michel et Jean-François Terrasse font leur thèse en 1973 sur le vautour fauve. Ils comptent environ 60 couples dans les Pyrénées. Ils vont attirer l’attention sur cet oiseau et œuvrer pour lui, créant une association, le Fonds d’Intervention pour les Rapaces.

L’ONU a produit en 2019 un gros rapport montrant que nous débutons la sixième extinction de masse (la cinquième est l’extinction des dinosaures). Un million d’espèces sont menacées d’extinction.  Sa particularité est d’être générée par l’homme. Mais l’homme peut agir et arrêter le phénomène.

Le Vautour fauve, ses œufs, ses nids sont protégés au niveau national depuis juillet 1976 et par l’arrêté du 29 octobre 2009. Aujourd’hui, le rôle essentiel de ce nécrophage est mieux compris et plusieurs associations s’en préoccupent. Leur nombre a déjà augmenté (dix fois plus qu’au début des années 70).

Anne-Pierre Darrées

écrit en nouvelle orthographe, de 1990.

Références

Ausèths, Francis Beigbeder, 1986
vautour percnoptère, Parc National des Pyrénées
oiseaux mal aimés
Vautours en danger : pourquoi l’homme devrait s’en soucier, Félix Gouty, 2016
Vautour fauve et pastoralisme, LPO
Biodiversité, sixième extinction de masse, ONU, 6 mai 2019




Oiseau, ausèth, d’où vient ton nom?

Une suite à l’article Oiseaux du pays… Ausèths deu país

Après la parution la semaine dernière de l’article Oiseaux du pays… Ausèths deu país, Francis Beigbeder, l’auteur du livre dont nous nous sommes inspirés, a réagi en nous envoyant un de ses articles, passionnant, Les noms d’oiseaux en gascon, traces de mythologie. Merci à lui. En voici quelques éléments, piochés çà et là, pour mieux connaitre nos ausèths.

Adam a nommé tous les animaux de la terre et tous les oiseaux du ciel

Dieu a confié ce travail à Adam. Et cela a suscité des débats ! Dans le De vulgari eloquentia, Dante se demande comment Adam a parlé quand Dieu a amené les bêtes devant lui. Sur quelle base a-t-il nommé les animaux ? En donnant des noms qui convenaient à leur nature ? Des noms ad placitum, arbitraires ? Et bon sang, dans quelle langue ? Un débat qui durera assez longtemps et qui fait écho d’ailleurs aux préoccupations de Platon dans son Cratyle sur la question de la rectitude des noms.

Le Gascon a dû refaire le travail d’Adam

C’est sûr, Adam ne parlait pas gascon, nos ancêtres ont dû refaire le travail ! Francis Beigbeder nous renvoie à Pleitejat deus elements / L’aire, Lou Trimfe de la lengouo Gascouo de Jean Géraud d’Astros, 1642 et Lo concert deus ausèths de Géraut Bedot, 1642. Sans tout dévoiler, voici quelques exemples de noms d’ausèths.

Ausèths - La caga pluja. Pinson annonciateur de pluie.
La caga pluja. Pinson annonciateur de pluie.

Ausèths - La debassaira (tisseuse de bas). Mésange à longue queue.
La debassaira (tisseuse de bas). Mésange à longue queue.

Ausèths - Lo cahús minjamèca. Chouette effraie accusée de manger les mèches des cierges dans les églises.
Lo cahús minjamèca. Chouette effraie accusée de manger les mèches des cierges dans les églises.

Ausèths - Lo curè. La macreuse pour son habit de curé
Lo curè. Macreuse, pour son habit de curé.

Ausèths - La Maria blanca. Le percnoptère d'Egypte
La Maria blanca. Percnoptère d’Egypte.

 

 

 

 

 

Des noms d’ausèths pleins d’imagination

Grosso modo, les dénominations gasconnes sont liées à leur apparence physique ou à leur comportement. Bien sûr, nos ausèths peuvent avoir plusieurs noms. Cependant, on distingue rarement le sexe, même si lo perdic et la perdigau sont Monsieur et Madame perdrix.

Les noms peuvent faire référence à des personnages comme Jacon, hibou ou Joan de las cerisas, geai, à des costumes comme curè, macreuse ou Lueisha, linotte (qui semble effectivement avoir des lunettes), à des métiers comme la debassaira.

Les Gascons se réfèrent aussi à des êtres légendaires. Ainsi, Francis Beigbeder nous apprend que le rouge-gorge aurait tenté de décrocher les clous des mains du Christ, rougissant ainsi son poitrail d’où son nom pit-arroi (poitrail rouge) ou son titre de roi rei-pinçan. De même, Lo rei-Artús, le chat-huant, rappelle que le roi Arthur fut puni pour avoir quitté un office religieux afin de poursuivre un sanglier :
Lo rei Artús caça a travèrs los aires, e cacerà dinc au jorn deu jutjament. Mès lo praube òme hè pas grana presa. Gaha pas qu’ua mosca cada sèt ans. [Le roi Arthur chasse à travers les aires, et chassera jusqu’au jour du jugement dernier. Mais le pauvre homme ne fait pas grande prise. Il n’attrape qu’une mouche tous les sept ans.]

Et, plusieurs de nos ausèths portent des noms dérivés de Maria. Est-ce en lien avec le génie de la montagne basque, Mari ?

Tot aquò, es de bòn! Pourtant, les quinze pages du naturaliste vous en apprendront bien plus. Vous êtes curieux ? Allez voir !

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle




Oiseaux du pays… Ausèths deu país

Le guide des oiseaux de Gascogne

Le Guide des oiseaux d’Europe, livre de Roger Peterson, 1954 est la référence depuis plus de 60 ans. Il a été traduit en douze langues, vendu à plus d’un million d’exemplaires. Les illustrations sont claires, les contenus succincts et précis. Chaque oiseau est présenté sous son nom latin, anglais, allemand, espagnol, français, hollandais, italien, suédois. Oui… mais pas en gascon !

Heureusement, Francis Beigbeder publie en 1986 Ausèths. Avec une infinie patience, l’auteur a collecté les noms donnés aux oiseaux sauvages dans les différentes régions de la Gascogne. Il nous présente aussi tous les mots pour décrire un oiseau du bèc ou peruc jusqu’à la coda ou la coa (queue) en passant par le gaver, guiser ou gola (gorge) ou le curron ou le cuu (croupion).

Des noms d’oiseaux

Oiseaux en gascon - le martin pêcheur

Le joli martin-pêcheur s’appelle kingfisher en anglais, Eisvogel en allemand, Ijsvogel en hollandais, Kungsfiskare en suédois, Martin-pescatore en italien et Martin pescador en espagnol.

En Gascogne, l’oiseau s’appelle enfant blu (enfant bleu) ou ausèth blu (oiseau bleu) dans le Gers, guardarriu (garde rivière) ou sent Martin (saint Martin) en Gascogne maritime. On utilise aussi viravent (tourne vent) ou encore Bernat pescaire, Martin pescaire ou Guilhèm pescaire (en remplaçant pescaire par pesquèr selon les coins) selon les trois prénoms Bernard, Martin ou Guillaume-pêcheur.

Des oiseaux symboles

Le Gascon qui aime les images, se réfère à des oiseaux. Il comparera

– le paresseux à un bruant : Que hè coma la verdaula, deu lheit a la taula / Il fait comme le bruant, du lit à la table,
– un dépensier à une poule : Hès pas coma las garias, grapas pas en esparricar / Ne fais pas comme les poules, ne gratte pas [la terre] en éparpillant,
– un ingrat à un corbeau : Neuritz corbaishs e que’vs tiraràn los uelhs / Nourrissez des corbeaux et ils vous arracheront les yeux,
– ou une bavarde à une oie : Ua hemna e un aucat que tenguerén tot un marcat / Une femme et une oie tiendraient tout un marché.

Oiseaux en gascon - dessin d'un corbeau rigolardBien des proverbes utilitaires se réfèrent aussi aux oiseaux comme ce conseil : Quan canta lo corbàs, pren ta capa se t’en vas / Quand chante le corbeau, prends ta cape si tu sors.

Que disent les oiseaux gascons ?

À Aucun dans les Hautes-Pyrénées, les oiseaux parlent. La catla [caille] dit Tres per un, le pinçan marin [bouvreuil] Sofrit, sofrit et le pinçan [pinson] au chant si mélodieux Zi zi zi racalòri, Quan la cerisa sia madura, Jo que serèi neurit.

Enfin Elie Bonneau, de Montaner, a proposé un bien joli texte au concours bigourdan d’expression gasconne, La taula de multiplicacion, un conte que vau mes escotar que léger :

Quan la catla torna per noste au mes de mai que canta au miélher qui pòt, de matin, lo ser
e a l’escurada. Los qui comprenen lo parlar deus ausèths que saben çò qui canta. Que ditz :
« Sèt per ueit… set per ueit… »De segur qu’ei anada quauque drin a l’escòla mes, cap d’ausèth, que s’a desbrombat. Non hè pas sonque pausar la question.E las bèstias qui l’entenen que responen tà har créder que son mes sapientas qu’era. Jo qu èi volut saber, en las escotant, si cantavan la bona responsa. Qu’èi d’abord telefonat a Monsur lo Ministre de la Cultura tà saber si, au darrèr de totas las reformas de l’ensenhament, aquerò n’avè pas cambiat despuish que sòi sortit de l’escòla. Que m’a assegurat que non e que’u hèi confiança. Alavetz qu’èi passat quasi ua setmana a escotar cantar las bèstias deu parçan, las qui an duas patas, las qui n’an quate, las qui n’an mei e las qui n’an pas nada, tà’m har ua idèa deu lor saber. E ben ! Que v’èi a díser que las bèstias que cantan n’impòrta qué ! Aqueras feniantas qu’an de segur panat l’escòla hèra de còps. Mes alavetz quan « òm non sap pas, òm se cala ! ».Que’vs vau díser ací quauquas responsas qui èi entenut. Lo mensh qui pòdi díser, non son pas d’acòrd. Escotatz donc quan hè, segon eras, sèt per ueit !
Lo petit sapo, lo qui aperan cuc, que ditz : « Un, un, un ».
Lo gran harri, drin mei malin : « Dus, dus, dus ».
La. sèrp : « Tresss tresss tresss ».
La graulha : « Quaaate, quaaate ».
Lo pau : « Cinc, cinc, ciiinc ».
Lo vielh guiròt : « Sheisss, sheisssss ».
L’anhèth : « Sèèèt, sèèèt, sèèèèèt ».
La tora : « Ueiiit, ueiiiiit ».
Lo can : « Nau, naullh, nauhhhh ».
Lo martinet : « Vint, viiint, viiiint ».
La tortera : « Proooo, proooo ».
L’aulha : « Mei, meeeei, meeei ».
L’aso : « Seishanta, seish-anta ».
Lo chivau : « Hi, hi, hi », que s’arrid de l’aso mes no’n sap pas mei qu’eth.
Lo cocuth : « Beau-coup beau-coup ». Qu’ei un cocuth de París mes non conesish pas la responsa. E que disen que los parisencs qu’ac saben tot !E totun que n’i a un qui a trobat. Lo lapin ! Que s’a trobat la combina o que l’avé apresa a l’escòla. Qu’a lo parat de har petits cagalhòts. Que se n’a hèit ueit pielòts de sèt cada un e que’us a contats tots. Mes un lapin qu’a tanben lo malur de pas poder cantar. Alavetz non pòt pas díser la responsa ad arrés.E donc totun qu’èi entenut un ausèth a cantar la bona responsa. Si ! Si ! la garia deu vesin. Quan sòrt de har l’ueu que canta autant hòrt qui pòt : « Cinquanta sheis, cinquanta sheis » a tot copar ! Mes que’ vs vau díser ua causa : Si hè autant la fierosa, enter nosautes, n’a pas nat merit ! Que saberatz qu’ei la garia deu regent.

Et les oiseaux dans la littérature gasconne ?

Francis Beigbeder termine son livre sur les Auseths avec une sélection de textes que les meilleurs auteurs gascons ont consacré aux oiseaux. Nous avons choisi un poème d’un de nos grands poètes Joan-Geraut DASTROS (1594-1648), un représentant tardif de ce que Pierre Bec appelle « Le Siècle d’Or de la Poésie Gasconne »

Oiseaux en gascon - Auseths de Prima - poésie de Joan-Geraut DASTROS (1594-1648) avec traduction en français
Ausèths de prima – Joan-Geraut DASTROS (1594-1648)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MOTS : catla, caille. — sapo, harri, crapaud. — pau, paon — guiròt, jars. — tora, buse. — tortera, tourterelle. — parat, chance, occasion. — cuc, alyte accoucheur, petit crapaud qui chante la nuit.

Anne-Pierre Darrées

Références

Ausèths, Francis Beigbeder, 1986