Alexis Peyret, bâtisseur d’un nouveau monde

Alexis Peyret, un Béarnais exilé pour ses idées républicaines en Argentine, deviendra une figure majeure de la construction de ce nouveau pays. Il gardera contact avec son Béarn natal et avec sa langue jusqu’à écrire en gascon. Dans la série Les Gascons de renom avec Joseph du Chesne, Jean Laborde, André Daguin, Ignace-Gaston Pardies et Marcel Amont.

Alexis Peyret, un jeune républicain

Alexis Peyret porteur des idées républicaines - E. Delacroix - La Liberté guidant le peuple (1848)
E. Delacroix – La Liberté guidant le peuple (1848)

Alexis Peyret nait à Serres-Castet le 11 décembre 1826 dans une famille aisée.  Son père, Alexis Augustin Peyret, est un officier décoré de la Légion d’honneur et sa mère, Cécile Angélique Vignancour, est de la famille d’avocats palois bien connus.

Après avoir obtenu son bac à 18 ans, il étudie le droit au Collège de France à Paris où il suit les cours du philosophe Edgar Quinet et de l’historien Jules Michelet. Là, il embrasse les idées républicaines et écrit divers articles engagés durant la Révolution de 1848. De retour à Pau, il adhère au mouvement d’opposition républicaine, démocratique, laïque et socialiste du Béarn. Il restera toute sa vie un défenseur de ces idées.

De Pau à Concepción del Uruguay

Alexis Peyret

Candidat à la députation des Basses-Pyrénées en 1852, il doit s’exiler à l’arrivée de l’empereur Napoléon III. Dès son arrivée dans le nouveau monde, Alexis Peyret enseigne comme professeur de français et géographie au Colegio del Uruguay (Concepción del Uruguay, province d’ Entre Ríos), premier établissement laïque et gratuit du pays. Il écrit et écrira toute sa vie dans plusieurs magazines, El Comercio del Plata, El Uruguay, El Nacional

Alexis Peyret, Directeur de la Colonia San José

Contrat de colonisation entre le Gal de Urquiza et la famille Bastian (en français et espagnol) - Alexis Peyret directeur de la colonia San José
Contrat de colonisation entre le Gal de Urquiza et la famille Bastian (en français & espagnol)

Le 11 juillet 1857, Peyret devient le premier directeur de la Colonia San José que le Général de Urquiza vient de la créer sur les rives du fleuve Uruguay pour accueillir des migrants français et suisses francophones. Il met par écrit un texte fondamental, Emigration et Colonisation. La Colonie San José. Ce nouveau dirigeant favorise une immigration de bras utiles, d’artisans car il rêve d’une république de petits agriculteurs propriétaires. Il réussira à donner à sa colonie une place particulière, quasiment de république indépendante dans la province d’Entre-Ríos.

Alexis Peyret développe la colonie et essaie d’éviter de reproduire les défauts de l’Europe: illégalité, usure, exploitation de l’homme par l’homme (discours à la Colonie San José, 1878). Il crée Fraternidad, un pensionnat coopératif pour les plus pauvres qu’il annexe au collège, aide à l’enrichissement de la bibliothèque du collège, crée la bibliothèque populaire El porvenir, une coopérative agricole, la Sociedad de Socorros Mutuos, etc. Ses actions sociales et économiques sont très nombreuses.

Alexis Peyret, un passeur d’idées

P-J Proudhon (1864) inspirateur de la pensée politique de Alexis Peyret
P-J Proudhon (1864)

Pourtant, ce qui caractérise Alexis Peyret, c’est peut-être sa capacité à passer les idées. Il traduit en castillan Pierre-Joseph Proudhon, le précurseur de l’anarchisme, écrit une série d’ouvrages à partir de sa bibliothèque très fournie : La propiedad territorial –  investigaciones sobre su origen y fundamento (1884), Historia contemporánea (1885), El pensador americano (1886), Historia de las religiones (1886) et Los orígenes del cristianismo (1886).

Il fréquente toute l’élite intellectuelle, a de nombreux réseaux, dont les francs-maçons, qui vont diffuser les idées de l’exilé républicain.

Alexis Peyret - Projet de constitution pour la république française.En 1871, il adresse au nouveau président français, Adolphe Thiers un projet de constitution pour la république française. Dans la préface au président, il annonce que ce projet s’inspire de ce qui se pratique depuis 80 ans en Amérique : le self government. Il y fait l’éloge du gouvernement fédéro-national qu’il déclare inaccessible pour l’instant à la France.

Et il exhorte à abandonner le centralisme français au profit d’une forte décentralisation provinciale. Un texte qui mérite attention !

Alexis Peyret le pragmatique veut construire une civilisation nouvelle

Alexis Peyret
Alexis Peyret

Il ne faudrait pas penser qu’ Alexis Peyret est un utopiste. C’est un pragmatique. Par exemple, il développe une vraie connaissance des techniques agricoles qui le fera nommer représentant de l’Argentine à l’Exposition Universelle de Paris en 1889. Pendant les deux ans qu’il restera en France, Peyret va travailler à favoriser l’émigration des Français vers l’Argentine et à rédiger un rapport très documenté sur les machines agricoles. Ce sera une vraie mine de développement économique pour ce pays.

Malgré les appels de ces anciens amis français, Peyret ne reviendra pas en France. Peyret a envie de construire du neuf. La France lui paraît vieillissante, assoupie, avec ses avocats en toge rococo, ces députés qui parlent et n’écoutent ni ne construisent. D’ailleurs, il écrit sur Charivari: L’Europe en décadence. L’Amérique se lève et lui impose sa loi. Et il précise, le 11 janvier 1890 dans ses Notes de voyage: La France et l’Amérique. L’ancien monde et le nouveau. Il est plus facile de faire du neuf que de réformer l’ancien.

Alexis Peyret le Béarnais

Alexis Peyret - Countes biarnesAlexis Peyret a vécu son enfance dans une famille très bourgeoise et il y a utilisé le béarnais. Il s’est essayé jeune à la poésie qu’il aimait dans sa langue. Il fréquentait Auguste Hatoulet, bibliothécaire de la ville de Pau, et surtout expert de langue romane. C’est lui qui l’exhorta à écrire et publier ses poèmes. Dans la préface de ses Countes biarnes, notre poète livre sans détour son amour de la langue régionale :

Il est fâcheux, au point de vue philologique, littéraire, esthétique, que la victoire de Nord sur le Midi ait entraîné la disparition violente de la langue d’oc. La défaite des Albigeois fut une calamité pour la littérature. La langue française est peu poétique; elle était encore barbare au XIIIe siècle, lorsque la langue d’oc était en pleine floraison. Nos troubadours méridionaux furent les maîtres des grands poètes italiens Dante et Pétrarque. 

Vastin Lespy, le correcteur 
Vastin Lespy, le correcteur

Nul doute que, s’il lui eût été donné de vivre, leur langue n’eût produit une littérature aussi riche, aussi belle que celle que les siècles suivants ont vue s’épanouir au delà des monts, au lieu qu’il nous a fallu attendre des centaines d’années que nos conquérants eussent mis quelque ordre dans leur syntaxe et débrouillé le chaos de leur idiome sourd et monotone pour avoir le droit de chanter dans une langue appauvrie, peu nombreuse, rebelle au lyrisme, et d’une mélodie contestable.

Countes biarnes

Xavier Navarrot, l'inspirateur
Xavier Navarrot, l’inspirateur

À la mort de son ami écrivain béarnais, Xavier Navarrot (1799 – 1862), Alexis Peyret écrit deux longs poèmes dont un qui marque la nostalgie du pays, Soubenis de case / Sovenirs de casa / Souvenirs du pays. On les retrouve dans son recueil de poésies Countes biarnes, dont Vastin Lespy fit la correction pour la deuxième édition. Cela signifie qu’il n’a pas conservé l’orthographe que j’avais cru devoir adopter dans la première édition, et qu’il a supprimé tous les gallicismes qu’il a pu faire disparaître sans altérer la versification, précise l’auteur.

Dernière strophe de Soubenis de case :

Oun ey l’arriu oun se perd la memori?
Puixs tout aco n’ey pas que soûneya?
Sounyes d’amou, de bounhur e de glori,
Sounyes dauratz, que cau tout desbroumba.
You per aci tout soulet que demouri,
E bous autz qu’ètz à l’aut part de la ma :
Tout qu’ey fenit, e per arrè que plouri :
Lou temps passat nou pot pas m’ey tourna.
On ei l’arriu on se perd la memòri?
Puish tot aquò n’ei pas que saunejar?
Songe d’amor, de bonur e de glòri,
Songes daurats, que cau tot desbrombar.
Jo per ací tot solet que demori,
E vos auts qu’ètz a l’aut part de la mar :
Tot qu’ei fenit, e per arren que plori :
Lo temps passat non pòt pas mei tornar.

Où est le cours où se perd la mémoire ? / Mais tout cela n’est-il pas rêverie ? / Songes d’amour, de bonheur et de gloire, / Songes dorés, il faut tout oublier. / Moi par ici tout seulet je demeure, / Et vous autres au-delà de la mer : / Tout est fini, c’est pour rien que je pleure : / Le temps passé ne peut recommencer.

Navarrrot, l’inspirateur

C’était déjà à Navarrot qu’ Alexis Peyret avait dédié son premier poème tiré d’un conte régional, La casse deu rey Artus / La caça deu rey Artus / La chasse du roi Artus.

Lou Rey Artus qu’ey partit ta la casse,
Mes lou Curè que l’ha dit: Praube Rey!
Que podz cassa dab toutz lous caas de rasse,
Pendent mile ans, sens prene arré jamey.
Que t’es trufat de you, de la paroèsse,
Quoand èri prèst à dise Libera,
E qu’es sourtit à galops de la messe,
En entenént lou tou Flambèu layra.
Lo Rei Artus qu’èi partit tà la caça,
Mes lo Curè que l’a dit: Praube Rei!
Que pòts caçar dab tots los cans de raça,
Pendent mile ans, sens préner arren jamei.
Que t’es trufat de jo, de la paroèssa,
Quan èri prest a díser
Libera,
E qu’es sortit a galòps de la messa,
En entenent lo ton Flambèu lairar.

Le roi Artus est parti à la chasse, / Mais le Curé lui a dit: Pauvre roi ! / Tu peux chasser avec des chiens de race, / Pendant mille ans sans prendre nulle proie. / Tu t’es moqué de moi dans la paroisse, / Quand j’allais réciter le Libera, / Et tu es sorti pressé de la messe, / En entendant ton Flambeau aboyer.

La légende du roi Artus

D’après la légende, le roi Artus avait mille six cents chiens. Un jour, étant à la messe, il les entendit courir et partit immédiatement chasser. Dieu l’a puni en le condamnant à poursuivre une proie qu’il ne peut jamais atteindre. Dans ses notes, Peyret cite un couplet d’un vieux chant populaire du bas Armagnac :

De cent en cent ans
Que gahe ue mousque;
La partatye aus cans,
E autant j’a de cans
Qu’au cèu j’a lugrans.
De cent en cent ans
Que gaha ua mosca;
La partatja aus cans,
E autant i a de cans
Qu’au cèu i a lugrans.

De cent en cent ans / Il prend une mouche ; / La partage aux chiens, / Autant y a de chiens / Qu’au ciel y a d’étoiles.

Alexis devient Alejo Peyret

Médaille Alejo Peyret du Colegio de Urugauay a Concepción del Uruguay
Médaille Alejo Peyret du Colegio de Uruguay a Concepción del Uruguay

Non seulement, Peyret ne rentrera pas en France, mais, en 1895, il prend la nationalité argentine. Il a gardé des liens avec ses amis béarnais mais il s’est clairement éloigné de la France. Alejo Peyret. Il décède à Buenos Aires le 27 août 1902.

Références

Alexis / Alejo Peyret, María Marta Quinodoz, 2017 chercheuse au cercle généalogique de Entre-Rios en Argentine
Alexis-Alejo Peyret le passeur : émigration d’élites et transferts culturels, Laurent Dornel
San José (Entre Ríos), article wikipedia.es sur la Colonia San José et sa création (en espagnol)
Projet de constitution pour la République Française, Alexis Peyret, 1871, 53 p.
Countes biarnés, Alexis Peyret, deuxième édition, 1890




14 – 18 vue par les Gascons : Bégarie, un destin tragique

Épisode 2 : Jean-Baptiste Bégarie (1892 – 1915) poète gascon prometteur, patriote, mort pour la France. Un destin tragique. Suite de l’épisode 1, 14 – 18 vue par les Gascons : la mobilisation. Pour information, les documents en lien sont complets, en graphie originale, en graphie classique et en français ; sauf Mireio qui n’est qu’en provençal et en français.

Bégarie est ébloui par le gascon

Bégarie Jean-BaptisteAprès avoir perdu sa mère à 12 ans, Jean-Baptiste Bégarie vit avec son père et son parrain à Gomer (64). Il suit l’école, le collège de Nay, puis rentre chez son oncle. En ce temps-là, les hussards noirs sont passés par nos régions et l’enseignement est strictement en français. Pourtant, à 18 ans, alors qu’il devise littérature avec son oncle, celui-ci lui donne La bouts de la Terre, journal félibréen fondé par Michel Camélat et Simin Palay qui paraitra de 1910 à 1914. Il est captivé par la beauté de la langue. Il lit alors les grands romans des auteurs du moment, Mireio de Frédéric Mistral, Beline de Michel Camélat, etc. Et il se lance dans l’écriture…

Une belle écriture à la trobar clus

Bégarie est vite reconnu. Aux boules du vieux portail, poésie présentée aux Jeux floraux de l’Escòla Gaston Febus en 1912 obtient le premier prix avec des notes exceptionnelles dont un 20/20 et la mention de Labaigt-Langlade : Ceci mes amis est de tout premier ordre. Il obtient l’œillet de l’Académie Clémence-Isaure sous les applaudissements pour Mon blason. Etc. À travers ses lettres, on perçoit sa façon de travailler. Le poète tient une idée qu’il exprime avec deux ou trois vers, mûrit le texte dans sa tête, le couche sur le papier, le polit. Par exemple, le 25 décembre 1914, il envoie dans sa lettre à Camélat sa nouvelle idée de poésie : que’n èi començada unh’auta : La soa prumèra flor. Espiat-la drin :
En lo libe vermelh, tostemps plan sarradeta
Qu’èi ua flor qui per lo só non balharí

Dans le livre vermeil toujours bien serrée
J’ai une fleur que pour le soleil je ne donnerais

Bégarie part au service militaire

Bégarie - Troupe de zouavesAutomne 1913. Bégarie a 20 ans et part au service militaire. Il aimerait découvrir le Languedoc ou la Provence. Ce sera Constantine en Algérie. Il s’y ennuie, ne s’adapte pas à la vie de caserne. Il apprend cependant à apprécier les Algériens. Il aime se griser des enthousiasmes de la poésie arabe, comme il l’écrit à son père le 21 décembre 1914.

Et il continue à écrire dont, en janvier 2014 le magnifique poème A mon fusil, un poème qui fait écho aux tensions en Français et Prussiens : 

Ha’t cantar, fusilh men, b’ei donc vertat que cantas!
Dab tu los dits no’m hèn que cambiar de clarin,
Non brama pas ta votz la mort e las espantas,
Qu’ugla la libertat qui non vòu pas morir.
Te faire chanter, fusil, en vérité tu chantes !
Avec toi mes doigts ne font que changer de musette,
Ta voix ne hurle pas la mort et les épouvantes,
Elle clame la liberté qui ne veut pas mourir.

Je veux partir à la guerre

Dès que la guerre éclate, Bégarie demande à y aller et écrit son testament. Il lègue à des amis ses livres, sa chéchia et à l’élue de son cœur sa guitare. Il veut faire la guerre, il doit faire la guerre comme il l’écrit le 8 décembre 1914 à son frère Charles : D’abord j’ai vivement souhaité la guerre, par amour-propre, parce que je voyais que c’en était trop et que la France était bafouée par les Prussiens, puis pour faire mon devoir de Français tout simplement. Si on ne m’y avait pas envoyé je me serais toujours reproché de ne pas être allé à la bataille. Mais si tu te figures que parce que tu es courageux, valeureux, vibrant, ardent et tout ce que tu voudras tu seras vainqueur de tes ennemis, tu te trompes.

L’attente est longue. Bégarie s’impatiente. Il ne partira vers la France que le 26 décembre 1914. Il écrira toujours et encore des lettres et des poésies dont celle-ci le 12 février 1915 qu’aimera particulièrement Simin Palay :

Com en i a per lo cèu, entà l’òmi que i a
Dias d’aure pesant e de calor macada…
De même qu’il en est sous les cieux, il y a pour l’homme
Des jours de tempête lourde et de chaleur accablante…

Bégarie est sans illusion sur les tactiques françaises

Bégarie - Attaque à la baionnette

Que’m sembla que los francés dinc a lavetz n’avèn pas lo sens d’ua guèrra de bitara, en vista dab las engibanas de uei, e que l’an avut après la caduda. Que’m sembla qu’aus prumèrs dias que’s son hèra enganats, qu’an avut tròp l’amor de l’epica, de l’eroïca, qu’an abusat de la carga a la baioneta qui non èra a emplegar dab fòrças alemandas doblas. Ara qu’an comprès. Il me semble que les français, jusqu’alors n’avaient pas les sens d’une guerre moderne servie par des engins d’aujourd’hui, et qu’ils n’ont eu qu’après les revers. Il me semble que les premiers jours ils se sont grandement trompés, qu’ils ont trop sacrifié à l’amour de l’épique, de l’héroïsme, qu’ils ont abusé de la charge à la baïonnette, qu’il fallait éviter avec des forces allemandes doubles. Ils ont compris à présent.

Le bilan  est terrible

En un mois et demi, c’est l’hécatombe dans sa section. Extrait de la lettre à son ami Edouard B. le 12 février 1915 :

E vòs novèlas deus seccionaris passats aus zouaves ? Uèra’n : Arsac, tuat ; Archet, tuat ; Balazuc, tuat ; Gareau, presonèr ; Balhou, blessat ; Badet, blessat ; Pineau, tuat ; Vola, presonèr ; Radeau, tuat, etc. etc. Que védes qu’i hè lèd. Açò n’ei pas mes ua guèrra, n’ei pas mes l’òmi qui saja de lutar dab la sciéncia e quin arribar au cap lo praube ? Jamèi. Jo que serèi urós si’n torni d’i estar anat meilèu que d’aver demorat endarrèr, mes ben, n’ei pas un viatge de plaser ; qu’ei ua guèrra longa e qui non s’acabaré jamèi si los soldats no’s morivan e si las matièras non mancavan entà’s tuar. Veux-tu des nouvelles des sectionnaires passés aux zouaves ? En voici : Arsac, tué ; Archet, tué ; Balazuc, tué ; Gareau, prisonnier ; Balhou, blessé ; Badet, blessé ; Pineau, tué ; Vola, prisonnier ; Radeau, tué, etc. etc. Tu vois qu’il n’y fait pas bon. Ceci n’est plus une guerre. Ce n’est plus l’homme qui essaie de lutter avec de la stratégie ; et comment arrivera-t-il à une issue, le pauvre ? Jamais. Je serai heureux d’en revenir après y être allé, plutôt que de rester à l’arrière, mais tu peux croire que ce n’est pas un voyage de plaisir ; c’est une guerre longue et qui ne finirait jamais si les soldats ne mouraient, et si le matériel pour s’entre-tuer n’arrivait à manquer.

Drom en patz praube amic

Le 16 février, Bégarie qui n’a cessé de composer des poèmes et de les envoyer à Camélat qu’il admire,  précise dans sa dernière lettre au grand écrivain bigourdan qu’il ne se plait pas sous la canonnade et que son obsession reste la poésie même dans la boue des tranchées :

Voletz que ploja d’obus que las [lugras de beror] arrèsta ? Qu’aimi tròp lo mestièr de trobador, que soi vadut tad aquò e arren non crobirà lo cant de la mia harpa de hida. Voulez-vous que pluie d’obus les [mes inspirations] arrête ? J’aime trop le métier de troubadour, je suis né avec cette vocation, et rien ne saurait couvrir le chant de ma harpe féale.

Le 17 février à 6 h du matin sa section part à l’attaque des défenses allemandes. Il n’en reviendra pas. Nombreux félibres célèbreront la mémoire d’un poète gascon talentueux qui avait déjà rejoint les plus grands poètes de notre terre : Camélat bien sûr, Andrèu Baudorre,  Simin Palay et le lieutenant Jean Bouzet qui écrit un long poème :

…Repausa’t dab orgulh, tu, Rei deus Cantadors
Poèta de la patz, et sordat de la guèrra,
Qui sinnès dab lo sang lo ton « Hymne à la Terre » !
…Dors avec orgueil, toi, Roi des chanteurs
Poète de la paix, et soldat de la guerre,
Qui fièrement avec ton sang signas ton Hymne à la Terre !

Article basé sur Jean-Basptiste Bégarie mort pour la France (1892 – 1915), Poésies béarnaises – proses – lettres, in memoriam, Michel Camélat, André Baudorre, Simin Palay, Jean Bouzet, Pierre Fontan, Escòla Gaston Febus, 1920 disponible au château de Mauvezin.

Bégarie - Ouvrage collectif - dédicace de Camelat aux instituteurs de l'Ecole Normale de Lescar
Dédicace par Camelat de l’ouvrage aux instituteurs de l’Ecole Normale de Lescar




Gaston Febus, un senhor letra-herit

Trois passions et une quatrième : la culture

Culture et livre de chasse de Gaston Febus - scène de présentation des cygnesLes passions de Febus sont Armas, amors e cassa (Armas, amors e caça en graphie actuelle) disait Peyre de Rius, son trobador. Mais de quels amours parle-t-il ? En ce temps d’amour courtois et de chansons, peut-être faudrait-il se rappeler combien Gaston Febus était un homme de culture, un lettré. Son goût pour la poésie ou la musique, sa bibliothèque de grands auteurs en témoignent.

Gaston Febus maîtrise cinq langues, écoute les chansons des grands poètes de l’époque, écrit surtout des cançons et gagne même un grand prix littéraire, las Joyos del Gay Saber, organisé par le Consistori del Gay Saber e de la Gayo sienço installé à Toulouse.

Rappelons-nous aussi que Febus ou Phebus est le nom d’Apollon en latin, dieu des arts, du chant, de la musique, de la beauté masculine, de la poésie, et conducteur des neuf muses. Est-ce pour cela que Gaston a choisi ce surnom ? Nul ne le sait.

Il nous reste peu de choses de son oeuvre. On lui attribue, sans certitude, la chanson Aqueras montanhas, dite aussi Se canti, qui est une chanson si populaire dans le sud de la France qu’elle est parfois considérée comme l’hymne des occitans.

Son Livre de chasse est resté pendant plusieurs siècles une référence pour l’éducation des nobles, La chasse y apparaît comme un art philosophique, un art qui élève les vertus de l’homme. Dans son Livre des oraisons, Febus témoigne de sa foi.

Plus d’information sur : Gaston Febus un seigneur lettré

Une copie du Livre de chasse est exposé au château de Mauvezin.




Découvrir Gaston Febus par les livres

Une bibliographie sur Gaston Febus à l’occasion de l’exposition Gaston Febus 2018

Bibliographie Gaston Febus - Blason de Foix BéarnDans le cadre de la nouvelle exposition sur Gaston Febus présentée au château de Mauvezin, nous proposons de découvrir ce personnage à travers une bibliographie des livres disponibles à la Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus. Une version électronique est disponible sur le site de la bibliothèque, pour les titres précédés d’une icône de tablette.

Rappelons que la Bibliothèque a été voulue par les fondateurs de l’Escòla Gaston Febus dès sa création et qu’il était prévue de l’abriter au Château de Mauvezin dès l’attribution du château à l’association en 1907.

Bibliographie Gaston Febus : ce que possède la Bibliothèque de l’Escòla Gaston Fébus


tablet-tool_icon-icons.com_56222 Le livre des oraisons, Gaston Febus, 1387
tablet-tool_icon-icons.com_56222 Le livre de la chasse, Gaston Febus, 1389
tablet-tool_icon-icons.com_56222 Froissart à la cour de Gaston Febus, conférence de Frédéric Soustras, 1868
tablet-tool_icon-icons.com_56222 Coutumes municipales de Foix sous Gaston Phoebus, F. Pasquier, 1891
 tablet-tool_icon-icons.com_56222  Gaston Febus en Prusse, étude d’après des documents inédits, F. Pasquier, 1893
 tablet-tool_icon-icons.com_56222  Le vieux château de Mauvezin et sa devise, Albin Bibal, 1907
 book_icon-icons.com_66124  Gastou Febus, Miquèu de Camelat, 1914
 book_icon-icons.com_66124  La vie aventureuse de Gaston Phoebus, Jean de Sault, 1958
 book_icon-icons.com_66124  La vie fabuleuse de Gaston Phoebus, Le lion des Pyrénées, tome 1, Myriam et Jean de Béarn, 1959
 book_icon-icons.com_66124  La tour de Moncade et Gaston Phoebus, Eric Gildart, 1972
 book_icon-icons.com_66124  La vie fabuleuse de Gaston Phoebus, Landry des bandouliers, tome 3, Myriam et Jean de Béarn, 1974
book_icon-icons.com_66124  Gaston Febus un grand prince d’occident au XIVe siècle, Pierre Tucoo-Chala, 1976
 book_icon-icons.com_66124  La vie fabuleuse de Gaston Phoebus, Les créneaux de feu, tome 2, Myriam et Jean de Béarn, 1978
 book_icon-icons.com_66124  Gaston Febus seigneur de Foix-Béarn et le Prince noir, Pierre Tucoo-Chala, 1985
 tablet-tool_icon-icons.com_56222  Gaston Febus et la fortune, Paul Mironneau, 1993
 book_icon-icons.com_66124  Gaston Febus grand prince médiéval, Pierre Tucoo-Chala, 1996
book_icon-icons.com_66124 Voyage dans les Pyrénées à la rencontre de Fébus, Jean Froissart, 2003
book_icon-icons.com_66124 Gaston Febus, le prince et le diable, Claudine Pailhès, 2007
book_icon-icons.com_66124 Gaston Febus, prince des Pyrénées, Pierre Tucoo-Chala, 2008