La Baïse
La Baïsa, ou Baïse en français, est une rivière navigable du Gers qui connait un second souffle grâce à la navigation de plaisance.
La Baïse ou des Baïses ?
La Baïsa prend sa source sur le plateau de Lanamesa (Lannemezan, Hautes-Pyrénées), près de Capvèrn (Capvern), traverse le Gers du sud vers le nord, et se jette dans la Garona (Garonne) après avoir parcouru 187 Kilomètres.
On ne connait pas l’origine de son nom. Certains y voient une origine qui remonte aux Aquitains. En tout cas, en 1212, on trouve un document en latin qui l’appelle Banisia qui a évolué en Baïsa.

En fait, il y a plusieurs Baïsa qui naissent sur le plateau de Lanamesa. La Baïsa Darrèr (Baïse de l’Ouest) prend sa source à Avesac (Avezac) et rejoint à Campistrons (Campistrous) la Baïsa Davant (Baïse de l’Est) née à Lanamesa même. Quant à la Baïsòla (Baïsole), elle nait à Era Granja (Lagrange) et rejoint la Baïsa à Sent Miquèu (Saint-Michel, Gers). Ainsi réunies, elles forment la petite Baïse.
Enfin, la petite Baïse rejoint la Baïsa, parfois appelée grande Baïse, à L’Ila d’Arbeishan (L’Isle de Noé), après un parcours de 75 Kilomètres.
Le Lac de Puydarrieux

Le canal de la Neste, mis en service en 1863, alimente la Baïsa, comme d’ailleurs la plupart des rivières du Gers. En 1987, la Compagnie d’Aménagement des coteaux de Gascogne (CACG) crée le lac de Puydarrieux, alimenté par la Baïsòla, pour soutenir l’irrigation dans le Gers et produire de l’électricité.

Ce lac de Puydarrieux est un beau lac de 220 hectares. Comme il est situé sur un axe migratoire d’oiseaux sauvages, sa gestion favorise la nidification et l’hivernage des oiseaux. Et on y voit plus de 200 espèces d’oiseaux, notamment des grues cendrées, des oies cendrées, des hérons cendrés, des grandes aigrettes et des grands cormorans. D’ailleurs, l’aménagement du site permet aux visiteurs d’observer les oiseaux sans les déranger.
Les péripéties de la Baïse

Pour améliorer la navigabilité de la Baïsa, Henri IV fait construire cinq écluses pour éviter les passelis (ouvrages barrant le cours d’eau, notamment pour diriger l’eau vers un moulin). Elles permettent de naviguer plus facilement jusqu’à Lavardac et Nerac.
Louis XIV va plus loin et il souhaite la rendre navigable jusqu’à Condòm. Alors, il ordonne des travaux en 1668. Mais le projet n’avance pas, faute d’argent. En fructidor an IX, Saint-Faust, ingénieur ordinaire à Condòm, prend en charge une étude : il envisage la construction d’un nouveau canal mais, finalement, opte pour l’aménagement du cours de la Baïsa.
C’est Napoléon qui ordonne en 1808 l’aménagement de la Baïsa jusqu’à Condòm. Si le financement est assuré par un centime additionnel, les travaux trainent en longueur. D’abord, il y a un conflit de compétence entre le Lot et Garonne et le Gers. Ensuite, Nérac qui bénéficie de privilèges depuis Henri IV ne veut pas de la concurrence du port de Condòm. La chute de l’Empire en 1813 interrompt les travaux.
Georges-Eugène Haussmann (1809-1891) est sous-préfet de Nerac en 1832. Il fait réaliser des travaux pour faciliter la navigation jusqu’à Condòm. Enfin, elle ouvre en 1839 et les quais sont construits en 1840. Le tronçon jusqu’à Beucaire (Beaucaire) ouvre en 1868, celui jusqu’à Sent Joan Potge (Saint-Jean Poutge) ouvre en 1877.

Condòm devient le point de départ des exportations d’eaux de vie. Les négociants s’y installent comme les maisons Duran, Dubourdieu, Jeannau ou Duvignu.
Avec la construction de 21 écluses, la Baïsa est maintenant navigable sur 60 Kilomètres. Certes, l’aménagement est prévu jusqu’à Mirande mais le projet est abandonné.
Un axe commercial essentiel
Grâce à deux enquêtes, en 1818 et 1826, on connait l’importance du commerce de l’époque. Il se fait par la route et passe par Condòm. On compte 300 000 hectolitres de grains, 56 000 hectolitres d’eaux de vie, 12 000 quintaux de sel et diverses denrées. Nul doute : un canal est nécessaire !
Lorsque les eaux sont hautes, des barques à fond plat transportent les eaux de vie d’Armagnac, des céréales, du bois et du gravier. À Lavardac, on charge les marchandises sur des bateaux capables de naviguer sur la Garonne et qui vont jusqu’à Bordèu (Bordeaux) ou Tolosa (Toulouse). Au retour, après une nouvelle rupture de charge à Lavardac, les bateaux ramènent du sucre, du coton, du sel et du charbon.
Les bateaux transportent jusqu’à 80 tonnes de fret. Ils mesurent 27,90 mètres de long, 4,10 mètres de large et ont un tirant d’eau de 1 mètre. Avec eux, ce sont 80 000 tonnes de fret qui empruntent la Baïsa en 1852. Pour les tirer sur le chemin de halage, on loue des bœufs en dehors des périodes où ils sont nécessaires dans les fermes. Les transactions se font à Sent Joan Potge et à Condòm.

Avec son port pouvant accueillir trois bateaux simultanément, Sent Joan Potge connait un essor économique remarquable. Artisans, commerces et hôtellerie se développent autour du marché et du port qui accueille, chaque année, près de 60 bateaux et 5 000 tonnes de marchandises. Le dernier bateau accoste en 1936.
La crise du Phylloxéra voit les exportations de vin et d’eaux de vie s’effondrer. La Grande guerre de 14 et la concurrence du chemin de fer (la ligne de Port Sainte-Marie à Condom ouvre en 1880) et de la route ont raison du commerce par voie fluviale. En 1954, la Baïsa est déclassée en tant que voie commerciale.
La rivière d’argent
Si le fret de marchandises est abandonné, le tourisme fluvial redonne vie à la Baïsa. À partir de Valença de Baïsa (Valence sur Baïse), nouveau terminus, on peut rejoindre la Garona.
C’est le département du Gers qui assure en régie directe la navigation sur les 22 Kilomètres de son parcours gersois entre le 1er avril et le 31 octobre de chaque année. Il a convaincu le département du Lot et Garonne d’en faire autant sur sa partie.
« La rivière d’argent » comme on appelle la Baïsa pour les besoins du tourisme, accueille chaque année environ 320 bateaux de plaisance. Les écluses sont automatiques, sauf celle de Graziac (double écluse entre Valença de Baïsa et Condòm) qui nécessite, pour des raisons de sécurité, une manoeuvre par des éclusiers. Construite entre 1838 et 1850, elle permet de passer un dénivelé de 4,50 mètres grâce à deux sas de 30 mètres.

Quatre compagnies proposent des locations de bateaux de plaisance. Les haltes sont nombreuses. Sur le parcours, on peut s’arrêter pour visiter les caves de Buzet (il n’y a pas encore de radars de vitesse sur les canaux !), la bastide fortifiée de Viana (Vianne), Lavardac, le moulin de Barbasta (Barbaste), le château de Nerac, la cité de Condòm, l’abbaye de Flaran et la Bastida de Valença de Baïsa (Bastide de Valence de Baïse).
Pour diversifier l’activité, la véloroute V 82 offre une belle promenade le long de la Baïsa. Longue de 182 Kilomètres, elle relie la Garona à Galan (Hautes-Pyrénées). Elle est remarquable par le nombre de moulins qui existent sur l’itinéraire.
La Baïse des poètes
Les poètes qui chantent la Baïsa la comparent aux grands fleuves à qui elle n’a rien à envier. Louis Baron (1612-1662) dans Oda a l’aunor de la Gasconha (Ode en honneur de la Gascogne) (extrait) :
L’Ador poirà mes que la Sona;
L’Arrats harà trebucar l’Ers,
L’Arròs, la Baïsa e lo Gers
Se trufaràn de la Garona.
L’Adour vaudra mieux que la Saône,
L’Arrats fera trébucher l’Ers,
L’Arros, la Baïse et le Gers
Se moqueront de la Garonne.
…
C’est aussi le cas de Guillaume de Salluste du Bartas (1544-1590) dans son poème Les trois nymphes. La Muse Gasconne dit (extrait) :

Baïsa, enfla ton cors, commença’t hèr mes grana,
Que lo Rin, que lo Pò, que l’Ebre, que la Tana,
Gloriosa, bè bronir ton gai per tot lo Mon.
Baïsa, enfla ton cors, commença’t hèr mes grana,
Puish que jamès lo Rin, lo Pò, l’Ebre, la Tana,
Non vin sur lor gravèr tau beutat que lo ton.
Baïse, enfle ton cours et commence à grandir
Plus que le Rhin, le Pô, l’Ebre ou la Tane,
Glorieuse, fais retentir ta joie au monde.
Baïse, enfle ton cours et commence à grandir,
Puisque jamais le Rhin, le Pô, l’Ebre ou la Tane
N’ont vu sur leur gravier tant de beau que le tien.
Serge Clos Versaille
écrit en orthographe réformée (1990)
Références
« Histoire de la navigation sur la Baïse », Bulletin de la Société Archéologique du Gers, Yves COUSTEAU, 07/1964.
Tourisme fluvial et développement local : la réhabilitation de la rivière Baïse, Jean-Christophe Saura , 1998.
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Une promenade à Aurignac permet de voir bien plus encore : de belles maisons gasconnes, un superbe panorama…
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Bertrand de Comminges (1050-1123), l’évêque célébré à Saint-Bertrand de Comminges (Haute-Garonne), grand personnage gascon de l’époque, réalise un ou des miracles à Escaladieu, lui donnant ainsi un renom particulier.
