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Les feux pastoraux dans les montagnes

Au printemps et à l’automne, la montagne semble bruler. C’est la saison des feux pastoraux, cremadas ou uscladas en gascon, pour l’entretien des pâturages. Cette pratique ancestrale oppose le monde rural et les défenseurs de la nature. Peut-être abus et ignorance ne favorisent pas le dialogue…

Une pratique ancestrale d’entretien de la montagne

L’écobuage se définit comme le défrichement avec brulis de la végétation en vue d’une mise en culture temporaire.

Cette pratique est aujourd’hui abandonnée en plaine. En fait, jusque dans les années 1960, on a l’habitude de bruler les chaumes pour fertiliser le sol. Puis, la généralisation de la mécanisation de l’agriculture et l’apport des engrais contribuent à sa disparition.

Cependant, elle est toujours employée en montagne : l’écobuage reste la méthode d’entretien des pâturages en terrain difficilement accessible aux engins agricoles. Tout en fertilisant le sol, il permet d’éliminer les résidus végétaux et les broussailles qui gênent la pousse des plantes herbacées au printemps. Et il permet de fournir des pâturages aux troupeaux.

Ainsi, en haute montagne, la croissance de la végétation étant lente, le brulage se fait tous les 7 à 10 ans sur une même parcelle. En basse montagne, la croissance des ajoncs, genévriers et genêts est plus rapide, il se fait tous les 2 ou 3 ans.

L’évolution de la pratique des feux pastoraux

Un robot-broyeur pour lutter contre les friches
Un robot-broyeur pour lutter contre les friches

L’exode rural, l’abandon des terres et la diminution des troupeaux ont favorisé la pousse des friches. Alors, les feux pastoraux se sont espacés et couvrent de plus grandes surfaces concentrées dans les endroits les plus facilement accessibles. Mais le manque de main d’œuvre provoque la baisse du savoir-faire ancestral.

De plus, les pâturages sont descendus sur des zones anciennement cultivées, plus proches des zones habitées où la végétation est plus dense. Ainsi, les feux sont plus importants et concernent parfois des versants entiers de montagne. Par conséquent, les dégâts peuvent être importants sur la faune, les lignes électriques ou les habitations.

De plus, ces mêmes espaces concentrent les projets de développement économiques et touristiques, ce qui provoque inévitablement des conflits d’usage et la remise en cause des faux pastoraux.

Que reproche-t-on aux feux pastoraux ?

Ecobuage sous surveillance
Ecobuage sous surveillance

Ses détracteurs reprochent aux feux pastoraux de gêner la protection du gibier en gardant des espaces ouverts, de détruire la faune incapable de fuir, comme les mollusques ou les larves, d’entrainer une diminution de la diversité florale, d’être une source de pollution de l’air dans certaines conditions par l’émission de fines particules.

Toutefois, les recherches semblent montrer que les feux pastoraux n’ont pratiquement aucun effet de dégradation sur la composition végétale. Les mêmes espèces se retrouvent avant et après, seules les proportions changent au bénéfice des plantes herbacées.

De plus, le brulage ne concerne que la partie aérienne des plantes. Il a peu d’impact sur les racines et sur les graines enfouies. En revanche, il permet la réouverture de milieux qui contribuent à la biodiversité de nos montagnes.

Détracteurs et défenseurs s’acharnent. Tout comme l’ours, le feu est un révélateur des problèmes d’aménagement de l’espace en montagne : enfrichement des milieux, entretien des espaces pastoraux ou paysagers, choix touristiques, écologiques ou forestiers, etc.

Des catastrophes qui provoquent une prise de conscience

La sécheresse de l’hiver 1988-1989 provoque d’innombrables incendies et des dégâts importants. C’est le point de départ d’une prise de conscience qui conduit à la création des commissions locales d’écobuage dont le canton d’Argelès-Gazost sera le précurseur.

Samedi 20 février 2021 – violent incendie entre la Rhune et Ibardin

De plus, le 10 février 2000, huit randonneurs sont piégés par un incendie sur le GR 10 dans les montagnes d’Estérançuby : cinq sont morts, deux gravement brulés, un seul rescapé. Ce drame accélère le processus de concertation entre les parties prenantes à la montagne.

Pourtant, des agriculteurs continuent leur pratique plus ou moins maitrisée. En février 2002, dans un contexte de déficit pluviométrique, de sécheresse hivernale, de températures élevées et d’un fort vent du sud, une vague d’incendie touche les montagnes. Excepté dans les Hautes-Pyrénées où les commissions locales d’écobuage fonctionnent, les feux dégénèrent presque partout : des forêts brulent, plus de 5 000 hectares dans le seul pays basque, les canadairs interviennent.

Cet épisode douloureux accentue la gestion des feux pastoraux au niveau départemental. Cela n’empêche pas de nouveaux feux incontrôlés comme celui qui a ravagé la montagne de la Rhune en février 2021.

La réhabilitation des feux pastoraux

Contrôle de feux pastorauxLongtemps accusés de dégrader les pâturages, les feux pastoraux sont désormais au cœur des enjeux de l’aménagement de l’espace pastoral et forestier. Après avoir cherché à les interdire, on les reconnait comme outil d’aménagement de l’espace et la loi d’orientation sur la forêt du 9 juillet 2001 le réhabilite en tant que technique de prévention des incendies de forêt.

La loi sur la mise en valeur pastorale de la montagne de 1972 crée les Associations Foncières Pastorales et les Groupements pastoraux, qui réorganisent l’élevage. La loi pour le développement de la montagne de 1985 conduit à l’engagement des collectivités locales avec la création des Commissariats de Massif. L’Union Européenne met en place des aides pour la gestion de l’espace et de l’environnement. Chaque département met en place des organismes de développement pastoral.

S’appuyant sur les dispositions du Code forestier, des arrêtés préfectoraux réglementent la pratique des feux pastoraux.

Les commissions locales d’écobuage, instances de concertation et de régulation

Chantier pédagogique, démonstration d_usage des outils (65)
Chantier pédagogique, démonstration d_usage des outils (65)

Le code de l’environnement interdit le brulage des végétaux en plein air. Ils doivent être apportés en déchetterie. Les feux pastoraux constituent une exception notable à la réglementation.

Pour faciliter les feux pastoraux dans des conditions de sécurité améliorées, chaque département crée des commissions locales d’écobuage. Elles réunissent les collectivités, les services d’incendie et de secours, les éleveurs, les chasseurs, les forestiers, les gestionnaires d’espaces naturels, les naturalistes, les forces de l’ordre, etc. Ce sont des instances de concertation qui donnent un avis sur les chantiers déclarés et permettent leur organisation.

Les feux pastoraux sont autorisés seulement du 1er novembre au 30 avril de l’année suivante. Des arrêtés préfectoraux peuvent réduire cette période en cas d’épisodes de pollution de l’air.

Préalablement à tout chantier, le propriétaire doit en faire la déclaration à la mairie qui prévient les pompiers, les gendarmes, les communes environnantes et les riverains situés à moins de 200 mètres du brûlage. Une signalisation particulière doit être installée sur les sentiers de randonnée passant à proximité pour avertir les promeneurs éventuels.

Le propriétaire doit rester sur place et surveiller le feu jusqu’à sa complète extinction. En cas de manquement, les sanctions peuvent aller jusqu’à 1 an d’emprisonnement et une lourde amende.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Brûlage pastoral dans la vallée de Beaudéan (Wikipedia)
Brûlage pastoral dans la vallée de Beaudéan (Wikipedia)

Références

« Quinze années de gestion des feux pastoraux dans les Pyrénées : du blocage à la concertation », Jean-Paul Métalié et Johana Faerber, Sud-Ouest Européen, n° 16, p 37-51, Toulouse, 2003.
« Le feu pastoral en pays basque », Les cahiers techniques de Euskal Herriko Laborantza Ganbara, 5 mai 2019




Saint-Frajou, petit village, grands personnages !


Saint-Frajou est une petite commune rurale du Comminges, située à 7 km au sud de l’Isle en Dodon. Elle a donné, entre autres, deux des plus grands médecins du XVIIIe siècle, anoblis par le Roi et siégeant à l’Académie Royale de Médecine.

Jacques Daran (1701-1784)

Jacques DARAN (1701-1784) né à Saint-Frajou
« Jacques Daran  né le .. mars 1701 à Saint-Frajou en Gascogne »

Issu d’une famille de notaires, Jacques Daran (1701-1784) étudie la chirurgie sous la direction de grands maitres. Voulant voyager, il part en Lombardie où le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel III, lui fait des offres pour le retenir. Sans succès. Il part pour Rome, Vienne, Naples. Là, sa réputation lui vaut le titre de chirurgien du régiment du prince de Villa Franca.

La peste de Messine

La peste de Messine
La peste de Messine

Une épidémie de peste sévit à Messine (Sicile). Aussitôt, il s’y rend pour soigner les malades – les négociants français sont nombreux dans la ville. D’ailleurs, on dit que « Trois verbes envers la Peste ont plus d’effet que l’Art : partir vite, aller loin et revenir bien tard »». En tous les cas, Jacques Daran organise le épart des français pour Marseille. La traversée dure un mois et il ne perd qu’un seul malade !

Jacques Daran né à Saint-Frajou - Observations chirurgicales sur les maladie de l'urethre traitées suivant une nouvelle méthode (édition de 1753)À Marseille, Jacques Daran reçoit un accueil triomphal. Alors, il se fixe dans cette ville et s’intéresse aux maladies des voies urinaires. Il invente les « bougies Daran » destinées à élargir l’urètre. L’écrivain M. de Bièvre dira de lui : « C’est un homme qui prend nos vessies pour des lanternes ! ». L’expression est restée fameuse.

Cependant, sa réputation est si grande que le roi Louis XV en fait un de ses chirurgiens ordinaires. Sa présence attire une foule considérable de malades. Des riches, bien souvent venus de l’étranger, lui permettent de réunir une fortune colossale. Quant aux pauvres, « il leur donnait généreusement les remèdes et souvent il leur fournissait de sa propre bourse tous les moyens de subsister ».

Jacques Daran publie dix ouvrages de chirurgie. Il est reçu à l’Académie Royale de Chirurgie. Et il est anobli en 1755. Tout lui réussit ! Malheureusement, il spécule dans l’affaire du canal de Provence et il se ruine. Il continue d’exercer jusqu’à l’âge de 83 ans.

Gilles-Bertrand de Pibrac (1693-1771)

Gilles-Bertrand de Pibrac (1693-1771) est aussi originaire de Saint-Frajou. Comme Jacques Daran, il étudie la chirurgie.

Insigne du 1er Royal Dragons
Insigne du 1er Royal Dragons

En 1719, Gilles-Bertrand de Pibrac est engagé comme Aide-major lors de la guerre d’Espagne. Il participe aux sièges de Fontarabie et de Saint-Sébastien. Puis il devient Chirurgien-major du régiment Royal Dragons en 1721, chirurgien ordinaire du Duc d’Orléans en 1724, premier chirurgien de la princesse d’Orléans, veuve du roi d’Espagne Louis Ier (il ne règne que huit mois avant de mourir).

« La vue d'un homme situé comme il faut quand on luy veut extraire la pierre de la vessie »
« La vue d’un homme situé comme il faut quand on luy veut extraire la pierre de la vessie » (XVIIe)

En 1731, Gilles-Bertrand de Pibrac entre comme l’un des quarante membres du Comité Perpétuel de la toute jeune Académie Royale de Chirurgie. Il en prend la Direction en 1762.

Le chercheur se fait remarquer par ses travaux sur le traitement des plaies (il obtient la proscription des onguents qui provoquent des infections graves) et sur la cystotomie, c’est-à-dire l’ouverture de la vessie pour en extraire les calculs. En particulier, il invente la technique, encore utilisée, de l’injection d’eau dans la vessie pour une intervention plus facile.

Gilles-Bertrand de Pibrac devient Chirurgien Major de l’Ecole Militaire. Il est anobli en 1751 et admis dans l’Ordre de Saint-Michel qui ne compte que 100 membres. Il meurt en 1771 à l’âge de 78 ans.

Saint-Frajou n’a pas donné que des médecins célèbres

René Souriac né à Saint-Frajou
René Souriac, Président de la Société d’Etudes du Comminges

Saint-Frajou a aussi donné des hommes de lettres et des militaires. Par exemple, Saint-Frajou est la patrie de René Souriac (1941- ), agrégé d’histoire et spécialiste de l’histoire du Comminges auquel il consacre de nombreux ouvrages.

Depuis 1999, il est Président de la Société d’Etudes du Comminges et de la Revue du Comminges et des Pyrénées centrales.

Saint-Frajou, c’est aussi la patrie de Jean Saint-Raymond (1762-1806), militaire de la Révolution puis de l’Empire. En 1785, il entre soldat au régiment d’infanterie de l’ile Bourbon. En 1791, il est déjà sous-lieutenant dans le 1er bataillon des volontaires du Finistère. Enfin, il est nommé Colonel en 1803.

Fait Chevalier de la Légion d’Honneur en 1803, promu Officier de l’ordre en 1804 et Commandeur en 1805, il participe aux campagnes de Napoléon. En particulier, il se fait remarquer à Austerlitz. Il meurt en 1806 à Nuremberg.

Le Musée d’art moderne de Saint-Frajou

Ksenia Milocevic crée un musée d'Art Moderne à Saint-Frajou
Ksenia Milocevic, fondatrice du Musée d’Art Moderne de Saint-Frajou

Aujourd’hui, Saint-Frajou ne compte que 214 habitants et abrite un riche musée d’art moderne. Le musée de Saint-Frajou est créé en 2010, à la suite de la donation de Ksenia Milicevic, enrichi d’une nouvelle donation en 2016. L’artiste à une résidence secondaire à Saint-Frajou.

Installé dans le bâtiment de l’ancienne école, le musée présente une exposition permanente de toiles de Ksenia Milicevic, ainsi que des sculptures de Gérard Lartigue, Christopher Stone et Jérôme Alaux. Il accueille des expositions temporaires.

Une seconde collection de peintures, sculpture et photographie est en préparation. Elle présentera des œuvres d’artistes comme Niki de Saint Phalle, Victor Moley ou Ana Erra de Guevarra Lynch.

Depuis 2020, le musée travaille en partenariat avec le Musée des Abattoirs de Toulouse.

Mascotte de la Biennale des Enfants (Dessin de Ksenia Milosevic)
Mascotte de la Biennale des Enfants créée par Kenia Milocevic (Dessin de Ksenia Milosevic)

Ksenia Milicevic est née en 1942 en Bosnie-Herzégovine. Elle étudie la peinture et l’architecture. Elle s‘installe comme architecte en Argentine et poursuit en même temps ses études de peinture. Enfin, elle s’installe à Paris en 1982 et a son atelier au Bateau-Lavoir à Montmartre.

Elle fait sa première exposition en 1970. Depuis, elle expose dans les plus grands pays du monde : Etats-Unis, Mexique, Canada, Royaume-Uni, Allemagne, Russie, etc. En 2010, elle fonde la Biennale de Peintures d’Enfants à Saint-Frajou. Elle réunit des peintures d’enfants de nombreux pays.

Et Saint Frajou ?

Saint Fragulphe par le sculpteur Gérard Lartigue
Saint Fragulphe par le sculpteur Gérard Lartigue  à Saint-Frajou

Il s’agit plutôt de Saint Fragulphe. Tout compte fait, c’est le premier grand homme de Saint-Frajou, village à qui le jeune Fragulphe a laissé son nom. D’ailleurs les habitants s’appellent les Fragulphiens.

Fragulphe nait dans le Savès au VIIIe siècle. Lors d’une invasion des Maures, le jeune homme de 20 ans entraine ses compagnons pour les combattre. Hélas, un Sarrasin lui tranche la tête d’un coup de cimeterre. Sa tête roule jusqu’à un endroit où jaillira une source. Elle laisse trois gouttes de sang qui seraient encore visibles à la fontaine !

 

 

La fontaine miraculeuse de Saint-Frajou
La fontaine miraculeuse de Saint-Frajou

Ses compagnons l’enterrent au sommet de la colline de Serreriis (Serrières). – – Des miracles s’accomplissent et des bénédictins bâtissent un monastère. C’est la première abbaye du Comminges.

Des habitants s’installent. La ville prend le nom du martyr qui sera vite déformé en Fragol, Frajol, puis Frajó (Frajou).

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Revue de Comminges et des Pyrénées centrales
Daran, Jacques, 1701-1784 – Observations chirurgicales sur les maladies de l’urethre, traitées suivant une nouvelle méthode
Jean Saint-Raymond (Wikipedia)
Bernadette Molitor – De l’émergence de la pédiatrie dans les maisons des enfants royaux au XVIIIe siècle Article inédit publié sur Cour de France.fr le 28 février 2015.
Musée de peinture de Saint-Frajou
Galerie virtuelle d’art de Ksenia Milicevic
Geocaching sur Saint Frajou




De Lugdunum Convenarum à Saint-Bertrand

Saint-Bertrand de Comminges est une bourgade de 244 habitants. À y regarder de plus près, des remparts l’entourent, son église est une cathédrale et, à ses pieds, s’étendent des ruines romaines. Poussons un peu plus loin…

Une ville romaine peuplée d’Aquitains ?

Pompée le Grand (106 av. JC- 48av. JC) fondateur de Lugdunum Convenarum
Pompée le Grand (106 av. JC – 48 av. JC)

Plusieurs peuples Aquitains habitent la région : les Convenae (Comminges), les Consoranii (Couserans), les Garumni (vallée de Saint-Béat et val d’Aran), les Onesii (vallée de Luchon).

Sertorius, général romain, soulève l’Hispanie contre la dictature de l’empereur Scylla. Pompée part le combattre et le bat en 72 avant J.-C. Pompée, victorieux, passe les Pyrénées et rentre en Narbonnaise. Aux confins pyrénéens de la province, et pour mieux surveiller la frontière, il regroupe les peuples Aquitains et fonde Lugdunum Convenarum.

On trouve la première mention de la ville chez le géographe grec Strabon (~60 avant J.-C. – ~20 après J.C.) dans sa Géographie.

Les ruines du théâtre de Lugdunum Convenarum
Les ruines du théâtre de Lugdunum Convenarum

Très vite, la ville se développe et aurait compté jusqu’à 10 000 habitants. Le poste frontière devient une ville opulente avec son forum, son théâtre, ses thermes et ses riches demeures. Au IIe siècle, elle fait partie de la province d’Aquitaine, puis de celle de Novempopulanie. On y utilise le droit latin.

Elle est si vaste que l’on dit « qu’un chat aurait pu aller de toit en toit depuis Lugdunum jusqu’à Valentine » (17 km).

Plus tard, au début du Ve siècle, les Vandales, les Alains et les Suèves, des peuples germaniques poussés par les Huns, envahissent la Gaule qu’ils traversent pour se rendre en Espagne. Mais la frontière des Pyrénées est bien gardée et ils restent deux ans en Gascogne avant de pouvoir la franchir. La ville romaine se replie sur l’oppidum fortifié et perd de son importance. Elle prend le nom de Convenae.

Les ruines romaines et la Cathédrale de Saint-Bertrand
Les ruines romaines et la Cathédrale de Saint-Bertrand

Les guerres de succession au trône des Mérovingiens

L'assassinat de Chilpéric 1er
L’assassinat de Chilpéric 1er

Sous les rois Francs Mérovingiens, les conflits de succession au trône sont nombreux. Francie, Neustrie et Austrasie s’affrontent. D’ailleurs, un complot se forme autour de Gondovald qui serait un fils naturel de Clothaire Ier.

Le roi Chilpéric Ier meurt assassiné en 584. Gontran lui succède. Alors, Gondovald et Didier, duc de Toulouse, prennent la tête d’une armée pour conquérir l’Aquitaine. À Brive, Gondovald est proclamé roi. Bordeaux et Toulouse se rallient. Mais à l’approche de l’armée des Francs, les défections commencent. Gondevald est obligé de se réfugier dans les Pyrénées, à Convenae.

Jean Fouquet (ca 1455) - Entretien entre saint Gontran et Childebert II. Devant les dignitaires de sa cour, Gontran, sans héritier, s'adresse à son neveu Childebert qu'il vient de nommer son successeur. Lors du siège de Saint-Bertrand-de-Comminges par le roi Gontran, Mummol (en arrière-plan) trahit et livre le prince franc Gondevald.
Jean Fouquet (ca 1455) – Devant les dignitaires de sa cour, Gontran, sans héritier, s’adresse à son neveu Childebert qu’il vient de nommer son successeur. Lors du siège de Saint-Bertrand-de-Comminges par le roi Gontran, Mummol (en arrière-plan) trahit et livre le prince franc Gondevald.

Ainsi, le siège commence le 11 février 585. Et Gondovald est trahi, assassiné par ses pairs. Grégoire de Tours raconte que « la nuit suivante, les principaux chefs gondovaldiens enlevèrent secrètement tous les trésors que la ville renfermait et tous les ornements de l’église. Le lendemain, les portes furent ouvertes. L’armée des assiégeants entra et égorgea tous les assiégés, massacrant au pied même des autels de l’église les pontifes et les prêtres. Après avoir tué tous les habitants, sans en excepter un seul, les Bourguignons mirent le feu à la ville, aux églises et aux édifices, si bien qu’il ne resta plus que le sol ».

La ville est détruite et il n’y reste plus personne « pour pisser sur les murs ». Convenae tombe dans l’oubli.

Saint-Bertrand de Comminges, l’évêché du Comminges

En 1083, Bertrand de l’Isle, petit-fils du Comte de Toulouse, est élu évêque de Comminges, il occupe le siège jusqu’en 1123. Il entreprend la construction de l’église Saint-Just de Valcabrère et de la cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges.

Basilique de Saint-Just de Valcabrère et cathédrale de Saint-Bertrand
Basilique de Saint-Just de Valcabrère (Bertrand de l’Isle) et Cathédrale de Saint-Bertrand (Bertrand de Got)

De même, il manifeste une énergie remarquable au service des pauvres, rétablit la sécurité, protège les routes et les marchands. Il est canonisé en 1218 et Convenae prend le nom de Saint-Bertrand de Comminges en 1222.

Bertrand de Got est nommé évêque de Comminges en 1295 et lance la construction d’une nouvelle église gothique qui ne sera achevée qu’en 1350. En 1305, il devient Pape, sous le nom de Clément V, mais revient à Saint-Bertrand pour transporter les reliques de Saint-Bertrand.

Pendant les guerres de religion, les Huguenots pillent Saint-Bertrand de Comminges. En 1586, le capitaine Sus massacre les religieux, vole l’argenterie, brule les archives et rançonne le chapitre de 10 000 livres. Les Huguenots partent après sept semaines d’occupation. En 1593, le vicomte de Larboust pille à nouveau la ville.

Heureusement, un soldat cache les reliques de Saint-Bertrand et les rend en 1591.

Mausolée de Saint-Bertrand de Comminges
Mausolée de Saint-Bertrand de Comminges

L’évêché de Comminges comprend le val d’Aran. Les rapports sont conflictuels, si bien que l’évêque doit demander la permission aux Aranais d’entrer sur leur territoire. L’évêché est dissout en 1790 et partagé entre ceux de Toulouse, de Tarbes et de la Seu de Urgell pour le val d’Aran.

Saint-Bertrand-de-Comminges est un important lieu de pèlerinage. Il reprend en 1805 et est toujours très populaire.

Les fouilles archéologiques

Les fouilles archéologiques ont lieu de 1913 à 1970. Ensuite, elles reprennent de 1985 à 2006. Les principales découvertes couvrent une période de quatre siècles. On les retrouve exposées au Musée départemental de Saint-Bertrand de Comminges.

Le chantier de fouilles de Saint-Bertrand
Le chantier de fouilles de Saint-Bertrand

Les fouilles mettent à jour des édifices publics : un théâtre, un temple consacré au culte impérial, un marché, des thermes, une basilique chrétienne et un camp militaire. Depuis 2016, le Professeur William Van Andringa, directeur d’études de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris, conduit des fouilles sur les nécropoles qui entourent la ville romaine.

En 1926, on découvre un trophée augustéen à Saint-Bertrand de Comminges. C’est un monument célébrant une grande victoire militaire. Datant du Ier siècle, en marbre blanc de Saint-Béat, il est l’un des plus complets découverts en France et fait la renommée de Saint-Bertrand.

Bertrand Sapène (1890-1976) est instituteur. Nommé à Saint-Bertrand en 1919, il conduit les fouilles pendant près de 50 ans et écrit de nombreux articles scientifiques pour présenter ses trouvailles. Il fonde le musée archéologique qui devient musée départemental.

Le festival de Saint-Bertrand de Comminges

André Malraux, ministre des Affaires culturelles du Général de Gaulle, vient à Saint-Bertrand pour les obsèques du père de son épouse, Madeleine. Il visite la cathédrale et son orgue, accompagné de Pierre Lacroix, musicien et ami de la famille. André Malraux lui promet la création d’un festival.

Festival 2021 de Saint-Bertrand de Comminges
Festival 2021 de Saint-Bertrand de Comminges (02/10/2021)

Paul Guilloux est alors titulaire du grand orgue de la cathédrale de Bourges. Il fonde L’Association des Amis de l’orgue de Saint-Bertrand de Comminges en 1964. Paul Guilloux possède une maison à Saint-Bertrand et veut restaurer l’orgue. Il meurt en 1966.

On y organise des concerts d’orgue chaque été avec des organistes et des chanteurs réputés. En 1973, Jean-Pierre Brosse, musicien de renommée internationale, vient jouer à Saint-Bertrand de Comminges et décide de développer le festival avec l’association.

Les travaux de restauration de l’orgue s’achèvent en 1974. Jean-Pierre Brosse lance le festival en faisant appel à ses amis pour animer les concerts. Des deux concerts annuels de ses débuts, il passe rapidement à une vingtaine. La Fondation France Télécom lui permet d’engager des artistes de renommée internationale.

Le festival se dote d’une Académie de musique baroque qui reçoit des étudiants venus de tous les pays pour se perfectionner à l’orgue, à la musicologie, au chant baroque et au chant grégorien. On y enregistre des concerts. Le festival se décentralise pour des soirées dans d’autres villes du Comminges.

A la recherche d’un développement touristique

Saint-Bertrand - les Olivetains
Saint-Bertrand – les Olivetains

Saint-Bertrand de Comminges a perdu de sa splendeur antique et n’est plus qu’un petit village qui semble endormi. Pourtant, ses remparts, sa cathédrale, son site gallo-romain et la basilique de Saint-Just de Valcabrère, attirent de nombreux visiteurs.

La renommée de son festival d’orgues mérite un projet de développement.

Le site des Olivétains, sur la place de la cathédrale, accueille et renseigne le public, organise des expositions.

Le Fournil Résistance de Tulip et Magali
Le Fournil Résistance de Tulip et Magali

Le Syndicat mixte pour la valorisation et la promotion du site travaille sur un centre d’interprétation du patrimoine. Il prévoie d’investir 12 millions €, d’ici à 2030, pour développer l’attractivité touristique et améliorer l’accueil des visiteurs.

Une boulangerie vient d’ouvrir pour le plus grand bonheur des habitants et des visiteurs. Transgarona, piste cyclable reliant Toulouse au val d’Aran, passe par Saint-Bertrand.

Références

Le diocèse de Comminges
La cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges




Des musées gascons à découvrir

La visite de la Gascogne passe aussi par ses musées qui permettent de découvrir des aspects ignorés de sa culture et, parfois, de découvrir quelques joyaux d’art, plus connus à l’étranger que des Gascons eux-mêmes.

La Gascogne pigalhada de musées

Lorsque l’on visite la Gascogne, on n’est jamais loin d’un musée : musée d’art, musée d’art et de traditions populaires, musée d’histoire naturelle, musée des métiers, musée des technologies, musée de pays, écomusée, monument historique, maison natale d’artistes ou de personnages historiques, etc.

Logo des Musées de France
Logo des Musées de France

Certains musées bénéficient de l’appellation « Musée de France » qui se définit comme « toute collection permanente composée de biens dont la conservation et la présentation revêtent un intérêt public et organisée en vue de la connaissance, de l’éducation et du plaisir du public ».

L’appellation donnée par l’Etat permet de bénéficier des subventions du Ministère de la culture, des dépôts des musées nationaux pour enrichir les collections ou encore de bénéficier du droit de préemption de l’Etat pour acquérir des œuvres. Il emporte des obligations comme celle d’avoir un personnel scientifique (conservateur agréé).

Tous les musées gascons ne sont pas labellisés. Que les gèrent des collectivités, des associations ou des particuliers, en poussant la porte on fait d’étonnantes découvertes.

Les musées consacrés au patrimoine gascon

Les collections des musées gascons nous font découvrir le mode de vie oublié de nos grands-parents ou arrière-grands-parents . Elles racontent des histoires merveilleuses.

Les montreurs d'ours
Les montreurs d’ours

À Ercé, en Couserans, le Musée des montreurs d’ours raconte l’histoire de ces centaines d’hommes partis au XIXe siècle avec un ours dressé. Ils parcouraient le monde pour gagner leur vie. Ils étaient tous des vallées de l’Alet, du Garbet et du Salat. Certains d’entre eux ont fait souche à New-York où leurs descendants parlent encore le gascon. À Soueix, également en Couserans, le Musée des Colporteurs parle de ces hommes partis, de ville en ville, vendre des marchandises transportées sur leur dos.

Le Musée du Sel - Salies de Béarn
Le Musée du Sel – Salies de Béarn (64)

Les produits de la nature ou de l’élevage font la fortune de certains métiers. Le Musée du sel de Salies de Béarn raconte comment une source souterraine de sel, gérée en commun par les habitants, fait la fortune de la ville. Le sel de Salies est utilisé pour la fabrication du véritable jambon de Bayonne. À Nay, le Musée du béret retrace l’histoire de ce couvre-chef gascon. Il a occupé plusieurs centaines d’ouvriers dans les usines de fabrication.

L’écomusée de la Grande Lande, à Sabres, témoigne de la vie rurale dans les Landes. Agro-pastoralisme, gemmage, exploitation de la forêt, mode de vie, croyances populaires.

Des histoires insolites racontées dans les musées gascons

Pharmacie de Saint-Lizier (09)

Savez-vous que l’Assurance maladie a son musée à Lormont en Gironde ? Il est le seul musée qui présente l’histoire de la solidarité et de la protection sociale, de l’antiquité à nos jours. Le Musée des Douanes de Bordeaux retrace la vie de cette institution. Il présente des saisies douanières insolites comme l’œuf d’un oiseau de Madagascar, de trois mètres de haut, disparu au XVIIIe siècle.

À Saint-Lizier, on trouvera une pharmacie du XVIIIe siècle, avec ses pots vernissés et ses instruments médicaux. C’est une des rares pharmacies complètes qui permet de mesurer les progrès réalisés depuis par la médecine. Le Musée d’art campanaire de l’Isle-Jourdain présente la cloche de la Bastille et tout ce qui concerne cet art.

Musée des Amériques d'Auch
Musée des Amériques d’Auch (32)

Le musée international des Hussards de Tarbes possède une collection inestimable d’objets et d’uniformes liés à l’histoire des Hussards. Plus connue à l’étranger qu’en Gascogne, la collection mérite une visite.

Créée en 1793, le Musée des Amériques à Auch est l’un des plus vieux musées de France. Il abrite une collection de 8 000 objets précolombiens. Certains, très rares, sont prêtés pour des expositions dans le monde entier. Seul le musée du quai Branly à Paris possède une collection plus riche.

Des richesses méconnues

Allégorie deCérès-Musée de Mirande
Allégorie de Cérès-Musée de Mirande (32)

Il existe de grands musées d’art à Toulouse ou Bordeaux. On a des musées des beaux-arts à Agen, Bayonne, Pau ou Tarbes. N’oublions pas les petits musées d’art, peu connus mais d’une étonnante richesse!

La collection de Joseph Delort, un homme de lettres né à Mirande, est le point de départ du Musée d’art de Mirande.  Enrichi de donations et de dépôts, on le considère comme un des meilleurs musées de peinture par sa présentation de portraits réalisés par des peintres du XVIIe au XIXe siècles. Hyacinthe Rigaud, Chardin, Jacques-Louis David, Le Pérugin, Tiepolo, Vélasquez, Murillo, Jacob van Ruisdael

Blanche Odin - Matin Lumineux - Musée Salies de Bagnères-de-Bigorre
Blanche Odin – Matin Lumineux – Musée Salies de Bagnères-de-Bigorre

Le Musée Salies de Bagnères de Bigorre possède une collection d’aquarelles de Blanche Odin, célèbre pour ses bouquets de roses. À Mont de Marsan, les amateurs de sculpture moderne verront les collections de deux artistes locaux, Charles Despiau et Robert Wlérick, ainsi que des œuvres d’artistes reconnus au niveau international comme Henri Lagriffoul ou le portugais Charles Correia.

Une idée folle : un grand musée de la Gascogne

Un grand nombre de pièces archéologiques et d’œuvres d’art dorment dans les réserves. Les musées ou les municipalités n’ont pas les locaux pour les présenter. On les retrouve dans des musées nationaux comme le Musée des antiquités nationales de Saint-Germain en Laye.

Sans doute y aurait-il de quoi constituer un grand musée de la Gascogne. La Gascogne ne manque pas de locaux désaffectés, suffisamment vastes, pour accueillir un tel musée. On y exposerait les pièces montrant toute la richesse archéologique, historique et culturelle de notre région.

Une idée folle qui peut fédérer les collectivités locales (régions, communautés de communes), les sociétés savantes, les musées. Ils ont des pièces qui ne sont pas exposées au public. Des particuliers possèdent parfois des collections exceptionnelles. Il existe sans doute un public nombreux qui ne manquera pas de venir découvrir toutes les richesses de la Gascogne.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Quelques suggestions de visites à faire cet été

Ercé (09) – Exposition sur les montreurs d’ours
Salies de Béarn (64) – Musée du Sel
Nay (64) – Musée du Béret
Sabres(40) – Écomusée de Marquèze
Lormont (33) – Musée National de l’Assurance Maladie
Saint-Lizier (09) – Pharmacie du XVIIIe siècle 
Tarbes (65) – Musée international des Hussards 
Auch (32) – Musée des Amériques 
Mirande (32) – Musée des Beaux Arts 
Bagnères de Bigorre (65) –  Musée Salies 

Ministère de la culture : www.culture.gouv.fr/




Bons plans de l’été : lieux et livres

Au commencement des vacances d’été, l’Escòla Gaston Febus vous propose quelques bons plans. Mission de l’association oblige, nous restons dans les livres et vous recommandons quelques coins de Gascogne pour découvrir des lieux de vie d’écrivains gascons.

À l’ombre d’un marronnier ou d’un pin, quoi de mieux que des bons livres ? Un livre court, des nouvelles, des articles littéraires, un bon roman d’amour et de soleil. Ou bien encore, pour les jours de pluie, un roman classique dont il faut laisser résonner la musique de la langue dans sa tête et son cœur…

Reclams et les livresEn tous cas, la littérature gasconne est bien assez fournie pour que chacun y trouve plaisir. Reclams edicions nous incite à plonger dans cette richesse en mettant cet été des œuvres incontournables – gasconnes ou bilingues –  à notre disposition, et ce, à moitié prix. Belle occasion, n’est-ce pas, d’explorer la littérature gasconne?

Comminges

Lieux et livres - Cazères sur Garonne (31)
Cazères sur Garonne (31)

Si vous allez dans le Comminges ou le Couserans, c’est l’occasion de passer par Casèras (Cazères sur Garonne), grosse bastide de 4800 habitants, où Pierre Bec vécut enfant. Lors de la croisade des Albigeois, à l’hiver 1218, Amaury de Montfort attaqua Cazères et son château. Victorieux, il brûla château et village et tua tous les habitants. Cazères sera rebâtie en 1282 par Eustache de Beaumarchais, pour en faire une bastide.

En bordure de Garonne, vous pourrez flâner dans le jardin des senteurs, le jardin des fruits, ou le jardin des sensations et vous asseoir au bord de l’eau pour lire quelques livres du grand linguiste et grand romaniste Pierre Bec. Quelques nouvelles dramatiques ou fantastiques pourraient peut-être vous séduire : Entà créser au món, ou Racontes d’ua mòrt tranquilla, le tout dans un gascon très abordable.

Bigorre

Dans les Pyrénées, nous proposons un arrêt en Bigorre. Vous aurez en poche Blind date de Jean-Louis Lavit, superbe roman d’amour tragique, dans un gascon qui coule vif comme une Neste.

Le château de Mauvezin (Hautes-Pyrénées) et sa bibliothèque de livres gascons
Le château de Mauvezin (Hautes-Pyrénées)

Et vous visiterez peut-être le château de Mauvezin (65). Ce château a une fort belle histoire. Ayant vu le jour au XIe siècle sur une motte cadastrale, il fut d’abord un casterar, une tour en bois de 3 m. de haut entouré d’une palissade. Gaston Febus le récupère en 1379 et ordonne à son architecte Sicard de Lordat d’en faire un beau et fort château (lire l’article sur l’histoire du château). Puis, après bien des péripéties, des vaillances et des oublis, le château devient bien national à la Révolution et il ne reste plus que des ruines à la fin du XIXe siècle.

C’est là qu’Albin Bibal, membre de l’Escòla Gaston Febus, l’achète et le donne à l’association. Des passionnés se retroussent les manches pour nous offrir, aujourd’hui, après 20 ans de travaux, un château dominant les vallées de toute sa splendeur retrouvée. À l’intérieur, outre les évocations du Moyen-Âge ou des guerres de religion, vous verrez aussi des portraits ou des bustes des grands écrivains gascons qui marquèrent l’Escòla à ses débuts. Et vous verrez les quelques 2500 livres que l’Escòla a conservés et conserve encore dans sa bibliothèque.

Béarn

Vue des Pyrénées depuis le square Aragon à Pau

Peut-être vous arrêterez-vous à Pau, capitale du Béarn depuis 1450, pour visiter le château où naquit notre bon roi Henri IV ? Grand lieu de villégiature depuis 1850, fort d’une grosse colonie anglaise. Là, tout en admirant le pic du Midi d’Ossau, vous découvrirez quelques livres d’auteurs béarnais. Vous pourrez vivre l’histoire de cet enfant pris dans la tourmente de la guerre d’Algérie et obligé de rejoindre, dans le Béarn, une famille qu’il ne connait pas vraiment. Il s’agit du roman dont le succès ne se démentit pas, L’òra de partir de Serge Javaloyès. Vous avez moins de temps ? Isabèu de la Valea, recueil de nouvelles dramatiques, drôles ou fantastiques du linguiste et écrivain Eric Gonzalès vous satisfera.

Pas envie de tout lire en gascon ? Que l’aperavan Colorado est pour vous. Cinq nouvelles, en collection bilingue, de cette langue éblouissante que manie Albert Peyroutet, professeur de français aux Etats-Unis puis d’anglais et d’occitan à Pau.

Gers

Si vous vous promenez dans l’Armagnac noir, vous passerez peut-être par Le Houga, ancienne juridiction fondée vers 1060. Son nom, vient du gascon heugar, lieu planté de fougères, et les habitants s’appellent des Folgariens. Pour découvrir ce pays, que diriez-vous de commencer par vous en imprégner, appuyé contre le mur de l’église Saint-Pierre, en lisant l’Armanhac negre (livre bilingue) de Raymond Lajus dit Ramonet deu Pè de la Vit ?

Le parc de loisir de Gondrin

Vous emmenez vos enfants sauter dans l’eau du parc de loisir de Gondrin ? Ce village du Gers était le fief d’une branche de la grande famille de Pardalhan, et c’est la seconde femme d’Antoine Arnaud, Paule de Saint Lary de Belle Garde, qui en favorisa l’essor au XVIIe siècle. Tout en dégustant un bout de foie gras local, plongez dans une poésie d’André Pic tirée de ce bijou qu’est son recueil Proses e pouesies (en gascon seulement).

Landes

Maison de l'Ecomusée de Marquèze (40) et lire Manciet
Maison de l’Ecomusée de Marquèze (40)

Vous voulez vous replonger dans l’histoire des Landes du XIXe siècle par une visite à l’écomusée de Marquèze ? Vous êtes à Sabres. Ayez une pensée pour Bernard Manciet (1923 – 2005), un des plus grands écrivains gascons. Toute son œuvre, même en prose, respire la poésie. Ses livres, bilingues, sont juste magnifiques. Par exemple, Ulysse au fleuve vous raconte l’épopée d’Ulysse remontant la Garonne ! Et vous pourrez entrer dans les secrets qui étouffent une famille landaise menacée par la ruine, l’isolement et la mort avec son chef d’œuvre,  Lo gojat de noveme (Le jeune homme de novembre). Ce livre constitue un excellent prolongement de ce que vous aurez vu à l’écomusée.

Et pour les enfants ?

Un site gascon dédié aux enfants

Bloqués à l’intérieur de votre chambre, vous voulez les occuper ? Z’ont pas envie d’un livre ? L’Escòla a créé pour eux le site L’arraton deu casteth– ils sont si accro au digital ! – où ils découvriront la Gascogne par des jeux, des chansons, des contes…

Qui est le géant gascon avec un œil au milieu du front, le lutin facétieux ou l’homme qui vécut mille ans moins un jour ? Qu’arrive-t-il à la pauvre mouche de Joan Francés Tisnèr ? …

Bonnes vacances ! Et découvrez la Gascogne par ses livres… en gascon!

Références

Entà créser au món, Pierre Bec, 8€
Racontes d’ua mòrt tranquilla, Pierre Bec, 7€
Blind date, Jean-Louis Lavit, 8€
L’òra de partir, Sèrgi Javaloyès
Isabèu de la Valea, Eric Gonzalès
Que l’aperavan Colorado, Albert Peyroutet, 6€
Armanhac negre, Lo Ramonet deu Pè de la vit, 6€
Proses et pouesies, Andrèu Pic, 5€
Ulysse au fleuve, Bernard Manciet, 7€
Lo gojat de noveme, Bernard Manciet, 9€

Catalogue Reclams à prix cassé pour l’été

Notes historiques & archéologiques sur Cazères (Hte-Garonne), Emile Espagnat
Cazères et ses environs, 3 tomes, Anne et Robert Foch
Image d’entête par StockSnap de Pixabay 


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Aurignac aux multiples visages

Aurignac dans la Haute-Garonne, est à l’origine de la science préhistorique. Ce fut aussi une châtellenie importante du Comminges. Le centre du village garde encore l’éclat de ses splendeurs. Pourtant, dans le passé, de sombres histoires ont terrifié la commune…

Aurignac et l’Aurignacien

Aurignac - la grotte préhistoriqueAurignac est surtout connu pour son site préhistorique et pour avoir donné son nom à l’Aurignacien (- 39 000 à – 28 000). Son rôle est bien plus fondamental. En effet, en 1852, Jean-Baptiste Bonnemaison, un ouvrier terrassier qui travaille dans le coin, découvre un abri plus ou moins dissimulé. Il farfouille un peu avec son bras et… ressort un os, des dents, des squelettes ! Alerté, le paléontologue gersois Edouard Lartet (1801 – 1871) entame des fouilles dès 1860. C’est la première grotte fouillée ! Et, véritable scoop, Lartet, prouve, grâce à ses fouilles, l’existence d’un homme antédiluvien, c’est-à-dire d’un homme qui précède le déluge de la Bible. Cette découverte remet en cause les théories créationnistes du baron Georges Cuvier (1769-1832) et rallie la communauté scientifique – en commençant par les Anglais – à la reconnaissance d’une nouvelle science… la préhistoire.

Le musée de l’aurignacien raconte tout cela. Il présente une exposition sur la préhistoire, une sur l’Aurignacien et une magnifique salle consacrée à Aurignac même.

Châtellenie des comtes de Comminges

Aurignac, la porte de l'église
La pòrta de la glèisa

Au-delà de la préhistoire, on peut voir des traces de l’histoire à Aurignac ou Aurinhac. Des vestiges de villas aquitano-romaines datent du premier siècle. Un peu plus tard, le village  est construit sur un tuc, à 404 m d’altitude, lieu idéal pour édifier ua tor màger (un donjon) d’une vingtaine de mètres, toujours existante, et surveiller l’entorn. Le village est alors entouré d’un premier rempart, ouvert par des portes comme la pòrta de la glèisa. Puis, à la Renaissance, la ville s’étend et s’entoure d’un deuxième rempart, muni de nouvelles portes et de nouvelles tours comme la tor de Mercí.

Entre les deux, la carrèra de devath (rue de dessous), aujourd’hui la rue des murs, est longée de magnifiques maisons à pans de bois.

Aurignac - l'hôtel Carsalade
L’hôtel Carsalade

À l’entrée de cette rue, l’hôtel du XVIe siècle nommé Carn salada ou Carsalade appartient à une vieille famille gasconne. Sa devise était Salsus non putresco, salé je ne pourris pas. Un trait d’humour à la gasconne ?

Un membre fameux de cette famille, Jules Louis Marie de Carsalade du Pont (1847 – 1932) est un grand historien de la Gascogne. Il crée le Musée historique et archéologique d’Auch, les Archives historiques de Gascogne, la Société archéologique du Gers. Il est aussi consacré évêque de Perpignan en 1900. Il apprend alors le catalan et devient un tel promoteur de la langue et de la culture régionale des deux côtés de la frontière qu’on le surnommera l’évêque des Catalans.

Les Pères de la Merci

En 1292, le comte de Comminges installe le couvent de la Merci, un couvent qui restera longtemps important. Pourtant, en 1771, il ne reste que trois religieux et trois métairies. La révolution en aura définitivement raison.

Cet ordre est un ordre local, pourrait-on dire car il nait et fleurit d’abord dans les pays de langue d’òc. Le languedocien Pierre Nolasque (1180/82? – 1245) fonda l’Ordre de la Merci en 1223. C’était un riche drapier. Il vendit tous ses biens pour racheter les chrétiens captifs des Sarrasins en Espagne. Dans la nuit du 1er août 1218, la Vierge Marie lui apparut. Elle l’encouragea à fonder un ordre pour la rédemption des captifs. La maison-mère est à Barcelone. L’ordre a trois vœux classiques, pauvreté, chasteté, obéissance et un quatrième plus original :  le mercedem, c’est-à-dire le vœu de se livrer en otage pour libérer les captifs si besoin.

Aurignac, une maison traditionnelle Une promenade à Aurignac permet de voir bien plus encore : de belles maisons gasconnes, un superbe panorama…

Pour se donner une première idée, voir les images sur le site de la photographe Rozenn Hamoniau.

Des enlèvements à Aurignac

La guerre de succession d’Espagne (1702 – 1713) demande des effectifs colossaux pour soutenir Philippe V, petit-fils de Louis XIV, contre une bonne partie de l’Europe occidentale. Celle-ci soutient l’archiduc autrichien Charles.

Pour faire face, l’armée française ne suffit pas et fait appel à des miliciens. Elle atteindra pratiquement 500 000 hommes dont 260 000 miliciens « prélevés » dans la population souvent du sud, plus proche de l’Espagne. Le recrutement se fait surtout par racolage, la milice est impopulaire et les désertions nombreuses. Une aubaine pour certains qui n’hésiteront pas à kidnapper des jeunes hommes pour les revendre à l’armée !

À Aurignac, une affaire éclate. Jean Lafforgue, métayer à Benque, se fait spolier de sa part de récolte. Mécontent, il témoignera contre ses propriétaires, les Escala, et révèlera que ceux-ci enlèvent des garçons, les enferment dans un cachot menottes de fer aux poings. Puis ils vont les vendre aux capitaines ou à des communautés pour servir de soldats de milice. L’enquête va démontrer le trafic. Jean Sarraute par exemple est vendu en 1713 pour 10 livres, environ 170 € aujourd’hui, au capitaine Salers.

Une vraie mafia locale

Aurignac, une mafia locale ? Plus que de banditisme opportuniste, il s’agit bien de crime organisé.

Certaines familles de personnes enlevées paient des rançons aux Escala pour que ceux-ci restituent la personne kidnappée. D’autres, comme un dénommé Trenque, souscrivent une obligation devant notaire de 20 livres par an pour ne pas être ennuyés par la famille mafieuse. Pierre Brondes, enlevé, réussit à s’échapper. Un des fils Escala, dit Lagrave, ancien soldat, revient chez lui et le menace de le reprendre pour l’envoyer à la guerre s’il ne lui paie pas 50 livres.

Et tout cela au vu et au su de beaucoup, donc avec des protecteurs bien placés. Les transactions se passent à l’auberge, parfois avec l’entremise de nobles comme le chevalier d’Estansan.

Aurignac, un repère de bandits ?

Après plusieurs années de trafic, les choses s’amplifient. En effet, Alexis Escala dit Bellòc, est assassiné en pleine rue, dans un bain de sang. Le lendemain, le 4 février 1714, le père Escala, sûr de lui et de ses protections, porte plainte pour le meurtre de son fils. L’enquête permet de trouver les assassins et met à jour d’autres vols ou crimes de la même bande. Marc et Antoine Passarieu ainsi qu’André Caubet sont accusés et arrêtés le 11 janvier 1715. Ils s’évadent le 29 juin…

Mais, à cette occasion, ressurgit une vieille affaire, le meurtre en 1699 de Raymond Dardignac à Aurignac. Pour cette affaire, les Escala avaient été condamnés :

Or, le père Escala s’était évadé et le jugement n’avait pas été appliqué à cause de la faveur de leurs alliances et la crainte par eux répandue dans tout le compté de Commenge.

Mais les juges, cette fois-ci, ne veulent pas s’arrêter là. Ils continuent l’enquête et cherchent des témoins. Jean Lafforgue le métayer spolié et les autres accablent les Escala.  Le père Escala réfute les témoins, l’un pour être cousin germain de la victime, l’autre pour être faussaire, la troisième pour être filleule de confirmation de sa propre femme, Marie Ouilhé, etc. Cependant les accusations se multiplient. Finalement, Jean-François Escala, le père, est condamné à être pendu. Ses fils, Jean dit Peirole et Jean-Paul dit Lagrave ainsi que les Izaud père et fils sont condamnés par contumace. On ne les reverra pas.

Toute cette affaire est décrite en détail dans la Revue de Comminges 1978 et 1979 par Robert Molis.

Anne-Pierre Darrées

Pour aller à Aurignac

Cliquez ici

Références

Aurignac, le musée  de préhistoire, Abbé Algans, Revue de Comminges, 1969.
Dissidence et révolte dans une région frontalière : les Pyrénées centrales à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècles, Jean-Marcel Gauger, publié dans Révolte et société, tome II, Actes du IVe colloque d’histoire au présent, 1988.
Banditisme en Comminges  (1699 – 1716), première partie, Robert Molis, Revue de Comminges, 1978.
Banditisme en Comminges (1699 – 1716), deuxième partie, Robert Molis, Revue de Comminges, 1979.




Escaladieu, monastère cistercien

En 1955, Ivan Douglas Frossard est propriétaire de l’abbaye de l’Escaladieu. Il écrit une monographie sur ce monastère, son histoire, sa description. Et ajoute de nombreux dessins qu’il réalise lui-même. Abbaye que vous aurez peut-être envie de visiter ?

Les débuts du monastère d’Escaladieu

Scala Dei (Escaladieu) au XIIe siècle, dessin de Ivan Douglas Frossard
Scala Dei au XIIe siècle, dessin de Ivan Douglas Frossard

Vaucher, moine de Citeaux, fonde en 1136 une petite abbaye au lieu-dit Capador [Source de l’Adour] sur les pentes du Tourmalet.

Puis, Bernard de la Barthe, l’abbé qui succède à Vaucher obtient des comtes de Bigorre de transférer cette abbaye dans un endroit plus hospitalier, au pied du château de Mauvezin. Grâce à la générosité des comtes, le bâtiment grandit en beauté.

En 1160, l’abbaye est consacrée sous la protection de la Vierge, au nom de Notre Dame de Scala Dei, Scala Dei en latin ou Escaladiu en parler local, Échelle vers Dieu. L’austérité qui y règne lui vaut le surnom d’école de vertu. Vite, elle devient une halte pour les pèlerins.

Les miracles de Bertrand de Comminges

Escaladieu - Saint-Bertrand de CommingesBertrand de Comminges (1050-1123), l’évêque célébré à Saint-Bertrand de Comminges (Haute-Garonne), grand personnage gascon de l’époque, réalise un ou des miracles à Escaladieu, lui donnant ainsi un renom particulier.

D’ailleurs, Vital, notaire auscitain du Saint-Siège, qui écrit une biographie de Bertrand, s’étend longuement sur les récits des miracles que l’homme de Dieu aurait accomplis en plusieurs lieux. Ainsi, certains miracles sont en lien avec la vie de la population : il soulage des paysannes en désherbant définitivement une récolte (9ème récit), il remplit de vin le tonneau d’un hôtelier (11ème récit), etc. Cependant, d’autres sont en lien avec le travail de réforme de l’Église d’alors : lutte contre les trafics des sacrements, les combines pour les charges pastorales, le concubinage des prêtres, l’ingérence des laïcs…

Quelques évènements à Escaladieu

Clocher de l'abbaye de l'Escaladieu du XVIIe siècle, dessins d'Ivan Douglas Frossard
Clocher de l’abbaye de l’Escaladieu du XVIIe siècle, dessins d’Ivan Douglas Frossard

En 1251, Pétronille, la célèbre comtesse de Bigorre, est enterrée dans l’église du monastère.
Au XIVe siècle, Duguesclin s’installe à l’Escale Dieu pendant l’attaque de la garnison du Prince Noir.
En 1548, Fontaraille et ses huguenots pillent le monastère et détruisent les archives.
En 1567, Jean Guilhem, chef huguenot de la vallée d’Aure attaque l’abbaye ainsi que le château de Mauvezin. Capturé, il est pendu à Toulouse.
En 1569, le comte de Montgomery occupe l’abbaye à la demande de Jeanne d’Albret.
En 1675, les moines qui avaient été chassés, reprennent le monastère par les armes ! Le monastère est reconstruit. Mais il ne fonctionne plus vraiment comme un monastère. En 1793, il est vendu à Messieurs Amand, Dubernet et Nairac. Il devient un rendez-vous de chasse.
En 1825, les bâtiments deviennent la propriété de la famille Frossard de Bagnères-de-Bigorre.
En 1997, il sera racheté par le Conseil général des Hautes-Pyrénées.

La légende du frère Raoul

Escaladieu - Légende de Scala Dei, dessin d'Ivan Douglas Frossard
Légende de Scala Dei, dessin d’Ivan Douglas Frossard

L’abbaye de l’Escaladieu, comme beaucoup de vieux monuments, possède sa légende. La voici.

Frère Raoul est moine à Escaladiu. Or, Frère Raoul a une jeune sœur, belle comme le jour. Et celle-ci est la fiancée d’un jeune et beau chef d’une bande de huguenots.

Mais voilà que ces bandits attaquent le monastère ! Dans la lutte, Frère Raoul tue le malheureux fiancé. Sa sœur en meurt de chagrin. Et l’on peut encore voir son ombre passer tristement dans les cloitres à la recherche de son amour perdu.

Inconsolable d’être la cause du malheur de sa sœur, Frère Raoul ne peut trouver le repos et hante toujours les pièces du monastère.

L’Escaladieu

Comment s’y rendre ? 

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Article basé sur le livre Escaladieu, monastère cistercien des XIIe et XVIIe siècles, Douglas Frossard, 1955
Amplissima collectio veterum scriptorum et monumentorum, pères Martenne et Durand, tomus 6, p. 1022 et suivants : Vitas Bertrandi convenarum episcopi – en latin




Les maisons à pans de bois dans la vallée d’Aure

L’abbé Marsan et les maisons à pans de bois

François Marsan manuscrit
Manuscrit de François Marsan prêt à être publié

La maison des fleurdelys, magnifique maison à pans de bois attire le visiteur à Arreau. Que fait-elle là ?

L’abbé François Marsan (1862-1944), curé de Saint-Lary, parcourut longuement la vallée d’Aure, fouilla bien des papiers et des greniers de maison. Il nous permet ainsi de connaitre quelques trésors dont certains ont disparu. Il publia de nombreux articles dont les curieux trouveront ici une liste.

En particulier, il écrivit il y a cent ans, donc en 1918, un article d’une vingtaine de pages, Vieilles maisons à pans de bois dans la vallée d’Aure. Ses recherches permettent d’éclairer l’histoire de trois maisons : la maison des fleurdelys à Arreau, la maison du procureur à Guchen, Le Castel de Fisse à Tramezaïgues.

Les maisons à pans de bois, qu’es aquò ?

C’est une maison présentant des « murs » (pans) de bois. On les superpose souvent en encorbellement afin de gagner de la place dans les étages sur la voie publique. Cela constitue un bon isolant thermique. Ce qui n’est pas à dédaigner dans nos montagnes.

À la Renaissance, la vallée d’Aure est prospère grâce à l’industrie des draps et à son commerce avec le royaume d’Aragon. C’est donc un moment où on construit des maisons de qualité. Maisons de pierre à portes avec archivoltes et croisées à meneaux y voisinent avec les maisons à pans de bois ornés de Croix de Saint-André et d’écharpes, écrit Marsan.

La Maison des fleurdelys d’Arreau

Maisons à pans de bois - La maison aux lys d'Arreau en vallée d'Aure - photo du livre de François Marsan

Vous pourrez admirer, entre autres, le tympan avec son monogramme de Jésus IHS, surmonté de la croix, et entouré de la couronne d’épines que supportent deux anges agenouillés. On notera aussi les baies en anse de panier, les deux étages en encorbellement avec au centre de chacun de leurs pans une fleurdelys. Classée monument historique en 1913, elle a été magnifiquement restaurée.

En 1918, la maison appartient à Lucien Labat. Et auparavant ? C’est toute cette histoire que va exposer notre historien en soutane. Fin XVIe siècle, Jean Passarieu s’installe à Arreau et fait construire la maison des fleurdelys. Son fils Jean est marchand et bourgeois de la ville. Sa femme est Jeanne de Vignec. L’abbé présente les éléments qu’il a collectés sur cette famille.

Quatre siècles plus tard, le rez-de-chaussée de la maison est toujours utilisé comme un commerce.

La maison du procureur à Guchen

Maisons à pans de bois - La maison du procureur à Guchen en vallée d'Aure - photo du livre de François Marsan

D’autres maisons à pans de bois ont attiré l’attention de l’abbé Marsan, comme la maison du procureur à Guchen, datant aussi du XVIe siècle et plus précisément de 1594. Henri III, roi de France, pourvoit par lettre du 5 avril 1579, Maitre Dominique Marsan, notaire et avocat, de la charge de substitut du procureur du Roi dans la judicature d’Aure. Henri IV le confirmera en 1602. L’abbé présente la lettre dans son article.

Un document des plus savoureux liste les dépenses du voyage de Gilles de Souvré (1596-1631), évêque de Comminges, en visite dans son diocèse. On sait ainsi qu’il s’arrêta trois jours chez Geoffre d’Ancizan (Ancizan est à côté de Guchen). L’évêque a diné chez Monsieur Marsan le vendredi 21 août 1620, donc dans la maison du procureur. La liste montre qu’on se nourrit de pain, de vin, de viande et de fromage. Finalement, de bons basiques !

La maison, 32 route de l’Arbizon, déjà en mauvais état quand Marsan la décrit, a subi depuis de nombreuses transformations. En particulier le pan de bois est détruit !

Le Castel de Fisse à Tramezaïgues, haute vallée d’Aure

Maisons à pans de bois - Le Castel de Fisse à Tramezaïgues en haute vallée d’Aure - dessin du livre de François Marsan

Tramezaïgues est un village situé au pied du pic de Tramezaïgues (2 548 mètres). Son nom a évolué de Castellum de Trames Aquas (cf. cartulaire de bigorre, en 1180), Tramasagas (actes Bonnefont, XIIIe siècle), de Trambis Aquis (pouillé du Comminges, 1387) jusqu’à Tramesaigues avec ou sans « s » dans les registres du XVIIIe siècle. Ce nom veut dire Entre deux eaux.

Le village est bien pourvu de curiosités pour le visiteur : château-fort du XIIe siècle dont la tour de Cadéac, surveillant la frontière. Des gisements gallo-romains… et trois maisons à pans de bois dont une, remarquable, le Castel de Fisse. Hélas pour un élargissement de la route, il fut tout simplement… détruit. Heureusement, notre abbé avait déjà fait faire un photographie en 1886 et le dessin ci-contre.

Le castel est dans la famille Fisse depuis le XVIe siècle. C’est une famille de notables, avec Benoit Ferras dit de Fisse, prud’homme, puis Pierre Fisse, syndic et député dès 1663, etc. Citons aussi Jean-Bernard Campassens (début XIXe siècle), fils de Dominiquette Fisse, surnommé le baronnet. Il est propriétaire de la montagne d’Estaragne, Artigusse, Paret, Baranne, Barannette et Cap-de-Long. Son hospitalité est devenue légendaire dans la vallée d’Aure, précise Marsan.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Cet article s’appuie sur le livre Vieilles maisons à pans de bois dans la vallée d’Aure de l’abbé François Marsan. Un exemplaire est à la bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus  avec une version pdf du texte complet de François Marsan, téléchargeable sur le site. Les photos et dessin proviennent du livre.