Les chiens des Pyrénées

Le chien des Pyrénées ou pastor en gascon, patou est une ancienne race déjà décrite par Gaston Febus. Il accompagne les bergers pour protéger les troupeaux. Il ne faut pas le confondre avec le berger des Pyrénées.

Un grand chien de garde

Le patou des Pyrénées © Wikipedia
Le patou des Pyrénées © Wikipedia

Le pastor est un grand chien aux poils longs et blancs. On l’appelle aussi patòla ou patòc (pataud). C’est à la fois un chien de garde des troupeaux et un chien de compagnie. Il gardait même les châteaux au moyen-âge. Et on le voit plus tard à la cour de Louis XIV.

Au cours du temps, il s’est fait de plus en plus rare dans les campagnes. On le redécouvre en 1965 avec le feuilleton télévisé « Belle et Sébastien » de Cécile Aubry. Depuis, avec le retour des grands prédateurs (loup, lynx et ours), on l’utilise de nouveau pour la protection des troupeaux.

À quoi ressemble le pastor ?

Ce grand chien des Pyrénées mesure 80 centimètres de haut. Sa tête est énorme, sa queue est épaisse et rabattue. Lorsqu’il est en éveil, elle se redresse formant une roue jusqu’à toucher ses reins. On dit : que hè l’arrodèra (il fait la roue).

Un enfant h-jouant avec une chien berger des Pyrénées © Élevage de Chiens de Montagne des Pyrénées du Pic de Viscos
© Elevage de Chiens de Montagne des Pyrénées du Pic de Viscos

II a de quoi impressionner les gens qui ne le connaissent pas. Pourtant, il est calme et doux avec les enfants. Il est capable de reconnaitre des personnes qu’il n’a pas vu depuis longtemps mais, s’il détecte un intrus, il s’interpose et aboie. Et il aboie fort ! Plutôt que d’investir dans un couteux équipement d’alarme, il vaut parfois mieux mettre un pastor dans son jardin. Seul problème, il lui faut beaucoup d’espace. Petits jardins de ville à exclure donc.

Les bergers apprécient cette qualité de défense. Ils l’élèvent avec leurs moutons dès son plus jeune âge. Il nait souvent dans la bergerie. Ainsi, il considère les moutons comme sa famille. Cela peut poser d’ailleurs des problèmes dans les estives à cause des promeneurs qui s’approchent trop près des troupeaux. Un éleveur a d’ailleurs été condamné en 2021 à une amende avec sursis car son pastor avait mordu un touriste.

Un chien trop jeune cherche aussi à s’amuser. Il arrive qu’il blesse des moutons en s’amusant. Pour l’éviter, la présence d’un chien expérimenté est primordiale pour parfaire son éducation.

Le chien berger des Pyrénées ou labrit

Un labrit des Pyrénées © Wikipedia
Chien berger labrit des Pyrénées © Wikipedia

Le chien de montagne est souvent confondu avec le labrit, un chien de bergers. D’ailleurs, dans un troupeau, on peut rencontrer les deux chiens, chacun ayant sa fonction particulière.

Le labrit est de plus petite taille, à peine 50 centimètres, au poil fauve, gris ou noir. Sa truffe est noire et il ressemble parfois à un ours. C’est un chien vif et robuste. Il résiste aux intempéries (il est rarement malade) et sait jeuner quelques jours. Il mange même de l’herbe pour tromper sa faim.

 

Une famille de Barèges et son chien berb-ger Une famille à Barèges, Alfred Dartiguenave (1855-1856) © Wikipedia
Une famille à Barèges, Alfred Dartiguenave (1855-1856) © Wikipedia

Tout comme le pastor, le labrit doit être élevé avec des moutons ou même des chats. Plus grand, il aboie contre des animaux qu’il ne connait pas.

C’est aussi un excellent compagnon. On voit rarement un labrit en dehors des montagnes.

Le labrit et la grande guerre

"Le chien Satan a trasmis des messages qui ont sauvé la vie d'un régiment" © education.1I124.com
« Le chien Satan a transmis des messages qui ont sauvé la vie d’un régiment » © education.1I124.com

Il doit sa notoriété à la guerre de 1914-1918. À partir de 1916, on le recrute grâce à ses qualités olfactives. Il accompagne les patrouilles et cherche les blessés. Roublard et rapide, il fait une excellente estafette pour porter des messages à travers les lignes. Mais il paie un lourd tribut à la guerre.

Le Journal La protection des Animaux de la région lyonnaise de septembre 1923 raconte la mort d’un labrit au front : « Quand après vingt-six jours de tranchées, nous arrivâmes dans cette ferme incendiée pour gouter un peu de repos à l’abri de ses toits défoncés et de ses murs croulants, un chien nous fit les honneurs du logis. Je dis un chien, mais de prime abord, avec son pelage fauve, sa queue en panache, son échine courbe, ses yeux ronds et phosphorescents, on eût plutôt cru un renard famélique chassé des forêts d’Argonne par la mitraille, et rôdant là en quête de quelque vague aubaine [….] ».

Tout comme le pastor, le labrit doit être élevé avec des moutons ou même des chats. Plus grand, il aboie contre des animaux qu’il ne connait pas.

Le chien des Pyrénées et la lutte contre les prédateurs

Le chien berger au milieu de ses moutons © Wikipedia
Chien des Pyrénées au milieu de ses moutons © Wikipedia

Le grand chien des Pyrénées, le pastor,  vit au milieu du troupeau. En cas d’approche d’un loup ou d’un ours, il s’interpose entre le troupeau et le prédateur. C’est pour cela que les bergers lui mettaient un collier à clous. En cas de bagarre, cela lui donnait l’avantage.

Les blessures survenues au cours de la bagarre concernent surtout les jeunes chiens. Car ils vont trop vite au contact du prédateur. Un chien plus âgé et plus expérimenté s’interpose seulement. Et s’il y a plusieurs chiens dans le troupeau, un seul va au contact, les autres se reposant sur lui.

En tout cas, il est certain qu’un troupeau protégé par des chiens de garde est moins souvent attaqué par les prédateurs. Les attaques diminuent en moyenne de 70 %, et même de 90 % dans certains cas. Lorsqu’on parle de prédateurs, on pense au loup, au lynx ou à l’ours. N’oublions pas qu’une grande partie des attaques est le fait de chiens errants.

Au col du Portillon, une étude est menée. À Juzet de Luchon où le troupeau est gardé par un berger et un pastor, une seule brebis est attaquée. Mais à Antécade où il n’y a ni berger ni pastor, ce sont 37 brebis qui sont attaquées. À Sode où il y a un berger mais aucun pastor, 22 brebis sont attaquées. Et le constat est le même dans toutes les estives.

Le pastor et l’ours

Le « Programme ours » lancé par l’État vise à faciliter la cohabitation entre l’ours et le pastoralisme. Il apporte des aides spécifiques, notamment une aide à l’achat, à l’accompagnement, à l’entretien et à l’utilisation du grand chien des Pyrénées.

Un éleveur raconte une attaque d’ours : « À l’arrivée de l’ours, les chiens ont fait face en aboyant de façon menaçante. Un des trois pastors est resté plus en retrait dans le troupeau et les brebis se sont décalées. Ensuite l’ours s’est dirigé sur un monticule puis il a lancé une charge et poursuivi un pastor, les deux autres sont arrivés à la rescousse. L’ours a reculé puis lancé une nouvelle et ultime charge avant de s’en aller au pas et de disparaitre. […]». Pendant environ 2 heures, l’ours fait des tentatives pour passer la crête et aller aux brebis, mais à chaque fois le chien s’est interposé entre lui et le troupeau, l’ours finit par abandonner ».

La protection idéale des troupeaux réside dans la présence d’un berger, de pastors, de clôtures et d’éviter que le troupeau se disperse en petits groupes.

Géricault - Combat de chiens et d'ours (1812) © Wikipedia
Géricault – Combat de chiens et d’ours (1812) © Wikipedia

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Pays de l’ours – ADET 
Chien de montagne des Pyrénées, Woopets
Chien de montagne des pyrénées
20 races de chiens de montagne
Le Berger des Pyrénées : 0 races de chiens de montagne




Ferdinand Foch (1851-1929)

Ferdinand Foch (1851-1929) est né à Tarbes. Après une carrière militaire brillante, en mars 1918, Clémenceau le charge de coordonner l’action des troupes françaises et britanniques. Il devient Maréchal de France en 1918.

Ferdinand Foch choisit l’armée

Maison natale de Ferdinand Foch, rue de la Victoire à Tarbes © Wikipedia
Maison natale de Ferdinand Foch, rue de la Victoire à Tarbes © Wikipedia

Ferdinand Foch est le fils de Bertrand Foch, originaire de Valentine (Haute-Garonne) et secrétaire général de la préfecture des Hautes-Pyrénées au moment de sa naissance, et de Marie Dupré, originaire d’Argelès-Gazost (Hautes-Pyrénées). La famille est nombreuse (sept enfants) et il est le sixième. La famille suit le père lors de ses mutations successives. C’est d’abord Montréjeau, puis Rodez et Lyon. À chaque fois, Ferdinand étudie dans les plus grands collèges.

En 1870, il se trouve à Metz où il prépare son entrée à l’école Polytechnique. Cependant, c’est la guerre contre les Prussiens. Alors, il décide de s’engager au 4ème régiment d’infanterie qui n’a pas le temps de se battre.

Germain Foch (1889-1914)
Germain Foch (1889-1914) © Nos ancêtres les Poilus

L’année suivante, après la guerre, il intègre l’école Polytechnique (il en sortira en 1873) et devient officier d’artillerie au 24ème régiment d’artillerie de Tarbes. Nommé capitaine en 1879, il part pour Paris au dépôt central de l’artillerie à Paris.

En 1883, le jeune officier épouse Julie Bienvenüe (1860-1950) avec qui il aura deux filles et deux garçons dont le premier, Jules, ne survivra pas, et le deuxième, Germain sera tué d’une balle au front lors de son premier combat à Ville Houdlémont.

Ferdinand Foch, collégien, polytechnicien, capitaine d’artillerie, général de brigade © Loucrup65.fr

Ferdinand Foch, une carrière militaire exemplaire

Foch, colonel, chef de corps du 35e régiment d'artillerie (1903) © Wikipedia
Foch, colonel, chef de corps du 35e régiment d’artillerie (1903) © Wikipedia

Les choses vont vite : colonel en 1903 puis général en 1907, il prend en 1913 le commandement du 20ème corps d’armée basé à Nancy. Entre-temps, il enseigne à l’école militaire et se fait remarquer pour son analyse critique des guerres napoléoniennes et de la guerre de 1870.

 

 

 

 

 

Émile Combes (1835-1921) © Wikipedia
Émile Combes (1835-1921) © Wikipedia

Pourtant, sa carrière aurait pu être courte. En effet, le gouvernement est anticlérical et un frère de Ferdinand Foch est jésuite. Lui-même a étudié dans des collèges jésuites. De plus, il se trouve mêlé à « l’affaire des fiches » qui éclate en 1904, dans laquelle tous les officiers sont fichés. Ces fiches prennent le pas sur les dossiers militaires. L’affaire provoque d’ailleurs la chute du gouvernement d’Émile Combes.

La guerre de 1914-1918

Carte de la Bataille de Lorraine du 5 août 1914 au 15 septembre 1914 © Wikipedia
Carte de la Bataille de Lorraine du 5 août 1914 au 15 septembre 1914 © Wikipedia

Lorsque la guerre se déclare, Ferdinand Foch commande le 20ème corps d’armée de Nancy, sous les ordres du général aveyronnais Édouard de Castelnau, un fin lettré qui a même été mainteneur des jeux Floraux de Toulouse (plus vieille académie de lettres de France).

Il participe à la bataille de Lorraine des 19 et 20 aout, empêche des Allemands de franchir la Meurthe et protège Nancy. Il s’y fait remarquer pour son esprit d’offensive ; cela étonne particulièrement les Allemands alors que les troupes françaises perdent du terrain.

Général Joffre en 1915 (1952-1831)
Général Joffre en 1915 (1852-1931)

À la bataille de Morhange du 20 aout, Foch attaque la ville alors que ses ordres étaient de ne pas bouger et de tenir sa position. Pris dans un piège, les Français reculent. Ferdinand Foch reste sur place, fait donner toute l’artillerie de son 20ème corps d’armée et protège la retraite des soldats. Il commande, dit-on, en fumant le cigare. Le 28 aout, le général Joffre l’appelle pour le promouvoir. Pourtant, c’est à la suite de cette bataille qu’on désignera les soldats du 15ème corps, tous méridionaux, comme les responsables de la défaite.

Ferdinand Foch commande maintenant la IXe armée pendant la bataille de la Marne. Il coordonne déjà les armées françaises, britanniques et belges. Il aurait dit : « Pressé fortement sur ma droite, mon centre cède, impossible de me mouvoir, situation excellente, j’attaque ». Et il repousse toutes les attaques des Allemands.

Toutefois, sa doctrine de l’attaque provoque d’énormes pertes, alors on le relève de son commandement en 1916. Mais il revient l’année suivante comme chef d’état-major général affecté aux opérations inter alliées. On l’envoie en Italie après la défaite italienne de Caporetto.

Foch, généralissime de toutes les armées

Le 26 mars 1918, Ferdinand Foch est chargé de la coordination des troupes françaises et anglaises avec le titre de généralissime. À Doullens, petite ville de Picardie, le Président Raymond Poincaré, le président du Conseil Georges Clémenceau, les généraux Pétain et Weygand, ainsi que l’état-major britannique, prennent la décision. Plus tard, ils étendent ses pouvoirs à l’Italie.

Georges Clémenceau dira : « Je me suis dit : Essayons Foch ! Au moins, nous mourrons le fusil à la main ! J’ai laissé cet homme sensé, plein de raison qu’était Pétain ; j’ai adopté ce fou qu’était Foch. C’est le fou qui nous a tirés de là ! ».

Mairie de Doullens (80600) - Salle de réunion du 26 avril 1918 pour un commandement unique des troupes françaises et britanniques © Office de Tourisme du Territoire Nord Picardie
Mairie de Doullens (80600) – Salle de la réunion du 26 mars 1918 pour un commandement unique des troupes françaises et britanniques © Office de Tourisme du Territoire Nord Picardie

Car Foch a une puissante force de conviction, une grande énergie, associées à des principes et des modes d’action forts.

Les bâtons de maréchal de de Grande-Bretagne, de France et de Pologne (de g. à dr.) © Wikipedia
Les bâtons de maréchal de Grande-Bretagne, de France et de Pologne (de g. à dr.) © Wikipedia

D’ailleurs, Foch bloque toutes les offensives allemandes. Grâce à son offensive générale, il contraint les Allemands à demander l’armistice. Et il fait partie des signataires de l’accord dans la clairière de Rethondes.

Ferdinand Foch est fait maréchal de France en 1918, maréchal du Royaume-Uni en 1919, maréchal de Pologne en 1923. Il est nommé à l’académie des Sciences, puis à l’académie française. Que d’honneurs pour ce soldat tarbais !

Lors du traité de Versailles, il s’écrie : « Ce n’est pas une paix, c’est un armistice de vingt ans ». Hélas, la suite lui donnera raison.

Ferdinand Foch écrit un ouvrage : Mémoires pour servir à l’histoire de la guerre de 1914-1918, Des principes de la guerre, qui sera publié après sa mort : Le Mémorial de Foch (résumé de son testament politique et militaire).

La visite triomphale à Tarbes du Maréchal Foch

Foch est invité dans tous les pays. Il y donne des conférences, y préside des cérémonies officielles militaires ou civiles, y parraine des œuvres de charité.

Arrivée du Maréchal Foch à la Mairie de Tarbes © Loucrup.65.fr
Arrivée du Maréchal Foch à la Mairie de Tarbes le 27 septembre 1919 © Loucrup65.fr

Mais il n’oublie pas son département de naissance, ni Tarbes où il fait une tournée triomphale de trois jours en 1919. Il arrive le 27 septembre à la gare de Tarbes, acclamé par une foule immense massée le long du parcours qui le mène à la mairie.

Après les discours et les réceptions de personnalités, il inaugure le monument aux morts, alors situé place de Verdun. S’ensuit un grand banquet.

Il va ensuite à Lourdes pour une visite privée. Là, il assiste à la messe dans la basilique et se recueille dans la grotte. De retour à Tarbes, il va visiter l’hôpital, puis sa maison natale.

Le lendemain, il se rend à Argelès-Gazost pour diner chez des amis. Il s’arrête à Ossun et à Lourdes pour une réception dans les hôtels de ville. Il part ensuite pour Arreau inaugurer une plaque sur la maison de sa grand-mère maternelle. Pour l’occasion, on baptise l’école d’Arreau, école Maréchal Foch.

Il franchit ensuite le col d’Aspin et se rend à une réception au casino de Bagnères. Le 2 octobre, il part pour Valentine (Haute-Garonne).

Partout des foules immenses sont venues l’acclamer. À coup sûr, elles gardent dans leur mémoire cette visite inoubliable.

Que reste-t-il de Ferdinand Foch ?

Tombeau du Maréchal Foch aux Invalides
Tombeau du Maréchal Foch aux Invalides

Ferdinand Foch meurt à son domicile parisien le 20 mars 1929. Des obsèques nationales ont lieu. Il repose aux Invalides depuis 1937. Le souvenir du Maréchal Foch est encore très présent.

On baptise de son nom des bâtiments publics et des voies publiques. Rares sont les villes à ne pas l’avoir fait. On en retrouve même dans les anciens pays alliés, en Grande-Bretagne, au Canada et même en Pologne ou en Équateur. L’Afrique du Sud nomme une ville Fochville.

De grands bâtiments de guerre portent son nom. Un porte-avion en France.

Statue équestre du Maréchal Foch à Tarbes
Statue équestre du Maréchal Foch à Tarbes

On érige un peu partout des statues, le plus souvent équestres. À Tarbes, bien sûr, mais aussi à Saint-Gaudens, à Londres, à Paris et sur les lieux des principales batailles auxquelles il a participé.

Tarbes lui consacre un musée dans sa maison natale. Ses papiers personnels sont conservés aux Archives Nationales, cote 414AP.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)

Références

Ferdinand Foch sur Wikipedia
Foch à Tarbes
Chemins de mémoire  (divers articles consacrés au maréchal Foch).:
Ministère de la défense : www.terremag.defense.gouv.fr.
Le mémorial de Foch : mes entretiens avec le maréchal, Raymond Recouly, 1932, Gallica
Escola Gaston Febus : 14 – 18 vue par les Gascons : Le choc du retour à la maison




Le chemin de la mâture

Louis XIV décide de construire une flotte de guerre. Mais les conflits rendent difficile l’approvisionnement en bois des pays du nord. Alors, Colbert fait exploiter les forêts pyrénéennes, riches en espèces de toute sorte.

La Marine royale

Avant Louis XIV, la flotte n’est pas une préoccupation de la France. La Marine compte peu de vaisseaux mais pour ses besoins, il suffit de louer des bateaux ou de confier des missions à des armateurs privés.

Inspiré par Colbert (1619-1983), Louis XIV décide de doter la France d’une flotte aussi puissante que celles de la Hollande ou de l’Angleterre. En 1671, il fixe les effectifs de la flotte à 120 vaisseaux, 22 frégates et 38 bâtiments de charge pour la logistique des escadres. Auxquels s’ajoutent 40 galères pour des missions d’escorte ou de reconnaissance en Méditerranée.

L'approvisionnement en bois de l'Arsenal de Toulon en 1670 avec un vaisseau en construction © Wikipedia
Arsenal de Toulon en 1670 avec un vaisseau en construction © Wikipedia

L’effort est considérable. De 1689 à 1693, on construit 17 vaisseaux par an. Or, les arsenaux ne peuvent pas suivre le rythme. Alors, il faut acheter des bateaux en Hollande ou au Danemark.

Le Royal-Louis, vaisseau de premier rang de plus de 100 canons lancé en 1668. © Wikipedia
Le Royal-Louis, vaisseau de premier rang de plus de 100 canons lancé en 1668. © Wikipedia

Pourtant, dès 1691, la flotte compte 120 vaisseaux de premier et de 2ème rang. Ils ont trois ponts et de 80 à 100 canons. Précisons qu’il existe six rangs de navires caractérisés par le nombre de canons. Les bâtiments du 6ème rang n’en ont que 20.

La flotte nécessite des approvisionnements qu’il faut maitriser : bois, chanvre, canons, cuivre, fer, goudron, etc. La France achète la plupart de ces fournitures en Espagne, aux Pays-Bas, en Suède ou en Allemagne.

On mesure l’effort à accomplir pour devenir autonome ! C’est ce qui explique la législation sur les forêts qui doivent être exploitées et renouvelées pour fournir le bois nécessaire. La France est autosuffisante pour le bois de chêne et de hêtre mais doit importer du sapin de la Baltique.

L’exploitation du bois des Pyrénées

Les forêts du Béarn et le chemin de la mâture
Les forêts et le chemin de la mâture en Béarn @ Union Scientifique d’Aquitaine

Les forêts pyrénéennes sont riches en essences nécessaires pour la Marine. Les rivières permettent le flottage du bois. Celui des forêts du Comminges flotte sur la Garonne jusqu’à Bordeaux. Celui des forêts de Béarn flotte sur le Gave et l’Adour jusqu’à Bayonne.

Les sapins feront des mâts de navires, les hêtres serviront aux poutres et aux avirons, le buis pour les essieux de poulies.

Ainsi, l’exploitation du bois des forêts béarnaises débute en 1677 dans la forêt de Lhers, en vallée d’Aspe. La forêt est vite épuisée et l’exploitation se porte sur celle d’Issaux. On descend les futs de sapin de 30 mètres sur des glissières au moyen de cordes puis on les transporte sur des attelages de bœufs jusqu’à Athas. Là, on les assemble en radeaux qui descendent le Gave par flottage jusqu’à Bayonne. Les radeleurs sont des Commingeois.

"Cette Planche fait voir la vue d'une glissoire pour l'extraction des mâts. On voit en AA des cabanes pour les ouvriers" (Planche IV du Mémoire de Leroy © Gallica)
« Cette Planche fait voir la vue d’une glissoire pour l’extraction des mâts. On voit en AA des cabanes pour les ouvriers » (Planche IV du Mémoire de P-M Leroy © Gallica)

C’est la société Forcade d’Oloron qui est en charge de l’exploitation du bois depuis 1758. Elle recrute 130 ouvriers, sans compter les radeleurs, construit un moulin à scie à Athas et agrandit le port d’où partent 300 radeaux par an.

En 1764, c’est le sieur d’Arripe qui reprend l’exploitation des bois. Mais il fait faillite en 1765, et, finalement, la Marine la prend en charge directement sous la direction de l’ingénieur Paul-Marie Leroy (1733-1795).

Lorsqu’il n’y a plus de bois dans la forêt d’Issaux, c’est le tour de la forêt du Pacq, entre Etsaut et Urdos. Seulement, pour descendre le bois, il faut traverser le ravin du Sescoué barré par une falaise abrupte.

Alors, Paul-Marie Leroy fait tailler le chemin de la mâture à flanc de falaise.

Le Mémoire de Paul-Marie Leroy

Mémoire de Paul-Marie Leroy paru à Londres en 1776 © Gallica
Mémoire de Paul-Marie Leroy paru à Londres en 1776 © Gallica

Paul-Marie Leroy publie en 1776, un Mémoire sur les travaux qui ont rapport avec l’exploitation de la mâture dans les Pyrénées. Un mémoire qu’il a envoyé au magistrat et botaniste Malesherbes.

L’ouvrage commence par une remarquable description des Pyrénées qui est une des premières à être publiées. Il y décrit la qualité des arbres, les insectes ravageurs et toutes les opérations de la mâture jusqu’à l’arrivée des bois à Bayonne.

Paul-Marie Leroy mentionne même un « yéti » pyrénéen aperçu dans la forêt d’Iraty :  » Cet homme étoit de grande taille, velu comme un ours, alerte comme les hisars, d’une humeur gaie, avec l’apparence d’un caractère doux, puisqu’il ne faisoit de mal à rien. » Peut-être pouvons-nous le rapprocher de la légende de Jean de l’ours ?

Un travail pénible et dangereux

Les ouvriers sont des Basques. La vie est rude : « Chacun apporte le lundi sa provision de farine de milloc ou bled de Turquie pour la semaine ; à l’heure du repas, ils en délayent un peu avec de l’eau dans une gamelle de bois ou sur un copau, & en forment un gâteau qu’ils font cuire sous la cendre ; quelques-uns font le soir un peu de soupe avec de l’eau, du sel, et des feuilles d’ortie blanche ou de mauve sauvage. Ils couchent sur le lieu du travail dans des huttes de cinq a six pieds d’élévation formées de mauvaises planches, d’écorces d’arbres, ou de débris des sapins qu’ils ont abattus ; ils les adossent à quelque rocher s’il s’en trouve & font du feu devant l’ouverture : on leur délivre une couverture de laine pour deux ; le lit est formé de branches de sapins ».

Reconstitution d'un train de bois à la fête annuelle des radeleurs © Union Scientifique d'Aquitaine
Reconstitution d’un train de bois à la fête annuelle des radeleurs © Union Scientifique d’Aquitaine

Le travail est dangereux : « On sent combien il est difficile de manœuvrer dans des lieux où il est souvent impossible aux ouvriers de se communiquer les uns les autres, même de s’y tenir, aussi ne peut-on pas toujours empêcher les accidens : on a vu quelques fois les câbles se rompre, des pièces s’échapper avec rapidité, tourner sur elles-mêmes dans toute leur longueur en décrivant un cercle, s’aller briser en éclats, ou s’enfoncer de dix-huit pieds en terre , de manière qu’on ne pouvoit les en tirer qu’en les coupant ».

Les chemins de la mâture

"Dans cette planche, on a représenté les trains à transporter les Mâts" (Pl V du Mémoire de Leroy © Gallica)
« Dans cette planche, on a représenté les trains à transporter les Mâts » (Planche V du Mémoire de P-M Leroy © Gallica)

Pour transporter le bois jusqu’à Athas, des chemins de la mâture sont tracés dans la forêt. La pente est raide et les chemins bordent souvent des précipices.

On utilise des bœufs : « on en attèle jusqu’à quinze paires aux pièves d’un échantillon considérable ; on choisit les plus robustes pour le timon de devant, car il n’y a que cette paire qui tire ; ceux de derrière qui ne sont destinés qu’à retenir, arboutent les jambes de devant, & s’acculent tout à fait sur le derrière, puis se laissent glisser tant que le chemin descend ».

Mais il faut franchir le ravin du Sescoué bordé de falaises abruptes. Alors, Paul-Marie Leroy trouve une solution : creuser la falaise. Taillé à même la roche, le chemin mesure 4 mètres de haut, 4 mètres de large sur une longueur de 900 mètres. Il permet le passage des attelages de bœufs.

Le creusement de la falaise

Le chemin de la Mâture
Le chemin de la Mâture © Wikipedia

Le creusement se fait à partir des deux extrémités. On suit une règle en bois plantée sur le rocher qui donne la pente à respecter.

Paul-Marie Leroy nous explique comment on s’y est pris : « Pour l’exécution, on fut d’abord obligé dans certains endroits de suspendre des hommes avec des cordes, pour aller percer des trous et y poser des fleurets, qui servissent ensuite d’échafaudages ; ou bien ils descendoient par des échelles suspendues, soit pour tirer des mines ; ou travailloient sur des échafauds très élevés, soutenus par des échelles dont les pieds posoient sur les bords du précipice : souvent même il falloit se renverser au dehors ; pour passer d’un côté de ces échelles à l’autre. On sent bien qu’il falloit pour cela des ouvriers déterminés ».

Pour creuser le chemin, « On a eu attention, autant qu’il a été possible, de commencer cette trace par le haut du cintre de la demi voute, parce qu’il étoit ensuite plus facile de creuser & de s’élargir en baissant, chaque mine faisant sauter à droite & à gauche de son trou & par conséquent tendant toujours à baisser ».

C’est un travail considérable et les travaux de creusement se terminent en 1772. Six ans plus tard, en 1778, l’exploitation du chemin cesse parce qu’il n’y a plus de bois à couper. Toutefois Les forêts de la vallée d’Ossau resteront exploitées jusqu’en 1792.

Aujourd’hui, le GR 10 emprunte le chemin de la mâture. Et depuis juin 2021, une passerelle suspendue permet d’enjamber la vallée du Gave pour rejoindre le fort du Pourtalet.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)

Références

Les bois pyrénéens pour la politique royale, Escòla Gaston Febus
Liste des vaisseaux de Louis XIV, Wikipedia
Robert CHEVET, L’utilisation du bois des Pyrénées pour la construction navale sous l’Ancien Régime, mars/avril 2010
Les Chemins de la Mâture en vallée d’Aspe, Wikipedia
Paul-Marie LEROY, Mémoire sur les travaux qui ont rapport à l’exploitation de la mâture dans les Pyrénées, 1776.
Pierre Chimits, L’exploitation des forêts pyrénéennes par flottage




E d’on ètz? D’où êtes-vous ?

Lorsque deux Gascons se rencontrent, l’un d’eux pose inévitablement la question : E d’on ètz? (D’où êtes-vous ?) Contrairement à ce que l’on peut croire, la réponse n’est pas toujours aisée tant les références aux noms des communes sont nombreuses.

Les noms des communes anciens

On connait bien l’adage : « Chaque homme a deux patries, son village et son pays ». Autrefois, on s’identifiait en disant, par exemple : « Je suis de Saint-Justin en Pardiac ». Comme il existe plusieurs Saint-Justin en Gascogne, le fait de préciser « en Pardiac » évitait toute confusion.

Garos (64), un nom de commune d'origine aquitaine
Mairie de Garos (64)

Le nom des communes est parfois très ancien. Et l’étude de leur origine, la toponymie, nous renseigne. La racine gar (pierre) a donné Garos, Caresse ou Ger. Certains ont une racine aquitaine. La racine os donne Angos, Andernos, Arengosse ou Urdos. La racine ixon donne Luchon ou Arcachon.

Les noms d’origine romaine se terminent en ac ou an : Arzacq, Aurignac, Floirac, Pessac, Nérac, Corneillan, Marsan, Sabazan, Barbazan, Aureilhan, etc. Puis, les progrès du christianisme à partir du Ve siècle multiplie les noms de saints : Saint-Sauveur, Saint-Pé, Saint-

Martin, Saint-Paul, Saint-Avit, Saint-Orens, Saint-Sardos, etc.

Castera-Verduzan (32), un nom de commune qui se réfère à un ouvrage de défense
Castera-Verduzan (32)

Les paroisses sont de plus en plus nombreuses à partir du XIe siècle. Alors, leur nom vient de lieux de défense : casterar (Castéra-Verduzan, Castets en Dorthe, Castillon-Savès, Castelnau d’Anglès, Lamothe-Gondrin), de hauteurs naturelles : mont (Montcrabeau, Mont, Montagut, Montaner), de la nature du sol (Argelès, Lagrave, Labarthe), de la végétation (Bedous, Lacassagne, Haget).

Le mouvement des Sauvetés, initié par l’Église, engendre des Sauveterre. Ou encore, les bastides portent le nom de villes étrangères célèbres (Plaisance, Cologne, Bruge, Gan) ou celui de leur fondateur (Rabastens, Marciac, Créon).

En tous cas, les Gascons sont très attachés à leur communauté, d’autant que, bien souvent, s’y rattachent des droits particuliers que personne ne veut voir aliéner.

Les noms de communes révolutionnaires

Les noms "révolutionnaires" des communes du Gers
Les noms « révolutionnaires » des communes du Gers

La Révolution française de 1789 amène de profonds bouleversements. En effet, il faut faire disparaitre tout ce qui rappelle l’Ancien Régime et la religion. Alors, on efface les fleurs de lys sur les meubles et sur les édifices, on casse les statues. Dès le 21septembre 1792, des municipalités annoncent à la Convention leur désir de changer de nom pour prendre une dénomination républicaine.

C’est surtout d’octobre 1793 à juillet 1794, pendant la déchristianisation, que les changements de nom sont les plus nombreux. Et les nouveaux noms font référence aux vertus révolutionnaires : Saint-Jean-le Comtal (32) devient Vertu-sur-le-Sousson, Villecomtal (32) devient Pont-Libre, Saint-Arroman (32) devient Egalité-Sousson, Saint-Paul-les-Dax (40) devient Bonnet-Rouge, Villefranque (64) devient Tricolor, Sainte-Foy-la-Grande (33) devient Bonne-Foy.

Jean-Paul Marat inspire les révolutionnaires pour attribuer de nouveaux noms aux communes
Jean-Paul Marat inspire les révolutionnaires

Les révolutionnaires ne sont pas oubliés et c’est Marat qui se taille la part du Lion : Sainte-Arailles (32) devient Marat, Mont-de-Marsan (40) devient Mont-Marat, Castelmoron d’Albret (33) devient Castel-Marat. Les situations géographiques sont mises à profit : Saint-Justin (32) devient Bel-Endroit, Castets (40) devient Cap-de-la-Côte-Verte, Saint-Frajou (31) devint Belle-Serre. Les Montagne et Mont sont nombreux : Roquelaure (32) devient La Montagne, Saint-Sever (40) devient Mont-Adour, Castelnau-Rivière-Basse (65) devient Mont-Louet.

 

Saint-Girons devient Lunoque sous la Révolution
Saint-Girons devient Lunoque sous la Révolution

Ne résistons pas à quelques noms savoureux : Le Houga (32) et Saint-Simphorien (33) deviennent La-Hure, Capbreton (40) devient Capbrutus, Saint-Jean de Luz (64) devient Chauvin-le-Dragon, Saint-Girons (09) devient Lunoque.

Certaines communes changent plusieurs fois de nom en peu de temps, suite aux rapides successions de municipalités. Fort heureusement pour s’y retrouver, Napoléon Bonaparte y met un terme. Toutes les communes ne s’exécutent pas et c’est Louis XVIII, en 1814, qui met un point final à la récréation.

Les chafres gascons

Comme si cela ne suffisait pas, c’est une tradition bien gasconne que de donner un chafre ou sobriquet aux habitants des villages.

Ils sont rarement le fruit du hasard. Ils résultent d’une caractéristique physique, d’un environnement particulier ou d’un métier généralement pratiqué par les habitants.

Aas (64) le village des silauires
Aas (64), le village des siulaires

Les habitants d’Aas sont les siulaires (ils sifflent des phrases pour se faire comprendre d’une montagne à l’autre), ceux d’Antin sont des tistalhaires (fabricants de tistalhs – paniers), ceux d’Asté sont des saumetèrs (éleveurs d’ânes) ou encore los tavans (les taons). Ceux de Mimizan sont des malhons (oiseaux de mer).

Des chafres sont communs à beaucoup de communes. Los vinhatèrs désigne les habitants des communes qui produisent du vin. Los camparolèrs s’appliquent à des communes isolées dans les bois et dont les habitants ramassent les champignons. Moins gentiment,  los mossurs ou los mossurets désignent les habitants maniérés, los limaquèrs désignent les habitants peu dégourdis ou mous comme des limaces.

Le Moulin de Camalès (65), le village des camas lestes
Le Moulin de Camalès (65), le village des camas lestes

En fait, le Gascon aime les bons mots. Les habitants de Les habitants de Camalès sont les camas lèstes.. Lorsqu’on dit recomendar a Nosta-Dauna de Cama lèsta, c’est s’enfuir à toutes jambes. On dit aussi A Gan, que’vs dan tot en pagant (à Gan, on vous donne tout en payant). Les habitants seraient-ils réputés un peu pingres ?

S’ils sont humoristiques, les chafres sont parfois plus méchants. En parlant des Lavedanais, on dit Gens de Labedan, meitat gens e meitat cans (Gens du Lavedan, moitié personnes et moitié chiens). On dit aussi A Baiona, tot que’s dona ! Quan arribatz, tot qu’ei dat (À Bayonne, tout se donne ! Quand vous arrivez, tout est donné).

Le gentilé

Compliquons un peu plus l’affaire. Le gentilé est le nom donné aux habitants d’une commune.

Son emploi n’est prévu par aucun texte. C’est surtout le fait d’érudits locaux français qui utilisent le plus souvent les suffixes -ain, -ais, -ien, -ois. Un habitant de Tarbes est un Tarbais, celui de Mont-de-Marsan est un Montois, celui de Tartas est un Tarusate, celui de Gabaston est un Gabastonnais.

Certains gentilés sont un peu plus originaux. Un habitant de Montesquiou est un Montesquivais, celui de Pey est un Peyreutch dans lequel on retrouve le gascon des Landes, celui de Bias est un Biassut, celui de Bretagne de Marsan est un Breton (mais pas de Bretagne !), celui de Castel-Sarrazin est tout simplement un Sarrazin. Enfin, un habitant de Cours les Bains est un Bennicoursain.

Après tout, attribuer un gentilé aux habitants d’une commune n’est a priori pas si compliqué. Sauf que le pouvoir politique favorise la fusion de communes. La commune de Cazaux-Fréchet-Anéran-Camors (Hautes-Pyrénées) est issue de la fusion de quatre communes en 1978. Le gentilé de ses habitants est les Cazauziens. Heureusement que les habitants des trois autres anciennes communes ne sont pas susceptibles ! Imaginez qu’il ait fallu les appeler les Cazaux-Fréchetois-aneranais-camoriens …..

Autre exemple, les habitants d’Ayros-Arbouix (Hautes-Pyrénées) issue d’une fusion en 1846 sont les Aybousois. Pas de jaloux cette fois-ci.

Pour un instant récréatif, essayez de donner un gentilé aux habitants de Petit-Palais-et-Cornemps (33) ou à ceux de Taron-Sadirac-Viellenave (64).

Les communes du Gers en gascon (extrait)
Les communes du Gers en gascon (extrait)

Mes d’on ètz alavetz? Mais d’où êtes-vous alors ?

Un nom de commune qui change dans le temps : Osmets (65) aujourd'hui, Ausmets sur la carte Cassini (XVIIIè. s.)
Osmets (65) aujourd’hui, Ausmets sur la carte Cassini (XVIIIe. s.)

Le bon sens des Gascons ne donne pas de noms particuliers aux habitants des communes, en dehors des chafres, bien sûr. Mais c’est juste pour rire un peu…

Alors, pour désigner les habitants d’une commune, on dit tout simplement los de… / ceux de…
En peu de mots, tout est dit.

Allez, pour finir, notons que beaucoup de communes gasconnes mettent la double signalisation française et gasconne à l’entrée de leur commune. Par exemple, vous avez le choix entre les Osmetsiens (65) en français ou los d’Ausmets en gascon.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)




L’Ormée ou la république de Bordeaux

Bordeaux redevient française en 1453. Mais, indocile, la ville se rebelle souvent. Puis, pendant la Fronde des princes qui ravage la Gascogne, elle s’érige en République de l’Ormée.

Bordeaux redevient française

Depuis Aliénor, Bordeaux est anglaise. Les rois d’Angleterre accordent d’importants privilèges à la ville. Alors, son port est florissant. Les vins s’exportent vers l’Angleterre et la Hollande. D’ailleurs, marchandises et voyageurs qui relient l’Angleterre et la Gascogne, transitent par Bordeaux et son port.

Bordeaux, le Palais de l'Ombrière
Bordeaux, le Palais de l’Ombrière

Mais le 17 juillet 1453, Charles VII bat les Anglais à Castillon. Un traité est conclu le 9 octobre et Bordeaux redevient française. Dans les actes officiels, le français remplace le gascon. Et la ville, qui a soutenu les Anglais, se voit infliger une lourde amende et suspendre ses privilèges. Refusant les Français, 2 000 Bordelais partent en Angleterre.

Bordeaux, le Château Trompette
Bordeaux, le Château Trompette

Pour calmer le jeu, les Français rétablissent la Jurade en 1454, encouragent les activités commerciales, construisent les forts du Hâ et du château Trompette en 1459 pour défendre la ville, mais aussi pour la surveiller.

Puis, en 1462, Louis XI rend ses privilèges à la ville et établit un Parlement qui s’installe au palais de l’Ombrière. Son nom est dû aux rangées d’ormes, l’arbre des gascons, qui mènent au palais.

Enfin, en 1475, le port est de nouveau ouvert au commerce avec l’Angleterre. Mais le commerce n’est pas aussi florissant ! La pression royale et sa fiscalité, toujours plus lourde, mécontente les bourgeois.

Bordeaux, l’insoumise

Henri II de France (1519-1559) s'attaque à Bordeaux
Henri II de France (1519-1559)

En 1548, le roi Henri II veut établir la gabelle, alors que la province en est exemptée. Bordeaux se rebelle. Et les émeutiers massacrent le gouverneur et des officiers de la gabelle. En riposte, une armée royale prend la ville, pend 200 personnes. La ville perd ses privilèges, le Parlement est suspendu, la ville subit une énorme amende et doit nourrir 10 000 soldats pendant quelques mois. Pourtant, l’année suivante, la gabelle est supprimée. Et l’amnistie est prononcée moyennant une très forte indemnité.

Le duc d’Épernon s'attaque à la rébellion de Bordeaux
Jean-Louis de Nogaret de la Valette, duc d’Épernon

Après une belle période de calme, en 1635, Bordeaux se soulève contre la nouvelle taxe sur les vins. Le redouté duc d’Epernon entre dans la ville avec l’armée royale et pend les meneurs. Toutefois, alors que la disette menace dans le pays, en 1636 et 1638, Bordeaux se révolte contre l’exportation des grains .

Dix ans plus tard, en 1648, le gouverneur d’Epernon organise un chargement de blé pour l’exportation, en prenant une forte taxe sur le grain, alors que la disette règne à Bordeaux. Alors, le Parlement se range du côté des émeutiers. Le 29 décembre, les Bordelais battent les troupes du duc d’Epernon à La Bastide.

Le conflit s’ouvre entre Bordeaux et le duc d’Epernon. Et la ville, qui est le second foyer de contestation après Paris, rejoint la Fronde.

La  Fronde

Mazarin par Pierre Mignard
Mazarin (1602-1661) par Pierre Mignard

La France est en guerre contre l’Espagne. Richelieu augmente la pression fiscale et entreprend une centralisation du pouvoir. Toutefois, à sa mort, le pays espère un répit. Hélas, Mazarin  qui remplace Richelieu en 1643, continue sa politique. Louis XIV est encore mineur.

Mais, à court d’argent, Mazarin crée de nouvelles taxes à Paris : taxe sur la surface des bâtiments, taxe sur les « aisés » (une sorte de taxe sur la fortune), taxe sur les octrois des villes. Et, en 1648, le Parlement de Paris se révolte ; le peuple suit. Aussi, le 6 janvier 1649, la Cour quitte Paris pour Saint-Germain. Mazarin et Condé assiègent Paris. Le traité de Saint-Germain du 1er avril 1649 met fin à la révolte du Parlement.

Bordeaux s’allie aux révoltés

Pendant ce temps, Bordeaux, solidaire du Parlement de Paris, s’est soulevé. Tout d’abord, le duc d’Epernon bat les Bordelais à Lormont et à Libourne. La flotte royale, appelée, fait un blocus de la ville. Les Bordelais prennent le fort du Hâ et le château Trompette. Et ils confisquent les impôts royaux !

Anne d'Autriche vers 1660 (1601 - 1666)
Anne d’Autriche vers 1660 (1601-1666)

Anne d’Autriche, qui gouverne pendant la minorité de Louis XIV, négocie. Elle offre l’amnistie aux Bordelais et promet de démolir les fortifications de Libourne. Enfin, on signe la paix le 7 janvier 1650.

Condé est arrêté en janvier 1650. La princesse de Condé et son fils s’enfuient. Ils rentrent dans Bordeaux qui leur réserve un accueil enthousiaste. La ville, toujours en lutte contre le duc d’Epernon, rejoint la Fronde des princes.

Le duc d’Epernon est relevé de son commandement et exilé à Dijon. L’armée royale avance sur Bordeaux. Le 1er aout, elle arrive à Libourne et ravage le pays bordelais :

Aquets bilains, traitres, soudards
Gasten bignes, gasten lous blats
Nou laisson ny po ny chataigne. 

Ces vilains, traitres, soudards
gâtent les vignes, gâtent les blés
ne laissent ni pot ni châtaigne.

La paix est signée le 28 septembre.

L’Ormée de Bordeaux

Le Grand Condé rejoint la sédition de la République de l'Ormée
Le Grand Condé (1621-1686)

Condé est libéré. Le 22 septembre 1651, il arrive à Bordeaux et rallie la Guyenne à son nom. Mais Condé se fait battre à Cognac, le 15 novembre, et s’enfuit. Il met le siège devant Paris.

À Bordeaux, 3 000 personnes se regroupent devant l’hôtel de ville. La foule se dirige vers l’Ormée, cette fameuse promenade plantée d’ormes. Les réunions sont houleuses et le peuple s’en prend aux grands qui jouissent de privilèges et que l’on accuse de détourner l’argent public.

En mars 1652, l’Ormée adresse des remontrances au Parlement qui a promis d’envoyer 1 200 hommes à Condé devant Agen. Car, seulement 400 sont arrivés. L’Ormée offre de cotiser pour faire parvenir les renforts.

En avril, l’Ormée défile quotidiennement dans les rues au son du tambour. Elle désigne ses ennemis qui doivent aussitôt quitter la ville. Le Parlement se range à l’avis de l’Ormée, expulse 9 parlementaires en se gardant bien de faire exécuter l’arrêt. L’Ormée va chez les proscrits leur signifier l’ordre d’expulsion. Alors, le Parlement interdit les réunions de l’Ormée.

La montée en puissance de l’Ormée

La Porte Cailhau
La Porte Cailhau

Les membres de l’Ormée mettent des branches d’orme à leur chapeau. C’est le signal de la révolte. Dirigée par l’abbé Geoffroy Gay, l’Ormée envahit le palais de l’ombrière et retient les parlementaires prisonniers. Elle casse son arrêt d’interdiction de se rassembler.

Étonnamment, Condé demande à l’Ormée de respecter le Parlement. Sa lettre suscite un tollé général. Le 24 juin, des combats ont lieu dans les rues avec la milice bourgeoise. Ils prennent d’assaut l’hôtel de ville et l’arsenal. Le 27 juin, l’Ormée créée des institutions de gouvernement et intervient dans la nomination des nouveaux jurats de Bordeaux. Désormais, l’Ormée gouverne à Bordeaux.

Mais le roi entre dans Paris le 21 octobre 1652. En juillet 1653, fait ouvrir les portes de Bordeaux et reprendre l’hôtel de ville. Le drapeau royal remplace alors le drapeau rouge. Le roi entre dans Bordeaux, le 3 aout. On condamne à mort les meneurs.

Bordeaux murmure encore

Les Bordelais sont-ils calmes ? Pas si sûr. En 1675, le roi augmente des taxes, dont celle du papier timbré, requis pour retenir les actes authentiques. Bordeaux se soulève une fois encore, le 26 mars.

Le 29 mars, les paysans des environs arrivent à Bordeaux pour prêter main-forte aux émeutiers. Sous la pression populaire, le Parlement suspend les nouvelles taxes royales. Le calme revient le 30 mars.

Le roi qui n’a pas les moyens de reprendre la ville en mains déclare l’amnistie générale. Le Parlement est cependant exilé à Condom et Bordeaux doit loger plusieurs régiments.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée

Références

La Fronde en Gironde. L’Ormée, un mouvement révolutionnaire 1648-1654, Hélène Sarrazin, 1996.
Le grand retour dans le royaume de France




Frédéric Bastiat, un économiste libéral

Nul n’est prophète en son pays. Cet adage se vérifie encore pour Frédéric Bastiat (1801-1850), économiste libéral du XIXe siècle. Il est étudié à l’étranger mais il est presque inconnu chez nous.

Entre Chalosse et Bayonne

Frédéric Bastiat, portrait (1801-1850)
Frédéric Bastiat, portrait (1801-1850)

La famille Bastiat est originaire de Laurède, en Chalosse. Spécialisée dans le petit négoce, elle s’installe à Mugron, puis à Bayonne où nait Frédéric Bastiat le 30 juillet 1801. Malheureusement, sa mère, malade, meurt en 1808. Son père, ruiné, rentre à Mugron où il décède en 1810.

Frédéric Bastiat est alors recueilli par sa tante. Il étudie à Bayonne, au collège de Saint-Sever et à l’abbaye de Sorèze dans le Tarn. À 17 ans, il rentre à Bayonne pour travailler à la maison de commerce Monclar qui appartient à son oncle. Puis, il finit par s’installer à Mugron. Il en devient conseiller général et juge de paix en 1831.

Frédéric Bastiat se formera avec Le Censeur Européen (1817)
Le Censeur Européen (1817) de Charles Dunoyer et Charles Comte © Gallica

Durant ses études, il lit Le Censeur européen, dont les fondateurs, en 1814, sont Charles Dunoyer et Charles Comte. La revue est un organe d’opposition à la Restauration et prône une version radicale du libéralisme. C’est l’industrialisme qui fait reposer la société moderne sur la maitrise de la nature par l’homme au moyen de la science, de la technique et de la science sociale.

Cette lecture forme la pensée de Frédéric Bastiat. D’ailleurs, il écrit à Charles Dunoyer en 1846 : « Dans mon extrême jeunesse, Monsieur, un heureux hasard mit dans mes mains Le Censeur européen ; et je dois à cette circonstance la direction de mes études et de mon esprit. »

Il ne cesse de combattre le socialisme, le protectionnisme et le colonialisme. En revanche, il promeut le libre-échange et la liberté individuelle.

Bastiat, un économiste reconnu

Frédéric Bastiat fonde le journel Libre-échange
Libre-Échange créé par Frédéric Bastiat © Gallica

Frédéric Bastiat publie son premier article dans le Journal des économistes en 1844 : « De l’influence des tarifs français et anglais sur l’avenir des deux peuples ». C’est un succès ; on lui en demande d’autres. L’intégralité de ses articles est publiée dans Sophismes économiques dont le premier tome parait en 1845.

En 1844, il publie son premier ouvrage Cobden et la ligue qui reprend les discours de Richard Cobden devant la Ligue de Manchester qui prône le libre échange sans aucune régulation. Frédéric Bastiat monte à Paris pour se faire imprimer.

En 1846, il est élu membre correspondant de l’Institut de France. Il devient secrétaire de l’Association pour la liberté des échanges, fonde le journal Libre échange et devient le principal adversaire de la politique protectionniste.

L’homme engagé dans la Révolution de 1848

Frédéric Bastiat sera élu député en 1848 et 1849. "L'Assemblée en récréation". Caricature de Cham représentant l'Assemblée nationale constituante (4 mai 1848 - 26 avril 1849) © Wikipedia
« L’Assemblée en récréation ». Caricature de Cham représentant l’Assemblée nationale constituante (4 mai 1848 – 26 avril 1849) © Wikipedia

La Révolution de 1848 fait tomber la monarchie de Louis-Philippe. Frédéric Bastiat est élu député des Landes à l’Assemblée constituante. Il est réélu en 1849. Ne s’intéressant qu’aux questions économiques, il devient vice-président de la commission des finances.

Libre politiquement, il vote tantôt avec les uns, tantôt avec les autres pour faire passer ses idées. D’ailleurs, il s’en explique devant les électeurs landais dans sa profession de foi pour les élections de 1849 : « Oui, j’ai voté avec la droite contre la gauche, quand il s’est agi de résister au débordement des fausses idées populaires. Oui, j’ai voté avec la gauche contre la droite, quand les légitimes griefs de la classe pauvre et souffrante ont été méconnus. »

Bastiat, défenseur de la liberté individuelle

En 1850, à Mugron, Frédéric Bastiat écrit  La Loi. Il définit ce qu’est la loi, ce qu’elle doit être, son domaine d’application et ses limites.

Pour lui, la loi a pour but de défendre les droits individuels : « Ce n’est pas parce que les hommes ont édicté des Lois que la Personnalité, la Liberté et la Propriété existent. Au contraire, c’est parce que la Personnalité, la Liberté et la Propriété préexistent que les hommes font des Lois ». C’est donc « la force commune organisée pour faire obstacle à l’injustice. »

C’est pour cela qu’il critique ceux, philosophes ou politiques, qui veulent modeler l’humanité selon leurs vœux. Il vise le constructivisme (protectionnisme, socialisme, communisme). Il s’en prend à Bossuet, Fénelon, Montesquieu, Rousseau, Robespierre, Babeuf, Saint-Simon ou Proudhon.

Saint-Simon (1760-1825), Babeuf (1760-1797), Proudhon (1809-1865)
Trois « constructivistes » : Claude de Saint-Simon (1760-1825), Babeuf (1760-1797), Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865)

Pour Frédéric Bastiat, grâce à la loi, ils veulent transformer une matière inerte (le peuple) pour lui donner la forme qu’ils souhaitent. « Ils veulent être bergers, ils veulent que nous soyons troupeau. Cet arrangement présuppose en eux une supériorité de nature, dont nous avons bien le droit de demander la preuve préalable. »

En conclusion, il dit : « Il faut le dire : il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l’humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s’occuper d’elle. »

Bastiat, défenseur du libre-échange

Frédéric Bastiat pense que l’intervention de l’État dans l’économie n’est que l’expression d’une politique d’intérêts de groupes particuliers. Il dira même que « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. »

Caricature de Frédéric Bastiat épinglé par Barbe-rouge.Publiée dans Le Charivari.
Caricature de Frédéric Bastiat épinglé par Barbe-rouge. Publiée dans Le Charivari.

Il publie en 1845 une satire : Pétition des fabricants de chandelle. Les fabricants de chandelles déposent à la chambre des députés une pétition pour être protégés d’un concurrent étranger déloyal : le soleil. Ils demandent qu’on ferme toutes les fenêtres et les lucarnes pour empêcher la lumière du soleil d’entrer. Ce faisant, cela produirait une augmentation de la consommation des lampes et des chandelles et donc de toute l’économie.

Frédéric Bastiat pense que l’Etat doit seulement assurer la justice et la sécurité et laisser les individus interagir librement : « Veiller à la sécurité publique, administrer le domaine commun, percevoir les contributions, tel est, je crois, le cercle rationnel dans lequel doivent être circonscrites ou ramenées les attributions gouvernementales. »

Si l’État peut agir en prenant aux plus actifs pour subventionner des groupes d’intérêt, des associations corporatistes ou assister les inactifs, il pense que cela ne créera jamais de richesses pour la société, et même que cela en détruira probablement.

Bastiat et la sécurité sociale

Frédéric Bastiat est un fervent défenseur des caisses de secours mutuels. Il s’oppose à la nationalisation du système dans lequel il voit un danger pour le peuple.

Dans Harmonies Économiques de 1850, il écrit « Or, pour que cette surveillance ait lieu et porte ses fruits, il faut que les sociétés de secours soient libres, circonscrites, maitresses de leurs statuts comme de leurs fonds. » Pour lui, les cotisants se surveillent mutuellement pour la bonne utilisation des fonds de la caisse. C’est le principe de responsabilité.

Médaille e la Société de Secours Mutuels du Quartier des Archives à Paris (XIXè s.), © Musée Carnavalet
Médaille de la Société de Secours Mutuels du Quartier des Archives à Paris (XIXè s.), © Musée Carnavalet

Si le gouvernement intervient : « Il est aisé de deviner le rôle qu’il s’attribuera. Son premier soin sera de s’emparer de toutes ces caisses sous prétexte de les centraliser ; et pour colorer cette entreprise, il promettra de les grossir avec des ressources prises sur le contribuable […] Ensuite, sous prétexte d’unité, de solidarité (que sais-je ?), il s’avisera de fondre toutes les associations en une seule soumise à un règlement uniforme. »

…

Quand la caisse sera alimentée par l’impôt, « Il nommera des vérificateurs, des contrôleurs, des inspecteurs. On verra des formalités sans nombre s’interposer entre le besoin et le secours. »

Pour l’utilisation des fonds, « Les ouvriers ne verront plus dans la caisse commune une propriété qu’ils administrent, qu’ils alimentent et dont les limites bornent leurs droits. Peu à peu, ils s’accoutumeront à regarder le secours en cas de maladie ou de chômage, […] comme une dette de la Société. Ils n’admettront pas pour elle l’impossibilité de payer, et ne seront jamais contents des répartitions. L’État se verra contraint de demander sans cesse des subventions au budget. […].

Les abus iront toujours croissants et on en recalculera le redressement d’année en année, comme c’est l’usage jusqu’à ce que vienne le jour d’une explosion. Mais alors, on s’apercevra qu’on est réduit à compter avec une population qui ne sait plus agir par elle-même, qui attend tout d’un ministre ou d’un préfet, même la subsistance, et dont les idées sont perverties au point d’avoir perdu jusqu’à la notion du Droit, de la Propriété, de la Liberté et de la Justice. »

Influence et postérité de Frédéric Bastiat

Ronald Reagan et Margaret Thatcher en 1986, à Camp David. Ils se diront influencés par Frédéric Bastiat
Ronald Reagan et Margaret Thatcher en 1986, à Camp David.

Lors d’un tour de France du libéralisme, il contracte une maladie. Il meurt en 1850, à Rome, où il est allé se soigner.

L’influence de Frédéric Bastiat est plus importante à l’étranger qu’en France où il reste peu connu. Margaret Thatcher et Ronald Reagan le citent souvent. Ils disent de lui que c’est l’économiste qui les a le plus influencé.

Friedrich Von Hayek
Friedrich Von Hayek

Friedrich Hayek (1899-1992), économiste autrichien, cite régulièrement Frédéric Bastiat dans ses écrits.

Un prix annuel, le prix Bastiat, récompense chaque année un article de presse illustrant et défendant les libertés économiques et sociales. L’International Policy Network le décerne.

Si Frédéric Bastiat repose à Rome, Mugron lui a érigé une statue en 1878.

 

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée 1990.

Références

Les œuvres de Frédéric Bastiat
Sophismes écoécrits nomiques, Frédéric Bastiat,  1863.
Harmonies économiques, Frédéric Bastiat,  1870.
La Loi. Frédéric Bastiat, 1850




L’âge d’or de la poésie gasconne

Lesheim estar la fòrça: on mes òm s’arrasoa,
Mès òm ved que jo è dret de parlar davant vos.Le gascon est couramment utilisé comme langue véhiculaire, juridique et administrative. Au XVIe siècle, survient un âge d’or de la poésie gasconne avec des auteurs aussi célèbres que Ronsard ou du Bellay dont ils sont les contemporains.

Le contexte

 Ronsard (1524-1585), portrait par Benjamin Foulon © Wikipedia
Pierre de Ronsard (1524-1585), portrait par Benjamin Foulon © Wikipedia

Le XVIe siècle est celui des guerres de religion. C’est aussi au cours de ce siècle que l’on assiste à une renaissance de la littérature française autour de la Pléiade, groupe d’écrivains comme Pierre de Ronsard, Joachim du Bellay, Étienne Jodelle ou Jean Dorat. Leur but est de perfectionner la langue française pour la détacher du latin. D’ailleurs, l’ordonnance de Villers-Cotterêts date de 1539.

En Gascogne, un mouvement littéraire se développe aussi. Cette fois, il s’agit de défendre la poésie gasconne et le gascon face au français qui s’insinue partout.

Édition de 1583 des Psaumes, traduits par Salette en gascon et accompagnés de leur partition.
Édition de 1583 des Psaumes, traduits par Arnaud de Salette et accompagnés de leur partition © Wikipedia

Ce mouvement se développe autour d’Auch, dans la Gascogne centrale. Bordeaux est déjà francisé, Toulouse est languedocienne et Pau est fixée sur le Béarn.

Parmi les 12 poètes les plus connus, on citera Arnaud de Salettes qui est Béarnais, Pey et Jean de Garros de Lectoure, Saluste du Bartas de Montfort, Guillaume Ader de Gimont, Jean-Géraud d’Astros de Saint-Clar de Lomagne ou Bertrand Larrade de Montréjeau.

Cependant, Toulouse joue un rôle déterminant dans ce mouvement. La ville est prospère, grâce au pastel. Elle est jeune et dynamique. L’Université draine des étudiants de tous les pays. Le Parlement entretient de nombreux juristes. L’on vient de partout y étudier et c’est là que nos écrivains gascons se rencontrent, que nait leur vocation et qu’ils sont imprimés.

La poésie gasconne

Henri de Navarre est en guerre pour conquérir le trône de France. Les Gascons, protestants notamment, le soutiennent. Or, la littérature est militaire. Elle raconte ses exploits et loue ses qualités guerrières. Peu après, lorsqu’il accède au trône en 1589, la littérature gasconne devient plus poétique comme nous le dit Pey de Garros.

Henri III, roi de Navarre (vers 1575).© Wikipedia.
Henri III, roi de Navarre (vers 1575) © Wikipedia.

Mes au lòc de lanças punchudas,
Armen-nos de plumas agudas
Per ovrar lo gascon lengatge
Perqué ò presique d’atge en atge
La gent, la bera parladora
Com en’armas es vencedora.

Mais au lieu de lances pointues,
Armons-nous de plumes aigües
Pour orner le gascon langage
Afin qu’on cultive d’âge en âge
Le noble et beau parler
Comme en armes est victorieux.

Les genres littéraires en vogue sont les mêmes que dans la littérature française. Après tout, poètes gascons et français échangent entre eux. Il y a l’églogue (poème consacré à un sujet pastoral), la pastorale (œuvre dans laquelle les sujets sont des bergers), l’épithalame (poème composé à l’occasion d’un grand évènement ou pour louer un personnage), sans oublier le chant religieux. Après l’accession au trône d’Henri de Navarre, le sonnet amoureux prédomine.

Les Gascons Pey et Jean de Garros

Pey de Garros (1525-1583) est connu pour avoir traduit les psaumes, commandés par Jeanne d’Albret. Ainsi, en 1565, il édite les Psaumes de David, viratz en rythme gascon et en 1567 Poesias gasconas qu’il dédie à Henri de Navarre. On reconnaitra les vers :

Pey de Garros-Psaumes de David viratz en rhytme gascon © Wikipedia
Pey de Garros (1525-1583) -Psaumes de David viratz en rhytme gascon © Wikipedia

O praube liatge abusat,
Digne d’èste despausat,
Qui leishas per ingratitud
La lenga de la neuritud
Per, quan tot seré plan condat,
Aprene un legatge hardat.

Ô pauvre génération abusée,
Digne d’être chassée du pays,
Qui laisse par ingratitude,
La langue de ta nourrice,
Pour, tout compte fait,
Apprendre un langage fardé.

Plus tard, son frère Jean laisse une Pastourade gascoue, écrite en 1610, inspirée par la mort d’Henri IV sus la mort deu magnific è pouderous Anric quart deu nom, Rey de France è de Navarre :

Jean de Garros-Pastourade gascoue sur la mort deu magnific e pouderous anric quart ...   (Gallica) Pastorale gasconne ...
Jean de Garros-Pastourade gascoue sur la mort deu magnific e pouderous anric quart ..   © Gallica

Ô Terra,Ô Cèu, Ô Mar, Astres e Dius amassa,
Avètz vosauts patit, qu’aquesta nòble raca,
Deus Sants, liris antics, hossen traidorament,
Dab un cotèth murtrèr, herits tan vivament,
Quan la sang innocenta, en l’estreta carréra,
A hiòlas culèc hèr nèishe ua ribera?

Ô terre, Ô Ciel, Ô Mer, Astres e Dieux ensemble,
Vous avez donc permis que cette noble race,
Des Saints, lys anciens, fut si traitreusement,
D’un couteau meurtrier soudainement frappée,
Quand le sang innocent, dans l’étroite ruelle,
À flots jaillit, faisant naitre comme un ruisseau.

Saluste du Bartas

Guillaume de Salluste Seigneur du Bartas (1544-1590), portrait gravé par Nicolas de Larmessin, 1612.
Guillaume de Saluste Seigneur du Bartas (1544-1590), portrait gravé par Nicolas de Larmessin, 1612. © Wikipedia

Saluste du Bartas (1544-1590) écrit surtout en français. Son œuvre La Sepmaine ou la création du monde, inspirée de l’Ancien testament, connait un immense succès en France et en Europe. Elle est réimprimée vingt fois en quatre ans et traduite en plusieurs langues. Elle séduit tant le roi d’Écosse qu’il nomme son auteur chevalier et fait connaitre sa poésie à toute la Cour.

En gascon, il est l’auteur du Dialogue des nymphes qui doit accueillir Catherine de Médicis et Marguerite de Valois lors de leur entrée à Nérac en 1573. Il y fait dialoguer trois nymphes : une latine, une française et une gasconne. Naturellement, c’est la nymphe gasconne qui l’emporte sur toutes les autres.

Extrait du Dialogue des nymphes

Cara’t, Ninfa vesia: e tu, Ninfa Romana,
N’anes pas de tos grans mots ma Princessa eishantar:
Non i a tan gran lairon, qu’aqueth que l’aunor pana.
Dessús l’autrújoquèr lo poth non diu cantar […]

Edition bilingue français-anglais à Londres en 1637 d'oeuvres de Saluste du Bartas
Edition bilingue français-anglais (*) à Londres en 1637 d’oeuvres de Saluste du Bartas @ Wikipedia

Lesheim estar la fòrça: on mes òm s’arrasoa,
Mès òm ved que jo è dret de parlar davant vos..
Jo sonc Ninfa Gascona: era es ara Gascoa:
Son Marit es Gascon e sons subjects Gascons. […]

Tais-toi, nymphe voisine : et toi, nymphe romaine,
ne va pas de tes grand mots ennuyer ma princesse :
il n’y a pas plus grand larron que celui qui vole l’honneur.
Sur le perchoir d’autrui le poulet ne doit pas chanter […]

Laissons faire la force : plus on raisonne
et plus on voit que moi seule ai le droit de parler plutôt que vous.
Je suis nymphe gasconne : car elle est désormais gasconne,
Son mari est gascon et ses sujets gascons.

(*) « en français et en anglais pour l’enseignement et le plaisir de tous dans les deux langues »

Guillaume Ader et Jean-Géraud d’Astros

Guillaume Ader (1567-1638)- Lo Gentilome Gascoun (1610) © Gallica (Le gentilhomme gascon)
Guillaume Ader (1567-1638)- Lo Gentilome Gascoun (1610) © Gallica

Ces deux auteurs gascons écrivent des pièces longues. Guillaume Ader (1567-1638) écrit le Gentilomme gascon, poème épique de 2690 vers dédiés aux exploits d’Henri de Navarre. En 1607, c’est le Catounet gascon, suite de 140 quatrains moralisateurs, sorte de livre de préceptes de comportement pour tous les jours de la vie quotidienne : faire des économies, éviter les mauvaises fréquentations, fuir les cabarets :

N’aujas aqueth que lo vin lo governa,
E mes que mes se’t vòs aconselhar,
Lo qui n’a sen no’n pòt guaire balhar,
E bon conselh n’ei pas a la taverna.

N’écoute pas celui que le vin mène,
Si tu attends, surtout, de bons conseils,
Qui n’a pas de sens, ne peut guère en donner,
Et bon conseil n’est pas dans la taverne.

ean-Géraud d’Astros (1594-1648) - Lou trimfe de la lengouo gascouo (1643) © Gallica (Le triomphe de la langue gasconne
Jean-Géraud d’Astros (1594-1648) – Lou trimfe de la lengouo gascouo (1643) © Gallica

Jean-Géraud d’Astros (1594-1648) est l’auteur en 1636 de Lou beroy e naturau gascoun en las quate sasons de l’an (Le gascon vrai et naturel pendant les quatre saisons de l’année) et en 1642, de Lou Trimfe de la lengouo gasoua am plaidejatz de las qouate sasons e deus Elements, daouan lou pastou de Loumagne (Le triomphe de la langue gasconne, avec les plaidoyers des quatre saisons et des quatre Eléments, devant le berger de Lomagne).

Le titre de cette œuvre est aussi long que les séances d’octosyllabes au cours desquelles les quatre saisons et les quatre éléments plaident leur cause devant un berger chargé de les départager. En effet, la pièce compte 3813 vers.

Pourquoi n’apprend t-on pas à l’école la poésie gasconne ?

François de Malherbe (1555-1628) © Wikipedia
François de Malherbe (1555-1628) © Wikipedia

La renaissance de la littérature gasconne au XVIe siècle est liée au protestantisme et est portée par la Cour de Navarre. Jeanne d’Albret passe de nombreuses commandes de traduction de textes religieux.

Après les guerres de la Fronde, Malherbe mène le combat contre l’invasion de la langue du sud qu’il appelle pays d’adiousias, en référence aux adius (adious / adieux) que s’échangent les gens du sud. Il est vrai que les Cours d’Henri IV et de Louis XIII regorgent de Gascons qui parlent toujours leur langue. Avec Malherbe, on se dirige vers la « pureté » de la langue française, exempte de tout régionalisme.

Au même moment, l’Église catholique multiplie les écrits en occitan pour se faire comprendre du peuple.

Si vous connaissez d’autres raisons…

Serge Clos-Versaille
Traduction des quatre derniers poèmes : Pierre Bec

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le siècle d’or de la poésie gasconne (1550-1650), Anthologie bilingue, Pierre Bec, Editions Les Belles Lettres, 1997.
Nouvelle histoire de la littérature occitane, Robert Laffont et Christian Anatole, Presses Universitaires de France, 1970.




Barrages et hydroélectricité dans les Pyrénées

La construction des barrages est un savoir-faire ancestral. D’abord pour alimenter les moulins, puis pour amener de l’énergie aux premières industries (foulons, martinets…), enfin pour la production d’électricité.

Les balbutiements de l’hydroélectricité

Aristide Bergès (1833-1904)
Aristide Bergès (1833-1904)

On doit le développement de l’hydroélectricité à Aristide Bergès (1833-1904), un Gascon de Lòrp (aujourd’hui Lorp-Sentaraille) en Coserans (Couserans.) Son père est papetier.

En 1867, il s’installe en Isère et fonde une râperie de bois qu’il fait fonctionner à l’énergie hydraulique. Il crée une conduite forcée qui alimente une turbine. En 1882, il a l’idée d’ajouter une dynamo sur ses turbines. Il produit de l’électricité pour son usine. Cette énergie électrique, il l’appelle la houille blanche. Le succès est tel que le Service des Forces Hydrauliques, dépendant des Ponts et Chaussées, est créé en 1894.

Aristide Bergès fournit de l’électricité à toute la vallée et alimente le tramway de Grenoble dès 1896. Son fils Maurice crée, en 1909, la 1ère ligne à haute tension pour transporter l’électricité de Grenoble à Saint-Chamond.

Joachim Estrade (1857-1936)
Joachim Estrade (1857-1936)

Un autre Gascon, Joachim Estrade (1857-1936) de Beireda e Jumet (Beyrède-Jumet) en vath d’Aura (vallée d’Aure), amène l’électricité dans la vallée de l’Aude. Il crée une usine d’ampoules électriques et installe, en 1900, la ligne haute tension qui relie Axat et Perpignan. De 1925 à 1932, Joachim Estrade construit le barrage de Puyvalador, toujours dans l’Aude.

C’est le développement du chemin de fer qui entraine la construction des barrages hydroélectriques dans les Pyrénées. La Compagnie des Chemins de fer du Midi construit le barrage de l’Oule en vallée d’Aure qui est mis en service en 1922. En 1929, elle crée la SHEM (Société Hydro-Electrique du Midi) qui exploite encore 12 barrages dans les Pyrénées.

La construction des barrages

Barrage poids du Lac de Caillaouas (Vallée du Louron)
Barrage poids du Lac de Caillaouas (Vallée du Louron)

La France s’industrialise et les besoins en énergie sont grands. La loi du 16 octobre 1919 prévoit que : Nul ne peut disposer de l’énergie des marées des lacs et des cours d’eau, quelque soit leur classement, sans une concession ou une autorisation de l’État.

C’est la première loi sur l’eau qui définit le système des concessions. Dès lors, les constructions de barrages se multiplient, notamment après la deuxième guerre mondiale. On peut voir trois grands types de barrage : les barrages-poids où la masse du barrage s’oppose à la masse d’eau, les barrages-voute avec une forme en courbe qui reporte une partie de la pression sur les rives, et les barrages à contreforts qui reportent une partie de la pression sur le sol. La technique des barrages en voute apparait après 1952 et permet de construire des barrages dans des vallées plus larges.

…

Barrage à contreforts du Lac de Miguélou (Arrens-Marsous)
Barrage à contreforts du Lac de Miguélou (Arrens-Marsous)

Les principaux barrages des Pyrénées gasconnes sont : les barrages d’Oô (mis en service en 1920), d’Artouste (1929), de Caillaouas (1940), d’Araing (1942), de Fabrègues (1947), du Tech, de Gréziolles et du Portillon (1951), des Gloriettes (1952), d’Escoubous et de Cap de Long (1953), de Bious-Artigues (1957), Miguélou (1958).

Ces barrages alimentent des usines de production d’électricité. Plusieurs barrages reliés par des conduites forcées, parfois creusées dans la montagne, peuvent être nécessaires pour fournir la quantité d’eau voulue. La centrale de Pragnères (Hautes-Pyrénées) est alimentée par trois barrages (Oussoué, Cap de Long et Escoubous) et 40 Km de galeries de conduites forcées.

Le chantier du barrage de Migouélou à l'arrêt pendant l'hiver (1958)
Le chantier du barrage de Miguélou à l’arrêt pendant l’hiver 1958

Si la grande époque de la construction des barrages est révolue, la nécessité de produire des énergies renouvelables implique la construction de nouveaux barrages dans les Pyrénées : Pla de Soulcem en 1983, Garrabet en 1984, Laparan en 1985 et Olhadoko en 1996.

 

De véritables prouesses techniques

Le système du Néouvielle
Le système du Néouvielle (lacs, étangs, barrages, conduites et centrales)

Approvisionnement du chantier de Pragnères avec des mulets
Approvisionnement du chantier de Pragnères avec des mulets

Toutes les montagnes sont équipées de barrages et de centrales hydroélectriques, comme l’immense barrage de Serre-Ponçon dans les Hautes-Alpes construit en 1960. Mais, c’est dans les Pyrénées que l’on trouve les aménagements les plus complexes d’un point de vue technique. Leur construction relève d’une véritable épopée.

La construction de barrages commence dès 1870 par l’aménagement du lac d’Orédon pour alimenter le canal de la Neste et envoyer de l’eau pour alimenter les cours d’eau du Gers. L’approvisionnement étant insuffisant, on aménage le lac de Caillaouas puis le lac d’Aumar et celui de Cap-de-Long. L’eau du lac d’Aumar se déverse dans celui d’Aubert, celle des lacs d’Aubert et de Cap-de-Long dans ceux d’Orédon et de Caillaouas avant de se jeter dans la Neste. Le tout est opérationnel dès 1906.

Transport de matériel avec des boeufs (non localisé)
Transport de matériel avec des bœufs (image non localisée)

De véritables prouesses techniques et humaines permettent leur construction. Le lac du Caillaouas, situé au-dessus de Loudenvielle, nécessite 2 ans de travaux rien que pour aménager la piste permettant de transporter les matériaux de construction.

Le lac de Cap-de-Long emploie 28 paires de bœufs pour approvisionner chaque jour le chantier en chaux et en ciment. Il faut aussi organiser le ravitaillement et l’hébergement des ouvriers. Et encore, les travaux ne durent que de juin à novembre en raison du froid et de la neige.

Les ouvriers sont essentiellement des Espagnols, des Nord-Africains, des prisonniers de guerre allemands. En 1951, sur les 3 250 personnes travaillant sur les ouvrages de Pragnères, on compte 41 % d’Espagnols, 22 % de Nord-Africains, 30 % de Français… Ces travaux gigantesques ont provoqué la mort de 24 ouvriers.

L’hydroélectricité a-t-elle un avenir ?

La production hydroélectrique ne couvre que 12 % de la consommation française. Elle varie chaque année suivant les conditions climatiques. Elle tient une bonne place dans le total des énergies renouvelables qui ne comptent que pour 25 % de la production totale d’électricité.

L’hydroélectricité est une énergie très efficace puisqu’elle transforme 70 à 90% de l’énergie de l’eau en électricité. C’est le meilleur rendement de toutes les formes d’énergie (par exemple, les panneaux solaires permettent de transformer entre 8 et 22% de l’énergie solaire en électricité).

Schéma de principe d'une micro-centrale électrique
Schéma de principe d’une micro-centrale électrique

Cependant, le potentiel de production hydroélectrique par des barrages de montagne atteint son maximum (95 %). De petits aménagements sur les centrales existantes permettent encore un gain de production.

On se tourne vers ce que l’on appelle la petite hydraulique, c’est-à-dire des turbines de petites dimensions. C’est dans ce cadre que l’on voit revivre des moulins dont on exploite les droits d’eau pour les transformer en petites centrales de production hydroélectrique. On utilise aussi l’énergie des conduites d’eau potable.

Les barrages d’Occitanie couvrent 26 % de la consommation d’énergie électrique de la région, ceux de Nouvelle Aquitaine, 7,5 %.

Le régime des concessions de 1919 arrive à son terme. Pour leur renouvèlement, la France a choisi de les regrouper par vallées. Devant les protestations des élus de montagne, un système de partenariat public-privé a été retenu, associant les élus locaux sous la forme de SEM (sociétés d’économie mixte).

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

L’hydroélectricité et la loi du 16 octobre 1919 relative à l’utilisation de l’énergie hydraulique, Claire-Cécile Garnier
Les différentes formes de barrage, EDF
Lacs de barrage, Lacs des Pyrénées
L’histoire de l’énergie hydraulique, SirEnergies, 2023
L’aventure de l’hydroélectricité (1924-1949), Un constructeur de la France du XXe siècle, Pierre Jambard
SHEM histoire
L’ABC del Saber: energia, Edicions Reclams, 2024




L’agriculture gasconne, de nouvelles pistes

Si l’agriculture a très peu évolué pendant des siècles, elle vit depuis quelques décennies des bouleversements incroyables. Quelques expériences.

L’agriculture aux temps anciens

À l’arrivée des Romains, la Gascogne cultivait le blé, la vigne, les fèves et élevait des porcs. Les fundi aquitano-romains puis les abbayes contribuèrent à déboiser et augmenter les espaces cultivés.

Calendrier de Pietro Crescenzi, XIII° siècle, Travaux des douze mois de l'année, Calendrier extrait du Rustican, de Pietro Crescenzi vers 1300
Calendrier de Pietro Crescenzi, XIIIe siècle, Travaux des douze mois de l’année, Calendrier extrait du Rustican, de Pietro Crescenzi vers 1300 © Wikipedia

Jusqu’au XVIIIe siècle, l’agriculture varie peu même si elle intègre quelques fruits exotiques apportés par les croisés. Les familles pratiquent la polyculture, cultivent des céréales, les milhs, élèvent des volailles, du porc, des ovins dans certaines contrées et quelques bovins.

Ce sont les sols et le climat qui imposent cette polyculture. Elle rend les bòrdas (fermes) autosuffisantes.

Puis, au XVIIIe siècle, d’Etigny révolutionne l’agriculture gasconne. C’est qu’il faut lutter contre les sécheresses, les disettes et apporter de la nourriture à une population qui augmente. Ainsi il favorise la construction de routes, la création de sociétés agricoles, les défrichements, l’ajout de marne pour engraisser les champs, l’introduction de nouvelles plantes, d’arbres fruitiers, du maïs, de la pomme de terre…

Les temps modernes

Au milieu du XIXe siècle, 75% de la population (20 millions de personnes) est agricole. Les superficies de pâturages sont plus importantes, avec l’abandon deus vacants (des jachères) pour les prairies artificielles, c’est-à-dire ensemencées de légumineuses (lusèrna, esparcet – sainfoin, trèule – trèfle…). Arrivent les engrais, les premières machines. Toutefois, les propriétés restent petites, les progrès techniques sont lents, les crédits quasi inexistants à part ceux des usuriers.

Une crise entraine une terrible baisse des prix en 1875 : ils sont divisés par 2 entre 1875 et 1895 !  Le phylloxera tue les vignes. Globalement, l’agriculture perd la maitrise de ses terres et dépend de plus en plus de l’industrie et de la distribution. Parallèlement, l’industrie se développe et a besoin d’ouvriers.

La première guerre mondiale va décimer les paysans : 550 000 sont tués, 500 000 reviennent blessés, ils représentent 20% des agriculteurs.

Battage à l'aide d'une batteuse manuelle en 1932. Le gerbier est au premier plan, le pailler au second. La paille et le grain sont triés au sol sur l'aire à la sortie de la batteuse (en bas à droite).
Battage à l’aide d’une batadera (batteuse) manuelle en 1932. Le garbèr (gerbier) est au premier plan, le palhèr (pailler) au second. La paille et le grain sont triés au sol sur l’aire à la sortie de la batteuse (en bas à droite) © Wikipedia

En 1945, les actifs français ne sont plus qu’un tiers à travailler dans l’agriculture, pour un tiers dans l’industrie ou le bâtiment et un tiers dans les services. Ce n’est pas fini. Aujourd’hui 75% des Français travaillent dans les services et les agriculteurs ne sont plus que 1,5% de la population active, selon l’INSEE.

La situation actuelle

La France reste la première puissance agricole européenne, le cinquième exportateur au niveau mondial, grâce aux exportations de vin. Mais depuis 1974, les prix des volailles, des porcs ou des céréales ont été divisé par 4.

Élevage de volailles en batterie © Fred TANNEAU/AFP
Élevage de volailles en batterie © Fred TANNEAU/AFP

De plus, les importations ont augmenté :

  • un poulet sur deux consommés en France est importé ;
  • 56% de la viande ovine consommée en France est importée ;
  • 28% des légumes et 71% des fruits consommés en France sont importés.

Les agriculteurs gascons innovent

Puisqu’il y a un salon de l’agriculture à Paris, pourquoi pas un salon dans nos terres, un salon a la bòrda ? Il existe depuis quatre ans (cette année du 15 au 25 février). L’occasion de voir par soi-même les grands défis de l’agriculture et les solutions proposées par nos agriculteurs gascons. Ils montrent à la fois comment ils souhaitent regagner notre souveraineté alimentaire et comment ils prennent en compte les grandes questions d’actualité : énergie, environnement.

En fait, beaucoup de personnes ont conseillé les agriculteurs et pas toujours à raison. Par exemple, un champ de maïs arrosé selon les conseils donne 13,4 tonnes à l’hectare, pas arrosé du tout, 12 t/ha !

L’exemple de la ferme des Mawagits

Guillaume Touzet et Grégoire Servan de la Ferme des Mawagits à Saint-Elix d'Astarac (32)
Guillaume Touzet et Grégoire Servan de la Ferme des Mawagits à Saint-Elix d’Astarac (32) © La Dépêche Photo DDM, Nédir Debbiche.

De nombreux agriculteurs locaux optent pour l’agroforesterie, permettant d’assurer le renouvellement des ressources naturelles comme l’eau ou les sols, de favoriser la biodiversité tout en assurant une production correcte.

C’est l’expérience de Guillaume Touzet, employé chez Arbres &, Paysages 32, et son ami Grégoire Servan, ingénieur agronome au sein de l’association française d’agroforesterie. Ils créent en 2018 la Ferme des Mawagits à Sent Helitz d’Astarac [Saint-Elix]. Mais les deux compères ne sont pas des agriculteurs de souche et ils tâtonnent. Les gens du cru les surnomment gentiment les mauagits [maladroits], nom qu’ils adoptent pour leur ferme.

Carine Fitte et Hélène Archidec du Domaine de Herrebouc
Carine Fitte et Hélène Archidec du Domaine de Herrebouc à Saint-Jean-Poutge (32) © www.tourisme-gers.com

Ils s’intéressent à l’agroécologie et réalisent des ateliers, des conférences et des visites guidées pour sensibiliser le public.  Et ils développent la gemmothérapie avec l’aide d’une naturopathe. Cette expérience est un succès.

De façon similaire, des producteurs comme Carine Fitte et Hélène Archidec assurent leurs cultures en régénérant les sols  par l’utilisation de préparations naturelles. Ainsi, elles produisent depuis 2004, des vins biodynamiques au domaine de Herrebouc, à Sent Joan Potge [Saint-Jean-Poutge].

L’exemple de la ferme des trois grains

Jean-Jacques Garbay
Jean-Jacques Garbay à Saint-Médard (32) © YouTube

À Sent Mesard [Saint-Médard], près de Miranda [Mirande], Jean-Jacques Garbay et son neveu Bastien Garbay développent une chaine respectueuse de la culture des grains à la vente de pain. Il procèdent à des cultures d’été et des cultures d’hiver.
L’engrais utilisé est de l’engrais vert, c’est-à-dire un mélange de luzerne, féverole, avèze, navette ou moutarde blanche, facélie. Toutes ces plantes apportent quelque chose au sol. Par exemple, lo favarilh [la féverole] fixe l’azote de l’air et en laisse une partie dans la terre. Tout d’abord, nos agriculteurs labourent les champs pour mélanger ces plantes à la terre, puis ils les brossent en surface et les binent pour supprimer lo percàs, lo virèish bref les mauvaise herbes. Enfin, ils sèment les plantes selon les souhaits : soja, tournesol, sorgo, colza ou blés, le tout sans amendement ni engrais.

Bastien Garbay DR
Bastien Garbay DR

Toute l’astuce est de laisser les vers de terre (3 tonnes à l’hectare) faire leur boulot :  ils percent le sol dans tous les sens, permettant le passage de l’eau et de l’air ; aucun besoin d’intervenir ni de travailler la terre en profondeur, donc pas de consommation d’énergie fossile.

En particulier, Bastien Garbay, paysan boulanger du blé au pain, a planté 24 ha de blés anciens et modernes, de blés de population (variétés anciennes semées mélangées). C’est tout récent puisque sa première récolte date de l’an dernier.

La fabrication du pain

Moulin Astrié © Les Graines de l'Ami Luron
Moulin Astrié © Les Graines de l’Ami Luron

Un meunier a moulu le grain de Bastien mais il aura bientôt son moulin à farine à meules de pierre, appelé moulin Astrié du nom de son fabricant français, Astréïa. Ce moulin écrase le grain de façon progressive, lentement, sans le chauffer ni lui faire perdre ses qualités ; il produit ainsi une farine excellente.

De plus, comme le faisaient les anciens, Jean-Jacques a construit lui-même un four. Une partie est maçonnée, l’autre métallique avec deux niveaux et des plans rotatifs qui permettent de surveiller le pain qui cuit. Le feu atteint 1000°C et le four 250°C avec un excellent rendement de 90%.

Vous voulez gouter le pain au levain de Bastien ? Un petit épeautre, un seigle ou un méteil comme l’aimait Jean-Géraud d’Astros (mélange seigle et blé) ? Dans un poème de 1636, Beray e naturau Gascon, le poète dit en parlant du paysan :

J-G d’Astros (1594 – 1648) © Wikipedia

Que se sap perbesioun tabenc
De pan é bin ou mitadenc

Il sait qu’il a aussi en réserve
Du pain et du vin ou du méteil

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

La révolution agricole du XVIIIe siècle en Gascogne gersoise, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest. Sud-Ouest Européen, O. Perez, 1944.
L’histoire des paysans français, Éric Alary, 2019.
La France, un champion agricole mondial : pour combien de temps encore ? Rapport d’information n° 528 (2018-2019), déposé le Les cinquante ans qui ont changé l’agriculture française, Économie rurale, Lucien Bourgeois, Magali Demotes-Mainard, 2000.




La guerre de Gascogne 3- L’effondrement

Henri II Plantagenêt meurt en 1189. Henri le jeune est mort avant lui. Alors la couronne revient à Richard Cœur de Lion. Mais, parti en croisade, il laisse le champ libre à son frère Jean sans Terre. C’est une suite de guerres avec la France, pour prendre possession de la Gascogne  et le début de l’effondrement de l’immense empire des Plantagenêts.

La commise

En France, Philippe Auguste règne de 1180 à 1223, puis c’est Louis VIII jusqu’en 1226, Louis IX Saint Louis jusqu’en 1270 et enfin Philippe III le Hardi de jusqu’en 1285.

Les combats de frontière n’ont jamais cessé entre les rois de France et les Plantagenêts. Et la mort d’Henri II ouvre une période d’instabilité dont profite Philippe Auguste pour pousser ses pions.

Richard Cœur de Lion prisonnier (à gauche) et mortellement blessé à Châlus (à droite) (Effigies Regum Angliæ, xive siècle), Londres, British Library. Jean sans Terre le remplace en Gascogne
Richard Cœur de Lion prisonnier (à gauche) et mortellement blessé à Châlus (à droite) (Effigies Regum Angliæ, xive siècle), Londres, British Library © Wikipedia

Richard Cœur de Lion part en croisade et est fait prisonnier lors de son retour. Il regagne l’Angleterre après le paiement d’une énorme rançon. Là, il rétablit une situation bien compromise par son frère Jean sans Terre. Mais Richard meurt en 1199 au siège de Chalus en Limousin. Et c’est Jean qui lui succède jusqu’en 1216.

Jean réussit à se mettre à dos tous les barons d’Aquitaine qui en appellent au roi de France. En avril 1202, Philippe Auguste le cite à comparaitre devant la Cour en tant que vassal. Mais, Jean ne s’y rend pas et le roi prononce la commise de ses domaines, c’est à dire leur confiscation qu’il fait exécuter les armes à la main. Cette période est bénéfique pour la Gascogne car, pour s’assurer de la fidélité des villes, Jean leur accorde des franchises importantes : Saint-Émilion en 1199, La Réole en 1206, Bayonne en 1215, etc.

La guerre en Gascogne

Alphonse VIII de Castille et son épouse la reine Aliénor d'Angleterre revendique la Gascogne. Miniature espagnole de la fin du xiie ou du xiiie siècle.
Alphonse VIII de Castille et son épouse la reine Aliénor d’Angleterre. Miniature espagnole de la fin du XIIe ou du XIIIe siècle © Wikipedia.

Les Français ne sont pas les seuls à vouloir la Gascogne. Alphonse VIII de Castille (1155-1214) a épousé une sœur de Jean sans Terre. À la mort d’Aliénor d’Aquitaine en 1202, il revendique la Gascogne au nom de sa femme. Aussi, à la tête d’une armée, il assiège Bordeaux de 1205 à 1206. Les Gascons le soutiennent mais l’échec devant Bordeaux brouille les cartes.

À la fin du règne d’Henri II, les Plantagenêts ont perdu presque tous leurs territoires au nord de la Garonne. Et la guerre se rapproche de la Gascogne. Louis VIII s’approche de Bordeaux tandis que le comte de la Marche prend La Réole et Bazas.

Henri III d’Angleterre entre en campagne pour reconquérir les territoires perdus. C’est un échec. Il recommence en 1242 mais, abandonné par ses barons, il est battu à Taillebourg et à Saintes les 23 et 24 juillet 1242.

Le traité de Paris de 1258

La guerre se termine par le traité de Paris de 1258 qui règle un certain nombre de contentieux. Les Plantagenêts perdent définitivement la Normandie, le Maine et l’Anjou. Il ne leur reste qu’une partie de l’Aquitaine et la Gascogne.

Le traité de Paris de 1258 : en jaune : les possessions anglaises en 1154 qui se réduisent à la Gascogne en 1258. Bordé de rouge, le domaine anglais de 1258
Le traité de Paris de 1258 : en jaune : les possessions anglaises en 1154, bordé de rouge, le domaine anglais de 1258 © Histoire Passion

S’il gagne l’Agenais, Henri III fait une concession majeure. Il prête hommage au roi de France pour les terres qu’il garde à l’issue du traité mais aussi pour la Gascogne. En fait, l’ancien duché n’avait jamais fait hommage au roi de France. Cela a des implications concrètes sur l’administration de la Gascogne : les seigneurs peuvent désormais en appeler au roi de France pour leurs litiges. Près de 30 procès sont en instance devant la Cour de France en 1274-1278. Pour détourner les appels de Paris, un Auditeur des causes est nommé à Bordeaux. Le lieutenant du roi a désormais un rôle judiciaire au nom du roi. Un juge d’appel est créé et des juridictions gracieuses instituées un peu partout. Les prévôtés sont réformées. Ce sont les Ordonnances de Condom de 1289.

Le Sénéchal de Gascogne Simon V de Montfort

 

Simon V de Montfort, sur un vitrail de la cathédrale de Chartres © Wikipedia. Il est nommé sénéchal de Gascogne
Simon V de Montfort, sur un vitrail de la cathédrale de Chartres © Wikipedia

Simon V de Montfort est le fils cadet de Simon IV qui a combattu le comte de Toulouse lors de la croisade des Albigeois. Il part pour l’Angleterre où sa grand-mère possède la moitié du comté de Leicester. Il épouse une sœur de Jean sans Terre et devient comte de Leicester.

En 1245, les seigneurs gascons se révoltent. Gaston VII de Béarn en prend la tête et ravage Dax, tandis qu’Arnaud-Guilhem de Gramont et le vicomte de Soule attaquent Bayonne et mettent à sac le Labourd. La révolte gagne du terrain. Pour ne pas perdre la Gascogne, Henri III nomme Simon V de Montfort en tant que Sénéchal, de 1248 à 1253. Mais il se montre avide et brutal et déclenche la « Grande révolte » qui réunit tous les Gascons.

Colom contre Solers à Bordeaux

Les élections municipales de 1248 à Bordeaux voient s’affronter la famille des Colom et celle des Solers qui détiennent le pouvoir. Les Colom s’emparent de la place du marché et s’y fortifient. Il règne un climat de guerre civile et les affrontements armés sont nombreux entre les deux partis. Simon V de Montfort réprime durement la révolte qui profite aux Colom, favorables aux Anglais.

 Portrait dans l'abbaye de Westminster communément identifié à Édouard Ier
Portrait dans l’abbaye de Westminster communément identifié à Édouard Ier

En 1252, Gaston VII de Béarn est à La Réole avec une centaine d’hommes pour soutenir les insurgés. L’année suivante, il rejette la suzeraineté anglaise pour soutenir les prétentions d’Alphonse X de Castille sur la Gascogne. Plusieurs seigneurs le suivent. Ils assiègent Bayonne pour faciliter le passage du roi de Castille mais la ville résiste.

En fait, Simon de Montfort ne peut rétablir le calme en Gascogne. Alors, Henri III débarque à Bordeaux avec une armée. Il nomme le futur Édouard Ier gouverneur de Guyenne pour rétablir les erreurs de Simon de Montfort. Il s’installe au palais de l’Ombrière à Bordeaux.

Castille et Angleterre concluent la paix de Tolède qui se termine par le mariage d’Henri III avec la sœur du roi de Castille. Les Gascons se retrouvent seuls et ils sont obligés de faire leur soumission. Pourtant en 1273, Gaston VII de Béarn se rebelle à nouveau, est fait prisonnier en Angleterre et le Béarn est mis sous séquestre. Il est libéré en 1276 et le Béarn lui est rendu en 1278.

Les révoltes populaires

Il n’y a pas que les seigneurs et les villes qui se révoltent. Preuve d’un profond malaise, les paysans se révoltent aussi.

Lassés des exactions des sénéchaux, les paysans gascons de l’Entre-deux-Mers se révoltent en 1236 et 1237. Henri III lance une enquête au terme de laquelle il confirme leurs franchises et privilèges.

"De la meute des pastoureaux". Manuscrit enluminé, Chroniques de France ou de St-Denis, British Library Royal.jpg © Wikipedia
« De la meute des pastoureaux ». Manuscrit enluminé, Chroniques de France ou de St-Denis, British Library Royal.jpg © Wikipedia

En 1251, les Pastoureaux sont devant Bordeaux. La Croisade des Pastoureaux nait dans le nord de la France, à la suite des prêches du « Maitre de Hongrie » qui mobilise une foule d’adolescents et de paysans. Les bandes composées de paysans gascons appauvris, vivant en bandes, tentent d’entrer dans Bordeaux. Simon V de Montfort tient portes closes et les disperse.

En 1253, Henri III reçoit 16 doléances à Londres et envoie des commissaires pour enquêter. Aux plaintes des barons, de l’abbé de Saint-Sever, des bourgeois de Bordeaux, Bayonne, Bazas et Dax, s’ajoutent celle de tota comunitas de Goosa, tam clericorumquan militum et laboratorum, c’est-à-dire l’ensemble du pays de Gosse. Le pays reproche à Simon V de Montfort de :
– violer les coutumes en vendant la baillie de Dax à des gens qui multiplient les extorsions pour entrer dans leurs frais,
– convoquer l’ost 3 ou 4 fois dans l’année au lieu d’une seule fois comme le prévoient les coutumes,
– réclamer deux albergues (hébergement) par an au lieu d’un seul.

C’est de nouveau la guerre

En 1293, des marins de Bayonne attaquent des marins bretons qui portent l’affaire devant Philippe le Bel, roi de France. Cette fois, ce sont des marins normands qui coulent quatre bateaux de Bayonne dans le port de Royan. Le Connétable de Bordeaux laisse partir une flotte de bateaux de Bayonne. Une flotte de bateaux normands part à leur rencontre et les coule. C’est de nouveau la guerre.

Édouard Ier rend hommage à Philippe le Bel (illustration du XVe siècle). © Wikipedia
Édouard Ier rend hommage à Philippe le Bel (illustration du XVe siècle). © Wikipedia

En attendant l’enquête et le jugement, Philippe le Bel exige la remise du duché à titre de garantie. Une armée française entre à Bordeaux et occupe les places fortes et les principales villes.

Le roi de France cite Édouard Ier à comparaitre devant la Cour. Constatant le défaut du roi d’Angleterre, le Parlement de Paris prononce la confiscation provisoire.

Édouard débarque à Bordeaux pour reconquérir son duché. Il prend Blaye et La Réole mais échoue devant Bordeaux. Sa flotte part pour Bayonne tandis qu’une armée s’y rend par la voie de terre. La ville est reprise en 1295. Les Français attaquent Blaye mais sont obligés de se replier sur Bordeaux. Une armée anglaise de secours débarque à Blaye mais échoue devant Bordeaux et Dax. Elle se réfugie à Bayonne. Elle échoue encore en 1297 à Saint-Sever.

Les deux parties s’en remettent à l’arbitrage du Pape qui décide le retour du duché d’Aquitaine au roi d’Angleterre. La campagne de 1294 à 1297 n’a servi à rien…

 

Références

Les précédents épisodes de la Guerre de Gascogne :
La guerre de Gascogne 1- Le duché d’Aquitaine
La guerre de Gascogne 2–Le règne d’Henri II
Les Plantagenêts – Origine et destin d’un empire,  Jean Favier, Editions Fayard, 2004.
La guerre de Cent ans, Jean Favier, Editions Fayard, 1980.