Toujours de la lecture pour l’été

Et si on se détendait en s’emplissant du murmure du pays et de sa littérature ? L’Escòla Gaston Febus et Reclams edicions ont glané pour vous quelques idées de lecture, en français ou en gascon. De quoi passer l’été selon votre humeur.

La lecture détente avec des livres humoristiques

Letras d’un barbalòc

Renat Capdevielle, Nosauts de Bigòrra, 2018, gascon, 8€.

Lecture humoristique : Letras d'un barbalòc de Renat CapdevielleDes contes, des blagues et des poésies légères. Une lecture pour rire tout seul dès que l’on a un moment, ou pour partager. De jolies histoires rehaussées de beaux dessins, qui illustrent magnifiquement l’humour gascon.

L’auteur, René Capdevielle est un bigourdan de la vallée d’Argelès-Gazost, entre Lourdes et le Pays Toy. Son hobby, c’est marcher en montagne et, les jours de pluie ou de neige, écrire en occitan.

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Bèth peu de sau

Jean-Louis Lavit, Letras d’oc, 2018, gascon, 16€.

Lecture policière avec Jean-Louis LavitLe commissaire Magret est de retour dans ce roman policier au ton vif et désinvolte. À savourer pour ces jeux de mots, son imagination, son esprit tout en sirotant, comme le héros, un gasconhaliure (gascogne-libre). Cliquer ici pour en savoir plus.

L’auteur, Jean-Louis Lavit, né à Lourdes, est un ex-conseiller pédagogique d’occitan dans les Hautes-Pyrénées. Grand auteur gascon, il s’est essayé dans tous les genres, théâtre, roman, nouvelle, science-fiction, roman policier.

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La découverte de l’histoire à travers des épopées

Roncesvals

Bernat Manciet, Reclams, 2017, en 3 langues : français, gascon, basque (traduit par Lucien Etchezaharreta), 17€

Lecture épique avec Bernat MancietL’événement est connu de tous : Loup, général des Vascons, attaque par surprise, à Roncevaux, Roncesvals, dans les Pyrénées, l’arrière-garde de l’armée de Charlemagne, commandée par Roland. Le livre raconte la véritable histoire de cette bataille, sous forme d’un splendide poème épique.

Bernard Manciet, né à Sabres dans les Landes en 1923, est un des écrivains les plus importants de la littérature gasconne du XXe siècle. Il écrit une œuvre abondante, originale et puissante. Ses livres garantissent une lecture époustouflante qui résonne dans le profond de l’âme. Il est d’ailleurs le seul auteur de langue régionale avec Pasolini à être publié par Gallimard.

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Chanson de la croisade albigeoise

Traduit de l’occitan en français par Claude Mourthé, Les Belles Lettres, 2018, français, 29,50€.

Œuvre fondatrice de la littérature occitane du XIIIe siècle, cette chanson raconte la conquête des terres du sud (comté de Toulouse et vicomté de Béziers) par les barons du nord de la France.

Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens, terrible phrase d’Arnaud-Amaury, abbé de Cîteaux, peu avant le massacre de Béziers.

La lecture de cette traduction est très agréable. L’ouvrage est illustré de quelques reproductions de peintures. Pas besoin d’être un spécialiste ni des cathares ni du Moyen-Âge pour lire ce livre. Quelques notes de bas de page apportent aux curieux les éléments de connaissance des lieux ou des événements . Cliquer ici pour en savoir plus.

Claude Mourthé est un réalisateur d’émissions de radio (France Culture) et de télévision (TF1), un romancier, poète, auteur d’essais et traducteur d’auteurs de langue anglaise.

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La littérature

Viral

Serge Javaloyès, in8, 2018, français, 17€

Daniel se réveille à 4h25 du matin dans une chambre d’hôpital. Viral, le livre écrit en français par Serge Javaloyès, relate deux mois passés dans ce lieu clos, aux murs bleus troués d’une fenêtre. Un roman intime, profond, intense. La maladie est présente, comme un contexte, un quelque chose qui contraint, un quelque chose qui permet aussi de revoir des amis d’avant, un quelque chose qui permet de se souvenir. Et l’amour de Sandra, sa femme, est le lien fort, puissant, à la vie.

Serge Javaloyès est né à Oran en 1951. Il découvre l’occitan à dix ans, à Nay (64). Viral est le second roman qu’il écrit directement en français.

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Lo gojat de noveme

Bernard Manciet, Reclams, 2003, bilingue occitan français, 9€

Chef d’œuvre incontournable de la littérature gasconne contemporaine, L’enfant de Novembre raconte les liens mystérieux, les secrets enfouis qui se nouent et se dénouent autour d’une famille landaise menacée par la ruine et la mort.

Né à Sabres en 1923, après une première carrière de diplomate puis d’industriel, Bernard Manciet se consacre à l’écriture dès 1965. Il nous livre des textes de toute beauté.

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La réflexion sur la vie

Robert Lafont, Reclams, 2005, provençal, 8 €

Éternelle interrogation sur le sens de la vie, traitée avec originalité et profondeur dans ce roman de Robert Lafont.

Robert Lafont, né à Nîmes en 1923, est un écrivain prolifique (presque 100 livres), un linguiste, un historien et un régionaliste passionné. Il est cofondateur de l’Institut d’Études Occitanes.

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Dins la boca dau pòble d’Òc

Max Roqueta, L’aucèu libre, 2018, bilingue occitan français, 9€

Entre 1942 et 1945, Max Rouquette prend des notes sur des moments de sa vie : visites auprès des malades, parties de chasse, rencontres de personnalités villageoises, etc. Assemblées comme un album de photos instantanées assemblés dans ce livre, elles montrent avec humilité et grandeur la condition humaine, élevée au rang de figures exemplaires.

Photographies de Georges Souche. / Édition de Philippe Gardy, avec le concours de Jean-Guilhem Rouquette.

Max Rouquette, surnommé parfois le Gracq occitan, est né à Argelliers dans l’Hérault en 1905. Auteur immense, il écrit une œuvre abondante et reconnue.

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Bonne lecture !

 




Le commissaire Magret prend un Bèth peu de sau

Le commissaire Magret revient avec un troisième volume : Bèth peu de sau, Beaux cheveux couleur de sel. Ce roman policier, définitivement contemporain, confirme le talent de Jean-Louis Lavit et ravit les lecteurs. Coup de projecteur sur l’ouvrage.

Le commissaire Magret

Comissari Magret, dessin du blog du Comissari Magret

Grâce au site internet Bèth peu de sau, on apprend que ce personnage trottait dans la tête de son auteur depuis la fin des années 70. Un personnage de BD qui ressemblait un peu à un Donald décontracté.

Vous découvrirez sur le site, le projet de BD de l’époque.

Il a finalement vu le jour dans un premier livre, Zocalfar, puis Lo tin tin d’Ergé. Dans ce troisième volume, le commissaire a pris de l’âge, ses cheveux ont blanchi, et un peu de lassitude alanguit le héros.

Le personnage n’est pas sans rappeler Antoine San-Antonio par sa désinvolture, son langage familier (moins argotique) et surtout par le recours à l’humour.

Un auteur bien gascon

Jean-Louis Lavit
Jean-Louis Lavit

Le ton joyeux, léger, gascon, est posé dès le début du livre. Le commissaire, maintenant proche de la retraite, s’autorise quelques jours de vacances dans le nid familial, dans les montagnes pyrénéennes. E òc que m’apèra Ricon, lo prumèr qui se n’arrid que lo hèi escopir las caishilas (Et oui elle [sa mère] m’appelle Ricou, le premier qui en rit je lui fais cracher les incisives) prévient-il.

Les événements, quant à eux, se passent à Pau, toujours dans la region autonòma de Gasconha-Dessús. Contrairement aux deux livres précédents, les événements sont ici tels qu’on peut les attendre dans un policier d’aujourd’hui : corps de femmes démembrées, parchemin historique volé, cambriolage d’engin électronique, disparition d’une inspectrice de police. Mais l’auteur ne fait pas dans le triste ni l’horrible, il garde des surprises, de l’humour, n’oublie pas de manger, ni de boire son célèbre cocktail, lo gasconhaliure (armagnac et coca-cola).

Un style original

Freud, dessin du blog du comissari Magret

Jean-Louis Lavit aime les mots, joue avec, en invente. Parfois on a l’impression que la scène n’est là que pour faire un bon mot, pour rire. On peut parfois penser à Frédéric Dard dans San Antonio, ou, pour certains jeux de mots, à Michel Audiard. En tous les cas, l’auteur a cette verve enthousiasmante qui ouvre un polar à la gasconne.

L’originalité de ce volume est le blog qu’ouvre le commissaire Magret. Ses posts sont les premiers chapitres du roman et vous pouvez les lire dans le livre et aussi réellement sur le blog du commissaire, en sous-menu de la page d’accueil !

Le premier chapitre est intitulé E Freud dins aquò?

« La vòsta carrièra qu’ei estada long… qqhhhh qqhhh (tossit discret)… La vòsta vita qu’ei estad… qqhhh – qu’ei qhmm – la vòsta vita qu’ei complèxa e rica. »
L’aute en fàcia qu’ei autan barrat qu’un muscle a mar ananta. Silenci. Espés. Moscardèr.
« No’m trufi brica. Se non voletz préner nada potinga, ensajatz aquò : l’escritura. Senon, que’vs demorarà la cura d’arrepaus en un espitau psiquia… »
« Votre carrière a été longu… kof kof (toux discrète)… Votre vie a été… kof – est hum – votre vie est complexe et riche. »
L’autre en face est aussi fermé qu’une moule à marée montante. Silence. Épais. Une mouche n’oserait pas voler.
« Je ne me moque pas. Si vous ne voulez pas prendre de médicament, essayez cela : l’écriture. Sinon, il vous restera la cure de repos dans un hôpital psychiatrique… »

En attendant la suite des aventures de Magret – y aura-t-il un quatrième livre? – celui-ci est à offrir à nos jeunes pour leur donner une autre saveur de la lenga nosta !

Références

Vous pouvez visiter le site du Comissari Magret.
ou lire les livres
Zocalfar, Joan-Loís Lavit, 1997, éditions Princi Negre.
Lo Tin-Tin d’Ergé, Joan-Loís Lavit, 2004, Crimis, IEO.
Bèth peu de sau, Joan-Loís Lavit, 2018, letras d’oc.




Le Commissaire Magret, un policier pas ordinaire

Les vacances ne sont-elles pas une bonne période pour découvrir ou redécouvrir quelques auteurs gascons contemporains, par exemple, les aventures savoureuses du Comissari Magret, ou Commissaire Magret ?

Jean-Louis Lavit, le créateur du commissaire Magret

Jean-Louis Lavit, auteur du Commissaire MagretJean-Louis Lavit, né à Lourdes en 1959, a une carrière de regent caminaire en Bigorre, puis de conseiller pédagogique. Toute sa carrière, il affirme sa conviction sur l’intérêt du bilinguisme pour les élèves.

Il publie son premier livre en 1994, Pelòt, pour lequel il obtient le Prèmi Pau Froment. Pelòt, rappelons-le, est ce bandit bigourdan qui se révolta contre le pouvoir central avec un panache et un cœur à la Robin des Bois. Depuis cette date, l’auteur a publié plus d’une dizaine de livres sur des sujets très divers.

Pour septembre 2018, il nous concocte le retour de son héros, lo comissari Magret, dans un nouveau roman policier qui s’intitulera Bèth peu de sau. Une contrepèterie qui présage un bon moment…

L’entrée en scène du commissaire Magret

Le Gasconhaliura, la boisson préférée du commissaire MagretZocalfar est un livre qui se passe dans la region autonòma de Gasconha-Dessús, plus précisément à Tarbes. Et il débute par la réception de bienvenue du nouveau commissaire aux Servicis Centraus dera Polícia Gascona. Vous le comprenez, nous sommes dans la fiction…

Le commissaire Magret apparaît tout de suite comme un héros de série. Son caractère et ses habitudes nous sont vite dévoilés. En bon gascon, il aime manger, il aime boire, en particulier un Gasconhaliura, cocktail à base d’armagnac. Son équipe tout aussi sympathique est présentée parfois par des surnoms comme Mata-Hari ou lo Cauerat.

Zocalfar, quel drôle de titre !

Pour comprendre le titre, il faut connaître l’affaire que va traiter le commissaire. Elle nous est présentée en quatrième de couverture :

Lo comissari Magret recentament nomiat e qui torna donc en lo son país autonòme de Gasconha-Dessús qu’es con.hrontat a ua enigma de las peludas ! Un lèd creat qui s’apèra eth-medix Zocalfar qu’a decidit de denegar l’especificitat gascona de la lenga occitana d’aqueth parçan de Gasconha.

E que magina un salopèr de virús qui hè perir las formas especificas deu parlar gascon tant dehentz los ordinators com preus gents qüand parlann… Urosament lo comissari Magret, ajudat per un pariadge de « hlics » d’elei, qu’enquista… e que sauverà lo parlar gascon d’ua acabada mau-volenta.

Le commissaire Magret récemment nommé et qui revient dans son pays autonome de Gascogne-sud, est confronté à une énigme bien compliquée ! Un affreux qui s’appelle lui-même Zocalfar a décidé de nier la spécificité gasconne de la langue occitane de ce morceau de Gascogne.

Et il imagine une saleté de virus qui fait disparaître les formes spécifiques du parler gascon tant dans les ordinateurs que chez les gens qui parlent… Heureusement le commissaire Magret, aidé par une équipe de « flics » d’élite, enquête… et sauvera le parler gascon d’une fin malveillante.

Sachant cela, Zocalfar peut se décomposer en zo cal far (on reconnaît des mots utilisés dans la région languedocienne) et on le traduira en gascon par ac cau har, il faut le faire.

Au-delà de l’histoire

Dessin du blog du commissaire Magret
Dessin du blog du commissaire Magret

Ce roman policier est plus humoristique que roman noir ou roman d’action. Le style lui-même est léger et imaginatif. Le vocabulaire illustre joliment les propos avec des mots qui utilisent la richesse du gascon et attirent le sourire comme
Miam ? ce prudentiquegi… / Miam ? dit-il prudemment…
ou
Hrancés Horcadet (…) que’s gaha a comengejadissar / François Hourcadet (…) se met à « jargonner commingeois ».

Et on passe un bon moment à lire les traits d’humour, les clins d’œil qui sont liés à des situations ou à des effets de vocabulaire, comme ce début de chapitre :
En bon gascon que quequeja:
– Que…, que…, que…, que…, que…
– E ben qué ? Que que(1)  o qué ?
(1)  deu vèrbe « quer », forma lavedanesa de càder, précise l’auteur

Vous pouvez lire ce polar à l’ombre d’un tilleul ou laisser votre esprit vagabonder vers des souvenirs ou des degrés seconds.

Et si vous prenez plaisir à le lire, que diriez-vous d’attaquer la deuxième histoire du commissaire Magret, Lo tin-tin d’Ergé, écrite cinq ans plus tard ?

Dans tous les cas, bonne sieste, le sourire aux lèvres !

Références

Vous pouvez visiter le site du Comissari Magret.
ou lire les livres
Zocalfar, Joan-Loís Lavit, 1997, éditions Princi Negre.
Lo Tin-Tin d’Ergé, Joan-Loís Lavit, 2004, Crimis, IEO.