Le phare de Cordouan
À l’entrée de l’estuaire de la Gironde, le phare de Cordouan se dresse sur un plateau situé à 7 km au large. C’est le plus ancien phare en activité, et le plus beau. Il est classé Monument Historique depuis 1862 et inscrit au titre du Patrimoine Mondial de l’UNESCO.
Au XIVe s., le premier phare de Cordouan

L’entrée de l’estuaire de la Gironde est dangereuse pour les navires. Il y a des effleurements rocheux et des bancs de sable sans cesse en mouvement.
En fait, l’idée de construire un phare est ancienne. D’ailleurs, dès le Moyen Âge, des moines s’installent sur l’ilot rocheux de Cordouan. Et le cartulaire de l’abbaye de la Grande-Sauve nous apprend qu’en 1092, des moines y sonnent une cloche et allument des feux par mauvais temps pour avertir les marins du danger.

Le Prince Noir gouverne l’Aquitaine de 1362 à 1371. La sécurité de la navigation est essentielle pour garantir les liaisons entre la Gascogne et l’Angleterre. Alors, il fait construire une tour au sommet de laquelle on allume des feux. Au passage, un droit est perçu sur les navires qui entrent dans l’estuaire. Après le départ des Anglais, la tour semble avoir été abandonnée et elle tombe en ruines.
Au XVIe s., le nouveau phare de Louis de Foix
Plus tard, en 1584, Jacques Goyon, maréchal de Matignon (1525-1598), est nommé gouverneur de Guyenne. S’il maintient Bordeaux et la Guyenne dans l’obéissance au roi pendant les guerres de religion, il s’intéresse aussi au commerce et à la navigation.

Il passe commande à Louis de Foix (1535-1604) d’un phare sur l’ilot de Cordouan. Les Gascons connaissent Louis de Foix pour avoir renforcé les fortifications de Bayonne et de Bordeaux et surtout pour avoir réalisé les travaux du détournement de l’embouchure de l’Adour vers Bayonne.
Louis de Foix installe une cité ouvrière sur le banc de sable pour loger les ouvriers sur place. Là, il fait installer un four à chaux, une menuiserie, une charpenterie, une forge, un moulin à blé, un four à pain, un magasin pour les vivres, une écurie, une grange pour le fourrage et des logements pour 50 ouvriers.
De plus, pour protéger de la mer le chantier du phare et la cité ouvrière, il fait construire tout autour une digue de pierres de taille et de bois.
À partir de 1606, François Beuscher poursuit les travaux

À la mort de Louis de Foix, on confie la poursuite du chantier à François Beuscher, son conducteur des travaux. Enfin, on inaugure le phare en 1611, soit 27 ans après la signature du contrat. Il possède une chapelle au deuxième étage, voulue par Henri IV en 1593 au sortir des guerres de religion. Ce serait d’ailleurs le seul phare à en posséder une.
Le phare de Cordouan a un dôme qui permet d’allumer un feu à 37 mètres au-dessus des plus hautes eaux. Pour cela, on utilise du bois et de la poix. Après les travaux, la cité ouvrière n’étant plus entretenue, elle disparait sous les assauts de la mer. Le phare reste sur l’ilot rocheux. Il est accessible à marée descendante par une chaussée de pierre menant à une poterne.
Mais, en 1645, une tempête détruit le dôme. On le reconstruit en 1664 et on remplace le combustible ; on délaisse le bois pour le blanc de baleine ou spermaceti. En même temps, on renforce le soubassement du phare de 1661 à 1664. Enfin en 1727, on remplace le blanc de baleine par le charbon.

Au XVIIIe s., les améliorations de Borda, Teulère et Fresnel

Jean-Charles de Borda (1733-1799) est né à Dax. Ingénieur célèbre, il place au sommet du phare de Cordouan une lanterne équipée de 12 réflecteurs en cuivre et d’une horloge pour la rotation. On l’inaugure le 27 aout 1790.
À l’usage, les réflecteurs s’avèrent trop lourds. Et les lampes, placées trop près des réflecteurs, n’éclairent qu’à environ 20 Km. Les marins se plaignent que les feux soient moins visibles qu’auparavant.

Joseph Teulère (1750-1824), architecte originaire de Montagnac-sur-Auvignon dans le Lot-et-Garonne et en poste à Bordeaux, étudie les plaintes. Il envoie une note au secrétaire d’État chargé de la Marine dans laquelle il démontre que les réflecteurs présentent des vices de fabrication et que le phare doit être rehaussé de 60 pieds (environ 20 mètres).
Il est alors chargé de surélever le phare et de réparer le mur d’enceinte du phare de Cordouan. Pendant les travaux qui durent de 1786 à 1789, il étudie l’action des vagues sur l’édifice. Il utilise le style Louis XVI pour les trois étages supérieurs qui contrastent avec le style Renaissance des trois étages inférieurs.

De plus, Joseph Teulère met au point le premier feu tournant à réverbères paraboliques. Ainsi, l’ancien appareil est remplacé par 12 grands réflecteurs paraboliques montés sur une armature tournante installée dans une immense lanterne.
En 1823, Augustin Fresnel (1788-1827) installe à Cordouan une nouvelle lentille qui est toujours utilisée dans les phares : la lentille de Fresnel. Elle augmente considérablement la portée du phare.
L’aménagement du phare de Cordouan continue

Le phare de Cordouan demande un entretien régulier. Les gardiens logent au rez-de-chaussée. On l’électrifie en 1948 grâce à deux groupes électrogènes autonomes, reliés au continent par téléphone en 1982, puis automatisés en 2006.
Plus récemment, en 2005, on construit une protection en béton armé pour le protéger des assauts de la mer. Elle fait 70 mètres de long et 8 mètres de haut. En effet, le socle rocheux de Cordouan s’affaisse lentement et les eaux touchent désormais le pied du phare. Puis, il faudra entièrement restaurer le phare entre 2013 et 2022.
Quelques détails techniques

Le phare de Cordouan mesure 68 mètres de haut pour un diamètre de 16 mètres à la base.
On y accède par une chaussée pavée qui donne sur la porte des marées. Un escalier de 18 marches permet d’atteindre la cour intérieure de forme circulaire. Depuis sa construction, deux citernes recueillent l’eau de pluie pour alimenter le système d’eau courante intérieur.
Un portail monumental ouvre le rez-de-chaussée du phare et dévoile les 301 marches qui permettent d’accéder à la lanterne. Au premier étage, la chambre du roi, pavée de marbres gris et noirs, contient une cheminée. Toutefois, aucun roi n’y est jamais venu. Le second étage contient la chapelle surmontée d’une voute percée de huit baies ornées. Elle abrite un buste de Louis de Foix sous lequel est gravé un poème à sa gloire. La chapelle étant consacrée, on y célèbre chaque année des baptêmes et des mariages.

Le troisième étage est le premier niveau des travaux de Joseph Teulère. Depuis la salle des Girondins, pavée de marbres gris et noirs, on peut observer le haut de la tour et le grand escalier qui mène à la lanterne. Entre le cinquième et le sixième étage, la chambre des Veilles, au parquet de bois, contenait deux lits pour les gardiens.
En effet, deux gardiens assurent l’entretien du phare jusqu’en 2012. Depuis, c’est le Syndicat mixte pour le développement durable de l’estuaire de la Gironde (Smiddest) qui assure le gardiennage. En outre, deux gardiens se chargent de l’accueil des 24 000 visiteurs annuels.
Le poème à la gloire de Louis de Foix (auteur inconnu)

de la Tour de Cordouan du 2 mars 1584.
Archives Départementales de la Gironde, Bordeaux
« Quand j’admire ravi cette œuvre en mon courage,
Moi de Foix, mon esprit est en étonnement.
Porte dans les pensées de ton entendement
Le gentil ingénieux de ce superbe ouvrage.
Là il discourt et luit et d’un muet langage,
Te va louant subtil en ce point mêmement.
Que tu brides les flots du grondeux élément,
Et du mutin Neptun la tempête et l’orage.
Ô trois et quatre fois bien heureux ton esprit
De ce qu’au front dressé ce phare il entreprit
Pour se perpétuer dans l’heureuse mémoire.
Tu t’es acquis par là un honneur infini,
Qui ne finira point que ce phare de gloire,
Le monde finissant, ne se rende fini. »
Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réformée 1990.
Références
Une tour royale, ministère de la Culture
Site du phare de Cordouan