Bons plans de l’été : lieux et livres

Au commencement des vacances d’été, l’Escòla Gaston Febus vous propose quelques bons plans. Mission de l’association oblige, nous restons dans les livres et vous recommandons quelques coins de Gascogne pour découvrir des lieux de vie d’écrivains gascons.

À l’ombre d’un marronnier ou d’un pin, quoi de mieux que des bons livres ? Un livre court, des nouvelles, des articles littéraires, un bon roman d’amour et de soleil. Ou bien encore, pour les jours de pluie, un roman classique dont il faut laisser résonner la musique de la langue dans sa tête et son cœur…

Reclams et les livresEn tous cas, la littérature gasconne est bien assez fournie pour que chacun y trouve plaisir. Reclams edicions nous incite à plonger dans cette richesse en mettant cet été des œuvres incontournables – gasconnes ou bilingues –  à notre disposition, et ce, à moitié prix. Belle occasion, n’est-ce pas, d’explorer la littérature gasconne?

Comminges

Lieux et livres - Cazères sur Garonne (31)
Cazères sur Garonne (31)

Si vous allez dans le Comminges ou le Couserans, c’est l’occasion de passer par Casèras (Cazères sur Garonne), grosse bastide de 4800 habitants, où Pierre Bec vécut enfant. Lors de la croisade des Albigeois, à l’hiver 1218, Amaury de Montfort attaqua Cazères et son château. Victorieux, il brûla château et village et tua tous les habitants. Cazères sera rebâtie en 1282 par Eustache de Beaumarchais, pour en faire une bastide.

En bordure de Garonne, vous pourrez flâner dans le jardin des senteurs, le jardin des fruits, ou le jardin des sensations et vous asseoir au bord de l’eau pour lire quelques livres du grand linguiste et grand romaniste Pierre Bec. Quelques nouvelles dramatiques ou fantastiques pourraient peut-être vous séduire : Entà créser au món, ou Racontes d’ua mòrt tranquilla, le tout dans un gascon très abordable.

Bigorre

Dans les Pyrénées, nous proposons un arrêt en Bigorre. Vous aurez en poche Blind date de Jean-Louis Lavit, superbe roman d’amour tragique, dans un gascon qui coule vif comme une Neste.

Le château de Mauvezin (Hautes-Pyrénées) et sa bibliothèque de livres gascons
Le château de Mauvezin (Hautes-Pyrénées)

Et vous visiterez peut-être le château de Mauvezin (65). Ce château a une fort belle histoire. Ayant vu le jour au XIe siècle sur une motte cadastrale, il fut d’abord un casterar, une tour en bois de 3 m. de haut entouré d’une palissade. Gaston Febus le récupère en 1379 et ordonne à son architecte Sicard de Lordat d’en faire un beau et fort château (lire l’article sur l’histoire du château). Puis, après bien des péripéties, des vaillances et des oublis, le château devient bien national à la Révolution et il ne reste plus que des ruines à la fin du XIXe siècle.

C’est là qu’Albin Bibal, membre de l’Escòla Gaston Febus, l’achète et le donne à l’association. Des passionnés se retroussent les manches pour nous offrir, aujourd’hui, après 20 ans de travaux, un château dominant les vallées de toute sa splendeur retrouvée. À l’intérieur, outre les évocations du Moyen-Âge ou des guerres de religion, vous verrez aussi des portraits ou des bustes des grands écrivains gascons qui marquèrent l’Escòla à ses débuts. Et vous verrez les quelques 2500 livres que l’Escòla a conservés et conserve encore dans sa bibliothèque.

Béarn

Vue des Pyrénées depuis le square Aragon à Pau

Peut-être vous arrêterez-vous à Pau, capitale du Béarn depuis 1450, pour visiter le château où naquit notre bon roi Henri IV ? Grand lieu de villégiature depuis 1850, fort d’une grosse colonie anglaise. Là, tout en admirant le pic du Midi d’Ossau, vous découvrirez quelques livres d’auteurs béarnais. Vous pourrez vivre l’histoire de cet enfant pris dans la tourmente de la guerre d’Algérie et obligé de rejoindre, dans le Béarn, une famille qu’il ne connait pas vraiment. Il s’agit du roman dont le succès ne se démentit pas, L’òra de partir de Serge Javaloyès. Vous avez moins de temps ? Isabèu de la Valea, recueil de nouvelles dramatiques, drôles ou fantastiques du linguiste et écrivain Eric Gonzalès vous satisfera.

Pas envie de tout lire en gascon ? Que l’aperavan Colorado est pour vous. Cinq nouvelles, en collection bilingue, de cette langue éblouissante que manie Albert Peyroutet, professeur de français aux Etats-Unis puis d’anglais et d’occitan à Pau.

Gers

Si vous vous promenez dans l’Armagnac noir, vous passerez peut-être par Le Houga, ancienne juridiction fondée vers 1060. Son nom, vient du gascon heugar, lieu planté de fougères, et les habitants s’appellent des Folgariens. Pour découvrir ce pays, que diriez-vous de commencer par vous en imprégner, appuyé contre le mur de l’église Saint-Pierre, en lisant l’Armanhac negre (livre bilingue) de Raymond Lajus dit Ramonet deu Pè de la Vit ?

Le parc de loisir de Gondrin

Vous emmenez vos enfants sauter dans l’eau du parc de loisir de Gondrin ? Ce village du Gers était le fief d’une branche de la grande famille de Pardalhan, et c’est la seconde femme d’Antoine Arnaud, Paule de Saint Lary de Belle Garde, qui en favorisa l’essor au XVIIe siècle. Tout en dégustant un bout de foie gras local, plongez dans une poésie d’André Pic tirée de ce bijou qu’est son recueil Proses e pouesies (en gascon seulement).

Landes

Maison de l'Ecomusée de Marquèze (40) et lire Manciet
Maison de l’Ecomusée de Marquèze (40)

Vous voulez vous replonger dans l’histoire des Landes du XIXe siècle par une visite à l’écomusée de Marquèze ? Vous êtes à Sabres. Ayez une pensée pour Bernard Manciet (1923 – 2005), un des plus grands écrivains gascons. Toute son œuvre, même en prose, respire la poésie. Ses livres, bilingues, sont juste magnifiques. Par exemple, Ulysse au fleuve vous raconte l’épopée d’Ulysse remontant la Garonne ! Et vous pourrez entrer dans les secrets qui étouffent une famille landaise menacée par la ruine, l’isolement et la mort avec son chef d’œuvre,  Lo gojat de noveme (Le jeune homme de novembre). Ce livre constitue un excellent prolongement de ce que vous aurez vu à l’écomusée.

Et pour les enfants ?

Un site gascon dédié aux enfants

Bloqués à l’intérieur de votre chambre, vous voulez les occuper ? Z’ont pas envie d’un livre ? L’Escòla a créé pour eux le site L’arraton deu casteth– ils sont si accro au digital ! – où ils découvriront la Gascogne par des jeux, des chansons, des contes…

Qui est le géant gascon avec un œil au milieu du front, le lutin facétieux ou l’homme qui vécut mille ans moins un jour ? Qu’arrive-t-il à la pauvre mouche de Joan Francés Tisnèr ? …

Bonnes vacances ! Et découvrez la Gascogne par ses livres… en gascon!

Références

Entà créser au món, Pierre Bec, 8€
Racontes d’ua mòrt tranquilla, Pierre Bec, 7€
Blind date, Jean-Louis Lavit, 8€
L’òra de partir, Sèrgi Javaloyès
Isabèu de la Valea, Eric Gonzalès
Que l’aperavan Colorado, Albert Peyroutet, 6€
Armanhac negre, Lo Ramonet deu Pè de la vit, 6€
Proses et pouesies, Andrèu Pic, 5€
Ulysse au fleuve, Bernard Manciet, 7€
Lo gojat de noveme, Bernard Manciet, 9€

Catalogue Reclams à prix cassé pour l’été

Notes historiques & archéologiques sur Cazères (Hte-Garonne), Emile Espagnat
Cazères et ses environs, 3 tomes, Anne et Robert Foch
Image d’entête par StockSnap de Pixabay 


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Aurignac aux multiples visages

Aurignac dans la Haute-Garonne, est à l’origine de la science préhistorique. Ce fut aussi une châtellenie importante du Comminges. Le centre du village garde encore l’éclat de ses splendeurs. Pourtant, dans le passé, de sombres histoires ont terrifié la commune…

Aurignac et l’Aurignacien

Aurignac - la grotte préhistoriqueAurignac est surtout connu pour son site préhistorique et pour avoir donné son nom à l’Aurignacien (- 39 000 à – 28 000). Son rôle est bien plus fondamental. En effet, en 1852, Jean-Baptiste Bonnemaison, un ouvrier terrassier qui travaille dans le coin, découvre un abri plus ou moins dissimulé. Il farfouille un peu avec son bras et… ressort un os, des dents, des squelettes ! Alerté, le paléontologue gersois Edouard Lartet (1801 – 1871) entame des fouilles dès 1860. C’est la première grotte fouillée ! Et, véritable scoop, Lartet, prouve, grâce à ses fouilles, l’existence d’un homme antédiluvien, c’est-à-dire d’un homme qui précède le déluge de la Bible. Cette découverte remet en cause les théories créationnistes du baron Georges Cuvier (1769-1832) et rallie la communauté scientifique – en commençant par les Anglais – à la reconnaissance d’une nouvelle science… la préhistoire.

Le musée de l’aurignacien raconte tout cela. Il présente une exposition sur la préhistoire, une sur l’Aurignacien et une magnifique salle consacrée à Aurignac même.

Châtellenie des comtes de Comminges

Aurignac, la porte de l'église
La pòrta de la glèisa

Au-delà de la préhistoire, on peut voir des traces de l’histoire à Aurignac ou Aurinhac. Des vestiges de villas aquitano-romaines datent du premier siècle. Un peu plus tard, le village  est construit sur un tuc, à 404 m d’altitude, lieu idéal pour édifier ua tor màger (un donjon) d’une vingtaine de mètres, toujours existante, et surveiller l’entorn. Le village est alors entouré d’un premier rempart, ouvert par des portes comme la pòrta de la glèisa. Puis, à la Renaissance, la ville s’étend et s’entoure d’un deuxième rempart, muni de nouvelles portes et de nouvelles tours comme la tor de Mercí.

Entre les deux, la carrèra de devath (rue de dessous), aujourd’hui la rue des murs, est longée de magnifiques maisons à pans de bois.

Aurignac - l'hôtel Carsalade
L’hôtel Carsalade

À l’entrée de cette rue, l’hôtel du XVIe siècle nommé Carn salada ou Carsalade appartient à une vieille famille gasconne. Sa devise était Salsus non putresco, salé je ne pourris pas. Un trait d’humour à la gasconne ?

Un membre fameux de cette famille, Jules Louis Marie de Carsalade du Pont (1847 – 1932) est un grand historien de la Gascogne. Il crée le Musée historique et archéologique d’Auch, les Archives historiques de Gascogne, la Société archéologique du Gers. Il est aussi consacré évêque de Perpignan en 1900. Il apprend alors le catalan et devient un tel promoteur de la langue et de la culture régionale des deux côtés de la frontière qu’on le surnommera l’évêque des Catalans.

Les Pères de la Merci

En 1292, le comte de Comminges installe le couvent de la Merci, un couvent qui restera longtemps important. Pourtant, en 1771, il ne reste que trois religieux et trois métairies. La révolution en aura définitivement raison.

Cet ordre est un ordre local, pourrait-on dire car il nait et fleurit d’abord dans les pays de langue d’òc. Le languedocien Pierre Nolasque (1180/82? – 1245) fonda l’Ordre de la Merci en 1223. C’était un riche drapier. Il vendit tous ses biens pour racheter les chrétiens captifs des Sarrasins en Espagne. Dans la nuit du 1er août 1218, la Vierge Marie lui apparut. Elle l’encouragea à fonder un ordre pour la rédemption des captifs. La maison-mère est à Barcelone. L’ordre a trois vœux classiques, pauvreté, chasteté, obéissance et un quatrième plus original :  le mercedem, c’est-à-dire le vœu de se livrer en otage pour libérer les captifs si besoin.

Aurignac, une maison traditionnelle Une promenade à Aurignac permet de voir bien plus encore : de belles maisons gasconnes, un superbe panorama…

Pour se donner une première idée, voir les images sur le site de la photographe Rozenn Hamoniau.

Des enlèvements à Aurignac

La guerre de succession d’Espagne (1702 – 1713) demande des effectifs colossaux pour soutenir Philippe V, petit-fils de Louis XIV, contre une bonne partie de l’Europe occidentale. Celle-ci soutient l’archiduc autrichien Charles.

Pour faire face, l’armée française ne suffit pas et fait appel à des miliciens. Elle atteindra pratiquement 500 000 hommes dont 260 000 miliciens « prélevés » dans la population souvent du sud, plus proche de l’Espagne. Le recrutement se fait surtout par racolage, la milice est impopulaire et les désertions nombreuses. Une aubaine pour certains qui n’hésiteront pas à kidnapper des jeunes hommes pour les revendre à l’armée !

À Aurignac, une affaire éclate. Jean Lafforgue, métayer à Benque, se fait spolier de sa part de récolte. Mécontent, il témoignera contre ses propriétaires, les Escala, et révèlera que ceux-ci enlèvent des garçons, les enferment dans un cachot menottes de fer aux poings. Puis ils vont les vendre aux capitaines ou à des communautés pour servir de soldats de milice. L’enquête va démontrer le trafic. Jean Sarraute par exemple est vendu en 1713 pour 10 livres, environ 170 € aujourd’hui, au capitaine Salers.

Une vraie mafia locale

Aurignac, une mafia locale ? Plus que de banditisme opportuniste, il s’agit bien de crime organisé.

Certaines familles de personnes enlevées paient des rançons aux Escala pour que ceux-ci restituent la personne kidnappée. D’autres, comme un dénommé Trenque, souscrivent une obligation devant notaire de 20 livres par an pour ne pas être ennuyés par la famille mafieuse. Pierre Brondes, enlevé, réussit à s’échapper. Un des fils Escala, dit Lagrave, ancien soldat, revient chez lui et le menace de le reprendre pour l’envoyer à la guerre s’il ne lui paie pas 50 livres.

Et tout cela au vu et au su de beaucoup, donc avec des protecteurs bien placés. Les transactions se passent à l’auberge, parfois avec l’entremise de nobles comme le chevalier d’Estansan.

Aurignac, un repère de bandits ?

Après plusieurs années de trafic, les choses s’amplifient. En effet, Alexis Escala dit Bellòc, est assassiné en pleine rue, dans un bain de sang. Le lendemain, le 4 février 1714, le père Escala, sûr de lui et de ses protections, porte plainte pour le meurtre de son fils. L’enquête permet de trouver les assassins et met à jour d’autres vols ou crimes de la même bande. Marc et Antoine Passarieu ainsi qu’André Caubet sont accusés et arrêtés le 11 janvier 1715. Ils s’évadent le 29 juin…

Mais, à cette occasion, ressurgit une vieille affaire, le meurtre en 1699 de Raymond Dardignac à Aurignac. Pour cette affaire, les Escala avaient été condamnés :

Or, le père Escala s’était évadé et le jugement n’avait pas été appliqué à cause de la faveur de leurs alliances et la crainte par eux répandue dans tout le compté de Commenge.

Mais les juges, cette fois-ci, ne veulent pas s’arrêter là. Ils continuent l’enquête et cherchent des témoins. Jean Lafforgue le métayer spolié et les autres accablent les Escala.  Le père Escala réfute les témoins, l’un pour être cousin germain de la victime, l’autre pour être faussaire, la troisième pour être filleule de confirmation de sa propre femme, Marie Ouilhé, etc. Cependant les accusations se multiplient. Finalement, Jean-François Escala, le père, est condamné à être pendu. Ses fils, Jean dit Peirole et Jean-Paul dit Lagrave ainsi que les Izaud père et fils sont condamnés par contumace. On ne les reverra pas.

Toute cette affaire est décrite en détail dans la Revue de Comminges 1978 et 1979 par Robert Molis.

Anne-Pierre Darrées

Pour aller à Aurignac

Cliquez ici

Références

Aurignac, le musée  de préhistoire, Abbé Algans, Revue de Comminges, 1969.
Dissidence et révolte dans une région frontalière : les Pyrénées centrales à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècles, Jean-Marcel Gauger, publié dans Révolte et société, tome II, Actes du IVe colloque d’histoire au présent, 1988.
Banditisme en Comminges  (1699 – 1716), première partie, Robert Molis, Revue de Comminges, 1978.
Banditisme en Comminges (1699 – 1716), deuxième partie, Robert Molis, Revue de Comminges, 1979.




Escaladieu, monastère cistercien

En 1955, Ivan Douglas Frossard est propriétaire de l’abbaye de l’Escaladieu. Il écrit une monographie sur ce monastère, son histoire, sa description. Et ajoute de nombreux dessins qu’il réalise lui-même. Abbaye que vous aurez peut-être envie de visiter ?

Les débuts du monastère d’Escaladieu

Scala Dei (Escaladieu) au XIIe siècle, dessin de Ivan Douglas Frossard
Scala Dei au XIIe siècle, dessin de Ivan Douglas Frossard

Vaucher, moine de Citeaux, fonde en 1136 une petite abbaye au lieu-dit Capador [Source de l’Adour] sur les pentes du Tourmalet.

Bernard de la Barthe, l’abbé qui succède à Vaucher obtient des comtes de Bigorre de transférer cette abbaye dans un endroit plus hospitalier, au pied du château de Mauvezin. Grâce à la générosité des comtes, le bâtiment grandit en beauté.

En 1160, l’abbaye est consacrée sous la protection de la Vierge, au nom de Notre Dame de Scala Dei, Scala Dei en latin ou Escaladiu en parler local, Échelle vers Dieu. L’austérité qui y règne lui vaut le surnom d’école de vertu. C’est vite une halte pour les pèlerins.

Les miracles de Bertrand de Comminges

Escaladieu - Saint-Bertrand de CommingesBertrand de Comminges (1050 – 1123), l’évêque célébré à Saint-Bertrand de Comminges (Haute-Garonne), grand personnage gascon de l’époque, réalise un ou des miracles à Escaladieu, lui donnant ainsi un renom particulier.

Vital, notaire auscitain du Saint-Siège, qui écrit une biographie de Bertrand, s’étend longuement sur les récits des miracles que l’homme de Dieu aurait accomplis en plusieurs lieux. Certains miracles sont en lien avec la vie de la population : il soulage des paysannes en désherbant définitivement une récolte (9ème récit), il remplit de vin le tonneau d’un hôtelier (11ème récit), etc. D’autres sont en lien avec le travail de réforme de l’Église d’alors : lutte contre les trafics des sacrements, les combines pour les charges pastorales, le concubinage des prêtres, l’ingérence des laïcs…

Quelques événements à Escaladieu

Clocher de l'abbaye de l'Escaladieu du XVIIe siècle, dessins d'Ivan Douglas Frossard
Clocher de l’abbaye de l’Escaladieu du XVIIe siècle, dessins d’Ivan Douglas Frossard

En 1251, Pétronille, la célèbre comtesse de Bigorre, est enterrée dans l’église du monastère.
Au XIVe siècle, Duguesclin s’installe à l’Escale Dieu pendant l’attaque de la garnison du Prince Noir.
En 1548, Fontaraille et ses huguenots pillent le monastère et détruisent les archives.
En 1567, Jean Guilhem, chef huguenot de la vallée d’Aure attaque l’abbaye ainsi que le château de Mauvezin. Capturé, il est pendu à Toulouse.
En 1569, le comte de Montgomery occupe l’abbaye à la demande de Jeanne d’Albret.
En 1675, les moines qui avaient été chassés, reprennent le monastère par les armes ! Le monastère est reconstruit. Mais il ne fonctionne plus vraiment comme un monastère. En 1793, il est vendu à Messieurs Amand, Dubernet et Nairac. Il devient un rendez-vous de chasse.
En 1825, les bâtiments deviennent la propriété de la famille Frossard de Bagnères-de-Bigorre.
En 1997, il sera racheté par le Conseil général des Hautes-Pyrénées.

La légende du frère Raoul

Escaladieu - Légende de Scala Dei, dessin d'Ivan Douglas Frossard
Légende de Scala Dei, dessin d’Ivan Douglas Frossard

L’abbaye de l’Escaladieu, comme beaucoup de vieux monuments, possède sa légende. Frère Raoul est moine à Escaladiu. Or, Frère Raoul a une jeune sœur, belle comme le jour. Celle-ci est la fiancée d’un jeune et beau chef d’une bande de huguenots.

Mais voilà que ces bandits attaquent le monastère ! Dans la lutte, Frère Raoul tue le malheureux fiancé. Sa sœur en meurt de chagrin. On peut encore voir son ombre passer tristement dans les cloîtres à la recherche de son amour perdu.

Inconsolable d’être la cause du malheur de sa sœur, Frère Raoul ne peut trouver le repos et hante toujours les pièces du monastère.

L’Escaladieu

Comment s’y rendre ? 

Références

Article basé sur le livre Escaladieu, monastère cistercien des XIIe et XVIIe siècles, Douglas Frossard, 1955
Amplissima collectio veterum scriptorum et monumentorum, pères Martenne et Durand, tomus 6, p. 1022 et suivants : Vitas Bertrandi convenarum episcopi – en latin

 




Les maisons à pans de bois dans la vallée d’Aure

L’abbé Marsan et les maisons à pans de bois

François Marsan manuscrit
Manuscrit de François Marsan prêt à être publié

La maison des fleurdelys, magnifique maison à pans de bois attire le visiteur à Arreau. Que fait-elle là ?

L’abbé François Marsan (1862 – 1944), curé de Saint-Lary, parcourut longuement la vallée d’Aure, fouilla bien des papiers et des greniers de maison. Il nous permet ainsi de connaître quelques trésors dont certains ont disparu. Il publia de nombreux articles dont les curieux trouveront ici une liste.

En particulier, il écrivit il y a cent ans, donc en 1918, un article d’une vingtaine de pages, Vieilles maisons à pans de bois dans la vallée d’Aure. Ses recherches permettent d’éclairer l’histoire de trois maisons : la maison des fleurdelys à Arreau, la maison du procureur à Guchen, Le Castel de Fisse à Tramezaïgues.

Les maisons à pans de bois, qu’es aquò ?

C’est une maison présentant des « murs » (pans) de bois. On les superpose souvent en encorbellement afin de gagner de la place dans les étages sur la voie publique. Cela constitue un bon isolant thermique. Ce qui n’est pas à dédaigner dans nos montagnes.

A la Renaissance, la vallée d’Aure est prospère grâce à l’industrie des draps et à son commerce avec le royaume d’Aragon. C’est donc un moment où on construit des maisons de qualité. Maisons de pierre à portes avec archivoltes et croisées à meneaux y voisinent avec les maisons à pans de bois ornés de Croix de Saint-André et d’écharpes, écrit Marsan.

La Maison des fleurdelys d’Arreau

Maisons à pans de bois - La maison aux lys d'Arreau en vallée d'Aure - photo du livre de François Marsan

Vous pourrez admirer, entre autres, le tympan avec son monogramme de Jésus IHS, surmonté de la croix, et entouré de la couronne d’épines que supportent deux anges agenouillés. On notera aussi les baies en anse de panier, les deux étages en encorbellement avec au centre de chacun de leurs pans une fleurdelys. Classée monument historique en 1913, elle a été magnifiquement restaurée.

En 1918, la maison appartient à Lucien Labat. Et auparavant ? C’est toute cette histoire que va exposer notre historien en soutane. Fin XVIe siècle, Jean Passarieu s’installe à Arreau et fait construire la maison des fleurdelys. Son fils Jean est marchand et bourgeois de la ville. Sa femme est Jeanne de Vignec. L’abbé présente les éléments qu’il a collectés sur cette famille.

Quatre siècles plus tard, le rez-de-chaussée de la maison est toujours utilisé comme un commerce.

La maison du procureur à Guchen

Maisons à pans de bois - La maison du procureur à Guchen en vallée d'Aure - photo du livre de François Marsan

D’autres maisons à pans de bois ont attiré l’attention de l’abbé Marsan, comme la maison du procureur à Guchen, datant aussi du XVIe siècle et plus précisément de 1594. Henri III, roi de France, pourvoit par lettre du 5 avril 1579, Maître Dominique Marsan, notaire et avocat, de la charge de substitut du procureur du Roi dans la judicature d’Aure. Henri IV le confirmera en 1602. L’abbé présente la lettre dans son article.

Un document des plus savoureux liste les dépenses du voyage de Gilles de Souvré (1596 – 1631), évêque de Comminges, en visite dans son diocèse. On sait ainsi qu’il s’arrêta trois jours chez Geoffre d’Ancizan (Ancizan est à côté de Guchen). L’évêque a dîné chez Monsieur Marsan le vendredi 21 août 1620, donc dans la maison du procureur. La liste montre qu’on se nourrit de pain, de vin, de viande et de fromage. Finalement, de bons basiques !

La maison, 32 route de l’Arbizon, déjà en mauvais état quand Marsan la décrit, a subi depuis de nombreuses transformations. En particulier le pan de bois est détruit !

Le Castel de Fisse à Tramezaïgues, haute vallée d’Aure

Maisons à pans de bois - Le Castel de Fisse à Tramezaïgues en haute vallée d’Aure - dessin du livre de François Marsan

Tramezaïgues est un village situé au pied du pic de Tramezaïgues (2 548 mètres). Son nom a évolué de Castellum de Trames Aquas (cf. cartulaire de bigorre, en 1180), Tramasagas (actes Bonnefont, XIIIe siècle), de Trambis Aquis (pouillé du Comminges, 1387) jusqu’à Tramesaigues avec ou sans « s » dans les registres du XVIIIe siècle. Ce nom veut dire Entre deux eaux.

Le village est bien pourvu de curiosités pour le visiteur : château-fort du XIIe siècle dont la tour de Cadéac, surveillant la frontière. Des gisements gallo-romains… et trois maisons à pans de bois dont une, remarquable, le Castel de Fisse. Hélas pour un élargissement de la route, il fut tout simplement… détruit. Heureusement, notre abbé avait déjà fait faire un photographie en 1886 et le dessin ci-contre.

Le castel est dans la famille Fisse depuis le XVIe siècle. C’est une famille de notables, avec Benoit Ferras dit de Fisse, prud’homme, puis Pierre Fisse, syndic et député dès 1663, etc. Citons aussi Jean-Bernard Campassens (début XIXe siècle), fils de Dominiquette Fisse, surnommé le baronnet. Il est propriétaire de la montagne d’Estaragne, Artigusse, Paret, Baranne, Barannette et Cap-de-Long.  Son hospitalité est devenue légendaire dans la vallée d’Aure, précise Marsan.

Cet article s’appuie sur le livre Vieilles maisons à pans de bois dans la vallée d’Aure de l’abbé François Marsan. Un exemplaire est à la bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus  avec une version pdf du texte complet de François Marsan, téléchargeable sur le site. Les photos et dessin proviennent du livre.